27/07/2017  |  4850 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/07/2017 à 16:53:20
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Charles de Goal

Paris
Automne 2008

Au cours de l'automne 2008 sort, comme si de rien n’était, le nouvel album du groupe Français Charles De Goal. On les avait un peu oublié ceux là... Si dans les années 80, ils (enfin « ils » c’était Patrick Blain) étaient assez productifs, ils ont été complètement ensevelis par l’ère électro & techno, dans les années 90. L’album s’appelle Restructuration et, bonne surprise, c’est un pur brûlot d’after punk, sans aucune date de péremption. Au contraire le son est frais et diablement contemporain. Une raison suffisante pour rencontrer l’homme, la tête pensante de Charles De Goal, le dénommé Patrick Blain âgé d’une cinquantaine d’années et bien plus jeune dans sa tête que des jeunes loups de 20 ans assoiffés par l’appât du gain et du dernier futal à porter pour se la pèter.

Qu’est ce qui vous a motivé à composer un nouvel album sous le nom de Charles de Goal, après une interruption de 22 ans ? Et pourquoi avez-vous stoppé Charles de Goal, après 6 années non stop d’activités ?
Tout d’abord, parlons des raisons de l’arrêt. Après Double-Face sorti en 1986 et des concerts pour soutenir l’album, je me suis mis au travail sur un nouvel album vers 1989. Celui-ci n’a été terminé qu’en 1991. New Rose étant en train de mettre la clé sous la porte, nous avons fait le tour des maisons de disques. Au final, personne n’était intéressé. De plus, je savais au fond de moi que cet album ne correspondait plus du tout à la ligne Charles de Goal. Manque d’inspiration, perte des repères et désintérêt des maisons de disques, tout ceci m’a conduit à prendre la décision de tout arrêter. Cela ne m’a pas empêché de continuer à faire de la musique pour le fun dans l’anonymat le plus complet. Les raisons du « retour » maintenant. A la suite de la sortie remastérisée d’Algorithmes fin 2005, on m’a proposé de faire un unique concert pour fêter l’événement. Il a vraiment fallu me convaincre car je ne suis pas un fan des reformations qui sont habituellement uniquement motivées par le besoin d’argent. Je me suis donc tout naturellement tourné vers la section rythmique avec laquelle je jouais dans mon coin depuis de nombreuses années et on m’a présenté Thierry Leray (ex. End of Data) avec lequel le courant est immédiatement passé et qui est en charge des synthés et de la deuxième guitare. Nous avons donc fait ce concert et le résultat a dépassé mes espérances. J’avais enfin trouvé le groupe dont j’avais toujours rêvé sur scène et que je n’avais jamais eu jusqu’alors. Les demandes de concerts (surtout à l’étranger) étant nombreuses, nous avons décidé de continuer et cela a naturellement débouché sur l’enregistrement d’un nouvel album.

Que s’est-il passé entre 1986 et 2008 ? Vous êtes resté dans la musique ? ou bien vous avez repris une activité  « normale » ?
Même durant la première période de Charles de Goal, j’ai toujours eu une activité « normale » à côté. Le genre de musique que je fais n’étant pas très grand public, ce n’est pas ça qui peut te faire vivre. Et puis j’ai toujours considéré la musique plus comme un hobby que comme un travail, sinon ça m’aurait très vite démotivé. Pendant la période d’inaction de Charles de Goal, j’ai continué la musique avec un groupe à géométrie variable du nom de Monkey Test. Ca n’a pas débouché sur grand-chose (malgré de nombreuses maquettes) mais ça m’a apporté une bonne assurance scénique et c’est là que j’ai rencontré Jean-Philippe Brouant et Etienne Lebourg qui jouent dans la formation actuelle de Charles de Goal.

Le titre de votre cinquième album s’appelle Restructuration. Quel sens donnez-vous à ce mot ?
Comme presque toujours avec mes textes, il y en a plusieurs. Il évoque bien sûr la restructuration de l’entité Charles de Goal mais englobe également les notions plus générales dans lesquelles nous baignons actuellement : restructuration de la société (communautarisme, identité, peoplisation, etc.) mais également de l’être humain (manipulations génétiques, chirurgie esthétique). Le sujet est vaste et fascinant.

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Dans le livret du CD, vous avez inclus les textes. Par contre pour les déchiffrer, il faut presque s'arracher les cheveux, car vous avez coupé les mots à n’importe quel endroit. Vous voulez rendre dingue votre public ?
Note que c’est la première fois que les paroles sont publiées, il fallait donc que cela n’aille pas de soi. C’est la première idée qui est venue pour la pochette. Jouer sur la destructuration/restructuration des mots, les manipuler pour en faire autre chose, une nouvelle syntaxe. Effectivement, ça demande un peu d’efforts et on peut trouver ça agaçant mais au moins, cela fait participer intellectuellement en des temps où l’on nous demande plutôt d’ingurgiter passivement.

Vos textes ont pas mal de puissance. Vous pouvez nous résumer les propos et sujets qui vous tiennent à coeur ?
Les textes de ce disque traitent essentiellement du questionnement sur l’identité et du rapport à la mort. Bien qu’on ne puisse pas dire que c’est un concept-album, il est un peu construit comme un cheminement vers la mort et une éventuelle restructuration/renaissance (mais pas d’un point de vue religieux) si l’on y croit. Sinon, mes textes se nourrissent comme toujours de mes réactions et de mes éventuelles révoltes face à l’actualité ou à l’état de la société dans laquelle je vis ("Régularisez-moi", "Décadence", "Next stop Disneyworld", par exemple). Je suis également un gros lecteur et certains textes sont inspirés par mes lectures. J’ai par exemple écrit "Identité" pendant ma relecture des nouvelles de Philip K. Dick et "Procession" est inspiré par "Les bienveillantes" de Littell. Mais cette fois-ci, le gros des textes traite de la mort prochaine, ça doit certainement être l’âge qui me travaille.

A l’époque j’aimais beaucoup le titre Dans le labyrinthe : vous pouvez me parler de la création de ce morceau ?
"Dans le labyrinthe" fait partie des morceaux où il y avait un concept à la base. Pour celui-ci, je me suis inspiré des labyrinthes à parois de verre qu’on trouvait dans certaines fêtes foraines ou au jardin d’acclimatation, par exemple. Je suis parti d’un premier couplet construit normalement quoiqu’un peu paranoïaque puisque le narrateur est visiblement poursuivi par on ne sait qui ou quoi. Ensuite, j’ai voulu dans les autres couplets, par coupures et restructuration des phrases (déjà !), évoquer le parcours affolé à l’intérieur du labyrinthe avec les culs-de-sac et retours en arrière pour trouver une issue. La phrase "mais les pas vont à gauche" est un petit hommage à Suspiria de Dario Argento que je venais certainement de voir. Quant à la musique, il suffisait de rendre ce côté labyrinthique et de plus en plus oppressant.

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Votre musique a un côté martial et sauvage. Vous avez mangé de la vache enragée pour avoir toujours autant d’énergie ?
Moi qui pensais jouer un genre de jazz-rock-funk groovy, je suis déçu par ce que tu me dis. Non, plus sérieusement, le mouvement musical qui m’a le plus influencé est sans conteste le punk et ses dérivés immédiats. Je me suis nourri au sein de groupes comme Wire, Devo ou Gang of Four, et forcément, ça se ressent. Ce que j’aime, c’est l’énergie punk mais sans oublier si possible de faire des mélodies (mon côté pop). Quant au côté sauvage, étant plutôt doux et réservé au naturel (c’est ce qu’on dit), il faut bien qu’il y ait une soupape de sécurité quelque part et chez moi, elle se trouve dans la musique. Ce disque est également le reflet de notre énergie en live.

Vous avez créé votre propre label : Self Control. La raison ?
Vu l’état actuel du marché du disque, nous nous sommes dit que plutôt que d’abandonner la quasi-totalité du prix de vente du disque à un label ou un distributeur qui finalement n’en vendrait peut-être pas plus que nous-mêmes, il était plus sage de tenter l’aventure par nos propres moyens. Plusieurs labels indépendants amis nous donnent un coup de main pour la vente (Born Bad, Brouillard Définitif, Infrastition, Manic Depression) et c’est très bien comme ça. On trouve également le disque sur notre site et à nos concerts et même si ce n’est plus la grande époque pour vendre des disques, ça se passe plutôt pas mal. Les gros labels sont en train de crever la gueule ouverte sans comprendre ce qui leur arrive et, très franchement, ce n’est pas moi qui irai pleurer sur leur sort. Ils se sont gavés sur le dos des artistes et des consommateurs pendant très longtemps quand le CD est arrivé en vendant à des prix exorbitants de simples transferts de vinyles à CD qui ne leur coûtait que le prix de la fabrication. Et puis, qui a envie d’aller dans une major quand on n’y rencontre plus que des directeurs du marketing et des chefs de projet.

Dans les années 80 vous étiez sur le label New Rose. Comment avez-vous atterri sur ce label plutôt très rock, que new-wave ?
Il y a toujours eu deux entités différentes chez New Rose. L’une était Patrick Mathé qui était plutôt branché par le rock américain dont tu parles, mais également Louis Thévenon qui lui était plus attiré par le punk et la new-wave. Il fondera d’ailleurs plus tard le sous-label Lively Art dédié à cette branche au sein de New Rose. Quant à ma présence sur New Rose, elle s’est faite tout naturellement car j’avais déjà sorti un disque avec mon groupe précédent (C.O.M.A.) sur le label Flamingo déjà géré par les deux mêmes personnes qui s’occupaient à l’époque de la boutique Music-Box.

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Quel(s) souvenir(s) gardez vous des années 80 et de la new-wave punk en France ? Quels groupes fréquentiez-vous à l’époque ?
J’en garde le souvenir d’un foisonnement musical qui faisait du bien. Pour une fois, les Français n’étaient pas trop en retard, voire en avance pour certains. L’apparition des labels indépendants a également amené une bouffée de fraicheur car on pouvait enfin entendre des choses différentes et plus aventureuses. J’ai toujours été plutôt un solitaire, par conséquent je ne faisais partie d’aucune coterie et je ne fréquentais pas les autres groupes de l’époque. Mais je me sentais plus proche de groupes comme Warum Joe ou Metal Urbain que de la vague dite New-Wave.

A l’époque, Charles de Goal c’était une personne, aujourd’hui c’est un groupe. Pourquoi ce changement ?
Tenir un projet seul est assez lourd au bout d’un certain temps. Trop de doutes, d’interrogations. Le Charles de Goal nouveau est effectivement basé sur la collaboration avec d’autres membres, chacun apportant ses idées, même si je me réserve la partie textes. Et ce qui est assez drôle c’est que les membres actuels sont les gardiens de la tradition goalienne. Si je m’en échappe un peu trop, ils n’hésitent pas à me rappeler à l’ordre.

Au fait pourquoi le choix du nom Charles de Goal ? L’orthographe Goal au lieu de Gaulle c’était pour ne pas avoir de problème avec les politiques ou la famille du Général ?
C’est Patrick Mathé qui a trouvé le nom. On cherchait juste un nom qui soit immédiatement reconnaissable internationalement et qui représente la France, en aucun cas ce n’était lié à une admiration du personnage. La transformation en Goal était un clin d’œil. Il n’y a jamais eu de problèmes liés à ce nom. Lors du dépôt du nom à la SACEM, la responsable a quand même eu l’air interloqué et est allée se renseigner pour savoir si ça ne posait pas de problèmes mais est finalement revenue avec un grand sourire en disant que tout allait bien.

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Aujourd’hui en 2008, quels sont pour vous les grands changements dans le milieu musical ? C’est plus compliqué en 2008 d’être dans un groupe qu’en 1980 ?
C’est à la fois plus compliqué et plus simple. Je souhaite bien du courage aux petits nouveaux qui voudraient faire carrière dans l’état où sont les choses actuellement. D’un autre côté, Internet a considérablement facilité la tâche pour commencer à se faire connaître en dehors des canaux habituels (presse, radio, TV). Pour nous, tous nos concerts sont décidés par l’intermédiaire de notre page MySpace. Il n’y a plus besoin de la structure très lourde qu’il fallait dans le temps : manager, attaché de presse, etc. Par contre, il faut bien reconnaître qu’il est bien plus difficile de vendre des disques aujourd’hui, ne serait-ce que parce que les grandes chaînes comme la FNAC ("découvreur de talents" paraît-il) refusent de prendre les disques des petites structures comme la notre.

Sur le label Born Bad, il y a le groupe Frustration (avec qui vous avez joué) qui a un peu le même son que vous. Ça vous fait plaisir d’avoir fait des petits ?
Nous sommes très proches de Frustration et je crois bien que c’est la première fois que je me fais de vrais amis dans ce milieu. Mais je ne dirais pas que nous avons le même son. Leurs racines sont plus du côté de Warsaw et de New Order. Ca ne les empêche d’aimer Charles de Goal et Fabrice viens parfois chanter "Dans ma tête" lorsque l’on partage la scène. Quant à faire des petits, bien sûr que c’est touchant et que ça me flatte. A ce sujet, un Tribute aux chansons de Charles de Goal va très bientôt sortir. Des groupes actuels français et internationaux y participent, c’est une sorte de reconnaissance, il ne faut pas bouder son plaisir.

Quels artistes vous ont donné l'envie de faire du rock ?
Vu mon âge, ça remonte à très loin. Mais en ce qui concerne Charles de Goal, c’est très certainement des groupes comme Wire, Gang of Four, Devo, XTC, Television ou Metal Urbain, mais je peux également citer les Kinks et bien d’autres. En fait, je suis un dévoreur de musique.

Si vous avez un message ou un commentaire à rajouter, c’est le moment !
Je ne suis pas un homme à messages, ça m’a toujours profondément irrité. Je peux juste inciter les gens à venir nous voir en concert. En général (ha ha), on en repart plutôt heureux et mouillé d’après ce que j’ai pu constater. Et puis, attendez-vous à un nouvel album, certainement en 2009.

Photos signées Emmanuel Pierrot & Robert Gil



www.myspace.com/charlesdegoal

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 27/12/2008

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