25/04/2017  |  4794 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/04/2017 à 11:48:39
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Gens du salto / Gente do salto

José Vieira
La Huit Production - 2005
An 2000, sur l’ensemble des journaux, un fait divers s’étale à la une : la mort de cinquante-huit immigrés clandestins étouffés dans un camion. Cinquante-huit Chinois dont le seul tort est d’avoir fui la misère de leur pays pour un eldorado fantasmé. Pour José Vieira, lui-même fils d’immigré portugais, ce fut un choc. Quarante ans plus tôt son père a fait le même parcours, subi les mêmes épreuves pour venir s’installer en France. Partant de sa propre histoire familiale le réalisateur a construit avec Gente do salto un documentaire étayé et poignant sur l’immigration dans les années soixante des Portugais vers la France.

Pendant dix ans, un million de Portugais ont fui la dictature Salazarienne et la misère de leur pays pour trouver asile et travail en France. Une des plus grandes vagues d’émigration européenne comparable à celle des Italiens pour les Etats-Unis au XIXème siècle. Un million de personne rêvant d’une vie meilleure, d’un sol accueillant où la prospérité leur tendrait les bras. Pourtant, dès les premières images du documentaire, on voit bien que cet idéal rêvé ne fut pas celui espéré. En 1960 la France est en pleine expansion. Ce sont les trente glorieuses (1945-1975). La France est à cette époque avide de modernisme, d’infrastructures dernier cri et surtout de main d’œuvre pour les construire. Les Français délaissant pour la plupart les métiers du bâtiment, les entreprises doivent recourir massivement à une main d’oeuvre étrangère. Faisant fi des lois et des conditions de travail, ces entreprises vont massivement embaucher des immigrés clandestins tout en leur promettant un contrat de travail. De 1960 à 1970, gouvernements français et portugais fermeront les yeux sur ces pratiques d’un autre temps où les travailleurs immigrés seront presque réduits à l'esclavage : conditions de travail déplorables sans respect du droit en vigueur, travail intensif (10 à 12 heures de travail consécutif) et pour tout logement un bidonville sans eau potable, ni électricité.

Regroupés en deux DVD, les documentaires de José Vieira nous dévoilent l’hypocrisie économique de ces années. Sur le premier DVD, A fotografia rasgada (La photo déchirée), le réalisateur dépeint cette exode au travers des témoignages des habitants de Seixas, petit village du bord de mer. Souvent poignants, ces témoignages nous montrent que l’immigration n’est jamais un souhait mais surtout une nécessité, une déchirure du cœur envers sa famille, envers son pays, pour un futur incertain et parfois mortel. D’ailleurs, si beaucoup d’habitants de Seixas sont revenus dans leur pays, peu avouent clairement leurs sentiments et leur déracinement, ballottés entre leur terre natale et leur terre d’accueil. D’ailleurs le documentaire se termine par cette touche amère et personnelle. Les parents du réalisateur sont rentrés au Portugal et ont oublié la langue française, tandis que leurs petits-enfants, nés en France, ne savent pas parler le portugais….
Le second DVD est une série de petit documentaires souvent très courts, soit sur un témoignage particulier, soit sur des faits. Plus étayé que le premier DVD, ce second disque approfondit certains points historiques comme la guerre coloniale menée par le Portugal en Afrique. A travers le témoignage de plusieurs déserteurs, José Vieira souligne la politique absurde du dictateur Salazar. Une politique qui menait tous les jeunes en âge de faire le service militaire à une mort incertaine en Afrique. Une politique qui engloutissait chaque année 40% du budget du pays. Une guerre inutile mais menée jusqu’au bout et qui a renforcé auprès des jeunes la désertion et la fuite vers la France.
Sombre reflet de la réalité, les derniers événements de l’actualité dans les banlieues trouvent un écho surprenant au travers de ces documentaires…


www.lahuit.com

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 24/11/2005

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