15/10/2019  |  5244 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 14/10/2019 à 17:26:14
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique festival
Trans Musicales - samedi 10 décembre

2005

Gang Of Four, Clap Your Hands Say Yeah, Katerine, The French Cowboy & The German Dudes, Missill, Messer Chups & Lydia Kavina, Pure Reason Revolution

Rennes, Parc Expo et Aire Libre (France)
La tête encore remplie d’étoiles grâce à la soirée du vendredi, on se réveille avec une sévère envie de concerts ; ça tombe bien, le programme est alléchant pour ce samedi des Trans Musicales 2005. L’éternel problème réside dans le fait qu’il va falloir jongler entre les salles et faire des choix cornéliens. L’expression « il n’y a que l’embarras du choix » est idiote, c’est vrai, mais elle résume bien ce qui nous attend…

The French Cowboy & The German Dudes : Yeah !

Les hangars d’aéroport, c’est bien, mais un superbe petit théâtre comme l’Aire Libre, c’est mieux ! Surtout pour accueillir le concert de Katerine avec en première partie le nouveau projet de Federico Pellegrini, le chanteur des Little Rabbits… avec Gaëtan Chataigner à la contrebasse, Eric Piffeteau à la batterie et Stéphane Louvain à la guitare. Autant dire des Petits Lapins sans claviers ni DJ, avec un nouveau répertoire country folk pop, chanté entièrement en anglais. Et ça donne quoi sur scène ? Après un hilarant court métrage de 10 minutes - où l’on peut voir M. Pellegrini expliquer le pourquoi du comment et partir dans des digressions complètement farfelues -, le spectacle de The French Cowboy & The German Dudes donne à voir quatre musiciens assis jouant une musique frappée du sceau de la classe américaine. Ce n’est pas très surprenant si l’on considère le niveau d’excellence auquel nous avaient habitués les Little Rabbits… Ce qui est plus surprenant, c’est la voix de Federico qui évoque désormais un Michael Stipe (R.E.M.) fatigué et un Will Oldham folk pop. Sous son chapeau tout droit sorti d’un western, le French Cowboy cache un cerveau fasciné par la musique de l’Arizona et du Nouveau Mexique ; son nouveau projet musical est un pas de plus vers l’univers de Calexico et Giant Sand. Pour résumer l’ambiance, un film tourné à Tucson nous montre, entre autres péripéties, Federico affublé d’un masque de catcheur en train de jouer de la guitare avec une brosse à dents géante ; puis notre homme met un masque de cheval sur la tête de la dite brosse et part sur la route en chevauchant sa fière monture au milieu des voitures… J’ai des visions ou quoi ? Comme, en plus de son talent, ce dangereux hurluberlu a la chance de pouvoir compter sur The German Dudes pour l’aider à créer des atmosphères prenantes, on a vraiment hâte d’écouter la version studio de ses compositions.





Katerine : Je dis M... erde.

Accompagné par ses amis ex Little Rabbits renommés Secte Humaine (et affublés de longues aubes blanches et des colliers de boules en bois) Katerine a donné un show à la fois provocant, drôle, puissamment rock n’ roll, carrément funky et irrésistiblement pop. Qui dit mieux ? Pas grand monde à l’heure actuelle en France. Celui qui vient de sortir un des disques de l’année avec Robots après tout a littéralement brûlé les planches avec son personnage haut en couleurs de dandy gainsbourien bien habillé certes, mais ayant une capacité hallucinante pour débiter des grossièretés ou des choses qui ne se disent pas ! Que ne ferait-on pas pour choquer les bobos bourgeois bien pensants et adeptes du politiquement correct ? Le plus jubilatoire, c’est que ça marche : chaque fois qu’il sort une phrase outrancière comme « Excuse-moi, j’ai éjaculé dans tes cheveux à un moment inadéquat... » ou « J’en ai marre de mes couilles qui me suivent partout où je vais… », les couples du rang de devant (avec leurs chemises bien repassées et leurs pulls bien propres) rient de manière un peu gênée. Pince sans rire et toujours avec un bon mot en réserve, Philippe Katerine cabotine à l’envi en pantalon noir, chemise blanche et cravate classieuse. Il peut compter sur la Secte Humaine pour jouer de manière appropriée en variant les styles et remettre une couche d'humour absurde. Le public, un peu pris à froid par le morceau évoquant le douloureux problème de l’éjaculation précoce tarde à se lever de ses confortables sièges, il se voit donc piqué au vif par quelques réflexion assassines de l’auteur du toujours pertinent (Je suis une merde et) Je vous emmerde :« Hier, au même moment, le public était déjà sur scène ; c’est obsolète de bouger à Rennes ? ». Et c’est le moment que Katerine choisit pour sortir la boule à facettes et balancer l’excellent hit funk rock 100% V.I.P., un titre qu’aurait pu écrire -M-, s’il était moins consensuel… Devant ce déferlement de guitares, on se demande sérieusement si on ne serait pas en train de voir sur scène le meilleur groupe de rock français accompagner le chanteur le plus rock 'n roll de l'hexagone… Impression confirmée par l’interprétation terrifiante du titre Marine Le Pen où avec son air de ne pas y toucher, Katerine signe une des meilleures chansons anti FN, drôlement cruelle et sacrément acide. Mais la troupe excelle aussi dans les titres de pop Borderline comme Etres humains, Après moi, Le train de 19h, Qu’est ce qu’il a dit ?, Patati patata ou Barbecue à l’Elysée… Après le méga tube de boite de nuit Louxor, j'adore, sur lequel le public se lève enfin, il nous faut malheureusement partir en courant pour ne pas manquer la prestation de Clap Your Hands Say Yeah. C’est un peu bête, mais on sait désormais que Katerine sur scène, c’est imparable ! Rendez-vous est donc pris pour la tournée en 2006…





Clap Your Hands Say Yeah : In heaven.

Après avoir écouté l’album de Clap Your Hands Say Yeah (disponible en import jusqu’ici et à paraître le 23 janvier chez Wichita/V2 Music) un nombre assez conséquent de fois lors du trajet jusqu’à Rennes, on était très curieux d’assister à la première prestation en France de ce groupe produisant une musique gravement euphorisante. Les nombreux points communs avec Arcade Fire (la manière dont le bouche à oreille a fait le tour du monde avant que le groupe ne soit signé et cette propension à écrire des pop songs mélancolico addictives donnant envie de sauter de joie) augmentant encore plus l’impatience de découvrir les New Yorkais sur scène… Le Hall 4 est rempli à ras bord par un public ne voulant pas rater la sensation du moment, qui se retrouve donc de ce fait avec la maxi pression sur les épaules. Cela explique sans doute en partie l’extrême timidité des membres du groupe, peu souriants, très concentrés et visiblement tétanisés par l’enjeu. Contrairement à Arcade Fire qui est devenu presque immédiatement un groupe de scène de niveau international, CYHSY ressemble à une bande d’étudiants en mathématiques mal fagotés et un peu gauches. Ceux qui sont venus pour participer à la hype doivent être déçus par cette attitude timide et peu rock ‘n roll ; mais ceux qui ont été attirés pour la musique et rien d’autre décollent immédiatement avec les tubes d’électro/pop/folk/rock empruntant autant au Velvet Underground (ces rythmiques de guitares), aux Talking Heads (cette inspiration débridée et cette voix qui déraille) à New Order et The Cure (ces guitares entêtantes sur In this home on ice) qu’à Grandaddy (ces sonorités de claviers antédiluviens) ou Radiohead (cette voix d’ange déchu à la Thom Yorke) ou encore The Divine Comedy (cette soudaine profondeur dans la voix)… Le mélange aussi audacieux qu’improbable entre des influences disparates et une voix extrêmement originale (en plus de David Byrne, Thom Yorke et Lou Reed, on pense parfois aux gémissements poignants de l’Elephant Man de David Lynch) amène l’auditeur sur des territoires aussi fascinants qu’inconnus. La mélancolie et le côté torturé qui se dégagent de la musique se transforment en invitation à la félicité ; on ne touche plus Terre dès l’intro de chaque titre, et l’on se retrouve carrément au paradis. Très différents les uns des autres, les morceaux du groupe ont quasiment tous vocation à devenir des classiques : Let the cool goddess rust away, The skin of my yellow country teeth, Heavy metal, Is this love ?, Upon this tidal wave of young blood etc. Quand le groupe sort de scène en recueillant une énorme ovation, un seul musicien (sur les cinq) sourit de toutes ses dents et semble apprécier l’enthousiasme de la foule ; les autres semblent apeurés et contents d’en avoir fini. C’est bien le seul petit détail à modifier pour Clap Your Hands Say Yeah : à part ça, on tient là un groupe cultivé et doué qui a le potentiel pour écrire certains des morceaux cultes du 21ème siècle





Missill : Aussi belle qu’une balle.

Cette charmante jeune femme a réussi à transformer l’immense Hall 9 (qui se préparait fébrilement pour le set du Gang Of Four) en un dance floor géant à grands coups de beats virevoltants, de scratches vrillants, de danses énergiques et d’injonctions hystériques à se bouger le cul… On pense que cela va être dur de descendre du set féerique de Clap Your Hands Say Yeah avec ce mélange high energy ; et bien non, ça redémarre au quart de tour ! On a l’impression d’avoir en face de soi un hybride entre des Chemical Brothers jeunes et des 2 Many DJ’s survoltés : l'artillerie lourde est de sortie, la salle reçoit des balles qui ne sont pas perdues pour tout le monde, et il est donc matériellement impossible de rester en place. Même si la DJ/Graphiste (elle a créé le logo des Trans 2005)/graffeuse en fait des kilos gestuellement parlant derrière ses platines, et en rajoute en incitant perpétuellement à taper dans ses mains ou en disant que le prochain titre est, je cite, « énoooooooorme !!!! », il faut bien avouer que ce petit bout de femme est un puissant remède à la morosité et à l’immobilisme…





Pure Reason Revolution : It's a shame..

On n’en dira pas autant du groupe Pure Reason Revolution, sans doute la pire chose qui soit arrivé aux Trans cette année. Impossible de rester très longtemps dans une salle où un combo essaie (très) péniblement de faire renaître Pink Floyd, plagie éhontément Godspeed You Black Emperor et n’arrive à sonner la plupart du temps que comme un groupe de hard rock gothique passant sur les radios ultra commerciales. Les voix sont horribles, les sons de guitares sont formatés FM : c’est une véritable honte, mesdames et messieurs. Difficile dans ces conditions de ne pas ressentir le plus grand respect pour les personnes ayant réussi à supporter ça pendant un concert entier…





Gang Of Four : White riot.

Ce qui va suivre est d’un tout autre acabit: il s’agit ni plus ni moins de la reformation scénique du mythique - et largement pillé ces jours-ci - Gang Of Four… Contrairement aux Undertones la veille, le groupe d’Andy Gill et Jon King se produit dans la redoutable formation originale… Et le résultat est d’une violence difficilement supportable, tant il est extrémiste. Même en étant fan, il faut un petit temps d’adaptation pour apprécier à leurs justes valeurs cette batterie défoncée avec une virulence inhumaine, cette basse slappée hyper métallique, cette guitare ultra dissonante et cette voix de maniaque échappée d’un asile de fous. Le groupe ne s’est pas reformé pour faire des concessions sur sa musique, c’est sûr ! Pour des oreilles averties, la radicalité des partis pris soniques est un pur bonheur. Un peu masochiste le bonheur… Rapidement le mælström sonore des quatre Anglais électrise le corps et rend complètement dingue ; on se sent transpercé par les riffs rouillés d’Andy Gill, par les rythmiques implacablement martiales et par la voix déchaînée et les textes revendicatifs de ce grand escogriffe de Jon King. Le groove funk punk qui se dégage de la musique du groupe est proprement imparable : on a très envie de déclencher une émeute anti capitaliste et de tout casser sur le champs ! Les deux leaders du groupe aussi, eux qui détruisent consciencieusement une boite en fer en la matraquant avec une batte de base ball (pour Mr. King) et une guitare Fender Sratocaster en la projetant violemment à terre par deux fois (pour Mr Gill). En plus de ces actes de barbarie sonique, il est très impressionnant de voir (et d’entendre) les trois musiciens libres de leurs mouvements arpenter la scène comme des lions en cage en hurlant dans les micros qui sont le plus proches d’eux les hit inoxydables, toxiques (et invendables) de leur répertoire : Damage goods, Anthrax, Natural not’s in it, Not great men, Why Theory ?, Paralysed, What we all want, He’d send the army… Devant la puissance de feu dégagée, on se dit que bien qu’ils aient été écrits il y a 25 ans, ces morceaux sont toujours pertinents en 2005. L’acmé du concert est atteinte avec To hell with poverty qui provoque un sentiment d’urgence rarement ressenti. C’est donc aussi bouleversé que vidé qu’on ressort du Hall 9, à la recherche d’une éventuelle dernière dose d’émotions fortes.





Messer Chups & Lydia Kavina : Faster pussycat, Kill ! Kill !

Et ce shoot fatal à notre état éveillé va nous être administré de fort belle manière par le surf ‘n roll de Messer Chups & Lydia Kavina, un orchestre russe comptant dans ses rangs un guitariste maniaque enchaînant riffs de surf sur riffs de rock fifties sur riffs psychobilly, une bassiste dominatrice un peu effacée et une virtuose du Theremin, qui rendrait verts de jalousie Jon Spencer et Mathias Malzieu réunis. Boosté par une boîte à rythmes, la troupe ne laisse aucun temps mort entre les titres ; la hargne du leader du trio sur sa guitare fait plaisir à voir, les sons extra terrestres extirpés du Theremin par son acolyte propulsent, quant à eux, dans la stratosphère. Les morceaux originaux et les reprises (Doors, Kraftwerk etc.) provoquent la même hystérie dans les rangs du public… Petit détail croustillant, le meilleur des films de série Z (dont ceux de l’amoureux fou des poitrines surdimensionnées, Russ Meyer, l’auteur du mythique film Faster pussycat, Kill ! Kill !) sont projetés en fond de scène sur un écran géant, rendant ainsi encore plus agréable ce bon moment de surf russe.



Pour éviter l’overdose de musique, il faut désormais penser à quitter les lieux, non sans regrets, vu le nombre de bons moments passés en à peine deux jours à Rennes. Comme 2004, l’édition 2005 était un grand cru dont on devrait parler tout au long de l’année 2006. Ceux qui vous diront le contraire sont sans doute restés à bavasser au bar pro, ou sont d’indécrottables blasés qui devraient changer de métier… Pour notre part, ces Trans nous ont une nouvelle fois donné une furieuse envie de revenir en Bretagne en décembre prochain.



A lire également, les chroniques foutraque des Trans 2004 et 2006 :

• le jeudi 7 décembre 2006 : Cat Power, I'm From Barcelona, The Horrors, Razorlight, Viva Voce, Izabo, Porcelain, The Sunshine Underground
• levendredi 8 décembre 2006 : Albert Hammond, Jr, Klaxons, Cold War Kids, Nicole Willis and The Soul Investigators, Serena Maneesh, Son Of Dave, The Bishops, Orville Brody and Good Fellas
• le samedi 9 décembre 2006 : CSS, Kaiser Chiefs, Justice, Keny Arkana, Peter Von Poehl, Marie Modiano
• le jeudi 2 décembre 2004 : Carbon Silicon, The Rakes, Kaizers Orchestra, Power Solo, Hush Puppies, Gomm, The Infadels...
• le vendredi 3 décembre 2004 : Beastie Boys, The Hidden Cameras, Plantlife, Lars Horntveth, Republic of Loose, Nosfell...
• le samedi 4 décembre 2004 : Yann Tiersen & Shannon Wright, Santa Cruz, Modey Lemon, Kraftwerk...
• le bilan 2004 : Beastie Boys, Kraftwerk, Kasabian, Hot Chip, Dj Mo, Teddybeards Stockholm, The Real Tuesday Weld, Evil 9

Toutes les photos illustrant cette chronique sont extraites du site des Trans Musicales :


www.lestrans.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 13/12/2005

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire