25/04/2017  |  4794 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/04/2017 à 11:48:39
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Les Nuits de Fourvière - dimanche 22 juillet

2007

The Good, The Bad & The Queen, The Servant

Théâtre romain de Fourvière, Lyon (France)
Retour à Fourvière pour une soirée pop. Une soirée pop ? Quelle idée !
Mais bon. Impossible de résister à l’appel de Londres. Car ce soir, après les Nuits New York (avec Patti Smith et Lou Reed) et un détour au Canada avec Arcade Fire, on s’envole vers Portobello Road, au cœur de Notting Hill.

Mais tout d’abord, la perfide Albion nous impose un petit détour avec The Servant.
Que dire de ce groupe là qui n’ait pas déjà été dit. Résumons la situation grâce aux contributions foutraques de Pierre et Samuel :
Première étape le 23 juillet 2004 à Sédières : « Si sur le disque, quelques chansons ressortent du lot, sur scène, le cabotinage lourdingue du chanteur exaspère rapidement, les morceaux ne tiennent pas la route en live, les faire valoir qui font office de musiciens sont en roue libre et manquent d’imagination : on a dû faire quelques chose de mal pour mériter pareille punition auditive ! »
Premier commentaire : Si on peut souscrire à une bonne part des propos ci-dessus, rendons cependant grâce aux musiciens qui (sans avoir inventé l’accord de mi mineur) ne méritent peut-être pas d’être autant malmenés.
Deuxième étape le 26 juin 2005 à Cergy-Pontoise : « Ayant acquis au fil d'une tournée gargantuesque (depuis le début de l'année 2004) et de programmations radios tous azimuts, une renommée de "star" via les tubes Liquefy et I Can Walk In Your Mind, le sympathique combo british n'a pas à forcer pour soulever les premières acclamations. »
Deuxième commentaire : Hormis le terme « sympathique » que l’on n’utiliserait probablement pas (même si ces garçons se révèlent charmants avec le public), le reste de cette vision colle juste. Car, une fois encore, le groupe va bénéficier de son assise radiophonique pour s’imposer auprès d’un auditoire pas très exigeant. C’est ainsi que l’on va encore devoir supporter des pâtisseries FM comme Orchestra ou Liquefy.
Troisième étape le 27 janvier 2007 à Paris : « Avec The Servant, on aurait pu espérer davantage que la piètre prestation offerte. Un sentiment de supercherie gagnait les esprits… »
Dernier commentaire : Tout est dit. On aurait espéré davantage que cette supercherie. Dommage, car tout n’est pas mauvais. Loin de là. Mais, c’est quand même un peu léger. Peu importe, The Servant aura bien joué son rôle ce soir : celui de faire-valoir pour la tête d’affiche. Et c’est déjà ça…

Une petite demi-heure plus tard, les choses sérieuses peuvent démarrer. Dans la pénombre, un quatuor féminin de cordes prend place à la gauche de la scène et démarre de jouer. Une ambiance toute en finesse s’installe alors progressivement sur Fourvière. Puis les ombres tant attendues s’avancent à leur tour. A gauche, Simon Tong prend sa guitare. Au fond à droite, Mike Smith s’assoit derrière les claviers. Au centre, sous son haut-de-forme, on reconnaît la silhouette de Damon Albarn. Derrière lui, contrastant avec son chapeau blanc, c’est Tony Allen qui s’installe aux fûts. Et enfin, sous les acclamations, c’est Paul Simonon qui s’avance avec une démarche unique tout en s’allumant une clope. Il attrape la basse et c’est parti : History Song.

D’emblée, comme on avait déjà pu le constater sur différents bootlegs, le son est superbe. Bien loin du formatage ridicule imposé par Danger Mouse sur l’album studio. Dans le cadre intimiste de l’arène lyonnaise (qui accueille pourtant plus de 3000 spectateurs ce soir), les instruments et les voix prennent toute leur place. Difficile d’imaginer le groupe dans le contexte des Eurockéennes, sans les lumières, sans l’ambiance. L’envergure du projet semble en effet dépendre très largement du cadre dans le quel il se met en œuvre in vivo.
Avec 80’s Life, le groupe continue de créer une ambiance à part, au rythme du duo basse-batterie, dépouillé à l’extrême. A cet égard, il est d’ailleurs surprenant de constater que l’on est loin ici de la furie du Clash ou de la frénésie d’Africa 70. En effet, ni Simonon, ni Allen ne sonnent comme pourrait s’y attendre un connaisseur de leurs œuvres respectives. A contre-courant des évidences, ils se mettent à disposition d’un projet qui les écarte de leurs cultures musicales d’origine. Il en va ainsi durant Northern Whale puis tout au long d’un set où la douceur et l’émotion s’imposent, sans qu’il ne soit besoin de trop en faire. Bien sûr, la prestance scénique du vétéran punk contribue largement à agrémenter la dimension visuelle du concert. Entre ombre et lumière, il occupe l’espace avec une souplesse féline. Tantôt serré contre Damon Albarn, tantôt faisant face à la batterie, il focalise tous les regards. Etrangement absent du très beau film de Julian Temple (The Future Is Unwritten) consacré à Joe Strummer, il est incontestablement très présent ce soir à Lyon. Malheureusement, il n’en va pas forcément de même pour ses acolytes. Ainsi, on regrettera un peu la fadeur de Simon Tong (pourtant très brillant dans ses parties guitare délicatement sophistiquées) ou les épaules tombantes du meneur de Blur. Visiblement épuisé par un mode de vie éprouvant, ce dernier affiche des cernes monumentales sous des yeux assez inexpressifs. Très bon chanteur, il se révèle en revanche assez pénible dès lors qu’il utilise son mélodica ou lorsqu’il passe au piano. Enfin, pour ce qui est du seigneur de Kalakuta, on peine à l’apercevoir derrière sa batterie, les yeux masqués par d’épaisses lunettes noires.

Peu importe, la magie prend quand même grâce à une belle série de chansons bien ficelées qui renvoient aux oubliettes le projet (très surestimé) que fut Gorillaz. On citera notamment l’émouvante Green Fields et son ambiance sordide de fête foraine détraquée, ou l’étrange Herculean à la nervosité contenue. De même, des morceaux comme Kingdom Of Doom résonnent avec une intensité rare, quand l’ensemble des musiciens s’associe pour allumer la mèche et projeter cette calme randonnée en orbite. C’est alors que, du haut de ses 66 ans, Tony Oladipo Allen s’impose en illuminant de son jeu subtil le final de Nature Springs. Profitant (comme Albarn et Simonon) du moindre moment calme pour fumer, il doit pourtant se défaire temporairement de son addiction pour propulser l’un des plus beaux morceaux de la soirée : Three Changes. A cette occasion, on voit combien le groupe est avant tout l’histoire d’une rencontre entre trois personnalités.

Légendes de l’afrobeat, du punk, et de la britpop, le bon Tony, le mauvais Paul et la reine Damon constituent un trio impossible. Inutile donc de les attendre au tournant, de déplorer le résultat de leur assemblage, de contester le produit syncrétique qu’ils livrent sur scène. L’intégrité prend le pas sur le côté supergroupe.
C’est d’ailleurs ce que l’on ressent profondément au cours de la version tournoyante de The Good, The Bad & The Queen (la chanson qui clôture le concert) quand ils mêlent leurs énergies pour porter la musique pop au sommet.
Revenant pour deux rappels instrumentaux (après avoir interprété tout leur répertoire discographique), les Londoniens dispensent une dernière leçon à leur première partie. Pour ce faire, ils convoquent un surprenant invité pour un rap en arabe.
Puis vient le moment tant redouté de la fin, quand le dernier son s’envole vers les étoiles. Déjà.
On se doutait que le concert serait assez bref, mais … On en aurait bien voulu un peu plus.

***

http://www.thegoodthebadandthequeen.com/
http://www.myspace.com/thegoodthebadandthequeen

Sur iTunes : EP à télécharger (4,5€) "Live From SoHo"

The Good, The Bad & The Queen en concert au Sziget Festival (Budapest) le mois prochain

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Bonus tracks :

-Pour les amateurs du Clash :
Si vous n’avez jamais vu Joe Strummer sur scène (pauvre de vous) et même si vous avez eu cette chance, courez voir le film de Julian Temple "The Future Is Unwritten", actuellement à l’affiche dans quelques salles : Lyon (CNP Terreaux), Toulouse (Utopia), Paris (Mk2 Hautefeuille et Quai de Seine), Bordeaux (Utopia), Marseille (Variétés), Nantes (Katorza),…
Si vous voulez des nouvelles de Mick Jones (guitariste des Clash), jetez une oreille du côté de son nouveau projet Carbon/Silicon. Monté en 2003 avec Tony James (ex-Generation X et Sigue Sigue Sputnik), ce groupe a déjà 5 EP et 2 LP plutôt honnêtes.

-Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’Afrobeat :
Le 2 Août, cela fera 10 ans que le plus grand artiste africain de tous les temps, Fela Anikulapo Kuti est mort. Profitez-en pour découvrir son œuvre…
Saxophoniste nigérian, Fela animait avec Tony Allen le groupe Africa 70 de 1968 à 1979. Durant une décennie, les deux hommes et toute leur bande ont gravé des tas de bons albums comme Open & Close (1971), Kalakuta Show (1976), ou Zombie (1977).
Par la suite, Tony Allen a continué à pondre de nombreux albums (dont un sextuple en 2001 sous le nom de The Allenko Brotherhood Ensemble) qu’il faut bien évidemment découvrir de toute urgence.

-Pour les fans de The Verve et de Blur : Cf. ci-dessus.


www.nuitsdefourviere.org
www.blognuitsdefourviere.fr

auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 25/07/2007

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