22/07/2019  |  5212 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 21/07/2019 à 18:30:55
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Les Eurockéennes - vendredi 1er juillet (2)

2005

Queens Of The Stone Age, Nine Inch Nails, Interpol, Eagles Of Death Metal, Bright Eyes, CocoRosie, Chemical Brothers, Kaizers Orchestra, The Go ! Team

Belfort, Presqu'île de Malsaucy (France)

du : 1er
au : 3 juillet
Chaque année, les Eurockéennes de Belfort sont une excellente occasion pour tout un peuple de jeunes amoureux de rythmes rock, pop, punk, électro et métal de célébrer en musique le début des vacances estivales. Cette immense rassemblement sur la presqu’île de Malsaucy s’apparente réellement à une drogue à accoutumance : quand on y a goûté une fois, on veut sa dose annuelle. C’est presque normal puisque depuis quelques années, la programmation se fait fort de présenter à un public fidèle le meilleur de ce qui se fait en musiques actuelles pointues, en prenant néanmoins soin de proposer quelques artistes grand public pour attirer le plus de monde possible. Après les mémorables éditions 2003 et 2004 (Radiohead, Pixies, PJ Harvey, Franz Ferdinand etc etc.), le cru 2005 promettait d'être bon. Mais pour cela, il fallait que le beau temps soit de la partie, et ce fut le cas au-delà des espérances : les quelques gouttes éparses du vendredi ne feront que rafraîchir agréablement les festivaliers, les deux jours suivants étant placés sous le signe du grand beau temps. Résumé d’un premier jour riche en bon moments, plaçant ainsi le Eurockéens sur les rails d’un voyage musical extatique de trois jours. Sur la route du bonheur donc…

The Go ! Team

Tout commence pour nous à 16 h 45 sous le Chapiteau avec les excellents The Go ! Team, toujours aussi contents de pousser le public à se trémousser sur leur tubes imparables mêlant habilement rock, hip hop, funk, pop et électro. Comme au Printemps de Bourges 2005, la chanteuse – très craquante – ne ménage pas sa peine pour faire chanter et danser le public, au risque d’en faire un peu trop. Mais après tout c’est l’été, il fait beau, il fait chaud, les gens sont là pour faire la fête, se rencontrer et se rouler des pelles dans l’herbe verte ; on fait donc comme tout le monde : on se délecte des hits de The Go ! Team en bougeant notre corps…

Kaizers Orchestra

Peu de temps après, sur la grande scène, les très percutants Kaizers Orchestra se chargent de convertir un maximum de monde à leur musique prenant ses racines du côté du folklore des Balkans, du blues et du rock. Tant et si bien que cela produit le même effet jubilatoire qu’aux Trans Musicales de Rennes ; à force de mouiller le maillot et de présenter un cocktail aussi explosif qu’original au public, ce dernier démarre au quart de tour, en faisant un triomphe au groupe norvégien. Les multiples trouvailles sonores (et visuelles) du combo venu du froid sont autant d’agréables surprises, l’attitude hystérique et drôle du chanteur étant le petit plus qui tue. Ce monsieur semble aussi content d’être là et de raconter des choses farfelues que son compatriote officiant chez les survoltés Hives, c’est dire. Quand ce personnage haut en couleur déclare, un grand sourire aux lèvres, « Je crois que je vous aime déjà, c’est le coup de foudre ! », on n’est pas loin de penser la même chose…

CocoRosie

Place ensuite à celles qui nous avaient littéralement transporté de joie au Palais du Grand Large à la dernière Route du Rock, j’ai nommé CocoRosie… Las, si les morceaux des deux troublantes soeurs sont toujours aussi beaux et prenants, ils seront presque tous fusillés par des larsens incessants sur les voix, une attitude je m’en foutiste assez énervante (un temps interminable entre les morceaux, des hésitations sur le choix des titres etc.) et les intervention vocales discutables du rapper Spleen (par ailleurs, très doué pour le bruitages)… Les deux jeunes femmes sont arrivées en retard et n’ont pas eux le temps de faire une balance, d’où la catastrophe au niveau du son. Le charme est rompu (pour cette fois... ), c’est bien dommage ! D’autant plus que le concert de CocoRosie nous a fait manquer les excellents (sur scène et sur disque) Bloc Party, même si ces derniers semblent actuellement exténués par leurs obligations promotionnelles.

Queens Of The Stone Age

Mais tout ceci est très vite oublié grâce à la prestation magistrale des Queens of The Stone Age du génial Josh Homme : 1 h 10 à fond sur l’autoroute de l’enfer avec du metal pop stoner à fond dans le poste. Le rêve ! Malgré le départ du très rock ‘n roll bassiste Nick Oliveri, les QOTSA restent une inarrêtable machine de guerre scénique. Comment pourrait-il en être autrement avec un leader songwriter chanteur aussi doué que Mr Homme ? Non content d’écrire des hits plongeant l’auditeur dans une incroyable frénésie, notre homme possède en plus une des plus belles voix actuelles du rock. Capable de chanter dans presque tous les registres, il sait également s’entourer d’un groupe férocement impeccable, ce qui ne gâche rien. Les musiciens qui officient aux claviers, à la guitare, à la basse et à la batterie sont excellentissimes pour délivrer un maelström sonore proprement surpuissant. Enfin, pour couronner le tout, Josh Homme semble être ravi de jouer pour la première fois dans un festival français (et pas n’importe lequel !) : il parle un peu entre les morceaux - monstrueusement bons - délivrés par son combo et prend visiblement un pied incroyable à les enchaîner pied au plancher. Chaque titre est une ode à la rock ‘n roll attitude propulsée au septième ciel de la distorsion par force parties vocales superbes, rythmiques enlevées, claviers martelés, riffs titanesque et autres solos ou gimmicks bien envoyés. C’est le bonheur sonique ; ni plus, ni moins ! Voir un roux un peu enveloppé dégager une telle puissance et faire craquer les filles avec sa présence digne d’un Elvis des années 2000 est excessivement réconfortant pour un membre du club de ceux qui finissaient sur des bûchers, il n’y a pas si longtemps que ça… Après la fin de ce show à la set list idyllique (les meilleures compositions des deux derniers albums), on ne peut qu’applaudir à deux mains - en hurlant sa joie - après avoir pris en pleine gueule cesLullabies to Para lize et autres Songs for the deaf. Vivement le concert de Queens of The Stone Age au festival Rock en Seine, fin août !

Nine Inch Nails

C’est vraiment de pied ferme qu’on attendait la prestation de la « chose » de Trent Reznor, Nine Inch Nails, dont le retour visiblement fait pour renflouer les caisses sentait un peu le plan marketing... Et bien, contre toutes attentes, c’est un Mr Reznor en bonne forme et survolté vocalement qui a enflammé la grande scène des Eurockéennes de Belfort, bien aidé par un groupe de petits jeunes méchamment furieux. Bien sûr, tout est réglé au millimètre près, jusque dans les courses folles du guitariste et les jets de bouteilles d’eau entre les musiciens, mais il faut avouer que le show ultra efficace de NIN produit un effet non négligeable sur le cerveau, en bouillie, des festivaliers, pas au bout de leur « peines ». Le métal indus relevé de touches électronico punk est une sorte de rouleau compresseur sonique implacable. Seul les ballades et/ou intros lennoniennes jouées au piano par Reznor permettent de reprendre son souffle. Le titre interprété par l’inoubliable Johnny Cash sur un de ses derniers disques (American 4) Hurt, est un moment poignant d’un concert qui restera carré et houleux jusqu’à son terme.

Interpol

Parfaitement rôdés au tournées marathon et aux sonos énormes, les New-Yorkais d’Interpol démontrent une fois de plus leur incomparable savoir faire pour créer des ambiances glaçantes de cathédrales gothiques, peu de temps après, sous le chapiteau. La voix, les guitares, les claviers et les rythmiques martiales permettent de communier très rapidement avec un groupe, certes pas très communicatif , mais plus que jamais marquant sur une scène. L’état extatique atteint au Printemps de Bourges cette année n’est pas très loin… Mais, c’est la « loi » dans les festivals, l’envie de découvrir des sensations inédites sur scène (les Eagles Of Death metal en l’occurrence) nous pousse à rejoindre en quatrième vitesse la Loggia, à l’autre bout du site du Lac du Malsaucy.

Eagles Of Death metal

Ah, la belle découverte que voilà ! Quand on arrive, les aigles du métal de la mort, un des projets parallèles du maître à penser des Queens Of The Stone Age, Josh Homme, ont déjà commencé à brûler les planches, en toute impunité et devant un parterre de fans. Ce quatuor de dangereux excités, bien dans la lignée de QOTSA (et n’ayant rien avoir avec le death Metal, fort heureusement) se passe parfaitement de son batteur officiel, Mr Homme, sur la plupart du concert. Propulsés par une batteuse body buidlée, le Eagles Of Death Metal tournoient au dessus de la carcase du rock n’ roll et du rockabilly avant de fondre dessus sans crier gare. Et de tout déchiqueter avec une férocité rare. Le résultat est aussi violent que jouissif. Et c’est donc en toute logique que les quatre EODM s’éclatent sur scène comme de méchants petits garnements, ce qui se ressent très bien dans le public, aux anges. Les projections du Kollectif Alambic sur des écrans en fond de scène rajoutent encore à la puissance de la musique, en produisant un effet étourdissant fort bienvenu. Puis, vers la fin du concert, la batteuse (excellente d’ailleurs) se lève de son kit pour laisser la place au très attendu Josh Homme, tout sourire. Celui-ci se fait fort de défoncer sur le champ son instrument avec sa classe coutumière. Les musiciens semblent heureux comme des gamins, c’est extrêmement rafraîchissant dans le contexte blasé du rock business ! Ils ne quitteront la scène qu’après avoir accordé un rappel sacrément virulent.

The Chemical Brothers

Quand on assiste à un show des Chemical Brothers, et malgré tout le respect dû aux frères chimiques pour leur apport à la musique électronique, on se dit que ces deux-là devraient sérieusement songer à essayer de se renouveler au lieu de s’auto parodier sans fin. Car, une fois de plus, les deux bidouilleurs sont bien planqués derrière leur ordinateurs, les projections sont identiques aux fois précédentes, et ils proposent leur sempiternel best of, à peine mixé et trituré. Bien sûr, celui-ci contient nombre de titres imparables qui resteront dans l’histoire des musiques électroniques, mais on a quand même la désagréable impression d’écouter des disques passés à fort volume dans d’immenses enceintes. Même s’il est difficile de ne pas danser devant le déluge de beats et breaks percutants ourdi par Tom Rowlands et Ed Simmons, les Chemical Brothers semblent un peu en bout de course…

Bright Eyes

Look à la Billy Corgan, voix à la Robert Smith, l’Américain Conor Oberst (qui se « cache » derrière le nom de Bright Eyes) produit une musique pop/folk/rock originale, torturée et accrocheuse. Son concert aux Eurockéennes de Belfort n’en fut pas moins difficilement supportable à cause d’un son outrageusement fort et dramatiquement mal réglé. De bonnes chansons jouées avec le bruit d’un avion au décollage en fond sonore, sans oublier des instruments qui se couvrent les uns les autres, restent de bonnes chansons, certes. Mais tout de même, on se dit qu’on serait mieux dans un petite salle bien sonorisée, loin de cette plage ouverte à tous les vents. Il faudra donc revoir ce jeune homme doué dans un autre cadre, plus approprié… Ce concert en demi-teinte sera le dernier d’une première journée bien remplie. Vivement demain !

A lire également : les comptes rendus des journées du samedi et du dimanche, ainsi qu'un autre regard sur le programme du vendredi et du dimanche.

Sites Internet : www.eurockeennes.fr, www.qotsa.com, www.interpolnyc.com, www.nineinchnails.com, www.kaizers.no/, www.saddle-creek.com/bands/brighteyes/, www.thegoteam.co.uk, www.thechemicalbrothers.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 11/10/2005

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