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Printemps de Bourges - samedi 29 avril

2006

Dionysos, dEUS, Arctic Monkeys, Katerine, Hushpuppies

Bourges (France)

du : 26 avril
au : 1er mai

Beaucoup plus excitant que les venues respectives d’Indochine, Cali et Louise Attaque sous le chapiteau de 5500 places du Phénix, le plateau réunissant les excellents Hushpuppies, le doux dingue Philippe Katerine, les survoltés Arctic Monkeys, les impeccables dEUS et les déchaînés Dionysos a tenu toutes ses promesses. Avec une foule en délire dès le premier groupe, la soirée s’est déroulée dans une ambiance de feu, qui a presque fait oublier l’acoustique fort discutable du lieu…

Hushpuppies :

Malgré un son ignoble, les Hushpuppies ont provoqué les premiers émois de la soirée… Tous les titres du groupe venant de Perpignan - et désormais basé à Paris - ont reçu un accueil digne d’une tête d’affiche : cris de joie, chant repris en chœur, applaudissements sans fin. Même si tout cela est parfaitement mérité, si l’on considère la qualité des morceaux du premier album et de la prestation du combo français, cela fait vraiment chaud au cœur de constater que le public sait être réceptif à la musique d’un groupe qu’il ne connaît pas forcément… Les membres des Hushpuppies mesurent d’ailleurs parfaitement la chance qu’ils ont de triompher sous un chapiteau bondé : ils en remettent une couche, en appuyant encore sur l’accélérateur sonique pour interpréter leurs tubes punk pop mods. Pris dans l’euphorie, le chanteur chevelu signale qu’ils étaient déjà passés à Bourges, il y a deux ans sur la scène Pression Live (devant un public assis, plus attentif à son kebab qu’au spectacle) et qu’aujourd’hui, ce n’est pas exactement la même chose ! La suite de la tournée marathon des Hushpuppies devrait leur permettre de connaitre d'autres instants de bonheur, et de gagner encore plus de fans…

Katerine :

Toujours dans une atmosphère d’immense fête, Katerine et les ex Little Rabbits (désormais sans Federico Pellegrini, on a bien fait de profiter de sa présence sur scène à Rennes) a propulsé le Phénix au huitième ciel avec ses titres aussi improbables que percutants. Avant même que la première note ne soit jouée, la seule vue de Philippe Katerine - avec une fleur dans les cheveux et un pantalon vert caca d’oie - en train de prendre une pose christique suffit à entraîner une hola dans les rangs du public. Après, c’est le délire pendant toute la durée du concert, l’assistance répond au quart de tour à toutes les facéties du monsieur. 100% V.I.P. et surtout Louxor j’adoooooooore, remportent un succès archi mérité. Sur Louxor j’adore, on frôle même l’hystérie quand le Nantais coupe le son : le chapiteau est à deux doigts de s’effondrer et d’être réduit en cendre (comme Katerine l’avait demandé juste avant). Bien sûr, le groupe en rajoute en restant figé plus longtemps qu’à l’accoutumée. Avant de repartir dans un funk rock effréné. Après cette séance de communion, Katerine hurle fort à propos « Je vous emmerde ! ». Pour casser l’ambiance ? Non ! C’est sa manière à lui d’annoncer un de ses titres phare, vous savez celui où il se plait à dire qu’il est une merde et qu’il emmerde la Terre entière. Merci, ça fait plaisir ! L'ignoble Marine Le Pen a droit, elle aussi, à l'emmerdement de Katerine (et de toute la salle) lors de l'interprétation du titre Le 20.04.2005... Et encore une fois, ça fait du bien ! Pour résumer, le show 2006 de Philippe Katerine est Borderline comme il faut. Avec ses morceaux délirants, sa présence hilarante et son groupe de rock farfelu idéal pour cette tournée, cet être humain joliment barré est paré pour affronter tous les publics.

Artic Monkeys :

Les quatre adolescents d’Arctic Monkeys, malgré leur jeunesse, sont eux aussi aptes à se débrouiller devant les plus grandes foules sans rencontrer le moindre problème. Avec leur savoir-faire scénique très anglais (je joue vite, fort et bien, sans en rajouter) et leurs morceaux en forme de tubes imparables, les singes de l’arctique ont prouvé qu’ils étaient un bon groupe de scène, en plus d’être des faiseurs de hits. Sans être génial, leur set a entraîné des soubresauts incontrôlés de joie dans le public, ravi de voir en vrai les petits prodiges dont la presse lui parle tant. Si leur physique n’est pas (encore ?) particulièrement sexy, les quatre musiciens maîtrisent parfaitement leurs instruments, c’est bien là l’essentiel. Le bassiste rondouillard est une véritable machine à groover, mais quand il appuie sur sa pédale de distorsion, il déclenche de véritables cataclysmes soniques. Le batteur cogne, lui, avec un bel enthousiasme sur ses fûts, pendant que le guitariste enchaîne les riffs comme un damé… Le guitariste chanteur, en plus d’interpréter les morceaux avec une voix superbe (entre Bobby Gillespie, Liam Gallagher, Paul Weller et Pete Doherty) possède un sacré savoir-faire pour jouer de la six cordes. Il a également un bel aplomb : le sinistre débile qui lui a balancé une chaussure en pleine figure au milieu d’un morceau n’a pas réussi à le faire mal jouer ou partir de scène : tout juste, a-t-il mis 2 ou 3 secondes pour reprendre ses esprits et enchaîner, en grand professionnel âgé de 19 ans… Ce que l’on retiendra de ce set très prometteur, c’est la joie incroyable ressentie par tout le public sur chacun des morceaux (sous influences Clash, The Jam, Libertines… ) du groupe et particulièrement sur les sensationnels I bet you look good on the dance Floor et Fake tales of San Francisco. Si ces petits gars doués réussisent à rester aussi simples qu’ils le sont actuellement et à se lâcher plus sur scène, ils devraient aller très loin.

dEUS :

Sans déclencher autant d’hystérie que les groupes précédents, dEUS a une fois de plus fait montre de sa classe inestimable, comme il l’avait fait en septembre à la Coopérative de Mai. En alternant les titres atmosphériques truffés d’expérimentations réjouissantes et les tubes aussi tortueux que percutants dont Tom Barman a le secret, dEUS a réussi à combler ses « vieux » fans, tout en gagnant de nouveaux adeptes. Une performance rendue possible grâce à la voix impeccable de Tom Barman (le Tom Waits belge), aux talents des musiciens pour alterner finesse mélodique et gifles soniques, sans oublier la pertinence intacte des morceaux extraits de chaque album des dieux d’outre Quiévrain. Aucun doute là-dessus : Instant street est toujours un véritable trip, Suds and soda rend toujours complètement fou, et les nouveaux morceaux n’ont pas à pâtir de la comparaison malgré leurs atours moins tubesques… Il semble bien que dEUS ait encore de belles pages à écrire dans une histoire pourtant déjà riche en moments forts.

Dionysos :

Et pour conclure en beauté une soirée très réussie, Dionysos a délivré un set de feu, semblable à ceux qu’il propose habituellement, certes, mais toujours aussi vrillant. On a beau voir le groupe de Valence de nombreuses fois sur scène, il réussit à rendre heureux et à provoquer des cris de joie à chacune de ses prestations. Un exploit renouvelé donc… Le groupe au grand complet se fait fort d’être à la hauteur de sa popularité (énorme !) en donnant tout ce qu’il a dans les tripes à chaque apparition : personne n’épargne sa peine, Mathias Malzieu en tête, dans son rôle de Nick Cave/Jon spencer/Johnny Cash volant… Avec ses titres de punk rock blues folk chanson hip hop et le talent de chaque musicien, Dionysos arrive à rendre presque intime un chapiteau dans lequel 5500 personnes se sont entassées, pour leur plus grande joie. Même perdu au milieu de la foule, on ressent des émotions identiques à celles éprouvées dans une salle de taille normale. Et puis le leader maximo n’oublie pas de venir rendre une visite à son public en nageant à une vitesse hallucinante au dessus des têtes, c’est désormais une tradition… Le père de Mathias, tranquillement installé sur son canapé devant la retransmission du concert sur France 4 (et qui aura droit à une petite dédicace), peut être fier de son fiston !



A lire, sur le Printemps de Bourges 2005 : les chroniques des concerts de Tokyo/Overtones, The Kills, Soldout, The Craftmen Club, The BellRays + Nashville Pussy + The Ex, The National + Herman Düne, Interpol + Bloc Party + Gomm, Low + Ray Lamontagne, Nancy Sinatra + Alexandra Roos et Marianne Faithfull + Françoiz Breut...

Sites Internet : www.hushpuppiestheband.com, www.katerine.net, www.arcticmonkeys.com, www.dionyweb.com, www.deus.be, www.printemps-bourges.com.

Photo Steward Ravel


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 03/05/2006

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