27/07/2017  |  4850 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/07/2017 à 16:53:20
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Monsterlune :
"Monstres curieusement gentils"


Paris


Derrière le pseudo Monsterlune se cache l'artiste Estelle. Elle réalise vêtements et accessoires, destinés aux aliens de tout horizon, mais aussi des tableaux et des poupées inquiétantes. Tout son petit monde prend vie à l'occasion de défilés, hauts en couleurs. Là, ses personnages cagoulés créent une ambiance étrange, mais pas agressive. D’ailleurs, les enfants adorent ! Notamment, pour le côté "monstre crado qui montre son zizi, ses dents pourries et qui sent la bière bon marché" : des poils, des boutons, des éclats de peinture, comme barbouillés sur la toile cirée, empreintée à grand-maman. Il manque pour couronner le tableau... le pot de Nutella et le pot de confiture de groseille. Certes cela coulerait sur les chaussures qui viendraient de marcher sur une crotte de chien et du coup cela sentirait mauvais.
Oui, le monde de freaks (mais pas du fric) d’Estelle nous renvoie à l’enfance (les doigts dans le nez), mais aussi à l’adolescence punk (l’épingle à nourrice dans le nez) et dans l’âge adulte, passionné par les jeux d’adultes, le percing dans le nez et dans la b**e (sic). Enfin la réussite de l’œuvre de Monsterlune, c’est son côté 3D. On porte ses vêtements avec ses accessoires, on regarde ses jolies peintures sur toile et on dort avec ses poupées en regardant bien entendu la lune, pas obligatoirement pleine. Avant de faire de beaux rêves, voici un entretien avec Estelle "Monsterlune".

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Estelle, quel est ton parcours artistique avant la création de Monsterlune ?
J'ai toujours adoré dessiner. J'ai fait des études d'Arts Graphiques et j’ai commencé à peindre au cours de mon adolescence. J'aime le dessin et la peinture classique, les portraits, les natures mortes. Saisir et immortaliser ce qui m'entoure. Mais j'utilise également la peinture pour exorciser mes craintes, mes paniques en les déchargeant sur la toile. Ce sont des peintures toujours figurative mais plutôt surréaliste et torturé. J'ai travaillé aussi beaucoup autour de la poupée en reprenant des pompons que je métamorphosais complètement, et ensuite je me suis mise a coudre des poupées en y intégrant des matières, objets, des morceaux de moi comme cheveux, ongles. Par la suite, j'ai appris à coudre grâce a ma grand-mère qui était couturière et je me suis mise à réaliser des vêtements d'un style assez gothique, ensuite ça s'est gâté et j'ai commencé à délirer vraiment avec les tissus et les matières, petit a petit j'ai développé un style assez destroy.

Tu viens d’une famille artistique ?
Ma mère peignait beaucoup dans sa jeunesse et s'est dirigée ensuite vers le patchwork. Mon père a toujours adoré sculpter et tailler la pierre. Mes soeurs dessinent beaucoup, font de la musique et ont diverses occupations artistiques.

Quel est le concept / l’orientation de Monsterlune, et la signification du nom ?
Le nom "Monsterlune" m'est venu dans mon sommeil. Je me suis réveillée une nuit en sursaut m'entendant prononcer "Madame Monsterlune". C'était il y a au moins 6 ans. C'est en développant mon travail autour du vêtement et des cagoules que le nom Monsterlune est devenu une évidence.

Quels sont les articles disponibles chez Monsterlune ?
Que des pièces uniques ! Cagoules, robes, jupes, T-shirts, sacs, gants, pantalons, chemises etc.

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Comment se passe la conception d’une cagoule, d'un vêtement et le temps qu’il te faut ?
Je customise beaucoup le vêtement, mais j'en fabrique aussi de toute pièce. Les cagoules sont toutes en tissu extensible, pour pouvoir les enfiler, envelopper sa tête, de sorte que cela moule parfaitement le visage. Peu importe le temps que cela prend, l'essentiel est d'y mettre du coeur.

Quelles sont les matières que tu utilises, et pourquoi ce choix ?
Pour les cagoules, j'utilise toutes sortes de tissus extensibles comme je le disais ci dessus. Pour le reste, j'ai un stock énorme de tissus en tous genres que je récupère à droite à gauche, tout comme les fringues à customiser. Ainsi certaines matières me provoquent l'inspiration à un moment précis. Je peins aussi beaucoup sur les vêtements.

Quelles sont les influences qui t’inspirent pour ton travail ?
Tout peut m'inspirer. Un tas de détritus, des murs fissurés, une éclaboussure, des attitudes, des formes, mes rêves, les couleurs, les matières, certaines ambiances, les gens, la musique, la lecture, la tristesse, l'amour, la nature... Je suis vraiment sensible à tout ce qui m'entoure et très curieuse.

Les organes génitaux (masculin et féminin), sont très présents dans ton travail. Que symbolise et que représente le sexe masculin et féminin ? C'est la beauté des formes ?
Très présents ? n'exagèreront rien ! Il m'arrive en effet de les représenter sur un vêtement ou une cagoule, tout comme des tas d'autres choses : insectes, portraits, arbres, champignons, croix, crânes, oeils, diverses formes... Le sexe fait aussi partit de mes inspirations, mais ce n'est surtout pas pour la beauté des formes. Je ne trouve pas les organes génitaux particulièrement beaux.

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Tu écoutes de la musique en travaillant ?
La musique à une place très importante dans mon travail. Il faut qu'elle corresponde à ce que je suis en train de faire. J'adore les musiques sombres, la Coldwave, le Goth, le Deathrock, la musique alternative, le punk, l’électro, le métal, la musique classique, le rock. Aussi la musique tzigane, le flamenco, le tango, les vieilles chansons françaises. Un groupe ou un morceau en particulier peut me provoquer une inspiration et déclencher une idée.

Tu fréquentes le milieu SM & fétichiste. Quels sont les éléments qui t’inspirent, te plaises et te déplaises dans ce milieu ?
Je l'ai fréquenté de temps en temps, mais au bout du compte, ce n'est pas vraiment mon truc. J'aime le coté excentrique des soirées fétiches, le fait que les gens se lâchent un peu plus, se permettent plus de choses, mais le SM ne me plait pas particulièrement.

Avec Reed 013*, tu as participé à l'organisation des soirées Alien Nation. Tu peux nous parler de cette expérience, ton rôle et ce que cela t'a apporté dans ton travail créatif ? (* lire l'interview de Reed 013)
Oui justement, Alien Nation me plaisait car il y avait beaucoup d'idées et d'originalités dans ces soirées. Beaucoup d'artistes y participaient. Peintres, photographes, performeurs, graphistes, vidéastes, musiciens et stylistes mettaient en place quelque chose suivant le thème de la soirée. Personnellement, je travaillais plutôt sur la déco et cherchais des idées et des artistes pour la programmation des soirées. J'ai participé à des défilés, des performances, des expos, et j'ai monté un petit spectacle avec mes cagoules sur la dernière soirée dont le thème était "Exentrik".

Tu fais des défilés pour présenter ton travail dans des bars et dans des soirées fetish. Ces défilés sont particulièrement bien mis en scène. Quelles sont les réactions du public ? As-tu des retombées ?
J'ai fait pas mal de petits défilés dans le bar "La Cantada" (bar rock à Paris) qui organise toutes sortes d'évènements, et un défilé assez important à l'Opus Café (à Paris) pour le "Work On Flesh", festival autour du tatouage et du percing, où j'ai fait toute une mise en scène. Chaque passage des créatures racontait une petite histoire. L'endroit est très beau et m'a donné envie de faire plus qu'un défilé. Le public réagit plutôt positivement. Il y a l'effet de surprise et aussi un peu de malaise de voir ces créatures masquées et désincarnées qui déambulent et jouent un rôle suivant leur costume et leur personnalité.

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Qui t’achète des vêtements ?
Toutes sortes de gens qui aiment avoir sur eux un vêtement unique, un objet original et spécial. Des gens de tous âges et de tous styles. Les cagoules intéressent évidemment plus les musiciens pour la scène, les performeurs, et les personnes qui aiment se déguiser et se transformer.

Aimerais-tu travailler avec le milieu du spectacle ? As-tu eu des propositions ?
Je suis ouverte à toutes propositions concernant la danse, le théâtre, les performances... Je n'ai pas vraiment travaillé dans ce domaine mais ça ne saurait tarder !

Je crois que tu aimes le Japon. Qu'est ce qui t'attire dans ce pays (les coutumes, la tradition, la différence de mentalité avec la France, les gens...) ?
J'aimerais beaucoup aller au Japon ! Je pense que mon travail pourrait bien plaire là-bas, vu que c'est assez "spécial" et les Japonais osent beaucoup plus que les Français dans leur look et leurs attitudes. Je me sens assez Japonaise dans l'âme !

Comment vois-tu l’avenir de Monsterlune ?
Plein de futures cagoules à l'horizon et de nouvelles idées complètement folles ! J'espère pouvoir développer mon travail autour de la scène. Démarcher mes créations ailleurs qu'à Paris. J'aimerai pouvoir faire des installations et performances dans des galeries avec mes créations vestimentaires, tout en y mêlant mes peintures et mes poupées car tout se rejoint un peu.

Pour finir, voici quelques mots. Dis-moi ce qu'ils t’inspirent ?
Monstre : Lunaire - Atrocité
Manga : Fantaisie - Fluo - Japon
Science-fiction : Alien - Fantastique
Enfance : Poupée - Innocence - Cabanes
Homme : Virilité - Force
Femme : Fragilité - Courage
Rêve : Cauchemar - Inspiration
Toys : Sexe - Plastique
Noir & rouge : My favorites colors - Sang - Maquillage - Peinture
Donjon : SM - Maîtresse - Latex
Alcool : Ivresse - Délire - Fête
Préservatif : Sexe - Sida



www.myspace.com/monsterlune

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 27/05/2008

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