27/07/2017  |  4850 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/07/2017 à 16:53:20
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Nanarland: Le site des mauvais films sympathiques


Mai 2011

Définition du mot « nanar » dans le dictionnaire Larousse :
« Nom masculin Familier :
- Objet, marchandise invendable.
- Film inintéressant, médiocre ; navet. »

Créé il y a 10 ans, le site Internet Nanarland.com est devenu au fil des années un incontournable pour tous les amateurs de films bis, décalés et souvent drôles. Au lieu d’un long discourt, quelques exemples de titres qui en disent long: Les Gladiateurs du Futur, Robot Holocaust, Atomic Cyborg, Comment Se Faire Réformer, Mon Curé Chez les Nudistes.
Le site Nanarland.com est très complet: des extraits de films, des chroniques détaillées, des interviews, bibliographies, un forum, le tout avec une présentation très soigné. Le créateur du site Régis Brochier répond à nos questions.


Présentez nous les personnes qui font vivre le site.
Nanarland a été créé il y a bientôt dix ans. Nous étions alors une bande de potes plutôt cinéphiles. Au fil des évolutions du site et grâce au forum de celui ci, nous avons été rejoints par d’autres fans de cinéma, des érudits de la série B à Z. Nous sommes aujourd’hui une équipe d’une petite dizaine de personnes, basé à Grenoble et Paris pour la plupart, et éparpillé dans le reste de la France pour les autres.

Comment vous est venue l’idée de créer Nanarland ?
A la base, nous aimions louer des films tellement mauvais qu’ils nous faisaient passer une bonne soirée. Nous avons cherché à l’époque un site francophone qui aurait pu nous indiquer de « bons –mauvais films » à louer. Comme il n’existait pas, nous avons créé Nanarland.

Combien de temps passez-vous/par jour sur le site ?
C’est difficilement quantifiable. Certains collaborent ponctuellement, d’autres s’en occupent quotidiennement. Nous développons aussi, petit à petit, des activités liées au site mais qui ne sont pas spécifiquement de l’Internet : organisation de soirées, réalisations de Web-émissions, de documentaires. Prochainement certains d’entre nous vont se lancer dans l’édition de DVD estampillés Nanarland). Donc Nanarland au sens le plus large nous prend à tous beaucoup de temps. Mais le cœur de tout cela, ça reste le site.

Votre site ne vous rapporte pas d’argent, comment faites-vous pour faire tourner le site ? Votre métier alimentaire a une relation avec les films, le cinéma ?
Indirectement, ou inconsciemment, nos métiers ont souvent un rapport avec le site. Certains, dont moi, travaillent dans l’audiovisuel, d’autres sont journalistes de presse écrite ou travaillent dans le web. Certains, par contre, font des métiers qui n’ont rien à voir: profs ; chercheurs, commerciaux, et même psychiatre (là ça a peut être un rapport !).
Il est vrai que dans certains cas, le fait d’avoir un métier en corrélation peut aider, mais globalement nous faisons tourner le site sur notre temps libre. Ce n’est pas évident tous les jours, mais depuis 10 ans nous y arrivons.

Quels sont les critères pour qu’un film devienne un nanar et non pas un film « respectable » ?
Le critère est très, très subjectif. Disons que plus le résultat à l’écran n’est éloigné de l’intention manifeste du réalisateur, plus le film a des chances d’être un nanar. Ca n’a pas un rapport direct avec le budget: un nanar peut être friqué, un « petit budget » peut être génial. Ca n’a pas de rapport non plus avec l’origine du film. Le critère c’est plus l’accident. On ne provoque pas un nanar, on ne fait pas exprès. On le fait, malgré soi.

Donnez nous en quelque ligne le scénario pour réussir un « bon » nanar?
Il n’y a pas de règle scénaristique : le nanar transcende les genres : il y a des nanars d’actions, des nanars « comédies romantiques », musicaux. Et je dirais même qu’un bon nanar ne se réussit pas, puisque l’on parle de films « ratés ».

A votre avis, quelle est la (les) motivation(s) d’un réalisateur pour faire un film fauché, où le scénario est sans queue (sauf dans le X) n’y tête et avec des comédiens qui jouent comme des pieds?
Ca dépend des cas. Certains pensent vraiment faire le meilleur film du monde envers et contre tout. D’autres font ça pour l’argent et « cachetonnent ». Certains partent avec des projets utopiques et au fil de la création du film rencontrent tellement de problèmes qu’ils finissent par faire leur long-métrage dans les pires conditions imaginables. Encore une fois, il n’y a pas de règle.

Chapeau pour la description détaillé d’un film. Pas mal de ses films n’ont jamais eu une chronique aussi longue. Dans quel état d’esprit et aussi physique, faut-il être pour écrire sur ce genre de film ?
Il faut simplement aimer cela et surtout aimer le cinéma. Il est facile de faire un long texte sur un film. Nous essayons de notre côté d’amener une plus value en décryptant le film. Par exemple, une chronique qui décrit le film linéairement n’est pas intéressante pour nous. Nous essayons d’expliquer pourquoi le film peut faire rire à ses dépens, de placer un contexte, et d’analyser cela, tout en restant drôles.

Régis, vous êtes un grand collectionneur de films bis. Vous possédez combien de films ? Quel a été de déclic qui vous a fait tomber dans cette passion pour ce type de films ?
Je possède pas mal de films, mais si je me compare aux grands collectionneurs de l’équipe, je n’ai qu’un échantillon de cinéma. Certains d’entre nous possèdent en effet plusieurs milliers de films, dont une bonne partie en VHS. Je vous laisse imaginer la place que cela peut occuper. Néanmoins, la numérisation change un peu les choses. Même si les jaquettes sont belles, il n’y a pas forcément trop d’attachement à l’objet VHS. Du moins pas autant que ce qu’il peut y avoir pour le vinyle en musique par exemple. Certains ont donc numérisé leur stock de VHS pour ensuite se débarrasser de l’objet.

Où trouvez-vous vos films ?
Pendant longtemps nous écumions les vides greniers et autres magasins d’occasion. Depuis quelques temps, il est plus facile de commander des choses sur le web, voire pour certains films introuvable de les télécharger (les films turcs notamment). L’explosion du DVD et la réédition tout azimut de films en tous genres a démocratisé l’accès à tout un pan du cinéma que l’ont pensait vouée à disparaître. On voit aujourd’hui des films incroyables, improbables réédités en DVD. D’ailleurs nous nous lançons nous même dans la réédition de films avec comme premier chef d’œuvre Devil Story, Il Etait Une Fois Le Diable, un film fantastique Normand de 1985 considéré aujourd’hui comme l’un des pires films d’horreur de tous les temps. Nous proposerons d’ailleurs une édition ultra riche en bonus avec notamment un documentaire de 26 minutes sur la genèse du film.

Est-ce que vous regardez « tous » ces films en entier ? Si c’est non, à partir de quel moment vous décrochez ? Qu’est ce qui vous agasse/déplait dans un « mauvais » nanar?
Un mauvais nanar c’est au choix un navet, auquel cas effectivement je décroche ou un bon film, auquel cas nous regardons. Sinon, quand c’est un nanar au sens où nous l’entendons, nous le regardons évidemment en entier !

Parmi vos rencontres en tant que fan, quelle est celui qui vous a le plus fait des frissons?
Notre rencontre avec Richard Harrison, un acteur américain qui a joué dans plus de 120 films et qui est une véritable icône du cinéma Bis. Sa carrière a mal fini, puisqu’il s’est retrouvé dans des films de ninjas ultras nuls. Mais notre rencontre avec lui, trois jours durant à Rome (nous avions fait le déplacement spécialement pour le voir, il était alors en vacances), fut l’un des grands moments que nous a offert le site. Nous en avons tiré un documentaire sur sa carrière (visible sur le site), dans lequel nous essayons avant tout de lui rendre hommage, sans se voiler la face. Il nous a aidé à réaliser qu’en dépit de films pas super (attention il a quand même tourné dans quelques grands films !) les gens évoluant dans ce cinéma « parallèle » ont eu des vies exceptionnelles, et ont vécu des aventures parfois hallucinantes tout en faisant du cinéma envers et contre tout. Et ça, je trouve que c’est une belle leçon finalement. C’est aussi pour cela que le but du site n’est pas de tirer sur des ambulances, mas plutôt de parler de ce cinéma avec passion et humour. On parle de films ratés ou mauvais mais on les aime pour de vrai !

Qui aimeriez-vous rencontrer avant votre mort ? Et pourquoi ?
J’aimerai multiplier les rencontres de ce genre, car c’est la somme de ces témoignages qui dresse une autre Histoire du cinéma de plus passionnante !

Sur votre site vous avez classé les films par genre. Pour quel genre avez-vous un petit faible, et pourquoi ?
Personnellement j’aime beaucoup les « nanars de doublages » les films foirés à cause d’un doublage absolument nuls avec des dialogues complètement dingues. A contrario j’ai vraiment du mal avec les comédies nanardes: des films sensément comiques mais qui ne font tellement pas rire qu’ils en deviennent drôle malgré eux. C’est dur !

Fréquentez-vous les soirées bis à la cinémathèque de Paris ? Si oui un petit commentaire sur ses soirées ?
Habitant à Grenoble, je ne peux pas m’y rendre, mais j’ai de très bons retours de ces soirées mythiques, évidemment. Elles sont organisées par Jean-François Rauger, le directeur de programmation de la Cinémathèque qui est un grand exégète et un véritable amoureux de ce cinéma. D’ailleurs, une fois par ans, nous organisons avec la Cinémathèque française la Nuit Excentrique: une nuit complète de nanars et de films déviants durant laquelle nous projetons 4 longs métrages en 35mm et des dizaines de bandes-annonces et d’extraits de films. La cinémathèque et Jean-François Rauger en profitent pour diffuser des films qui ne passent quasiment jamais et vont piocher dans leurs archives infinies des bandes-annonces complètement folles. Nous de notre côté, nous proposons des montages vidéo de ce que nous avons vu de pire et animons la soirée. La programmation des films est faite de concert, entre nous et la Cinémathèque.

Que pensez-vous du public amateur de films bis et de nanar ?
En général un super public amoureux de ce cinéma et du cinéma au sens large qui sait regarder ces films sans se prendre au sérieux mais sans tomber dans la beaufferie non plus. Du coup les soirées peuvent être vraiment géniales car on rigole dans une très bonne ambiance.

D’ailleurs c’est quoi la différence entre le nanar, le bis et le Z ?
Le nanar n’est pas forcément bis, le bis c’est loin d’être forcément nanar et Z c’est souvent assumé donc un peu à part.

Avez-vous en projet d’écrire un livre sur le sujet ?
C’est en projet, nous avons été contactés par une maison d’édition. Mais comme tous les projets il faut s’y mettre sérieusement.

Vous arrive t-il de regarder un film « normal » ? Si oui, quel genre de film ? Et quel est votre regard sur un film de cinéma. Vous ne vous ennuyé pas ?
Le point commun dans l’équipe c’est que nous sommes tous cinéphiles. Nous regardons donc beaucoup plus de bons films que de mauvais films. Sinon, comment reconnaître un vrai mauvais film (et comment ne pas devenir fous ?!)? Mon regard sur un film de cinéma est donc tout à fait identique à n’importe quel fan de cet art. C’est plus notre regard sur les mauvais films qui est différent !

Quel est la fréquentation/mois de votre site ? A quelle occasion il y a eu un pic de fréquentation.
La fréquentation tourne entre 6000 et 8000 visiteurs uniques par jour. Il peut y avoir des pics de fréquentation quand un média parle de nous ou plus malheureusement quand une personnalité qui a sa biographie sur notre site décède. En effet nous avons une base de biographies très complètes et finalement très rares puisque les gens dont nous parlons, nous sommes peu à en parler aussi exhaustivement (sans prétention, mais cela nous a même été confirmé par les intéressés). Ainsi lors du décès de Patrick Topaloff, nous avons eu un pic d’audience, car nous avions une biographie très complète sur lui (j’en profite d’ailleurs pour souligner le vrai travail journalistique des rédacteurs du site).

Pour les lecteurs de foutraque.com qui sont passionnés de rock, le(s) nanar(s) « rock » que vous leur conseiller?
Sans hésitation Black Roses un nanar de Hard Rock dans lequel les musiciens de métal bien 80’s représentent le mal absolu et finissent par se transformer en monstres. Tout simplement énorme. Sinon, le film de Kiss: Kiss Contre Les Fantômes est un grand pan de la cinéphilie nanarde.

Enfin pour nos lecteurs, la recette pour réussir avec des amis (ou sa douce) une bonne soirée nanar ? On visionne quel film ?
Un truc pas trop hardcore qui puisse plaire à tout le monde. J’aime bien conseiller Star Crash un sous Star Wars italien avec David Hasselhoff. Il y a tout dans ce film, mais il reste « accessible », et la version française est juste parfaite !

Quelque chose à rajouter ?
Nanarland c’est avant tout une équipe, la somme du travail de passionnés qui aiment vraiment ce cinéma. Nous ne sommes pas les seules à en parler, et bien avant nous de nombreux fanzines ont traités le sujet. Je dirais même qu’ils avaient plus de mérite que nous car Internet a quand même grandement facilité notre travail : on trouve les films plus facilement, on échange plus facilement, on contact les gens plus facilement, on publie plus facilement. Les fanzines eux avaient du mérite car rien n’était simple!

(Article sur un maître du bis à la sauce blaxploitation, le king DOLEMITE. C'est ici:)



www.nanarland.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 03/05/2011

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