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Jazz à Luz - lundi 12 juillet

2004

Ubbub, Minvielle-Collignon, Marc Ribot, Musicabrass...

Luz-Saint-Sauveur (France)

du : 10 juillet
au : 13 juillet 2004
Après un réveil matinal, retour à la maison de la Vallée pour le premier concert de la journée. Quintet (Piano, Saxophone ténor, saxophone alto, guitare électrique, batterie et percussion) d’improvisations et d’expérimentations, Ubbub joue sur les ambiances climatiques. Très visuel, le quintet nous plonge dans un univers sombre (pas de lumière sur scène si ce n’est pour éclairer quelques accessoires), légèrement oppressant, profondément grinçant mais jamais perturbant. Une expérience assez unique et insolite.

Vient ensuite le repas, sorte de repos du guerrier façon festivalier accompagné par un accordéon très boute-en-train tout en croisant un Marc Ribot décontracté avant d’entamer le débat « La guitare dans le jazz ». Vaste débat qui commença aux premiers pas de l’Amérique, quand les Mexicains habitaient encore l’immense Texas. C’est dans cette période où les premiers exploitants de coton s’installèrent que les esclaves noirs reprirent la guitare, l’utilisant pour accompagner leur chant. Ainsi naquit sans doute le blues tel qu'on le connaît. Puis vint Django Reinhardt, qui réinventa l’instrument avec tout le brio qu’on lui connaît, avant de laisser place après sa mort aux premières guitares électriques, pour finir sur l’hymne national américain tout en larsens de Jimi Hendrix. Un avant goût de ce qu’allait donner la soirée…

Après le débat, nous nous reposâmes en assistant au spectacle du Magazin Zin Zin, soit deux acteurs, une tromboniste et un pianiste. L’histoire est celle de la Marchande de Merveille qui fête son anniversaire. Désireux de lui faire plaisir, Frédéric Tic Tic essaye de chercher le cadeau idéal mais pas facile de trouver quand la marchande a presque tout. Une histoire emprunte de poésie qui revisite avec humour et de beaux atours l’univers des contes pour finalement nous convaincre que le plus beau des cadeaux qu’un homme peut donner, c’est son amour…

Il y a toujours des hics dans un festival et c’est ce qui arriva au concert suivant, laissant quelques festivaliers au pied des portes sans aucune chance pour eux de voir LA rencontre de ce festival, celle entre André Minvielle (voix, batterie) et Médéric Collignon (Voix, effets, multipad et trompettes à collisse). Rarement une première rencontre musicale n’aura été aussi fertile en émotion. La rencontre entre deux fous de musiques, deux improvisateurs de génie en continuels mouvements. Pendant presque deux heures, nous avons assisté à un ping-pong sonore revisitant presque tous les styles, du hip-hop à l’electro, du chant occitan à la musique orientale, du funk électrique au hardcore métallique. Le tout avec une maîtrise et un savoir-faire impressionnant, surtout quand on sait qu’ils n’avaient même pas répété…

Puis vint la prestation la plus attendue du festival, celle de Marc Ribot. On ne fut pas déçu. Avec un son étonnamment puissant (trop puissant ?) dans le cadre d'un festival de jazz, Marc Ribot traverse l'histoire de la musique américaine en passant, avec une dextérité incroyable, de la country au blues, du rock au funk, du jazz à l'électro. Il s'approprie les genres en les modernisant avec l'apport d'une DJ ( DJ Mutamassik), mais aussi en jouant avec les sons amplifiés et distordus des guitares. Pour cela, il fut épaulé d'un autre guitariste dont le seul but était de jouer avec ses pédales afin de sortir des décharges sonores. On eu droit de la part de Ribot à des riffs de guitares assez furieux digne des plus grands. D'ailleurs si Jimi Hendrix était vivant, il s'appellerait Marc Ribot. Le groupe derrière fut excellent et joua en formation très serrée autour de son leader, avec une mention spéciale à l'invité du jour, une jeune saxophoniste qui apporta une autre envergure aux chansons. Il y eut des moments plus intimes, où Marc Ribot seul à la guitare démontra qu'il avait une très belle voix, posée et rauque, une voix de bluesman. Par instant, on pensa aussi à l'ambiance que dégage Paris-Texas de Wim Wenders. Il joua des morceaux tirés de son excellent album qui rend hommage à la musique cubaine, The Prosthetic Cubans. Ce concert me donna la chair de poule, et me fit même verser une larme. Le public fut aussi conquis et termina la soirée (avec 2 rappels) debout pour acclamer Monsieur Ribot.


Marc Ribot

Après ça, la prestation de Musicabrass fut la bienvenue. Comme son nom l’indique Musicabrass est une fanfare (Trombone basse, tuba, saxophone alto, percussion, petite basse, hautbois languedocien, trombone, bugle) accompagnée par un chef de gare déjanté. Une fanfare théâtrale qui eut vite fait de mettre de l’ambiance dans les rangs des spectateurs en instaurant moults petits jeux (chaise musicale, chenille humaine). Petits comme grands, tout le monde fut pris par le tourbillon bouillonnant de cette fanfare.

La soirée se termina par une belle nuit étoilée et un ciel aussi lumineux que ce Jazz à Luz (lumière en espagnol) qui nous éclaire tant sur les musiques décalées.


www.luz.org/

auteur : DrBou vs Nicovara - fptdjs@yahoo.fr
chronique publiée le 16/07/2004

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