25/04/2017  |  4794 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/04/2017 à 11:48:39
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NLH : Peintre dans l’âme


Février 2010

NLH sont les initiales de Nathalie Le Hyaric. Depuis 1993, NLH construit une œuvre picturale poignante. Le Corps humain, thème centrale de son travail, est à la fois écorché et vif, surtout de l’intérieur, et nous amène à nous questionner sur notre vie « terrestre » et surtout sur notre mort (assurée). La mort, un sujet encore tabou, surtout ici en France, est constamment présent sur ses toiles aux couleurs terre et sang. Aussi les regards, tristes et expressifs, donnent l’impression qu’ils vont sortir de la toile, tel des esprits malins. Ainsi le public face aux peintures de NLH , se retrouve comme possédé par tous ses regards à l'aspect « presque animal ». Proche de l’atmosphère d’un film de David Lynch, tendance Eraserhead et Blue Velvet et la patine d’un tableau de Francis Bacon, les étranges peintures de NLH ont cet aspect trouble entre poésie et déchirure physique. Rencontre avec une artiste bien vivante.

Te souviens-tu de ton premier contact avec l’Art ? Quel à été le déclic qui t’a donné envie d’être artiste-peintre ?
J’ai eu le déclic à 8 ans. J’étais passionnée par une série télé qui racontait la vie de Léonard de Vinci. La série réalisée par Renato Castellani date de 1972. Léonard de Vinci était devenu mon héros ! J’ai alors dessiné et recopié ses planches d’anatomie, puis tout ce que je pouvais trouver dans le dictionnaire : photos, tableaux célèbres.

Quand tu as annoncé à tes parents que tu allais étudier l’Histoire de l’Art, l’ont-ils bien pris ?
Pas vraiment. La peinture était déjà ma passion principale, et dès le collège je voulais déjà me professionnaliser dans un métier artistique. Mais mes parents pensant que c’était un hobby passager, ont préféré que je passe d’abord mon Bac. J’ai quand même choisi une filière Lettres et Arts plastiques ! Ils se sont rendus compte beaucoup plus tard que c’était ancré en moi !

Quels étaient les cours qui te plaisaient le plus ? Et inversement.
Au lycée, j’ai eu la chance d’avoir eu un prof d’Arts plastiques et d’Histoire de l’Art, excellent ! Humainement déjà et parce qu’il avait eu l’intelligence de concorder les programmes de Philo et d’Histoire, avec le programme d’Histoire de l’Art, ce qui était d’autant plus riche pour comprendre les mécanismes de pensée à travers les époques. A savoir aussi comment poser une problématique en peinture. Il nous emmenait régulièrement au Louvre pour reproduire des oeuvres célèbres.
A la Fac, ce qui me plaisait le plus c’était de compléter ma pratique, avec les cours de dessin de nu, de calligraphie et de peinture Chinoise, de linogravure, de couleur comme thérapie, de programmation d’une exposition, et à l’IUFM d’apprendre la didactique et la pédagogie. Je n’aimais pas les cours de Nature morte, mais j’y allais aussi par curiosité et pour essayer de comprendre.

Tu as décroché une maîtrise d’Arts plastiques. Cela t’a rassuré pour te lancer dans tes créations ? A ce jour que t’a apporté ce diplôme ? Une meilleure confiance en toi ?
Le fait d’avoir eu ma maîtrise n’a pas été le moteur pour me lancer, toute mon éducation a contribué à me mettre en confiance, je suis juste diplômée en Etudes supérieures.
En fait, j’étais en licence, lorsque j’ai exposé pour la première fois en 1993 à Soissons, pour l’association ALCALY. Au niveau créatif, il y avait déjà le style personnel «NLH». Déjà 27 toiles à mon actif au moment de cette expo (sans compter les dessins et peintures scolaires), et une volonté d’exposer mon travail au public !!!

Le corps humain est le thème/sujet central de tes peintures. Pourquoi ce sujet, (vieux depuis la nuit des temps dans le domaine de l’Art), plus qu’un autre?
Vu la complexité de la Nature Humaine, peut-être qu’il est plus facile de parler de ce qu’on connaît et de se poser des questions, car face à l’insaisissable du Monde et des autres, le corps est le seul lien possible de souveraineté personnelle.
Je peins ce que nous sommes destinés à perdre, c’est une exploration de l’intérieur du corps.

Tu préfères peindre le corps squelettique qui souffre à l’inverse du corps heureux et posé. Pourquoi le corps maladif t’inspire? Que trouves-tu dans sa représentation ?
Ma peinture n’est pas la représentation du corps tel qu’il peut l’être avec ses différentes formes charnelles apparentes, ce qui m’intéresse c’est d’en exprimer les sensations. Donc, avec ce choix esthétique de figurer dans ma peinture des corps quasi squelettiques et des crânes (même principe que la vanité), se décline la représentation de « charpentes d’émotions ». Ce qui permet de méditer sur l’inquiétante étrangeté de l’Etre, et de sensibiliser la prise de conscience de la mort !
Les postures humaines représentées sont stoïques ou surprises dans leur action et dans leur intimité. Nous pouvons dans ces scènes en ressentir les cris ( Justine, Trois, Le Titan, Anamorphis,…) ou au contraire les silences (La confession, Ex Voto, Silence, …), en éprouver les joies (Mordorure, Maîtrise de la passion, Osmose, …) ou les craintes et les peines (18 Septembre 1999, …). En résumé ce que nous traversons tous au cours de notre vie !!!

Pourquoi la mort t’inspire autant ? La vie est moins plaisante ?
Ce n’est pas la mort qui m’inspire mais au contraire la vie avec ses réalités !

Aimes-tu te promener dans les cimetières pour te ressourcer, entrer en communion avec « l’inconnu » ?
Non, pas particulièrement dans les cimetières, bien que ça m’arrive. Je me ressource plus en communion avec la Nature ! Je crois à un au-delà avec ses mystères!

Parmi tes modèles Mona Lisa a une place privilégiée. Tu peux nous parler de ce tableau, ce qu’il t’inspire ?
C’est un clin d’oeil à mon héros De Vinci bien sûr! Mais ce modèle n’a pas une place privilégiée plus qu’un autre ! Pour l’exposition « NLH toute en contraste » de 2008 chez M. Le maudit, j’avais choisi de réinterpréter des tableaux de maîtres célèbres notamment Albrecht Dürer, David, Pétrus Christus, et Gabrielle d’Estréé de l’Ecole de Fontainebleau.
Le polyptyque « NLHOOQ » composé de quatre tableaux est un jeu de postures entre Mona Lisa et Gabrielle d’Estrée, ces icônes de l’Histoire de la peinture jouent de leurs attributs féminins et s’exhibent plus provocatrices. Le titre est un jeu entre mon nom et une référence à la Joconde deMarcel Duchamp « LHOOQ »!

Est-ce que ton entourage (mari, amis, famille, enfant) te donne de l'inspiration, ainsi que ton quotidien (les petites choses de la vie)?
Oui bien sûr et c’est la première source d’inspiration !

Quelle est ta bibliothèque/documentation pour trouver l’inspiration dans le point de départ qui te servira pour peindre ?
Je n’en ai pas vraiment à citer. Comme exemples, quelques livres sur les légendes bretonnes, de philosophie m’ont inspiré mais je m’en sers surtout pour trouver des titres, le dictionnaire aussi d’ailleurs !!! Je me nourris de toutes les images de la vie quotidienne, car le point de départ avant toute création commence par l’observation, d’une scène qui se déroule dans la rue, d’un film, d’une photo, ou d’un autre tableau. Je mémorise tout ça pendant un laps de temps et je peins ensuite sur le vif !

Quels sont les thèmes/sujets que tu as abordés à ce jour ?
Les légendes anciennes, les dieux celtes, la terre, le portrait, le face à face avec l’autre et l’échange, la solitude, le questionnement, l’angoisse, les thèmes de l’étreinte amoureuse et de l’onanisme, de la passion, de l’extase, du cri, de la douleur, de la peur, de la joie, de la peine, le travail du trompe l’œil et des noirs et blancs, le miroir, la femme dans la réinterprétation de tableaux célèbres, la vieillesse et la jeunesse, et quelques détails de transformation du corps (piercing, branding et scarifications)…

Ton style me fait penser à Francis Bacon et au "Cri" de Munch. Ceux sont des artistes qui t’inspirent ?
Oui entre autre, j’aime beaucoup d’artistes. Je pourrais citer aussi Beksinski et la peinture Flamande du XVème siècle surtout pour les portraits et le travail des contrastes !

Tu aimes la peinture, tu aimes aussi le rock et l’univers « goth ». Ce monde se retranscrit de quelle façon dans ton travail ? Le côté sombre de cette musique te nourrit de quelle façon ?
J’aime les musiques d’ambiance pour peindre ! Je ne sais pas si ce monde se retranscrit dans mon travail car mes peintures touchent divers publics ! Sinon dans la vie de tous les jours je suis plutôt Rock’N’Roll, c’est clair !

Tes peintures ont beaucoup de relief. En quelques mots, quelles sont les techniques que tu utilises en peinture ?
J’utilise la peinture acrylique et travaille au couteau une pâte, le plus souvent sur toile de lin. La matière peut être filiforme ou en spirale, accrochante ou estompée ; en fonction de l’émotion, tension et douceur s’affrontent.

Te sens-tu en marge avec l’art contemporain? Ou au contraire, tu fais les démarches nécessaires auprès des galeries pour exposer ? Vas-tu à la FIAC ?
Je pense malheureusement que Paris est saturé, bien que j’ai quelques contacts, et nul n’étant prophète en son pays, j’ai des projets à l’étranger !
J’ai mon propre style et ça ne m’intéresse pas de faire ce qui est « tendance » et commercial !

Message ou autre à rajouter à faire passer ?
Mes peintures sont visibles sur les sites cités en référence au bas l'interview.
Je recherche toujours des nouveaux lieux pour exposer, et si des artistes musiciens aimeraient utiliser une de mes peintures comme pochette d’album pourquoi pas, ils peuvent me contacter ! Je recherche aussi un webmaster pour créer un nouveau site internet !
Je tiens à remercier mes proches et le public fidèle qui me soutiennent depuis plusieurs années et qui contribuent à ma promotion, également un grand merci à Wil et Isa qui m’aident pour les accrochages et tout le côté marketing ! Et merci à toi Paskal et à Foutraque pour cette interview !!!


www.myspace.com/nlh_paris
www.myspace.com/lapeintrenlh

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 27/02/2010

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