21/09/2019  |  5232 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/09/2019 à 14:39:42
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Les Eurockéennes

2004

Pixies, PJ Harvey, Franz Ferdinand, Belle & Sebastian, !!!, TV On The Radio, The Rapture, Placebo, Girls in Hawaii, Blonde Redhead...

Belfort, Presqu'île de Malsaucy (France)

du : vendredi 2 juillet
au : dimanche 4 juillet
Gigantic !
Point d’orgue de la performance des revenants Pixies, le qualificatif sied comme un gant à l’édition 2004 des Eurockéennes de Belfort. 95000 spectateurs en 3 jours, plus de 60 concerts, des tonnes de tartiflettes, kebabs, sandwichs et pâtes fraîches engloûties, des hectolitres de bière absorbés, cette édition est certainement celle de tous les records.
Sous des cieux qui plus est cléments (une seule averse, relativement brève, le vendredi), la presqu’île de Malsaucy aura vibré 3 jours durant sur une programation éclectique, aventureuse et pour tout dire assez foutraque : un festival qui se permet un enchaînement Belle and Sebastian / Slipknot ne peut nous être que sympathique !
Marquée par de très grands moments musicaux et une poussière omniprésente (certains festivaliers regrettant même la boue !), le crû 2004 restera un immense souvenir pour les heureux veinards à avoir dégotté leur pass 3 jours, des forfaits s’échangeant à prix d’or sur certains sites aux enchères (jusqu’à 250 euros ! - prix initial 75 euros), en raison de la pénurie de billets. (14000 pass 3 jours écoulés, guichets fermés les deux premiers soirs !)
Brassant des publics hétéroclites, les Eurocks, c’est un peu l’auberge espagnole musicalement parlant : métal, hip-hop, rock, pop, électro, reggae, folk, hardcore, chanson sont représentés sur les quatre scènes d’un site qui a clairement atteint (dépassé ?) cette année sa capacité d’accueil maximale.
Alors, c’est sûr, chacun peut papillonner au gré de ses envies et de ses affinités musicales, choisir la facilité en se calant devant la grande scène pour y « déguster » les têtes d’affiche, ou privilégier les chemins de traverse, en partageant les coups de cœur des programmateurs, Kem Lalot et Christian Alex.
D’ailleurs fier d’avoir initié deux collaborations originales, An Pierlé et la Synfonietta de Belfort d’une part, Wang Lei et High Tone de l’autre, le duo ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin, et compte bien proposer dès l’an prochain d’autres projets du même calibre, à même de donner une singularité à une manifestation qui peine encore à trouver sa place face à des concurrents belges, allemands ou suisses financièrement mieux armés.
Quelques chèques ornés de moult zéros auront quand même réussi à attirer dans leurs filets des artistes aussi courus que PJ Harvey, Franz Ferdinand ou les Pixies : ces derniers (les plus attendus du week-end ?) auront, après un départ un peu laborieux, trouvé un rythme de croisière à même de satisfaire un public venu en masse devant la grande scène le samedi, et dans lequel on on pouvait croiser nombre fans parés de tee-shirts collector délavés.
Dur contraste tout de même entre la Kim Deal des Breeders période Cannonball (clip diffusé quelques minutes avant la prestation des farfadets sur les écrans géants), pimpante, mince, maquillée, et l’image, un peu pathétique (supersized), qu’elle renvoie sur cette tournée tiroir-caisse : qu’importe, sa voix est toujours aussi marquante, son jeu de basse efficace, et son enthousisame fait plaisir à voir, à côté de ses collègues manifestement un peu plus blasés qu’elle.

Toujours aussi contents de déverser leurs hymnes à faire danser les filles devant des assistances en furie, les Franz Ferdinand, qui ont réussi l’exploit, en ces temps de crise du disque, d’écouler au niveau mondial plus d’un million de leur premier album, auront livré la plus enthousiasmante performance du vendredi, à égalité sans doute avec le set absolument renversant des !!! (prononcer tchik tchik tchik).
Dansants au possible, les deux concerts (pop de la New Scottish Gentry d’un côté, hymnes discoïdes de descendants (?) des Happy Mondays de l’autre, avec un leader azimuté rappelant les gigotements crétins du Bez de Manchester) auront rendu hystérique le chapiteau, déjà soumis en cette amorce du festival à nombre nuages de poussière.
Beaucoup plus calme, bien que furieusement attendue, la performance de Placebo aura reçu un accueil plutôt glacial (la seule averse du week-end, juste avant le show, aurait-elle douché bien des ardeurs ?), à la hauteur des échanges de Brian Molko avec son public.
Le précédant sur scène, -M- aura été beaucoup plus chaleureusement acclamé, même si cette accumulation exagérée de rose finit par écoeurer, aussi sûrement que les promenades dans les allées du festival, où les odeurs de fromage, d’oignons se mêlent en permanence à celles d’huile de friture.
On nourissait de gros espoirs concernant la prestation de TV On The Radio, qui plus est après avoir assisté sous une loggia agrandie cette année (d’une capacité de 3500 spectateurs, contre 2000 auparavant) à une jam faisant office de balance. Patatras, un son bien trop fort ruinera le bel agencement d’un groupe à revoir dans de bien meilleures conditions.
Dans cette journée du vendredi, on retiendra aussi la captivante performance de Broken Social Scene, collectif canadien à géométrie variable, qui, sur la Plage, se sera imposé comme un digne prétendant au trône occupé par Jason Pierce, génial leader de Spiritualized

Le lendemain, les belges de Girls In Hawaii, n’auront eu aucun mal, après l’enregistrement d’une séquence télévisuelle amusante (pour C’est pas sorcier) à se mettre le public dans leur poche.
Malheureusement mis en concurrence avec les attachants Herman Düne, "leaders" de la scène antifolk qui étaient entourés, eux, d’invités (Lesser Lewis, frangin de Jeffrey, ou Kimya Dawson), les wallons auront en effet proposé une heure durant un précipité de leur talent, pour une performance jubilatoire, tenant pour beaucoup à l’invraisemblable comportement de leur bassiste, dont les contorsions la bouche ouverte et danses de saint-gui rendent absolument dingue.
Daniel Darc, autre revenant de choix et véritable miraculé de la chanson française, aura également proposé un show épatant sur la magnifique scène de la Plage, malgré une fin un peu confuse, le voyant en porte à faux avec des musiciens concernant les morceaux à jouer. On souhaite bien du courage à Frédéric Lo pour la suite de la tournée...
Un peu moins brillante que quelques jours auparavant au Zénith de Paris, la toujours fascinante Polly Jean Harvey arbore à nouveau une tenue renversante, parée d’une tenue à son effigie (période diva) et de bottes rouges. Comme son guitariste, elle en fait visuellement des tonnes, puisant dans la gestuelle d’une Karen O. (chanteuse des Yeah Yeah Yeahs) pour occuper la vaste scène. Pour tout dire, on la préfère dans un registre plus sobre, quand elle s’empare avec grâce de son instrument. Un plantage et un fou-rire plus loin, elle quitte la scène sur la pointe des pieds, au bout d'une heure, sans accorder le moindre rappel (on attendait pourtant Rid of me ou To bring you my love). Frustrant !

Le dimanche, le site est envahi de centaines de p’tits djeun's vêtus Slipknot ou Korn.
Amusant de voir ce défilé de clones venus se faire exploser les tympans sous les coups de butoir des deux formations américaines. (match nul niveau merchandising, quant à la scène...)
Les oreilles délicates se seront quant à elles rassemblées sous le chapiteau, où, après la performance correcte de Blonde Redhead, apparaît un Stuart Murdoch taquin, promettant de placer dans le set des Belle & Sebastian quelques reprises metal.
Fort heureusement il n’en sera rien, et, accompagné par ses nombreux acolytes aux looks improbables, proposera comme de coutume sa pop ouvragée à la naïveté touchante, privilégiant bien entendu dans son set les extraits de son dernier album en date, Dear Catastrophe Waitress. Portant encore les stigmates de Glastonbury 2004 sur ses chaussures crottées, Murdoch aura démontré une fois de plus qu'il reste un compositeur / interprète convaincant, même si le show de son groupe tend régulièrement vers le rassemblement boy-scout.
Les Rapture, desservis il est vrai par un son façade atroce, privilégiant plus que de raison la basse, auront été bien moins convaincants que la semaine précédente à Evreux. Trop impressionnés par la beauté du site, vantée par le bassiste ?
Dernier groupe à éveiller notre curiosité le dimanche, les Groove Armada auront été parfaits sous le Chapiteau, proposant un cocktail explosif (à base d'électro, de soul, funk et rock...) qui aurait mérité d'être servi la nuit précédente.

Dernières impressions, forcément réductrices, d'une édition 2004 exceptionnelle, sur laquelle nous aurons bientôt l'occasion de revenir en détail, en nous focalisant sur quelques prestations-événement.

A lire, donc, sur foutraque.com, les chroniques des concerts aux Eurockéennes 2004 de :

- Franz Ferdinand - Chapiteau, vendredi 2 juillet
- Herman Düne & Friends - Loggia, samedi 3 juillet
- Daniel Darc - La Plage, samedi 3 juillet
- PJ Harvey - Grande Scène, samedi 3 juillet
- Pixies - Grande Scène, samedi 3 juillet



www.eurockeennes.fr/

auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
chronique publiée le 06/07/2004

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