21/08/2018  |  5033 chroniques, 165 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 09/08/2018 à 11:02:10
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Interview de Cheveu à l'occasion de la sortie de l'album 1000

Paris
Janvier 2011

"Ah la la, ça m'a donné comme un orgasme votre truc !"

Après avoir vu le trio français Cheveu deux fois sur scène pour deux shows mémorables - aussi jouissifs et violents que déjantés et hystériques - à la même affiche que les Black Lips et BBQ à Feyzin en 2008 puis Frustration et Magnetix à Clermont-Fd en 2009 et être reparti comblé mais terrifié, au moment de passer par le stade de l'interview début 2011, on se fait quelques cheveux, normal... Et si le "méchant" combo français nous prenait pour un punching-ball, et si on finissait avec une béquille, comme, David Lemoine, le très déjanté chanteur lors de la dernière fois où on l'a vu sur en live ? Ne laissant parler que notre intrépidité et notre curiosité pour les auteurs du très, très bon album 1000, rendez-vous est pris Chez Jeannette, rue du Faubourg Saint-Denis à Paris dans le 10ème arrondissement, un sympathique bar très animé où le groupe a visiblement ses habitudes... Pas de raison de s'inquiéter finalement, Olivier Demeaux (synthés) et Etienne Nicolas (guitare) nous attendent tranquillement à une table, ils sont souriants et affables et ils ont envie de parler. Comme ça tombe bien, nous aussi ! On a même pas mal des questions à leur soumettre ! Entretien où il sera question du Festival Mo'Fo 2011, de Lo Fi Symphonique, d'orgasmes de vieilles dames, de Jay Reatard, des Stones, des films Dumb and dumber et Salo et les 120 jours de Sodome, de Jean-Paul Huchon, des Grosses Têtes de RTL, de Rock en Seine, des Black Lips, de Shitgaze, de Born Bad, de Weakends, de Feeling Of Love, de Tyvek, de Vanilla Ice, de glaces Miko, des Beastie Boys, de Renault Espace et de plein d'autres sujets passionnants :

"Tout ça pour dire qu'au départ on comprenait pas trop ce qu'on faisait, ça nous échappait un peu ! On comprend mieux maintenant !"

Votre nouvel album, 1000, vient de sortir chez Born Bad Records... Pouvez-vous revenir sur sa création ? Étienne : "Le disque a été fait au cours de longues répétitions, qu'on peut appeler des espèces de jams, c'est un peu le principe de composition dans le groupe... On enregistre tout ce qu'on fait pendant un quart d'heure ou vingt minutes et après, on coupe là-dedans et on retient une idée, un riff de guitare ou de claviers intéressant, un break , une boite à rythmes, une texture de son ou de voix qui nous plait et après on travaille là dessus... C'est comme ça qu'on a pu isoler tous les composants du disque, puis ensuite, il y a eu des surprises, des rencontres pendant le processus de création...
Olivier : Le processus a duré assez longtemps, presque deux ans en fait... On s'est retrouvés avec pas mal de choses hétéroclites et en plus, cette histoire de cordes, ce qui n'était pas du tout prémédité. Mais je pense qu'il y a quand même un son cohérent sur 1000.

Avez-vous été influencés par quelque chose de particulier - livre, film, disque, son... - pendant l'élaboration de l'album 1000 ? Olivier : J'ai beaucoup écouté Jay Reatard à cette époque là, j'aime bien le côté super direct, ce son assez clean par rapport à ce qu'on pourrait attendre pour ce genre musical, et en même temps une grosse énergie. Sur notre titre Quattro Stagioni par exemple, il y a des guitares acoustiques qui soutiennent la guitare électrique, c'est une idée qui est venue suite à l'écoute de Jay Reatard. Étienne : Pour moi, ça venait plus de Brown Sugar des Rolling Stones où il y a le même riff à la guitare sèche et à la guitare électrique... Mais effectivement, on écoutait Jay Reatard à cette période. On connaissait plein de groupes qui évoluaient dans le même univers que nous, enfin, qu'on associait à nous, et ça nous faisait un peu chier d'aller sur les mêmes terrains. On a donc fait l'effort de partir d'autres influences que sur l'album précédent, même si ça reste identifiable, je pense...

Comment composez-vous ? Olivier : Par exemple, sur Sensual drug abuse, le morceau hip hop où il y a des ambiances, le chant a été rajouté après et il y a une piste avec juste des effets qui prennent l'ambiance de la pièce, David, le chanteur, faisait ça avec sa pédale d'effet de chant, ça rajoute donc des textures en plus. C'est plus ou moins ce qui s'est passé pendant la création de l'album... David ne chantait pas vraiment pendant qu'on jammait, mais il rajoutait des effets ou des petites parties de claviers.
Étienne : Sur certains morceaux, on utilisait un micro ambiance qui repassait dans les pédales d'effet de David, il faisait en direct donc une espèce de remix du truc qui était joué en même temps . Il y a des bruits de fond qui donnent un petit côté psyché, du relief et de la profondeur...

Dans la bio envoyée avec l'album, il est dit que vous avez créé un nouveau style musical sur votre dernier album : le Lo Fi Symphonique ! Étienne : Le Lo Fi Symphonique, c'est l'assemblage du style LO Fi qu'on avait sur notre album précédent et de l'apport des cordes, un truc hyper clean, au moins pendant les séances d'enregistrement. Ce qui est marrant, c'est que les cordes n'étaient pas du tout prévues. Il y avait une volonté d'être plus clean sur notre nouveau disque tout en gardant l'esprit Do It Yourself, fait à la maison. C'est ce truc un peu crado symphonique qui nous fait marrer et qui correspond bien à ce qui s'est passé au final.
Olivier : On peut aussi parler de Mi Fi : entre le Lo-FI et le Hi-Fi. En faisant le truc, on ne savait plus trop ce qu'on faisait, donc on a cherché des étiquettes, c'est un peu ce qui a jalonné l'enregistrement. Vu qu'on faisait des choses un peu bizarres, tout le monde cherchait un nom à donner au machin. La première définition de notre style, c'était Weird Punk puis après y'a des mecs de Columbus dans l'Ohio qui ont fait un truc un peu similaire au notre et les gens se sont mis à appeler ça du " shit gaze ". C'est un peu histoire de, quoi...

Comment avait vous trouvé le budget pour mettre des cordes sur le disque ? En général, ça coute cher... Olivier : En fait, on a été invités par Ilan Volkov, un chef d'orchestre, en Israël pour faire une tournée , c'est un jeune mec qui dirige beaucoup de trucs de musique contemporaine et qui a monté une salle, plutôt noise, à Tel Aviv. C'est quelqu'un d'assez ouvert. On était super contents ! Il nous a payé les billets pour venir et on lui a demandé si on pouvait faire des sessions d'enregistrement de cordes, parce qu'il a un bon réseau là-bas. Et c'est sa copine, Maya Dunietz, qui est une super arrangeuse et qui fait beaucoup de jazz et qui a bossé avec John Zorn et Mike Patton notamment, qui a fait les cordes sur le disque. Il nous a envoyé vers elle, on lui a passé quatre bouts de morceaux assez vides et elle a écrit les arrangements à distance. On s'est pointés trois semaines plus tard et on s'est retrouvés en studio avec trois musiciens classiques hyper forts. Étienne : En plus, Maya l'a fait gracieusement, nous on était hyper impressionnés qu'elle accepte, et elle, elle était très excitée de faire ce truc parce qu'elle aime bien ce qu'on fait. Elle a fait deux nuits blanches pour écrire ses arrangements et nous, après, on était bluffés, y'avait des vraies partitions avec marqué dessus " Cheveu ".
Olivier : Y'avait un côté Spinal Tap à se retrouver complétement arrachés dans un super studio à regarder des musiciens jouer hyper bien le truc, c'était marrant. Et puis on était avec JB de Born Bad, donc y'avait un côté " on est avec le producteur ", c'était rigolo !

Avez vous pensé à faire comme Scorpions et Deep Purple, une tournée avec un orchestre symphonique ? Étienne : (Rires) Effectivement, on est en train de réfléchir, on a eu des propositions pour monter ce genre de projet, pour vraiment faire une espèce de création sur de scènes nationales. On y réfléchit ! Et du coup on voudrait faire venir Maya, qui a fait les arrangements et pourrait diriger ça et travailler sur d'autres morceaux. On pourrait faire 3 ou 4 concerts en France sur ce principe. C'est bizarre pour nous parce qu'on vient des petites caves où un maximum de bordel, mais ça nous ferait plaisir !
Olivier : ça pourrait être marrant en effet ! Du coup, peut être qu'on ferait ça dans une formule avec 15 ou 20 musiciens, on en discute ! On pourrait faire une première partie du projet en travaillant avec une école de musique à Mains d'Oeuvres, à Saint-Ouen où on est en résidence, pour déblayer le terrain... Puis après aller dans un autre lieu pour un plus gros truc. On est en pourparlers.

"En fait, Dumb and dumber et Salo et les 120 jours de Sodome c'est deux films qu'on avait vus au début du groupe. C'était un peu avant que les films des frères Farelli soient encensés, on trouvait ça assez marrant de mettre en influences un truc potache à côté d'un truc intello."

Pouvez vous parler de la pochette, très réussie, de 1000 ? Olivier : On a eu du mal à sortir de notre logo de main qu'on trouvait super efficace, puis, on s'est dit, quand même, on va arrêter. Mais on a galéré pendant trois mois pour la pochette, alors que le disque était prêt. On savait pas quoi choisir, c'était un peu ridicule et puis JB de Born Bad a trouvé cet artiste là – Chaix – dans des magazines de graphisme, on a rencontré le mec, qui est assez atypique dans ce milieu là, il fait plutôt vieux aristo il habite à Puteaux dans le 92 qui est amateur de cigares, enfin c'est pas du tout l'exemple typique du mec qui fait des sérigraphies dans le milieu rock 'n roll. Son travail nous a plu tout de suite, ça claque pas mal ! Y'a un côté un peu dans l'air du temps, on voit beaucoup de choses multicolores en ce moment, mais en même temps le côté cheapos est assez marrant. Étienne : Oui et puis il a beau aimer le vin blanc les cigares et vivre dans le 92, il passe ses journées à piquer des étiquettes de fruits et légumes sur les marchés pour faire toutes ses œuvres...

L'identité visuelle de Cheveu, ça passe aussi par les clips, qui sont assez, heu, bizarres... Qui est responsable de ça ? Étienne : ça varie à fond, pour le coup on a un de nos précédents morceaux qui est utilisé dans un film qui va sortir en février 2011 – Robert Mitchum est mort – et le mec qui a réalisé le films avait une scène de trois types avec des gueules bizarres qui se retrouvent dans une station service dont il ne se servait pas, donc il nous l'a proposée pour faire le clip. Là on a vraiment des images hyper bien définies, une super belle réalisation, un montage hyper pro, ça change effectivement des vidéos qu'on a pu avoir jusque là. Même si un réalisateur avait déjà travaillé sur le clip d'avant, Like a deer in the headlights, mais lui il était plus dans les milieux underground, les festivals de courts métrages mais mine de rien, c'est quand même un réalisateur. Mais à part ça, ça a toujours été des potes et ça correspond à la manière dont on fait de la musique, on a jamais eu de budget. Olivier a même fait un clip en trois dimensions pour Bonne nuit chérie ! Olivier : Oui, c'est magnifique !

Sur votre site myspace, dans les influences de Cheveu vous avez mentionné deux films : Dumb and dumber et Salo et les 120 jours de Sodome... Olivier : En fait, Dumb and dumber et Salo et les 120 jours de Sodome c'est deux films qu'on avait vus au début du groupe. C'était un peu avant que les films des frères Farelli soient encensés, on trouvait ça assez marrant de mettre en influences un truc potache à côté d'un truc intello. Les deux films sont à leur manière un peu bourrins...

Vous aimeriez que votre musique soit utilisée à nouveau dans des films ? Olivier : Oui, à fond, oui ! Après, la plupart de nos morceaux ne sont pas très atmosphériques, c'est assez dense, ce ne sont pas de longues plages, ça ne se prête pas forcément à cette utilisation... Dans Robert Mitchum est mort, c'est une musique de fond dans une scène chez un disquaire.

Les groupes auxquels vous avez été comparés dans la presse sont assez prestigieux : Suicide, Cabaret Voltaire, Beastie Boys, Captain Beefheart... Qu'est ce que vous en pensez ? Étienne : C'est toujours bizarre d'être associé ou comparés à ces artistes...
Olivier : Dans le lot, y'a des choses qu'on ne connaissait pas au moment de commencer le groupe, comme Captain Beefheart ou Cabaret Voltaire. Et Suicide, on connaissait de nom mais on n'avait pas écouté. Maintenant on est très contents d'être comparés à ça, parce qu'on a écouté ! Dans la démarche, les premiers Beck, c'est un truc dont on se sentait un peu proche, le côté bricolage avec des sons parfois un peu pourris mais pour arriver à des trucs (un peu) pop, c'est le truc vers lequel on tendait dès le début.
Étienne : Oui, c'est sûr, le côté bricolage, ça nous plaisait ! Mais au début on était comparés à Métal Urbain parce qu'il y a une boite à rythmes et des guitares un peu punk alors qu'on n'avait jamais trop écouté... On comprend pas forcément la comparaison ! Olivier : Tout ça pour dire qu'au départ on comprenait pas trop ce qu'on faisait, ça nous échappait un peu (rires) ! On comprend mieux maintenant !

Est-ce qu'il y a un artiste sur lequel vous vous retrouvez totalement tous les trois ? Olivier : Au tout début, on avait une culture relativement mainstream au niveau du rock... Jon Spencer, on était à fond tous les trois... Après pas mal de hip hop assez minimal genre Run DMC, ou même les Beastie Boys. Et puis sinon Wu Tang Clan. Étienne : On n'a pas tous le même univers musical, mais les trucs sur lesquels on se retrouve, c'est le hip hop old school qui tabasse avec de grosses boites à rythmes. C'est pour ça qu'on a fait ce groupe, ça vient de là, de la boite à rythmes d'un pauvre Casio saturé... Et ça nous plait toujours (rires) !

Vos disques sortent sur le label Born Bad Records en France et vous tournez souvent avec les autres artistes de l'écurie Born Bad. Comment ça se passe ? Étienne : On s'entend tous bien, on a un rapport très amical avec JB, le patron du label, on se parle franchement, quand il y a un morceau qui ne lui plait pas, on lui dit " t'as qu'à composer, toi ! " et voilà ! C'est toujours bien d'avoir un avis extérieur, de construire un truc à plusieurs, même si on reste totalement maitres de ce qu'on fait... JB a une grosse importance au niveau graphique, on a parlé de la pochette tout à l'heure... Il a du goût, il a une culture, c'est pas quelque chose qui est arrivé comme ça !

Dans Vice, une interview de JB donnait une vision apocalyptique du rock en France... Vous en pensez quoi, vous ? Vous en chiez pour vivre de votre musique ? Olivier : Après, si on en chie, c'est bien qu'on le cherche un peu, si on a envie de faire ça hein ! On a le droit de faire d'autres choses. On est assez d'accord avec JB dans les grandes lignes, y'a des petites nuances à apporter...
Étienne : Son article, c'est plus son rapport vis à vis de la presse... C'est vrai que c'est dur de comprendre pourquoi la presse qu'on dit spécialisée, mais qui est pourtant très généraliste en France, continue à parler des mêmes trucs alors qu'il y a des nouveautés partout, plein de trucs qui sont susceptibles d'intéresser le plus grand nombre. Le problème selon lui et il le critiquait, c'est le système de financement de la presse : on va parler des trucs pour lesquels les maisons de disques prendront de la pub derrière. Les gens sont de plus en plus éduqués à acheter de la presse gratuite, qui est financée par la pub...

Vous avez des difficultés à vivre de la musique ? Étienne : En fait c'est compliqué, on a des petits boulots à côté... Là, on a peut-être la possibilité de devenir intermittents, ça ne serait pas mal.
Olivier : Grâce à Mains d'Oeuvres, on a chopé des subventions pour faire de ateliers au collège, c'est ce qu'on fait tous les deux avec Étienne. David fait des ateliers, lui, avec des enfants handicapés ou en prison, ce qui fait des cachets. Grâce à cela, on va pouvoir être intermittents en mai ou juin 2011.

"Les trucs sur lesquels on se retrouve, c'est le hip hop old school qui tabasse avec de grosses boites à rythmes. C'est pour ça qu'on a fait ce groupe, ça vient de là, de la boite à rythmes d'un pauvre Casio saturé... Et ça nous plait toujours !"

On parlait de votre label français mais vous avez également la chance d'avoir un label américain, Kill Shaman... Vous pouvez en parler ? Olivier : Nos premiers disques, des 45 tours, sont sortis sur des labels américains via des gens à Paris qui étaient déjà en cheville avec eux... Là, c'est un petit peu le même type de label défricheur qui s'intéresse pas mal à ce qui se passe de l'autre côté de l'atlantique, c'est des Califoniens. Ils ont sorti The Feeling Of Love, un groupe de Metz qui va sortir un disque chez Born Bad bientôt. On a discuté avec eux et ils nous ont dit que c'était des gens sympa et que le deal était très bon. On a proposé ça à ce label, et en fait ça faisait longtemps qu'il voulait faire sortir notre disque aux USA. Ça va nous permettre de faire une tournée américaine en mai 2011.

Ce ne sera pas la première tournée US pour vous... Comment ça s'était passé vos concerts chez les Ricains ? Olivier : La première tournée – en 2006, depuis on en fait une tous les ans en gros – c'était génial, en plus on n'avait fait que très peu de concerts en France. C'était fou ! La dernière série de cocnerts aux States c'était confortable : que des grosses dates, on avait les billets payés... Mais celle d'avant, c'était vraiment à l'arrache : y'avait un mètre de neige, un mètre de glace sur les routes, des camions renversés partout, ça nous a un peu calmés ! Là on va essayer de repartir mais au Sud, plutôt une tournée des plages cette fois, ce sera plus sympa !

Vous avez une connexion avec le groupe américain Black Lips semble-t-il... Étienne : Oui on a fait une tournée en France avec eux... Des concerts en Angleterre en leur compagnie également. Et sinon on les connait notamment via les Weakends, un groupe de Bordeaux avec qui ils étaient très potes puis qu'il y a un moment Jared le bassiste des Black Lips avait fait batteur pour eux... ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus, y'a d'autres groupes qui sont plus potes que nous avec eux.

Quel est vote statut aux USA ? Un petit groupe français ou vous commencez à être connus ? Olivier : Je ne saurais pas trop dire, y'a pas mal de gens qui connaissent notre existence dans le milieu garage, nos premiers 45 touts ont été vachement bien reçus, on attend de voir ce que ça va donner avec ce disque-là parce mine de rien, notre premier disque était constitué de pas mal de morceaux qui circulaient déjà depuis un bout de temps. Donc ça s'est un peu essoufflé pendant deux ans, et là on plein de trucs nouveaux dont on va voir ce qui se passe... On verra en mai !
Étienne : En tout cas, à chaque fois on arrive à tourner et à jouer dans toutes les grandes villes sur de bonnes scènes... Donc ça conforte un peu l'idée comme quoi on a un petit public là bas, ouais.

Des festivals sont-ils prévus pour vous cette année en France à part Mo'Fo en janvier ? Étienne : La personne qui s'occupe de trouver nos dates de concerts attend la sortie du disque et de toute la presse sue celui-ci : pour que le gars il ait lu que dans la presse, sur concertandco, que c'est génial et qu'il se dise " oh putain, je vais les programmer ! " C'est toujours pareil hein (rires) ! Et après peut-être qu'il écoutera le disque... mais c'est pas sûr !

Avez vous fait des belles rencontres sur la route autres que celles dont on a déjà parlé, des gens qui vous ont donné envie d'enregistrer avec eux ? Étienne : On a des super potes avec qui on a déjà fait deux tournées : Tyvek, un groupe de détroit, qui a sorti récemment un album sur le label In The Red. On a fait une tournée côte Ouest des USA avec eux il y a trois ans, et également une tour d'Europe avec eux. Là, ils reviennent en Europe et ils viennent jouer pour notre date de sortie de l'album au Nouveau Casino à Paris, le 12 mars 2011. C'est nos super potes ! On s'entend bien également avec The Intelligence, on a déjà essayé d'enregistrer avec Lars, le leader du groupe...

"Ce qui peut être pénible, c'est les gros décérébrés du rock 'n roll, qui ne sont que là dedans et qui vont dire : Cheveu, c'est de l'électro parce ce qu'il y a une boite à rythmes !"

Vous allez jouer fin janvier pour le festival Mo'Fo à Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen) avec plein d'autres artistes... La prog est classe et en plus c'est votre lieu de résidence, ça doit vous réjouir de jouer à cette occasion , non ? Etienne : C'est marrant parce que je suis un fan de la première heure de Jon Spencer, avant même de commencer le groupe Cheveu. Et il va jouer à Mo'Fo avec un projet qui est un peu moins bien selon moi, Heavy Trash, mais effectivement se retrouver là à passer juste avant lui, c'est marrant ! Il y a dix ans, quand j'écoutais ça, je n'aurai pas pu imaginer ça... J'ai également envie de voir Crane Angels, une chorale rock de Bordeaux, ça a l'air pas mal !

On parlait de Jon Spencer... Est ce que dans ton jeu de guitare il y a des réminiscences des jeux de guitares de Jon Spencer et Judah Bauer, eux mêmes inspirés par les Rolling Stones, entre autres, dans Jon Spencer Blues Explosion ? Étienne : Oui, effectivement, mais y'en a pas tant que ça... Je joue tout en accords ouverts (open tuning), et Judah Bauer le fait également, surtout avec son groupe formé avec son frère Bauer Bros, 20 Miles. Mais sinon, il fait des plans à la Stones donc de loin, on peut retrouver des trucs ! Maintenant, sur scène je vais jouer sur deux amplis, avec un plus " basse " et un aigu, et ça, ça vient typiquement de Jon Spencer. Je lui ai piqué l'idée !

Quel est pour vous le meilleur endroit ou la meilleure occasion pour écouter la musique de Cheveu ? Étienne : Je ne sais pas... Dans une Renault Espace (rires) !
Olivier : Heu, sur un bateau ?
Étienne : Sur un optimiste : t'as pas le droit de sauter à l'eau...

Le plus beau compliment qu'on vous ait fait à propos de la musique de Cheveu ? Olivier : " ça donne des orgasmes ! "
Étienne : Au début, oui, y'a une fan, heu une amie maintenant, qui a a un certain âge, qui est grand mère, qui nous a dit "Ouais, ah la la, ça m'a donné comme un orgasme votre truc !" On a dit " Ah d'accord !" On transpirait déjà pas mal parce qu'on venait de jouer, mais moi j'ai eu à nouveau une grosse perlée de sueur sur le front, qui est très dégarni. C'est le plus beau compliment qu'on ait eu : donner du plaisir comme ça aux vielles dames (rires)...

Y a t il quelques chose que vous détestez dans le milieu rock ? Olivier : Trop de look !
Étienne : Les comparaisons avec Métal Urbain (rires) ! Ce qui peut être pénible, c'est les gros décérébrés du rock 'n roll, qui ne sont que là dedans et qui vont dire " Cheveu, c'est de l'électro parce ce qu'il y a une boite à rythmes ! "

Les questions énervantes que vous posent les journalistes ? Étienne : " Pourquoi vous vous appelez Cheveu ? " ou " Vous vous sentez plus Bordelais ou Parisiens ? " Sinon, ça se passe très bien !

Est ce que vos parents sont fiers de vous, même si vous ne passez pas chez Michel Drucker ? Étienne : Chaque fois qu'on joue à Bordeaux, ils viennent nous voir...
Olivier : Je pense que ça va à peu près : ils commencent à comprendre de quoi il s'agit ! Depuis qu'on a eu un truc dans Telerama, ça va un peu mieux !
Étienne : Oui, ça, même pour nos grands parents, c'est fantastique !

"A la base, le riff de Lola langusta, c'est inspiré d'un morceau vénère – un truc de Robert Johnson – que j'arrivais pas à jouer. Vu que je n'ai pas une super oreille musicale, ça ne se ressemble pas du tout, c'est ma vision du truc !"

Est-ce que la politique vous intéresse, et est ce que vous pourriez faire passer des messages de ce type dans vos titres ? Étienne : On doit pouvoir trouver des idées dans les paroles mais sinon on n'a pas d'engagement politique... Olivier : Par exemple, Étienne est de droite (rires des deux) ! Y'a un vague truc libertaire qui traine, sous jacent, dans notre musique mais ce n'est pas exprimé, ça parle tout le temps de cul de manière décomplexée. Comme c'est en anglais, c'est un peu plus facile. Ce qui passe dans notre musique c'est qu'on fait vraiment ce qu'on a envie de faire.
Étienne : Ne pas se vouloir se faire emmerder, c'est politique comme truc...

Pouvez-vous évoquer les textes, qui ont l'air cryptés... Étienne : Les textes ont été fait après tout ce qui est musique... Toutes les mélodies de voix ont été rajoutées par David, qui a fait des trucs super... Olivier : Dans le premier album, y'avait des trucs collés sur des choses cinématographiques. Les morceaux Happyness et Lola Langusta correspondaient à des atmosphères de ciné. Et dans le dernier, il y a le titre Charlie Sheen... Qui évoque le fait Charlie Sheen a eu un procès parce qu'il avait eu des relations sexuelles avec des prostituées ; il a dit qu'il ne les payait pas pour faire du sexe avec elles mais plutôt pour qu'elles s'en aillent...
Étienne : Dans Sensual Drug Abuse, les paroles sont inspirées d'une thèse des années 70 sur la dépendance des gens envers les psychotropes qui sont vendus légalement. Olivier : David parle bien anglais et donc il arrive à choper des expressions quand on est en tournée. Par exemple, Push Push in The Bush Bush, c'était un pote de Tyvek qui n'arrêtait pas de dire ça, c'est un truc super américain pour parler de cul de manière un peu sournoise.

Ice Ice Baby Baby vient de votre amour pour Vanilla Ice ? Étienne : La musique n'a rien à avoir avec Vanilla Ice mais les paroles c'est le " texte " de Vanilla Ice...

Vous lui payez des droits ? Étienne : Mais bien sûr ! On lui a envoyé toute une caisse de glaces Miko... à la vanille (rires) ! Heu, non, il est pas au courant, mais si tu nous écoutes Vanilla, "Salut !"

Avez-vous conscience d'avoir créé un tube avec votre titre Lola langusta, qui figurait sur vos 1er disque ? Étienne : C'est un des morceaux du précédent album qui a été le plus diffusé. Il y avait une première version sur un 45 tours où il n'y avait pas de cuivres et une boite à rythmes, mais après on a fait une autre version avec des cuivres et une batterie, du coup y' un côté funky marrant à l'ancienne avec un riff de guitare bien blues. A la base, c'est inspiré d'un morceau vénère – un truc de Robert Johnson – que j'arrivais pas à jouer. Vu que je n'ai pas une super oreille musicale, ça ne se ressemble pas du tout, c'est ma vision du truc (rires) !

Pouvez vous parler de votre disque intitulé Chevau ? Olivier : Il est composé uniquement d'inédits, des morceaux qu'on a arrêté de bosser avant de les enregistrer proprement, ça faisait partie d'une démo qu'on vendait en tournée aux USA. Y'a un disquaire qui l'avait acheté, qui a trouvé ça super et qui a voulu le sortir. Ce sont des morceaux à l'arrache, des premiers mix, sans arrangements, sans rien, avec un son assez pourri, mais ça a un côté assez vivant, peut être un peu moins froid et sec que sur les autres disques...

"Vu la musique que Jean-Paul Huchon passe à ses meetings, je préfère qu'il n'aime pas trop ce que fait Cheveu, parce que c'est une catastrophe ce qu'il passe !"

Vos coups de cœur du moment en disques ? Olivier : Hunx and His Punx, c'est du garage, mais super gay. La musique est bien, ça ouvre une brèche super subversive dans ce milieu quand même assez viril, un peu con dans ce sens là. Sinon j'aime beaucoup le groupe Indian Jewelery.
Étienne : En concert, Hunx and His Punx c'est génial ! LE concert de l'année dernière ! Sinon, y'a nos potes de Tyvek qui ont sorti leur album chez In The Red.

En tournée dans le bus, vous écoutez quoi ? Olivier : Les Grosses Têtes de RTL ! Ou Radio Nostalgie... Les groupes nous filent plein de disques mais en caisse on n'entend rien !

Le plus gros concert que vous ayez faits c'est à Rock en Seine sur une grande scène... Comment ça rend Cheveu sur ce type de scène ? Étienne : Ben écoute, ça s'est plutôt bien passé. Tu joues à 15h voire un peu avant, c'est pas facile.
Olivier : C'est pas facile non plus parce que c'est la première fois que tu joues sur un truc aussi gros et t'es quand même super stressé : j'ai dû lever la tête une fois sur la durée de notre set, très court, une demi heure... On a tout pris au taquet sans vraiment profiter du truc. C'est marrant quand tu fais les balances : dès que t'appuies sur ton claviers le son rebondit sur la barre d'immeubles à 15 kilomètres...
Étienne : C'était bien parce que les gens ont apprécié : c'était pas la foule énorme de la grosse scène mais notre concert a été plutôt bien perçu, y'avait même des petits jeunes qui avaient l'air de connaître nos morceaux !

Rock en Seine est organisé par le conseil général d'Ile de France, est ce que son président Jean-Paul Huchon, grand fan de rock 'n roll devant l'éternel (selon lui), est fan de Cheveu ? Étienne : Heu, non, il était derrière mais il s'en branle hein ! Avant, j'étais stagiaire journaliste et je suis allé à ses meetings ; vu la musique que Jean-Paul Huchon passe à ses meetings, je préfère qu'il n'aime pas trop ce que fait Cheveu, parce que c'est une catastrophe ce qu'il passe ! C'était de la pop horrible, ils étaient tous là à taper dans leur mains et moi je me disais, "Mettez les Sonics, putain !"

Quelque chose à rajouter pour conclure ? Olivier : On va bosser avec un ingé son maintenant, on va donc avoir un son un peu plus maitrisé sur scène, ce qui n'est pas mal ! Jusqu'à présent, c'était un peu la loterie, en fonction de l'endroit où on jouait ! On va essayer de garder le truc un peu garage mais avec des sets plus construit, un son un peu plus varié et plus gros en général...
Étienne : Avant, on travaillait avec les gens de la salle ou du festival où on jouait. Y'a déjà des ingés son qui ont menacé Olivier de lui casser la gueule parce qu'il se montait trop et jouait trop fort, c'est incroyable ! On aime bien avoir du volume et être entourés de notre bruit !"

Cheveu sera en concert le 12 mars au Nouveau Casino (Paris), mais également partout en France, toutes les dates sont ici...

Photos du groupe Cheveu prises le 20 janvier 2011 à Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen) et au festival Mo'Fo par Flore-Anne Roth www.floreanneroth.com...

Liens : www.myspace.com/cheveu, http://cheveu.tk, www.mainsdoeuvres.org/, www.myspace.com/bornbadrecords, www.bornbad.fr, www.facebook.com/pages/cheveu, www.vimeo.com (la vidéo de Bonne nuit chéri), www.chezjeannette.com...


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 23/02/2011

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