15/10/2019  |  5244 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 14/10/2019 à 17:26:14
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J'aime pas la chanson française

Luz
Hoëbeke - 2007
Avec ce bien nommé J’aime pas la chanson française, Luz s’attaque à l'un des grands tabous de notre pays que représente sa chanson dite de « « qualité » ». Le nombre de guillemets sur qualité est à votre appréciation. Un thème qui tient à haut-le cœur Luz, si l'on se rappelle sa description aussi hilarante qu’effrayante d’une soirée aux Victoires de la Musique, dans son premier album Claudiquant sur le dancefloor.
Car la nouvelle chanson est un mal qui nous ronge de l’intérieur, insidieux. Avec elle, on ne sent pas venir la fuite, inodore et lénifiante qu’elle est. Pour ne pas fâcher ses inoffensifs défenseurs, qui parfois se trouvent être des proches, on joue de la périphrase. Putain de bonne éducation. On tente de se convaincre que Bénabar doit être un chic type, même si sa musique sent le formica. On est bien obligé de reconnaître - malgré nous - que les textes de Vincent Delerm reflètent un peu nos douces vies immobiles. On trouve qu’Olivia Ruiz c’est pas si mal que ça lorsqu’on l’entend au Franprix. -M- a un univers à lui, Raphaël faut voir sur scène, Jeanne Cherhal fait de bonnes crêpes, Sansévérino a peut-être une bonne excuse. Le pire, c’est que dans le tas de soupe, il y en a que l’on finirait pas défendre, un peu honteux. Okay, j’avoue de mon côté une empathie passagère pour Cali difficilement rationalisable.
Luz lui ne cherche pas de circonstances atténuantes, et passe tout ce petit monde de fayots du prof au hachoir. Le dessinateur de Charlie Hebdo et Magic chie dans la nostalgie rance et variétoche de Bénabar, explose le brushing de Benjamin Biolay ou imagine encore le split entre Vincent Delerm et son nombril parlant. Et ça fait du bien par où ça passe.
J’aime pas la chanson la chanson française a tout du pamphlet de sale gosse, de rockeur vachard, irrésistible parce que toujours servi par le talent et le sens du détail. Luz alterne les attaques purement méchantes (Magali de la Star Academy devient trois fois plus énorme que Chimène Badi, les Enfoirés c’est pas parce qu’ils nous remplissent le bide qu’il faut nous chier dans les oreilles ou le jeu de la coiffure de -M- s’il s’appelait Michel-Edouard, Isidore…) avec l’observation disons plus acide (comment le fétide Pascal Négre maque Olivia Ruiz avec Mathias de Dionysos, parce que chez Universal rien ne se perd ou Vincent Delerm – toujours lui – cherche dans sa salle de bain l’inspiration pour devenir un chanteur engagé).
Voici donc un acte d’intolérance gratuite comme on les aime. La quatrième de couverture proclame d’ailleurs le début d’une résistance des tympans dont « ce livre est le premier coton-tige ». Si vous n’êtes pas complètement gâteux, achetez cet album. Sinon Michel Sardou est au Palais des Sports en juin.


auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
chronique publiée le 13/03/2007

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