25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 25/03/2017 à 12:56:51
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Turzi




Soyons clair, l’album « A » de Romain Turzi avec ses cosmonautes Reich IV est LE disque psyché (pour faire court) de l’année 2007, et un disque français en plus ! La force et le talent de Turzi est d’avoir fait un véritable album qui ne soit pas un pastiche ni un hommage facile aux années 70’s, détraqué et sous acides. Non, grâce à leur talent, nos Versaillais renouvellent le genre avec en plus un zeste d’électro et d’indie noisy rock bien placé. A la fois varié et compact, et surtout jamais rétro/vintage car le son est moderne, « A » est promu à être un album de référence que l’on écoutera longtemps et longtemps jusqu’à l’apparition de nos cheveux blancs. Rencontre avec le talentueux Romain Turzi.

Romain, peux-tu nous présenter Reich IV ? Circonstance qui a déclenché la formation, où les as-tu rencontrés ?
Reich IV c’est quatre personnalités différentes et complémentaires qui forment un tout censé être mes « four organs ». Ce sont mes plus proches amis avec qui j’ai grandi et évolué. Plus qu’un backing band, ce sont les compléments de mon esprit, ceux grâce à qui j’arrive à m’exprimer musicalement. Bons musiciens ou non, là n’est pas la question, c’est leur façon d’aborder la musique dans son ensemble qui m’intéresse. Les circonstances ? Sky Over : Drummings (exécutant A) rencontré au catéchisme en 1987. Judah Warsky : Keys (exécutant B) rencontré dans une brocante à Viroflay en 1993. Gunther Rock : Guitar/Drone (exécutant C) rencontré en pension en 1996. Arthur Rambo : Basse gros manche (exécutant D) rencontré en 2002 dans la maison de Johnny Hallyday.

« A » est ton premier album et fait partie d’une trilogie. Peux-tu nous présenter ce projet, le fil conducteur. As-tu une idée du contenu de «B » et « C » ?
Je ne sais pas si « B » et « C » vont sortir de suite. Je vais peut être attendre une dizaine d’années avant de ressortir mes fonds de tiroir. En ce moment je suis très attiré par la musique électronique séquencée et lente. Mais d’un autre côté je m’initie à la musique médiévale de Perrotin Le Grand et je suis attiré par les instruments d’Europe de l’Est (Cymballum, Zither etc…), alors je n’en sais rien moi-même. Il y aura une suite à « A », mais sera-t-elle logique ?

En plein milieu de l’album tu interprètes la prière « A Notre Père ». Quel en est le sens ? Une provocation ? Quelle est ta relation envers l’église, Dieu et Jésus ?
C’est le morceau le plus intuitif de l’album (avec Amadeus), plié en deux heures. Une couche de Rythm Ace, une de farfisa, une de tampura, une de guitare. Et puis tiens une voix, mais que chanter ??? Ce qui me passe par la tête à ce moment là, c’est à dire le Notre Père. Pourquoi ? Sûrement l’éducation catholique versaillaise qui resurgit spontanément lors d’une composition instantanée qui se voulait proche de Brigitte Fontaine et de Faust.

Le son qui domine dans « A » fait penser à la scène Krautrock et à Kraftwerk, ce sont les références que tu revendiques ? Quelles sont les autres influences ?
La formule convenue c’est : mes influences sont essentiellement pan-européennes. Elles prennent leur source dans la France Camembert de Gong, Alpes, Heldon, Catharsis et De Roubaix, dans l’Allemagne identitaire de Can, Gottschring, Deuter, Harmonia et Faust, dans l’Italie spaghettis de Morricone, Cipriani et Goblin. Mais en réalité j’avoue être aussi attiré par les musiques « savantes » du courant minimaliste US de Riley, Reich, Glass, voire même Rhys Chatham qui nous a beaucoup appris lors d’un enseignement d’une semaine. J'ai participé au grand concert du Sacré Cœur il y a deux ans pour La Nuit Blanche à Paris. Rhys Chatham a fait la partition et nous l'avons joué devant 20000 personnes. Frissons et émotions étaient au rendez vous. Rhys fait partie de ceux que je considère comme "maîtres" (avec les grands inventeurs : Reich, Riley, Perrotin Le Grand, Bach etc, en gros les inventeurs de nouveaux genres). Sinon j’ai grandi avec la scène Noisy US (SonicYouth et les dérivés) ainsi que les productions anglaises d’Alan Moulder (Boo Radleys, My Bloody Valentine, Ride).

Est-ce que le terme de musique progressive pour situer le style de Turzi te convient ?
En général ce terme caractérise l’excès et on ne l’aime pas trop. Les groupes comme Yes, Genesis, Aphrodite's Child, Ange, on n’est pas vraiment dedans. Je les trouve même super chiants. Des solos qui durent des plombes, des sons douteux médiévalo-numériques. Mais dans le mot « Prog » il y aussi un côté péjoratif associé à une certaine violence : Deep Purple, Eloy, Black Sabbath, Hawkwind (OK, c’est presque du métal) voire Magma, des trucs un peu plus décalés et moins lover. Je ne pense pas sincèrement que nous fassions du prog. Ou alors du prog 2000.

Utilisez-vous de vieux synthétiseurs ? L’informatique a-t-elle aussi un rôle important dans la construction de vos compos ?
Les vieux synthétiseurs et les vielles guitares ou boîtes d’effets sont omniprésents dans notre musique. Evidemment c’est un cliché de dire cela mais on se sent plus proches des sons générés par ces grosses et fragiles machines. Chacune a une identité et une destinée différentes, souvent éloignées de leur fonction d’origine, en tout cas celle voulue par le constructeur. On se les procure pour la plupart dans des brocantes même si elles se font de plus en plus rares. La technologie numérique me sert à acquérir de l’analogique soit via eBay, soit via un séquencer/enregistreur.

Dans la bio tu dis « La musique doit te faire ressentir les mêmes sensations que la drogue ». Tu penses que la drogue procure de bonnes sensations ? Tu es nostalgique de l’époque hippie/ San Francisco ?
En fait toute cette période de hippies crasseux non épilés me dégoûte un peu. J’aime certaines musiques de cette époque mais mes communautaristes préférés sont les anti-hippies de N.Y, le Velvet, La Monte Young. Ces gens là étaient de réels défoncés mais ne s’extasiaient pas sur des pâquerettes. Non, le véritable « Summer Of Love » c’est plutôt 1988 à Madchester et les sensations provoquées par ces rythmiques synthétiques, répétées à outrance devant une foule de gens, ayant usé de substituts eux-mêmes synthétiques. Mais pour revenir à la question, ce que je recherche dans la musique c’est d’être transporté et élevé par ce que j’inflige à mes oreilles. Il est primordial que la musique agisse sur le corps, que ce soit de façon saine ou malsaine, elle doit provoquer en toi une réaction forte.

Les drogues, vous (toi et le groupe) ont-elles aidé à composer les morceaux de « A », notamment pour entrer en transe ? Et si vous en consommez, quelles sont les drogues qui vous plaisent le plus ? Avez-vous vu des films tels que More ou Psych-Out et The Trip ?
Trouver la chimie positive pour enregistrer un album (cocaïne), faire une répète (haschich / bière, façon travellers de Rennes) ou un concert (MDMA, LSD) ça n’existe pas. Nous varions les plaisirs en fonction de l’endroit où l’on joue et des gens qui nous entourent à ce moment là. Mais à ce sujet il n’y pas de règle précise, pas de rites d’initiation ni adoration du dieu drogue. More, Psych-Out, The Trip ne m’ont jamais attiré, je ne suis pas nostalgique d’une période que je n’ai pas connue. Drogues de synthèse ou drogue naturelle, j’accepte mais patchouli et encens non merci. La transe doit être avant tout provoquée par la répétition sans limite de motifs musicaux simples, voire simplistes. Un peu à la façon d’Unsampler qui rentrait en extase au bout de 10 minutes de boucle. Je pense ici à un chien qui se mort la queue ou un poisson dans son bocal.

Au travers de votre musique, qu’est ce que tu aimerais que le public ressente ? Un voyage et une évasion intérieure ?
J’aimerais que les gens vivent cet album comme un tout et non pas comme un enchaînement de morceaux consommés à la va-vite sur site d’achat culturel en ligne. C’est l’album qui se base d’avantage sur les ambiances et les émotions provoquées par des sons.

Pour faire connaître des groupes qui font une musique psyché, vous avez créé le label Pan European Recording. Quelques mots sur l’orientation, l’ambition et le développement du label ?
L’ambition de ma musique, comme celle de Pan European, est de s’inscrire dans une certaine tradition française psychédelique, avec une volonté affirmée et soutenue de se démarquer par rapport à l’offre de musique actuelle. Faire les disques que nous voulons, ceux auxquels nous croyons en s’affranchissant de toutes les contraintes commerciales « à la française ». Nous faisons l’apologie d’une musique qui va chercher ses sources ailleurs que dans le carcan indie du moment ou dans l’éternel rythm & blues. Je pense que des groupes comme Aqua Nebula Oscillator, Kill for Total Peace, One Switch to Collision ont un bel avenir devant eux et si le pseudo-succès de mon album peut faire levier, j’en serait évidemment très fier.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez compris que le rock serait votre moyen d’expression ?
Personne dans cette formation n’a de message à faire passer. Etrangement tout ceci est très égoïste, on fait ce qui nous plait, comme on le veut et autant qu’on le veut. Le vrai message c’est le groupe Th’Faith Healers qui le tient, avec le morceau « Everything, All At Once, Forever » sur l’album « Imaginary Friend » chez Too Pure. Je suis un grand fan des Faith Healers, de Quickspace et des projets solos de Tom Cullinan. On s'est bourré la gueule avec lui il y six mois dans un petit bar du 18ème (Les Taulières). L'homme est drôle et sans prétention et c'est ça qu'on aime chez lui. Sauf qu'on était certain qu'on allait pouvoir "jammer" avec lui et l'homme aujourd'hui ne touche plus à rien. Il préfère construire son chalet à mains nues en Italie plutôt que promener ses doigts sur le short sale de sa guitare artisanale. D'ailleurs Rhys aussi picole beaucoup et prend des choses bizarres. Voilà, du brut de décoffrage, un peu éloigné du pseudo-discours savant livré aux autres magazines mais en un sens c'est plus proche de la réalité.

Vous venez de Versailles, une ville d'où sont originaires un certain nombre d'artistes de la scène électro. Vous les connaissez personnellement ?
Pas tant que ça. On a beau avoir réussi à retracer les lycées et les habitudes de chacun, on ne se connaît pas. D’abord parce que ce sont des gens plus vieux que moi et ensuite parce que notre musique n’est pas si proche. Y a t’il une scène versaillaise ? En tout cas nous n’avons pas été invités à jouer au bassin de Neptune le 29 juin avec Phoenix, Air, Gopher et De Crécy. Gamin, je prenais des cours de piano avec une vielle dame qui habitait mon immeuble. J’ai appris plus tard que c’est auprès d’elle que Dunkel (de Air) à fait son trajet et puis j’ai fait du skate avec un Phoenix. Est-ce si important?

Toi, Reich IV ou tes parents, avez-vous vu le concert des Pink Floyd en juin 1988 au Château de Versailles et celui de Air en juin 2007 ?
Ah ah, tu es bien renseigné ! Et bien en 88 j’avais huit ans et je n’ai eu d’écho du concert de Pink Floyd que par des amis six ans plus tard, qui, eux, l’avaient vu intégralement du toit de leur immeuble. Je pense en revanche que ce concert à influencé une bonne génération de petits Versaillais ; c’est précisément pour cela que ce groupe ne m’a jamais intéressé. The Wall, rien à foutre ! En revanche je ne tiendrai pas le même discours aujourd’hui. Si cette musique ne m’a pas à proprement parler influencé, elle fait partie de celles dont j’aime me rapprocher aujourd’hui. Moi, mon concert choc à Versailles c’était plutôt Jean-Michel Jarre sur la Place d’armes.

Pour un touriste qui aime la musique, que fait-il à Versailles ?
Celui qui viendrait faire du tourisme musical à Versailles serait bien déçu. A part Popeye (de chez Pop Music) le disquaire fasciste qui sent la vinasse et qui peut vous démontrer deux heures durant que le disque que vous venez d’acheter chez lui n’en vaut pas la peine. Et si vous l’avez acheté c’est que vous n’êtes qu’un petit con influencé. Effectivement plus jeune (et toujours aujourd'hui), je me dirigeais vers la caisse avec un Kraftwerk et je me prenais un savon du genre : « Qu'est ce que vous avez tous avec Kraftwerk en ce moment ? Ce disque, tout le monde se branle la nouille dessus alors qu'il y a trois ans personne n'en voulait, arrêtez les mecs, la vrai électro allemande c'est ça ! ». Et là il te met du Ashra, et blablatte pendant des plombes alors que j'étais simplement venu pour autre chose. OK, c'est un peu anecdotique, mais c'est toujours pareil, ceux qui l'on vécu s'en souviennent. La dernière fois qu'il me l'a fait c'était pour Art Zoyd : "De la musique pour pédé sous ecstas" qu’il me dit. Mais avec un tel discours il a quand même réussi à élever musicalement tous les musiciens de ladite « Versailles touch’ ».

A ce jour quelle est l’ambition du groupe ?
Continuer à agir sous cette entité, que ce soit sous forme de live ou de disque, tout en laissant la liberté à chacun de se ressourcer au sein de leurs propres projets. L’ambition générale étant bien sûr de rester le plus longtemps possible sur le marché et de continuer à proposer quelque chose de différent tout en collant à l’actualité.

Message ou autre à rajouter à faire passer ?
T'aimes le rock, t'aimes la drogue, t'aimes la discipline, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t' achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI, t'achètes TURZI…

“A” (Record Makers/Discograph)

www.myspace.com/turzi
www.myspace.com/paneuropeanrecording
www.recordmakers.com

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 12/08/2007

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