25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 25/03/2017 à 12:56:51
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Lucy & The Popsonics

Paris
février 2009

Ah le Brésil ! Le roi Pelé, la bossa nova, le carnaval, les strings fluos, la capoeira, mais aussi Os Mutantes, Sepultura, CSS et aujourd'hui le duo Lucy And The Popsonics. Le premier album de ce couple de Brasilia, A Fabula (ou A Farsa?)..., est une petite pépite d'électro-punk qui pétille diablement. Il y a 5 ans, on aurait appelé cette musique d'électroclash, et 15 ans avant d'after punk, et aujourd'hui ?
Ce sera comme vous le sentez, toujours est-il que cet album pullule de tubes soniques prêts à être consommés, rubrique « danse et éclate totale ». Les compos sont des petites bombes pour gigoter, se trémousser toute la nuit, jusqu'à se rouler par terre et le tout dans la bonne humeur.
Ces petits diablotins (Fernanda et Pil) ont le sens du rythme et de la fête à paillettes, avec un peu de glamour et beaucoup de bordel insolent. Bref une musique "légère" qui fait bigrement plaisir à écouter, surtout en cette période de crise. Avec LATP on oublie tout !
C’est à l’occasion du passage de LATP à Paris lors de la soirée En attendant les femmes s'en mêlent, que nous avons rencontré la charmante Fernanda, habillée évidemment de couleurs pop.


Est ce que c'est difficile de faire du rock dans le pays de la bossanova ?
Oui c'est difficile, notre marché du rock est très petit et c’est très dur de vivre de sa musique. La plupart du temps, il faut avoir un travail et faire de la musique pendant son temps libre, comme on le fait. Nous nous travaillons dans une banque. Pil a aussi un magasin de T-shirt où il vend ses créations et moi j’étudie toute la journée pour avoir un meilleur boulot. Je connais de supers groupes qui ne vivent que pour la musique, mais ils ne savant pas de quoi sera fait demain. Au Brésil les instruments (guitare, basse, batterie, synthétiseur, piano électrique, ….) sont très cher! Alors si tu as du matos tu peux te faire des amis et essayer avec eux des trucs nouveaux. C’est ce qui me plait ici. C’est vraiment rare que quelqu’un essaye de faire de la bonne musique juste pour être commercial.

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Y a t’il une scène rock à Brasilia ?
Dans les années 80, Brasilia était la capitale du rock au Brésil. Il y avait tous les meilleurs groupes des années 80. C’est un fait ! Dans les années 90, c’était un peu bizarre. Les gens ont commencé à mélanger les genres, en faisant du rock avec du reggae (Maskavo, Roots), du rock et du forro (Raimundos), du rock et du rap (Cambio Negro), du rock et du ska (Bois de Geriao) etc. Les années 2000 ont été indie : la génération la moins commerciale.

En concert vous dites à plusieurs reprises que vous êtes de Brasilia. L'identité liée à une ville, un pays est important pour vous ?
En fait, habituellement, même au Brésil les gens pensent qu’on vient de Sao Paulo. J’adore Sao Paulo mais je suis de Brasilia et je me sens très "brasilienne". Je sais que Brasilia n’est pas le meilleur endroit au monde, qu’il n'y a pas grand-chose à faire, et que ce n'est pas non plus le meilleur endroit pour se cultiver. Mais pour plusieurs raisons, je me sens très liée à cette ville car j’y ai grandi. Quand je marche dans les rues, tout a une signification pour moi. A Brasilia, je ne vis pas dans le chaos. La pression et tous les trucs que les groupes de rock sont obligés de faire, ce n'est pas ma "live". A Brasilia on a une vie très tranquille, en étant dans une très belle ville moderne.

Chanter en portugais est pour vous une nécessité pour vous démarquer des artistes anglo-saxons ?
Non, nous avons décidé de chanter en portugais parce qu’on ne pensait jamais devenir international et aussi surtout parce que le portugais est plus rare et plus romantique. C’est comme ça aussi que je ressens Serge Gainsbourg. J’ai des tonnes de CD chantés en anglais et Gainsbourg fait la différence au milieu de ceux-ci, surtout parce qu’il chante en français.
Il y a quelques années, j’ai habité aux Etats-Unis et c’était très chic de parler portugais. Les gens de partout me demandaient toujours de parler ma langue juste pour voir comment c’était. Alors, j’ai commencé à me sentir différente et ça me plaisait. C’était une expérience intéressante. J’aime le fait que ma langue maternelle soit le portugais. J’aime être rare, tu vois.

Vous vous connaissez depuis la maternelle. Depuis quelle âge faites vous de la musique ensemble. Vous avez joué avec d'autres personnes ?
On jouait ensemble quand on était adolescent et on était à fond NIN, Atari Teenage Riot et d’autres groupes de musique industrielle. A cette époque, on avait décidé de se débarrasser du batteur et de jouer avec une machine à percussion. On était cinq : deux amis de lycée et un cousin de Pil.

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Quels sont vos sources d'inspirations (artistes, sujets, politique, quotidien…) pour créer l'univers de votre groupe? Et pourquoi le nom Lucy And The Popsonics ?
J’étudiais et j’étais à fond dans la politique quand j’ai commencé LATP. Avec notre groupe je voulais être dans un univers amusant et apolitique. Nos paroles parlent un peu de nos vies et des gens à Brasilia. On joue avec des trucs techno qu’existent pas dans la vie de tous les jours. On est à fond dans la musique pour notre propre plaisir, comme un hobby. C’est un échappatoire à notre vie quotidienne.
A propos du nom, Pil voulait qu’il y ait Lucy dans le nom du groupe, et je voulais un nom très long comme Belle and Sebastian ou Siouxsie and the Banshees. Alors on en est arrivé à se dire qu’on devrait avoir un nom avec Lucy et quelque chose. On s’est pris la tête au téléphone et on en est sorti avec deux mots: "sonic" et "pop". Alors on a tout mis bout à bout et on a finalement trouvé Lucy and the Popsonics !

Vous pouvez nous présenter le morceau Chanson Française, que vous chantez en français. Le sens de ce titre ? Que représente la langue française pour vous ?
Je venais de commencer le français et je m’en sortais bien. J’étais la meilleure élève et j’arrivais à l’époque à dialoguer en français avec le prof, ce qui m’étonnait. J’étais à fond dans l’univers français (musique, films) à cette époque, mais je n’étais pas encore douée pour la poésie. Alors, on faisait la chanson et j’ai commence à dire beaucoup de mots en français. Pil a aimé et m’a demandé de continuer et voilà ! Je suis un peu gênée de chanter cette chanson en France parce que c’est votre langue et je sais que les langues latines sont plus poétiques. Ca ne veut peut-être rien dire pour vous et j’ai très peur que quelqu’un en France soit un peu énervé contre moi à l'écoute de ce morceau. Mais je ne pensais jamais venir jouer en France. J’ai écris les paroles, juste pour m’amuser et me pavaner un peu !

Sur l'album il y a aussi le titre Fashion Bloody Fashion. La mode est un domaine qui vous plait ? Vous apportez de l'importance au style vestimentaire ? Est ce que vous customisez vos habits ?
On se fout complètement des voitures, des téléphones portables, des cartes bleues etc, mais on aime être beaux ! (rires). On aime tout ce qui est visuel, comme la photographie, les films etc. Oui, on arrange nos looks et on choisit comment on va s’habiller. La chanson a été créée pour un événement de mode, pour une marque. C’est à propos de ce monde qui est si différent, si loin du reste de l’univers (rire).

C'est la première fois que vous venez jouer en France et à Paris (capitale de la mode) ?
On a déjà joué en à Nantes en 2008 dans le festival IDEAL. C’était super ! J’y ai retrouvé mon pote français que j’avais rencontré aux Etats-Unis après tant d’années. On a bien mangé et dormi. Quelques jours avant, Brittish Airways avait perdu nos bagages et on était en tournée aux Etats-Unis et en Europe pendant 40 jours. On est resté à Paris 2 jours pour acheter de nouveaux vêtements pour finir la tournée. On était fatigués et déçus à cause des bagages perdus. Mais à Nantes on a fait le meilleur concert de notre vie. C’était si bien qu’on a voulu arrêter le groupe avec ce dernier concert complètement incroyable. Et là (NdA : en février) on a fait des supers concerts au Pop In, à l’International (NdA : 2 bars sympa de Paname) et au Point Ephémère (NdA : salle de concert incontournable pour les amateurs de rock et d'électro). C’est amusant de jouer en France, les gens réagissent bien.

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En concert vous reprenez Refuse/Resist du groupe Sepultura. C'est un groupe et un style que vous aimez ? Ou bien c'est pour délirer sur du hard rock ?
Je respecte Sepultura parce qu’ils ont fait avec Roots l’un des meilleurs albums des années 90. Mais LATP est un univers ludique, alors on a voulu faire la reprise de façon amusante. Ils savent qu’on fait ça. On sait que tous les gens dans le monde qui adorent le Heavy Metal nous détestent. Haha!!! Sans être à fond dedans, j'aime le Heavy Metal, je reconnais la valeur de certains groupes. Je peux écouter de la Bossa Nova et du Heavy Metal, mais il y a d’autres trucs que j’aime tellement plus. Chez moi j'écoute Stereo Total, The Kills, les Sex Pistols, les Ramones, Peaches, Kraftwerk, Devo, B-52’s et plein d’autres supers groupes du monde entier.

Une partie de votre musique est enregistré sur l'ordinateur. Avez-vous eu des galères sur scène avec l'ordi ?
Quand on a commencé (en 2005) on a eu des problèmes, parce qu’on devait enregistrer pour les concerts un CD vierge et jouer avec un lecteur de DVD. Alors quand on sautait sur scène, le CD sautait aussi et il n’y avait plus de son, alors on est passé au lecteur de MP3. Maintenant c’est un ordinateur parce qu’on ne peut pas faire mieux et parce qu’on joue avec un piano midi. On ne voulait pas tout emporter avec nous en France parce qu’on n’aime pas la politique des compagnies aériennes pour les bagages fragiles. On avait beaucoup travaillé pour acheter chaque pièce de notre équipement, on ne veut pas donc pas les perdre en tournée.

Vous avez fait la première partie de nombreux groupes (Devo, The Rapture, Lilly Allen). Quels satisfactions et leçons retirez vous de ces expériences live ?
On a tout appris sur scène. Un groupe existe vraiment quand il fait des concerts et qu’il est sous les projecteurs !

Vos parents aiment votre musique ?
Non. Nos parents respectent ce que nous faisons parce qu’on voyage à travers notre pays et maintenant à travers le monde. Donc, ils comprennent que LATP doit avoir de l'importance pour nous. Mais nos parents ne pourront jamais imaginer la musique comme un moyen de vivre. Et ce que nous faisons n’est pas ce qu’ils voudraient écouter. Ils ne peuvent même pas comprendre. Mais nous les comprenons, parce que les parents veulent toujours ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants et au Brésil la culture n’est pas quelque chose de respecté.

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De part votre style musicale et votre nationalité, on ne peu pas s'empêchez à vous comparer à CSS. Vous les connaissez personnellement? Vous aimeriez suivre leur chemin ?
Je les ai rencontrés une fois quand nous étions au programme d'un même festival. Je ne les connais pas. J’ai juste parlé un peu à Adriano Cintra (NdA : batteur et producteur de CSS) et il était très sympa. J’ai toujours beaucoup aimé son travail en matière de musique et tout le monde sait que c’est un super producteur. Je me souviens juste que tout le monde prenait des tonnes de photos d’eux. Ils étaient un tout petit groupe quand ils sont partis du Brésil et quand ils sont revenus c’était les Rolling Stones (rires) ! J’aime CSS et Bonde do Role aussi. Je leur souhaite beaucoup de succès et plein de bonnes vibrations.
On n’a jamais vraiment pensé devenir aussi célèbre que CSS, parce qu’on n’a jamais imaginé rentrer dans le business. On veux juste toujours jouer plus, on est accro à la scène. C’est donc la première fois qu’on réfléchit à l’éventualité de jouer un jour partout et ne plus avoir besoin de travailler dans une banque en ne jouant que les week-ends. On a toujours su que la possibilité de faire de la scène est très petite. On voit tout ce qui se passe et on n’a parfois du mal à croire que nous voyageons autant et jouons partout. On adore ça ! Si quelque chose nous arrive, on ne veut pas être juste un tube, on veut juste avoir une carrière solide comme tous ceux qu’on aime et si un jour on fait une couverture de magazine on fera avec, mais si cela n'arrive pas, on n'en mourra pas. On pourra toujours continuer au Brésil à faire ce qu’on adore, c’est ce qu’on a toujours fait jusqu’à présent.

Parlez nous de vos projets pour l'année 2009 ?
Il faut toujours qu’on travaille dans une banque, qu’on s’occupe de notre petit chat, de notre poisson et de la sortie du disque en Europe. Cette année, on ne travaille que pour l’Europe.

Un petit message pour nos lecteurs de France ?
Essayez de faire toutes les choses que vous aimez et soyez avec les gens avec qui vous sentez de bonnes ondes.

Traduction de l'interview : Karine Gaouyer et photos signées Paskal Larsen

Lucy And The Popsonics seront en concert en avril en France dans le cadre du festival Les femmes s'en mêlent :
-le 21 à Riorges
-le 23 à Amiens
-le 24 à Paris
-le 25 à St Lô



www.myspace.com/lucyandthepopsonics

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 29/03/2009

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