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Rock en Seine - samedi 25 août

2007

The Jesus And Mary Chain, Cold War Kids, Jarvis Cocker, CSS, The Fratellis, Hellogoodbye

Saint-Cloud (France)

du : 24
au : 26 août
Deuxième journée fort sympathique au festival Rock en Seine, avec du soleil, de la chaleur, des groupes en forme et… des bains de boue au Parc de Saint-Cloud. S’il reste encore quelques traces de la pluie sur le site, il faut vraiment le vouloir pour plonger dedans et se recouvrir de boue (comme l’ont fait un certain nombre de petits agités non loin de la grande scène) ; car le franc beau temps est de retour, et la majorité des festivaliers ont préféré s’immerger dans un océan de groupes variés et désireux d’en découdre scéniquement parlant… Pas aussi extraordinaire que le vendredi (avec Arcade Fire, The Hives, The Shins, Dinosaur Jr, Hey Hey My My, Rodeo Massacre, Dizzee Rascal, M. I. A. et Rock & Roll), cette journée de samedi restera malgré tout un excellent souvenir.

The Fratellis : des munitions pour remplir un juke box.

©Nicolas Joubard

Le marathon commence pour nous devant la grande scène, avec un bon concert des Fratellis, un power trio entre pop et boogie rock. Sorte de croisement habile entre T. Rex et les Libertines, la musique de ce combo plutôt puissant déménage réellement. Le chanteur/guitariste , sosie de Mark Bolan, se démène comme un beau diable en serrant les dents : on n’est pas là pour rigoler, le business du rock, c’est sérieux les gars, hein ! Ce côté trop pro est un peu dommageable, surtout qu’à cela s’ajoute un son trop fort et lourdingue, mais force est de constater que ce petit groupe (auquel s’ajoute une section de cuivre bienvenus sur quelques titres) a des munitions pour remplir un juke box de ses tubes avec refrains à gueuler en chœur au pub (Chelsea dagger, Henrietta etc)… A revoir sur une scène plus petite, l’effet étant sans doute décuplé dans ces conditions-là.

Hellogoodbye : anecdotique.

Peu de temps après sur la scène de la cascade, les Californiens d’Hellogoodbye ennuient assez rapidement avec leur pop rock FM assez anecdotique. Hellogoodbye , c’est un genre de Weezer encore plus propre ou une version 2007, ultra formatée et sans intérêt des Beach Boys. Le groupe fait preuve de bonne volonté, essaie de communiquer (« c’est la première fois qu’on vient jouer en France, blah, blah, blah… » ) mais ce qu’on retient c’est surtout ce sont des morceaux faits pour marcher avec des recettes éprouvées, mais qui ne fonctionnent pas vraiment.

Cold War Kids : Well, Well, Well...

©Nicolas Joubard

C’est tout le contraire pour les Cold War Kids, parachutés sur la grande scène en remplacement de la diva soul Amy Winehouse… Dès le début de leur set, on ressent un frisson, provoqué par la voix marquante et les musiques étrangement captivantes du groupe américain. Et l’on n’est pas le seul à ressentir cela, la majorité du public appréciant à sa juste valeur la prestation du quatuor ultra concentré, voire carrément en transe sur scène. Les gens tapent dans leurs mains, chantent les refrains, on se croirait à un concert de Coldplay… Sauf que là, il se passe quelque chose : l’alchimie entre le chant torturé, les guitares hargneuses, le piano sauvage, la basse insidieuse, la batterie sèche et les percussions originales fonctionne à merveille. Certes, on pense à Jeff et Tim Buckley, Tom Waits et John Lennon (brillamment repris lors d’un Well, Well, Well superbe) mais les compositions sont néanmoins furieusement originales, avec un son qui leur est propre et des atmosphères ultra personnelles. La tournée américaine avec les White Stripes qui se profile à l’horizon risque d’asseoir encore la popularité des Cold War Kids, un combo ultra doué, qui a toutes les cartes en main pour aller loin.

Jarvis Cocker : when I feel heavy metal !

©Nicolas Joubard

Evadé de Pulp pour évoluer désormais en solo, l’excellent Jarvis Cocker n’en a pas pour autant perdu ses habitudes de show man facétieux et drolatique. Son bon concert donné sur la grande scène de Rock en Seine l’a prouvé : savoureux discours en français incompréhensible, blagues joliment foireuses, poses de rock star, danse avec un foulard, imitation d’un poulet sautant de baffle en baffle... Jarvis est toujours le même… Le seul problème notable sera la tonalité franchement rock, voire hard rock/heavy metal de son concert… L’ingénieur du son mériterait une bonne fessée déculottée pour avoir tout mis à fond ! Voire le poste d’ingé son chez les métalleux prog rock soi disant torturé de Tool, en tête d’affiche ce jour même. Est-ce vraiment nécessaire d’avoir les cheveux et le pantalon qui vibre chaque que Steve Mackay touche sa basse ou que Mr Cocker s’approche du micro ? La réponse est : NON. Cela étant dit, la plupart des morceaux de l’album solo du brillant songwriter passent bien en concert, et s’il y a bien une ou deux faiblesses, l’énergie déployée pour vivre les morceaux emporte l’adhésion. Toujours classe, Jarvis se fendra d’un hommage – assez émouvant - à Lee Hazlewood (récemment disparu, le célèbre moustachu ne chantera jamais la chanson que Jarvis avait écrite pour lui), et d’une reprise finale – jouissive - de… Black Sabbath (Paranoïd). C’est bien ce qu’on disait plus tôt : Mr Cocker est d’humeur heavy metal ces jours-ci…

CSS : do ya think I’m sexy ?

Les CSS (Cansei de Ser Sexy) en ont –elle toujours marre d’être sexy et continuent à s’habiller comme Peaches ou avec des sac fluorescents… Qu’importe : le sex appeal de leur musique suffit amplement à chauffer le public, malgré un son franchement mal réglé. Comme à la Route du Rock quelques jours plus tôt, leurs hymnes électro rock, aussi faciles qu’imparables, fonctionnent à plein régime, avec un pic d’hystérie sur Pretend we’re dead de L7 et sur leur propre hit : Let’s make love...

The Jesus And Mary Chain : grand messe sonique.

©Nicolas Joubard

Tête d’affiche de la soirée pour les non fans de Tool (dont nous faisons partie), The Jesus And Mary Chain a parfaitement rempli son contrat pour son grand retour sur le devant de la scène : son cataclysmique, tirage de gueule intégral, communication minimale, morceaux génialement mélodiques et bruitistes… Ces gars-là ne respirent pas la joie de vivre, on sent qu’ils sont là dans un seul et unique but (la cachet, qu’on devine énorme) mais ils ont toujours le son qui tue, des morceaux éternels (Head on, Just like honey etc etc) et une influence incroyable sur la musique actuelle. Black Rebel Motorcycle Club et The Brian Jonestown Massacre , entre autres, n’auraient en effet pas sonné exactement pareil sans les attentats sonique perpétrés par les frères Reid en leur temps… Et oui, en 1985 sur l’album Psychocandy, c’était révolutionnaire (et génial) de mélanger sans vergogne (mais avec talent) des influences telles que Chuck Berry, le Velvet Underground, les Stooges, Phil Spector et les Beach Boys pour en faire des pop songs barbelées sur fond de mur du son, de textes désespérés et de mélodies sensuelles… En 2007, les morceaux complètement intemporels de Jesus And Mary Chain provoquent toujours des bouffées de joie et d’émotions contrastées sur les âmes sensibles, les mauvais coucheurs invétérés et les fans de rock ‘n roll mâtiné de pop sixties. Et ce n’est pas le ravage des ans sur les créateurs de cette musique qui risque de perturber cette grand messe sonique qu’est un concert de Jesus and Mary Chain… Toujours intransigeant sur le son (saturé à l’extrême !), le groupe écossais divise encore : de nombreuses personnes décrochent et fuient devant le déluge sonore, mais ceux qui restent passent un moment divin. Et, bonne nouvelle, les nouveaux morceaux tiennent la route ; décidément, les grands groupes ne meurent jamais… Désireux de prolonger ce bon moment et préférant éviter de tout gâcher avec le concert de trop, on en reste là pour cette journée de festival. Rendez-vous est pris pour dimanche.

A lire également, la chronique de la journée du dimanche : (Kings of Leon, Bat For Lashes, Björk, Devotchka, Bromheads Jacket, Mark Ronson, Housse de Racket)

Sites internet : www.rockenseine.com, www.myspace.com/rockenseine.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 27/08/2007

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