29/03/2020  |  5333 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 28/03/2020 à 15:36:48
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Roskilde Festival

2008

Gossip, Grinderman, MGMT, Radiohead, Kings Of Leon, Jay-Z, Gnarls Barkley, The Raveonettes, Jose Gonzales, Yeasayer, Santogold, Black Mountain, Digitalism, Band Of Horses, Tokyo Police Club, Salomon Burke, Cat Power, Bonnie Prince Billy, Teitur

Rosklide (Danemark)

du : 3
au : 6 juillet
Créé en 1971, le festival Roskilde est l'un des rendez-vous incontournables du circuit européen pour les artistes du monde entier... La raison de ce succès est assez simple : tous les ans, entre 75 000 et 100 000 personnes se pressent chaque jour dans l'enceinte de cet énorme festival. Celui-ci comporte 7 scènes devant lesquelles l'ambiance - ultra festive, très bon enfant et franchement familiale - est un véritable must... Avec pareille réserve de public, il est "facile" de se payer des têtes d'affiche d'envergure mondiale comme Radiohead, Neil Young, Jay-Z, My Bloody Valentine ou les Chemical Brothers, ce qui contribue à la renommée de ce grand raout estival. Les fans de musique venus de l'Europe entière s'acquittent sans broncher de la somme de 200 euros pour rester pendant 4 jours dans une véritable ville accueillant en parallèle des concerts (dans tous les styles possibles), un cinéma, une boite de nuit, un skate park, une cathédrale de silence, une patinoire, un lac pour nager, un lac pour pêcher, des plages, des supermarchés, une gare et - bien sûr - d'immenses campings.

Sorte de mélange réussi entre les festivals de Glastonbury en Angleterre (le gigantisme et le temps, souvent pluvieux), Benicassim en Espagne (la programmation indie pop rock classe, le rassemblement de gens beaux, en bonne santé et pas exactement dans le besoin ) et les Vieilles Charrues en Bretagne (pour l'ambiance de fête intergénérationelle et un mélange des genres assez audacieux entre pop consensuelle danoise, têtes d'affiche internationales classieuses - electro/pop/rock/soul - ou heavy metal daté : Judas Priest), le Roskilde Festival permet de se plonger quatre jours durant dans un incroyable bain de foule en écoutant en bonne compagnie - ah, le charme des Danoises ! - les meilleurs groupes du monde. Retour sur un week end musical de rêve au pays des gentils Vikings...

Jeudi 3 juillet :

Les choses sérieuses commencent dès le premier jour puisque les superstars de Radiohead sont attendues sur la scène Orange à 22 heures pétantes... La foule déjà très compacte (67 000 spectateurs ont acheté un forfait 4 jours, plus les bénévoles, les invités etc etc) n'a pas de soucis à se faire pour patienter avant les Anglais : la programmation est copieuse.

Duffy :

C'est donc un véritable ras de marée humain qui s'abat vers 18h sur la Roskilde Arena - un chapiteau de la taille d'un zénith situé à l'entrée du site. Impossible d'approcher de la scène, mais ça ne fait rien, c'est la très "variété soul" Duffy qui officie sur les planches. Pas de quoi fouetter un chat...

Juste le temps de déguster une bière Tuborg (sponsor du festival), de découvrir un peu le gigantesque site, ses immenses allées peuplées d'une foule bigarrée (jeunes, moins jeunes, personnes vraiment âgées, handicapés, parents avec bébé... ) et la propension des Danois à uriner absolument sans aucune gêne partout (quel que soit leur sexe !), et l'on se retrouve devant la monumentale scène orange placée devant un site grand comme deux terrains de foot...

Teitur :

C'est une des vedettes locales, le songwriter pop folk Teitur, qui joue sur scène, et il fait un triomphe. Son répertoire inégal comporte de belles réussites, mais le lieu semble quand même un peu grand pour ses petites chansons intimistes, même s'il est accompagné d'un groupe complet. Sa prestation au festival Europavox en 2006, dans un lieu beaucoup plus petit il est vrai, était plus marquante.

MGMT :

Il est déjà temps de rejoindre le Roskilde Odeon - un chapiteau de grande taille - pour assister à la prestation très attendue des New Yorkais de MGMT. Entourés par un groupe au taquet, les deux protagonistes du groupe se mettent le public dans la poche en deux temps trois mouvements avec leur mix sexy entre pop, rock, psychédélisme, funk et electro. Habillé comme un shaman croisé avec Keith Richards, le chanteur/guitariste varie admirablement les ambiances délivrées par sa voix malléable à l'envi. Les hits se succèdent à un rythme soutenu (Time to pretend, Electric feel, Week end wars, Pieces of what, The Youth et le génial Kids en final triomphal), et ils sont entrecoupés par des parties plus psychédéliques de nature à faire planer dans de hautes sphères. Et l'on commence à se dire que Roskilde, quand il ne pleut pas, c'est le paradis sur terre : MGMT en grande forme sur scène, de la bière de bonne qualité, un soleil radieux, des top models partout (une véritable torture, d'autant qu'elles ont souvent les seins gonflés par le désir de vivre... ), une ambiance "peace and love" facon Woodstock...

Gossip :

Après ce très bon moment, se pose le premier dilemme du festival : faire la queue pour renter dans le mosh pit protégé (pour éviter les mouvements de foule et les drames comme celui de 2000 : 8 morts) afin de voir une énième fois Radiohead ou assister à la prestation des démoniaques Gossip. Notre sang ne fait qu'un tour : Radiohead a un peu tendance à nous fatiguer avec ses côtés sérieux, moralisateurs et mercantiles, direction l'Odeon pour Gossip donc. Dès les premières secondes du show, on s'autofélicite : Beth Ditto et son armada punk funk démontrent devant nos yeux et nos oreilles ébahis une propension à électriser n'importe quel auditoire ! Entre punk diabolique, soul à la Janis Joplin, rock bruitiste et electro dance hédoniste, Gossip en met plein la vue aux festivaliers, totalement ravis... Cette femme au physique hors norme possède un don unique pour communiquer sa foi en sa musique et faire partager aussi bien ses idées pro homos que ses douloureuses peines de coeur. Devant pareille démonstration, on a souvent très envie de la serrer fort dans nos bras pour la réconforter et la remercier, quand on ne pense pas à bouger son corps comme un petit hystérique. Et l'on n'est pas le seul à être enthousiaste : les tubes du groupe sont accueillis de manière hyper enthousiaste par la foule, qui n'en revient pas d'assister à pareille fiesta sonique : Yr mangled heart, Standing in the way of control, Heavy kross etc etc. Si Beth Ditto est une performeuse de génie, l'excellent guitariste, la puissante batteuse et le furieux bassiste/clavieriste ne sont pas étrangers non plus au succès retentissant de cet hallucinant show. Désolée que le public ne puisse assister au concert de Radiohead - qui a commencé - Beth se lance au cours du live de Gossip dans une reprise a capella drolatique de Creep.

Radiohead :

Après cette prestation positivement remuante, le show calibré et lointain de Radiohead dégage un léger sentiment d'ennui, malgré la qualité des morceaux interprétés et l'impressionnant light show. Pas sûr que ces gens là croient toujours en ce qu'ils font... Les quelques mots bredouillés par Thom Yorke accréditent d'ailleurs cette thèse : ils sonnent faux et distants après les incantations poignantes de Gossip, qui restera comme le point culminant de cette première soirée de feu au festival Roskilde.

Vendredi 4 juillet :

La journée du vendredi au festival Roskilde est un bon exemple de ce que peut offrir ce festival : une flopée de groupes "découvertes" ou non consensuels accueillis comme des héros par un public en liesse. Un exemple : Nick Cave et son projet rock bruitiste Grinderman a droit au même accueil que Radiohead sur la grande scène, devant 50 ou 60 000 spectateurs...

Band Of Horses :

En ce joli 4 juillet, jour de fête nationale américaine, c'est Band Of Horses qui ouvre le bal devant une foule compacte de 10 000 personnes sous la Roskilde Arena. Désormais superstars, les Américains sont acclamés comme des têtes d'affiche. Tant mieux pour eux, mais leur virage "classic stadium rock" grandiloquent à la U2 n'est pas une excellente idée, à notre humble avis. On préférait, et de loin, le son du premier album, à l'époque de leur passage à la Route du Rock, en 2006 ; il reste néanmoins une voix magistrale et un savoir faire impressionnant pour écrire des chansons qui accrochent l'oreille. Le chanteur en fait malgré tout beaucoup trop... Reste le titre The Funeral, toujours incroyablement émouvant. Et cette phase pleine de bon sens du leader de Band Of Horses : "Vous avez vraiment les plus belles femmes du monde ici !" Bien vu monsieur, il faudrait être aussi clairvoyant pour votre musique...

Gnarls Barkley :

Juste après sur la grande scène baignée de soleil, le chanteur de Gnarls Barkley, l'imposant Cee-Lo vante, lui, la qualité irréprochable des poitrines danoises ; on peut être artiste et savoir apprécier des choses simples... Sinon, musicalement parlant Gnarls Barkley emporte l'adhésion grâce au show de Cee- Lo, l'homme à la voix soul en or. Entre deux ou trois blagues salaces et autres facéties, l'impressionnant bonhomme habite littéralement les morceaux écrits par Danger Mouse (planqué à l'orgue sur scène). Attention, malgré le caractère pro et carré du concert, la pop ' n soul sacrément groovy de Gnarls Barkley provoque des sensations de bien être incontrôlées !

Kings Of Leon :

Après s'être sustenté avec comme fond musical et visuel lointain le bon concert de Vieux Farka Toure, le fils du légendaire bluesman africain Ali Farka Toure, retour devant la grande scène pour communier avec les quatre fils de prêtre de Kings Of Leon. Toujours impressionnant sur les planches, le combo américain a fait une nouvelle fois preuve de son savoir faire pour lancer une folle cavalcade rock 'n roll à base de tubes aussi accrocheurs et rugueux qu'authentiques et crasseux... Au programme, entre autres : Molly's Chambers, On Call, My Party et Charmer en rugissant final, plus de nouveaux morceaux prometteurs. Le tout envoyé en serrant les dents (allez, un petit sourire les gars !), pied au plancher et avec une énergie et une virulence inégalables. Malgré une petite baisse de régime en milieu de set, les Kings Of Leon ont prouvé sur la scène de Roskilde qu'ils formaient une machine de guerre scénique inattaquable. Leurs armes : batterie implacable, basse reptilienne, guitares tranchantes et chant volcanique... La Classe !

Santogold :

Il est temps maintenant de faire bouger son popotin au son des pop songs épicées de l'Américaine Santogold, auteure d'un premier album de nature à illuminer une journée entière . Malgré la très faible durée de son set et ses propos un peu trop niais entre les morceaux (on croirait presque entendre cette endive de Celine Dion), la très en forme chanteuse a fait une éclatante démonstration de ses talents pour mixer dans sa centrifugeuse sonique electro, pop, R&B, reggae, soul, world et rock. C'est frais, explosif et roboratif, aucun doute là dessus ! Et le public chauffé à blanc de la Cosmopol (encore un immense chapiteau) l'a bien compris : il s'est lancé dans force danses groovy.

Grinderman :

Place maintenant au plat de résistance de la soirée avec le show tétanisant de Grinderman, le nouveau groupe rock bruitiste de l'immense Nick Cave. Arpentant la monumentale scène comme un lion en cage à la recherche de sexe, notre homme et ses trois musiciens (une section rythmique en acier trempé et l'homme des cavernes complétement fou Warren Ellis au violon, à la mini guitare fuzz/wah wah et aux percussions diaboliques) ont littéralement brulé les planches avec un set en forme de boulet de canon bruyant, violent et dissonnant. Les imprécations du prêcheur avec de nombreuses idées derrière la tête (baiser à tout prix, se comporter comme un fou dangereux), ses embardées guitaristiques vrillantes et l'infernal vacarme de ses acolytes électrocutent le public sur place, sans le tuer, mais en l'irradiant d'une folle envie de tout casser... Avec entre autres Get it On, No Pussy Blues, Love Bomb, Go tell the Women et un nouveau titre des Bad Seeds en rappel, on peut vraiment dire que le public en a eu pour son argent avec le freakshow rock ' roll de Grinderman !

Yeasayer :

Le périple nocturne se termine (pour nous) avec le très joli concert des Américains de Yeayayer sous le Pavillon, un chapiteau un peu plus petit que les autres et du coup plus convivial. Ravi de jouer au Danemark le jour de leur fête nationale, partant pour démontrer au public les immenses qualités de leur répertoire sautillant et aérien (cf l'album All Hour Cymbals), le groupe propose un set rafraîchissant, tourbillonnant et marquant. Les voix célestes, les harmonies vocales ultra pop, les guitares sidérantes et les rythmiques intenables s'unissent pour créer une pop world psychédélique et dansante. A voir absolument sur scène !

Samedi 5 juillet :

The Ting Tings :

Illuminée par la prestation remarquable de l'éternel Neil Young (lire la chronique de son inoubliable concert), la journée du samedi 5 juillet fut également riche en bon moments. Dès 12h30, The Tings Tings se font forts de faire bouger le public avec les hits en or massif (Shut up and let me go, That's not my name, Great DJ, Be the one etc etc) présents sur leur très festif album We Started Nothing.

Jose Gonzales :

Jose Gonzales, quant à lui, réussit à donner un concert très intimiste dans un chapiteau bondé, enthousiaste et ultra respectueux (merci les Danois)... Sa voix et ses arpèges de guitares magiques ne manquent pas de transpercer le coeur des aficionados de folk pop enchanteresse. Cerise sur le gâteau, les reprises à couper le souffle de The Knife - Heartbeats - et Massive Attack, Teardrops.

Tokyo Police Club :

Juste après, les Canadiens de Tokyo Police Club font bonne impression dans un style Strokes énervés et souriants.

Salomon Burke :

Un peu plus tard, le grande revue soul de Salomon Burke réchauffe le coeur... Assis sur son trône, entouré par un groupe honnête, l'homme à la voix en or massif interprète les plus grands tubes de la soul avec maestria et professionnalisme. Même si l'on voit bien pourquoi il est là - pour gagner un joli paquet d'argent -, commet il chante admirablement et fait le show entre les morceaux, on repart content d'avoir croisé la route d'un légende vivante de la soul music.

The Raveonettes :

Après la fin du set de Neil Young, les Raveonettes font un tabac à domicile devant une véritable marée humaine qui les acclame à chaque occasion. Toujours aussi bon ce groupe danois au regard tourné vers les fifties et les sixties !

Chemical Brothers :

Juste après les Chemical Brothers font leur boulot : transformer une immense pelouse en dance floor géant. En pilotage automatique depuis trop longtemps, le duo assure le minimum syndical.

Black Mountain :

Pour finir la soirée sur une bonne note, Black Mountain donne un concert d'anthologie avec son heavy rock furieusement psychédélique. Ce groupe là est un ovni noir scintillant dans la nuit... Sa musique métallique, viscérale, planante et ennivrante provoque des hallucinations de fort belle tenue en live (comme sur le disque In The Future) ! Un trip à essayer de toute urgence si vous avez un jour rêvé d'une infernale rencontre entre Pink Floyd et Led Zeppelin...

Dimanche 6 juillet :

A Kid Hereafter :

Le festival se termine par une dernière journée pluvieuse, malheureusement. La star locale A Kid Hereafter offre un superbe set facon Mercury Rev/Flamings Lips au nombreux public de l'Astoria (une véritable salle de concert montée de toutes pièces pour le festival !). Bien allumé, le chanteur ressemblant à un savant fou vocalise joliment sur des symphonies pop psyché.

Cat Power :

Malheureusement Cat Power et son groupe n'ont pas le même enthousiasme ; Chan Marshall fait le minimum car elle est fatiguée et énervée par la mauvaise qualité du son, son groupe l'accompagne sans conviction. C'est triste de voir ça quand on sait à quel point Cat Power peut nous transporter de joie quand elle est en forme...

Bonnie Prince Billy :

Bonnie Prince Billy est lui plutôt de bon poil, il blague entre les morceaux, demande des champignons hallucinogènes au public et offre un set - 100% country folk - de bon aloi. On aurait préfèré un concert plus folk rock comme aux Eurockéennes de Belfort 2005, mais Will Oldham n'est pas du genre à transiger : et en ce moment, c'est à fond dans la country ! Donc acte. C'est à cet instant précis que les éléments se déchaînent et que le déluge s'abat sur le festival Roskilde.

Jay-Z :

La prestation ultra pro de Jay-Z ne souffre toutefois pas de cet état de fait : le public danois est chaud bouillant même sous l'averse ! Le show mainstream, souriant et énergisant de Jay-Z et de son groupe fonctionne à plein regime : grâce au flow imparable du rappeur américain, à ses tubes interplanétaires et à sa bonne humeur communicative, on oublierait presque le côté consensuel de ce concert best of des familles. Mais il y a là de quoi lever les mains en l'air et passer un bon moment.

Le festival se termine avec une prestation impeccable des électroniciens allemands de Digitalism. Venus en voisins et gonflés à bloc, le deux musiciens s'y entendent parfaitement pour attiser le désir et faire péter les plombs de leur auditoire. A ce niveau, c'est du grand art ! Parfaite conclusion pour un festival de rêve donc. Si l'on est fan des grands festivals, le voyage à Roskilde au Danemark est vivement recommandé...

Sites internet : www.roskilde-festival.dk (toutes les photos sont extraites de ce site), www.myspace.com/roskildefestival, www.myspace.com/bandofhorses, www.myspace.com/gnarlsbarkley, www.myspace.com/kingsofleon, www.myspace.com/santogold, www.myspace.com/grinderman, www.myspace.com/josegonzales, www.myspace.com/thetingtings, www.myspace.com/kingsolomonburke, www.myspace.com/blackmountain.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 16/07/2008

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