15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Printemps de Bourges - samedi 17 avril

2010

Chain And The Gang, Mustang, Ben Sharpa, Gizelle Smith & The Mighty Mocambos, Lexicon, Solillaquists Of Sound, Sexy Sushi, The Bloody Beetroots Death Crew 77, Crookers

Le 22, le Phénix, le Palais d'Auron, Bourges (France)

du : 13
au : 18 avril
Les concerts de Daniel Johnston et The Brian Jonestown Massacre à L'auditorium de Bourges ayant parfaitement lancé la dernière journée (pour nous, car dimanche il y a encore les très peu enthousiasmants Danakil, Tété et Diam's... ) du Printemps de Bourges 2010, c'est gonflés à bloc et le cœur léger que nos comptons bien mordre à pleines dents dans les très nombreux spectacles organisés qui au Théâtre Jacques Coeur, qui au 22 d'Auron, qui au Palais d'Auron, qui au Phénix... Il y a donc encore de quoi découvrir un nombre incalculable d'artistes !

Mustang

On commence par faire un petit tour dans le très beau cadre du Théâtre Jacques Cœur où Mustang officie en première partie d'Arnaud Fleurent-Didier, que nous ne pourrons malheureusement pas voir. Les progrès accomplis en un an – le groupe était sélectionné aux Découvertes ici-même en avril 2009 – sont remarquables : on sent le trio beaucoup plus décontracté et à l'aise... Si Jean Felzine joue toujours son rôle de leader/chanteur/guitariste/pianiste ultra looké et bravache, il a appris à sourire et à parler au public, ce qui est visiblement très apprécié par le Théâtre Jacques Cœur, très chaleureux. La section rythmique (basse, batterie + chœurs) est elle aussi en forme : carrée et soudée, elle pousse joliment au cul le songwriter de Mustang. Cela donne un très bon concert où Je m'emmerde, Anne Sophie et Maman chérie (entre autres) sont servis accompagnés de reprises bien senties de Little Doll des Stooges et de Chez les Yéyés de Gainsbourg. Ce mélange épicé entre le rock fifties d'Elvis, le Diddley Beat, la chanson pop et le rock 'n roll semble avoir séduit l'assistance qui gratifie le combo clermontois d'un rappel. Bien joué !

Ben Sharpa

On enfourche notre puissant destrier (non pas un mustang, mais un vélo pour femmes) pour rejoindre en quatrième vitesse le 22 d'Auron où une chaude nuit entre hip hop, rock vintage et soul music s'annonce particulièrement alléchante... Le premier artiste à fouler les planches est le rappeur sud africain Ben Sharpa, qui se lance dans un set hip hop revendicatif, enlevé et remonté. L'attitude franche du collier et simple du Monsieur, son flow bien assuré et ses morceaux aussi carrés que directs (du hip hop avec une petite touche d'afro world) ont de quoi séduire, même si l'on n'est pas un fan absolu de rap avec énormes basses. Signé chez Jarring Effects (un très bon label lyonnais), Ben Sharpa écume actuellement la France et l'Europe, avis aux amateurs !

Chain And The Gang

Place au grand moment de rock & soul de la soirée, le set hallucinant et puissamment classe de Chain And The Gang, le nouveau projet du mythique chanteur de The Make Up, Ian Svenonius... Ce show man évoquant un croisement réussi entre un personnage de Pulp Fiction, le méchant dans la planète des singes, un maquereau dans un film blaxploitation et un révolutionnaire a véritablement le feu sacré en lui : non content de chanter comme un rocker très soul, il danse, se contorsionne de partout et fait des ciseaux avec ses jambes, le tout en impeccable costard blanc... Notre homme est parfaitement accompagné par un guitariste/organiste, peu souriant mais excellent, et une rythmique basse/chœurs batterie très qualifiée pour le rôle. La très craquante bassiste hispanique à moue boudeuse provoquant quelques sueurs chaudes avec sa petite jupe en cuir son joli minois, sa voix arrogante et ses lignes de basse bien tricotées. Hou la la, chaleur !

Chez les explosifs et superbement instables Chain And The Gang, on ne sait jamais à quoi s'attendre : un titre de rock garage avec guitare crade et hurlements, de la soul susurrée, du rock and soul mâtiné de pop ? Chaque titre est différent du précédent, la constante étant les textes très à gauche et bien sentis sur la soi disant liberté qu'apporte le capitalisme, internet et tous les pseudo progrès apportés par la modernité surveillée. Ian Svenonius arrive à rendre la politique et la perspective d'une révolution sexy, un exploit de très grande tenue, réalisé en dansant comme un maniaque avec un sourire édenté et une touffe de cheveux absolument improbable. Grand groupe, grand chanteur, grand concert !

Gizelle Smith & The Mighty Mocambos

Le temps de discuter dehors dans l'espace aménagé pour les fumeurs ou les gens aimant prendre l'air et de constater qu'un bar gratuit servant du Jack Daniels vient d'être ouvert (quelle excellente initiative pour la lutte contre l'alcoolisme des jeunes et moins jeunes !) et Gizelle Smith & The Mighty Mocambos est déjà sur scène... Malgré le le peu de temps où on a eu le privilège de la voir évoluer sur scène dans son petit collant noir ultra moulant (cette soirée devient décidément un peu difficile à supporter, la température corporelle montant constamment... ), la très en forme Miss Smith et son groupe de feu (cuivres etc) nous a positivement ravi avec son Funk & Soul Rhythm and Blues particulièrement relevé. La beauté d'ébène basé entre Londres et Hambourg a une voix gorgée d'âme qui est vraiment à se damner, ses morceaux sont des classiques bien foutus et les arrangements sonnent " vintage " sans être poussiéreux. La CLASSE !

Lexicon

Juste après, on ne pourra pas dire que c'est la classe ! Le groupe de hip hop rock américain Lexicon étant en effet composé d'une bande de hooligans traumatisés par les Beastie Boys, le disco funk, les Red Hot Chili Peppers et le rock FM aussi festif que putassier. C'est vraiment n'importe quoi, cela ne ressemble à rien, ça tire sur toutes les grosses ficelles mais... en concert, avec un gros coup dans le nez (merci messieurs Kronenbourg et Daniels...) , c'est juste jouissif ! Un pur moment de régression bas du front. Fuck yeah ! Buvant du Jack (sponsor de la soirée donc) au goulot comme si c'était de la Volvic, cette bande de poivrots débarqués de Los Angeles a l'alcool très sociable et l'enthousiasme communicatif... Les deux frères qui rappent et racontent conneries sur conneries – les tentatives de textes en français sont d'une jubilatoire débilité – font réellement plaisir à voir et à entendre, avec en bande son un hip funk rock bien dégueulasse...

Le groupe qui accompagne les deux galopins est aussi improbable que les chanteurs : le taux d'alcoolémie aidant, on a l'impression que le guitariste ressemble à l'âne bâté David Guetta, le chanteur à bouclettes à Nicolas " ado forever " Sirkis, son frère hurleur à Axl " fuckin' " Rose et le bassiste... vraiment à rien du tout. Lexicon : un joyeux bordel idéal pour la débauche !

Solillaquists Of Sound Sexy Sushi

Jolie surprise que celle proposée par le collectif américain (d'Orlando en Floride), Solillaquists Of Sound, qui dévoile un set entre hip hop, rock et soul très bien accueilli par un public de feu... Comment en effet rester insensible et immobile devant un tel déferlement de hits à la fois conscients, bien écrits et d'obédiences extrêmement variées ? C'est impossible !

Le mélange des voix féminines et masculines, la diversités des sons généreusement offerts – hip hop rentre dedans ou délicat, drum 'n bass énervée, passages soul trip hop plus calmes – les changements de rythmes et la qualité des bandes sons convainc durablement, donnant envie d'en entendre très rapidement plus sur scène en live.

Sexy Sushi

A partir de ce moment là, la soirée tombe franchement dans une sorte de fête déglinguée très drôle et propice au dérapage non contrôlé... On quitte le 22 d'Auron pour se rendre à la très courue Rock 'n Beat Party au Palais d'Auron, qui est déjà bien entamée. Et après une petit attente en compagnie d'une bande de bambocheurs invétérés (la salle est prise d'assaut), on tombe avec grand joie sur le set de Sexy Sushi, un gratiné, audacieux et très racoleur mix électro punk entre Mylène Farmer, Alizée, A Cause des Garçons et Les Bérus envoyé rudement par le duo Rebeka Warrior et Mitch Silver (de Nantes, avec la méconnaissable Julia Lanoë de Mansfield TYA aux outrages vocaux et physiques), accompagnés par un maitre de cérémonie avec cagoule noire du KKK (bouh, on est effrayé !).

Au menu : pseudo rébellion à peu de frais, une sorte de grand défouloir déjanté (mais calculé pour faire les poches des kids), une manière d'exorciser la frustration sexuelle des adolescents et de les rendre dingue en parlant du Sex appeal de la policière, de Rachida D., de Cheval et de Bling Bling Bling... La dominatrice, franchement excitée et assez sexy dans ses atours androgyne torse nu avec bout de scotch sur les seins, qui officie au micro dégueule ses paroles et insultes pour le moins décalées, sexuelles et provocantes avec une jubilation palpable... Certes, ça ne va pas chercher bien loin (à part Christine Boutin et ses fous de Dieu, qui est choqué par ça ?), mais c'est idéal pour hurler en chœur des inepties, sauter en l'air comme un taré et faire le con entre amis...

Ce qui semble être le but du public et des artistes sur scène : innocent arbuste consciencieusement arraché (et l'écologie, bordel de merde !), lâchers de jurons à la chaine (" bande de bourgeois ! "), envahissement organisé de la scène, slam sur les gens (" jusqu'au fond, putain ! ")... Si l'écoute en solo sur disque ne nous viendrait pas l'idée, le trip scénique de Sexy Sushy vaut le détour s'il est très tard dans la nuit et si l'on est parti pour s'en mettre une sévère... On ressort du Palais d'Auron en méditant cette phrase mémorable signée Sexy Sushi : " le sex appeal de la policière me fait mouiller devant, derrière / elle m'attache avec ses menottes, la policière se déculotte... " Ah, oui, quand même, c'est pas du Jean d'Ormesson ! Bloody Beetroots Death Crew 77 The Bloody Beetroots Death Crew 77

Dans le Phénix (rempli à ras bords de gens très chargés), c'est une véritable bombardement de beats et de cris : une orgie techno electro punk avec un canardage en règle de boum boum couplé avec moults vociférations saturées dans le micro. Ce sont les salement électrisants The Bloody Beetroots Death Crew 77 qui se chargent de faire péter les plombs à une salle tout entière, où l'on a préalablement enlevé les gradins... Son énorme, titres défonçant soigneusement les tympans, c'est la formule gagnante pour la plus grande boite de nuit de Bourges. Ce groupe n'a rien inventé à proprement parler (c'est du Daft Punk punk) mais son set est un intense moment de magie noire électronique et rock.

Crookers

Sans temps mort, car il y a une autre scène dans le Phénix juste à côté de celle " saccagée " par les sons de The Bloody Beetroots Death Crew 77 (les choses sont bien faites dans le Berry), Crookers enchaine pied au plancher pour un début de set qui donne envie de continuer à prolonger la fiesta jusqu'au petit jour... Le tir de barrage électronique qui part de la scène contribue à agrandir encore un peu plus le large sourire qui irradie notre visage. Les titres de Crookers en direct live sont vraiment une tuerie quand ils sont joués à fort volume dans une immense discothèque ! Parfaite et très excitante conclusion pour ce Printemps de Bourges 2010 donc, et ce à l'endroit même où il avait commencé pour nous : au Phénix avec les toujours bandants Stooges... La boucle printanière est bouclée.

Liens : www.printemps-bourges.com, www.myspace.com/legroupemustang, www.myspace.com/bensharpa, www.myspace.com/chainandthegang, www.myspace.com/gizellesmithmusic, www.myspace.com/lexicon, www.myspace.com/solilla, www.myspace.com/sexysushimusic, www.myspace.com/thebloodybeetroots, www.myspace.com/crookers...

A lire sur le Printemps de Bourges 2010, des chroniques des concerts de Midlake + Tunng, Wave Machines, Royal Bangs, The Love Me Nots, Fool's Gold, Ladylike Dragons, Les Plastiscines, Daniel Johnston & The B.E.A.M. Orchestra, The Brian Jonestown Massacre, Health, LoneLady, Teenage Bad Girl, The Subs, Gazelle, Koudlam, Iggy & The Stooges, The Black Box Revelation...

Photo de Bloody Beetroots prise à Marseille par Boby.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 05/05/2010

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