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Route du Rock - vendredi 14 août

2009

My Bloody Valentine, Deerhunter, A Place To Bury Strangers, Crystal Stilts, Tortoise, Marissa Nadler, Mark Kozelek, The Delano Orchestra

Saint-Malo (France)

du : 14
au : 16 aout
Meilleur festival français avec les Transmusicales de Rennes et une poignée de rares rassemblements musicaux ne faisant pas dans le tout commercial, La Route du Rock permet chaque année de passer trois jours idylliques dans un cadre paradisiaque sans avoir à supporter les têtes d’affiches fédératrices (et souvent lamentables ) qui servent à rameuter les foules dans les autres grands raouts estivaux. Ce n’est surement pas à Saint-Malo qu’on nous infligera les shows convenus et calibrés pour les masses de Bénabar, Tryo, Yodelice, Anaïs, BB Brunes ou encore Olivia Ruiz !

Car, loin de se vautrer dans une programmation consensuelle, La Route du Rock maintient le cap depuis 19 ans en invitant à chaque édition le meilleur de ce qui se fait en pop, folk, rock et électro, que les groupes soient des découvertes à peine sorties du nid ou des artistes à la fois confirmés et classieux… Résultat des courses sur l’infernale autoroute du rock : malgré ses difficultés financières, le festival malouin propose encore une fois en 2009 l’une des affiches les plus originales et intéressantes de l’été. Nous sommes à des années lumières des festivals uniquement faits pour attirer le chaland, faire consommer à la chaîne du prédigéré et entraîner une overdose fatale de musique aseptisée. Très réussie au niveau artistique, l’édition 2009 de la Route du Rock s’est en plus déroulée sans la moindre goutte de pluie… Le rêve ! Compte rendu du vendredi 14 août :

Mark Kozelek Comme tous les ans, le festival a lieu à la fois en plein air au Fort de Saint-Père, le soir, et dans le cadre intimiste au Palais du Grand Large, dans l’après midi. C’est là que le concert (dont nous raterons la plus grande partie malheureusement) de Mark Kozelek a lieu. L’ex leader des Red House Painters, évolue entre pop dépressive, folk décharnée et embardées espagnoles réussies… Le magnifique dernier morceau de son set - à la fois lancinant, magistral et chaotique - permet de rentrer de plain-pied dans l’édition 2009 de la Route du Rock Collection été… Grâce à une voix gravement mélancolique, à un jeu de guitare très inspiré et à un songwriting de haute volée. Le seul et unique morceau aperçu nous a donné envie de nous replonger dans l’oeuvre de ce ténébreux artiste.

Marissa Nadler

Juste après, au même endroit (et en même temps que le concert de The Delano Orchestra à la plage, qui a fait forte impression auprès des personnes présentes) l’envoûtante country folk pop de Marissa Nadler autorise la divagation de l'esprit dans de très hautes sphères. Entourée par de sobres et talentueux musiciens, la discrète chanteuse jette un sort sur son auditoire avec sa voix admirablement maîtrisée de sirène et ses compositions hyper planantes. En évoluant sans chichi et en évitant les démonstrations vocales par trop techniques, Marissa Nadler va à l’essentiel, entraînant irrémédiablement dans les méandres d'une aérienne mélancolie évoquant Liz Frazer des Cocteau Twins… Ce qui n’est pas rien !

Crystal Stilts

Direction le Fort de Saint-Père (qui se situe à 20 minutes en voiture) pour le premier acte du festival 2009 en plein air. Après le traditionnel embouteillage pour rentrer et la découverte d’un site aménagé pour protéger ceux qui se restaurent des éventuelles intempéries, on entre directement dans le vif du sujet avec le rock velvetien en diable de Crystal Stilts, un groupe possédant l’art et la manière de trousser des rock songs droguées chantées à la Lou Reed et jouées comme un Velvet Underground jammant avec Jesus And Mary Chain et Joy Division. C’est joliment basique, très énervé et témoigne d’un saine ardeur mélodique, tout en restant bruitiste. Il y a donc là de quoi se lancer dans un trip psychédélique sur le thème de la sainte trinité "sex and drugs and rock ‘n roll". Ce qui n’est pas fait pour déplaire aux fans de musique classieusement sombre... et ce même sous le chaud et éclatant soleil malouin.

Deerhunter

Jusqu’ici tout va bien dans cette très courue soirée rock : les concerts sont d’un très bon niveau et l’ambiance monte progressivement en attendant la grand messe sonique organisée à l’occasion du retour inespéré de My Bloody Valentine. Le meilleur concert de la soirée (à notre avis bien évidemment), celui qui nous a emporté le plus loin et laissera l’impérissable souvenir d’une découverte marquante sera celui des virevoltants Américains de Deerhunter. Emmené par le petit génie indé Bradford Cox, ce groupe d’Atlanta (responsable d’un disque vivement conseillé intitulé Microcastle) réunit dans sa musique tous les ingrédients propices au décollage halluciné : un coté violemment psychédélique, des envolées bruitistes à la Sonic Youth, une touche pop acidulée avec des chœurs célestes et des expérimentations sonores très fécondes. Cela donne un set proprement magistral délivré par un groupe à la fois inspiré, résolument original et à des années lumières des clichés de rock stars. A voir absolument sur scène !

Tortoise

Juste avant le peu charismatique mais mythique groupe de Kevin Shields, un autre combo hyper influent et important dans l’histoire du rock, Tortoise, se lance dans une prestation enlevée et majoritairement percutante, entre krautrock pénétrant, jazz barré, world déjantée et post rock panoramique.

Si certaines parties du concert laissent froid car trop kitsch et trop "soft rock instrumental" à nos oreilles, de très nombreux passages permettent d’entrevoir très clairement les pittoresques paysages esquissés par cette troupe de musiciens hyper virtuoses… Les géniaux multi instrumentistes de Tortoise, à la fois infatigables touche à tout et curieux à l'égard de toutes les musiques, sont toujours capables de sacrées fulgurances scéniques en 2009.

My Bloody Valentine

Tout est en place pour le moment tant attendu, des murs d’amplis ont été érigées sur scène, tout est branché sur le 200 000 volts, les limiteurs de son ont été trafiqués… Le tatillon (voire maniaque, il rappellera souvent à l’ordre son technicien guitare et l’ingé son chargé des retours) leader de My Bloody Valentine s’avance vers le micro pour dire un sobre "bonsoir" avant de tester pour la première fois sa guitare thermo nucléaire : CRRRRRRRRR !!!!! L'on se dit que Les tympans vont être mis à rude épreuve au Fort de Saint-Père, comme prévu.

C’est parti pour un concert d’une heure quinze en forme de madeleine de Proust sonique : un admirable mur du son est bâti par le quatuor sur chaque morceau. La batterie claque, la basse gronde, les samples de claviers triturés partent en vrille, les voix torturées sont souvent inaudibles et les guitares tentent avec succès de créer un holocauste sonore complètement bouleversant. Si l’on est fan de Loveless, et si l’on n'est pas un pique assiette en goguette ou un journaliste ivre mort retranché dans le carré VIP avec les professionnels de la profession, ces instants de bonheur extrême sont tout simplement mémorables.

Car My Bloody Valentine réussit à donner une version hyper convaincante de ses chefs d’œuvre de pop shoegaze aussi oniriques, cauchemardesques que tétanisants ou enthousiasmants. L’injection de cette dose quasi létale de décibels envoie au septième ciel… avant l’apocalypse finale de bruit blanc, un peu too much. Il fallait s’en douter, ce malstrom de guitares concassées et de samples décapants, ces voix admirablement noyées dans un océan de bruit – on s’en fout, on a toutes les parties vocales en tête -, sont une forme non définitive - heureusement ! - de suicide collectif permettant d’atteindre le nirvana.

Aucun espoir d’en réchapper n’est permis, la mort est au bout du chemin. Une très belle (petite) mort suivie d’une résurrection immédiate. Après le déluge de décibels, on peut dire "Ouf !" : on a survécu au dément concert de My Bloody Valentine !

A Place To Bury Strangers

Un peu dur de se reprendre une rasade de rock bruitiste juste après MBV, mais finalement l’énergie maléfique et le côté percutant des compositions des dangereux agités du bocal de A Place To Bury Strangers emporte le morceau grâce à leur présence scénique et à leurs démoniaques morceaux. Le jusqu’auboutisme hyper rock 'n roll de ce super power trio est si épatant, qu’il réussit presque à faire oublier à notre système auditif la divine torture qu’il vient de subir avec la très saignante Valentine. Pas totalement toutefois, car l’esprit de My Bloody Valentine habite la musique d’A Place To Bury Strangers, un groupe qui ne sonnerait pas comme ça si un groupe n’avait pas fait paraître un album du nom de Loveless en 1991. La démonstration de force et de puissance des New Yorkais laisse pantois. Et c’est à grand peine qu’on quitte les lieux à la fin de leur set, joyeusement lessivés par cette première soirée de La Route du Rock 2009.

Sites internet : www.grandcrew.com/2009/route-du-rock (vidéos et interview sur la Route du Rock 2009), www.blogotheque.net/Route-du-Rock (nombreux live acoustiques à la Route du Rock 2009), www.laroutedurock.com, www.myspace.com/laroutedurock, www.facebook.com/routedurock, www.myspace.com/mybloodyvalentine, www.mybloodyvalentine.co.uk, www.myspace.com/crystalstilts, www.markkozelek.com, www.myspace.com/markkozelek, www.marissanadler.com, www.myspace.com/songsoftheend, www.aplacetoburystrangers.com, www.myspace.com/aplacetoburystrangers, www.myspace.com/deerhunter, http://deerhuntertheband.blogspot.com, www.trts.com, www.myspace.com/tortoise, www.myspace.com/thedelanoorchestra.

Photos live : Sidonie Gaucher, sidonie@silencio.fr




auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 03/09/2009

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