16/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Benjamin Biolay

Toulouse
septembre 2003

Toulouse, septembre 2003. Rencontre avec Benjamin Biolay, l'auteur-compositeur-interprète le plus en vue de la "nouvelle chanson française". Celui-ci nous parle de son second album, Négatif, de sa petite sœur Coralie et de ses futurs projets. Compte-rendu :

Le double-album, dans l'inconscient collectif, c'est quelque chose de très prestigieux dans la carrière d'un artiste, mais c'est aussi un truc très casse-gueule, qui peut très rapidement se faire taxer de prétentieux et poussif. Tu avais conscience de ça avant l'enregistrement ? Est-ce un enjeu qui te faisait peur, ou au contraire, t'excitait ?
Non, en fait le postulat de départ n'était pas de faire un double-album, mais il se trouve qu'on s'est retrouvé avec un grand nombre de chansons... D'ailleurs, je n'ai absolument pas communiqué là-dessus, et les médias ont reçu un cd-promo contenant uniquement 1 face... je l'ai vraiment joué profil bas là-dessus. Si un jour je fais un double-album tel que je l'entends, je pense que je m'y prendrai différemment. Il contiendra sans doute des plages instrumentales, des chansons à tiroir avec des thèmes communs

Quand tu commences à réfléchir sur un nouveau disque, est-ce que tu essayes de trouver un fil conducteur entre les chansons, pour donner une cohérence au tout, ou est-ce le cadet de tes soucis ? Est-ce qu'un concept se cache derrière chacun de tes albums ?
Oui, systématiquement quand il s'agit de chansons pour moi, car autrement, je m'ennuierais rapidement. Je me connais, je ne peux pas fantasmer sur moi-même, ou projeter quoi que ce soit... il n'y a pas de rencontres, de nouveautés, je suis donc obligé de chercher un fil conducteur, des choses à côté pour me raccrocher à moi-même. Puis j'aime bien cette idée de concept-album, même si des fois on se perd en route...

...Il y a des concept-albums qui t'ont particulièrement marqué dans l'histoire de la musique ?
Il y en a 2 qui m'ont séduit, Melody Nelson de Gainsbourg qui est un vrai album concept même si il dure moins d'une demi-heure, et le Sergent Peppers des Beatles qui malgré les apparences n'en est pas un. Ce dernier est un super concept marketing, sur-instrumenté à des moments, mais pas conceptuel pour autant.

On sent que vous n'avez pas choisi ni la facilité ni le compromis sur cet album ? De par le choix de la pochette très frontale, en quasi gros plan, le titre de l'album, le single qui est mélodique mais pas forcément formaté pour être un tube fm, le nombre de chansons…Est-ce que c'est votre manière à vous de dire au fond: "me voici tel que je suis", à prendre ou à laisser, et histoire aussi de vous démarquer de cette image de dandy vaguement rétro que l'on vous avait collé avec Rose Kennedy ?
Oui, c'est tout à fait ça...c'est absolument juste. Puis c'est une façon de refuser cet échec annoncé qu'est le deuxième album. Je l'ai conçu comme si c'était mon huitième, en essayant de me mettre à l'aise avec l'enjeu et d'occulter la pression. C'est un moment tellement périlleux le deuxième album... Je voulais qu'il ne soit en rien comparable au premier, que ce soit pour la pochette ou le contenu.

Autant on vous sent dans votre élément naturel dans le monde des studios d'enregistrement, autant on vous sent encore un peu hésitant dans l'exercice du live ? Vous parliez dans une précédente interview d'une performance quelque peu ratée en première partie de New Order à L'Olympia en 2001… Est-ce que ça s'est arrangé depuis, est-ce que vous commencez à y prendre du plaisir ?
Oui, ça c'est bien arrangé. J'ai cessé d'y penser de manière professionnelle, de m'en faire une montagne, d'imaginer que c'était tellement différent que de faire de la musique en studio. Quand j'enregistre un album, je suis quelqu'un d'assez spontané, on ne fait pas beaucoup de prises, on joue tous ensemble, donc pas de raisons que cela se passe autrement sur la scène. Bon c'est pas encore Johnny Halliday, mais on y travaille !

Juste après Rose Kennedy, tu as sorti un mini-album de remixes. Je voulais savoir s'il te semblait que ce traitement électronique avait apporté quelque chose à tes chansons ? Est-ce que tu avais été séduit par le résultat ?
J'ai toujours un avis très mitigé sur ce projet... il faut dire que ce n'est pas mon idée au départ, même si j'ai choisi les remixeurs. Pour tout dire, je ne suis pas dingue du résultat... Bon c'est un exercice de style, mais je pense qu'il aurait été beaucoup plus intéressant de "filer" l'album entier à quelqu'un qu'on aime bien, et le laisser faire son truc. Un peu comme Massive Attack avait fait avec Protection, en le confiant à Mad Professor.

Est-ce que par opposition à tes albums qui comportent beaucoup d'arrangements, de cordes, d'effets, l'idée d'un album dépouillé, guitare-voix en acoustique pourrait te séduire, un peu comme le Springsteen de Nebraska, ou les albums folk de Will Oldham ?
Je suis fan de Will Oldham ! Oui, cette idée pourrait vraiment m'intéresser, ne serait-ce que pour la beauté des guitares....Bon, sans toutefois tomber dans l'excès lo-fi de la néo-folk. Il y a quand même un peu de poses dans tout ça, dans cette sorte de folk lo-fi décharnée... Mais dans l'idée d'avoir une relation plus intime avec les chansons, pourquoi pas ?

Tu as un univers musical très imagé, très cinématographique sur certains titres. Est-ce que l'idée de composer la bande-originale d'un film est quelque chose qui pourrait te séduire ?
Non pas tellement, ça ne m'a jamais vraiment intéressé. On m'a proposé 2, 3 trucs, mais je ne me suis pas senti l'homme de la situation. Puis c'est des trucs assez lourds à gérer, il faut faire des compromis, le budget est rarement suffisant…Comme le cinéma français est une industrie qui vit une crise actuellement, ce n'est pas le moment d'aller se "faire chier" à faire de la musique de films avec "2 bouts de ficelles". Sans compter que rentrer dans l'univers de quelqu'un qui a forcément des idées très arrêtées sur son œuvre, ça ne m'emballe pas forcément. Pour autant, si je tombe sur un scénario qui me renverse totalement, je pourrais reconsidérer la question…

Dernière question sur ta petite sœur Coralie : est-ce qu'un second album est en préparation et si tu y participes, comptes-tu t'y investir autant ? Penses-tu lui donner un peu plus de "latitudes" ?
C'est ce que j'ai fait, je lui ai laissé beaucoup de marges, mais elle n'a pas su s'en servir… Je l'avais totalement "instrumentalisé" sur le premier album, j'étais allé la chercher, et je comptais sur le second lui laisser une totale liberté. Mais c'est encore un peu tôt pour elle, elle ne sait pas encore exactement ce qu'elle veut faire, écrire, ou autre chose... C'est encore très confus, pas assez gérable. En tout cas, sur le premier LP, elle a vraiment dépassé toutes mes espérances en tant qu'interprète, elle s'y est investie à bras le corps, et je pensais donc qu'elle pouvait aller un peu plus loin… Pour le second, je ne sais pas encore, on va voir, mais je pense que d'une manière ou d'une autre, il y en aura un.

www.benjaminbiolay.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 09/10/2003

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