25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 25/03/2017 à 12:56:51
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Pat Kebra : Punk pour l’éternité


Mai 2011

Entre 1978 et 1985, Pat Kebra a été le fondateur et le guitariste du groupe punk français Oberkampf. Pendant sept « courtes » années il a géré la vie (3 albums et 6 maxis !) de cet enfant pas sage qui en avait «plein les couilles» ("P.L.C." titre du 1er album) et aimait chanter "La Marseillaise" mieux que Gainsbarre. Si Oberkampf a laissé une belle « Couleur Sur Paris » (titre du 1er maxi) c’est aussi grâce à son chanteur Joe Hell. Ce punk excité possède une voix magnifique à la fois teintée de haine et de bonne humeur pour donner corps à sa plume de poète des paumés. C’est clair, Oberkampf à laissé une place et un son indélébile dans le punk rock made in France! Combien d’amateurs férus de rock, venu des quatres coins de France à Paname n’ont pas pensé au groupe en passant par la station de métro Oberkampf ? On devrait demander à la RATP de poser une plaque en hommage à ce groupe essentiel.
Après s'être retiré de la scène pendant 20 ans, Pat Kebra revient au rock en 2005 avec le groupe Futurs Ex. Ce groupe est justement composé d’un ex WC3 (RXC), d’un ex Attentat Rock (Thierry Gaulme) et Pat à la guitare. Ils ont enregistré un album. Grâce à Futurs Ex, Pat Kebra reprend gout à la musique et se lance dans l’écriture de son premier album solo "Le Cœur Sur La main".
L’album vient d’arriver en rayon, c’est le moment idéal pour causer du présent et du passé avec lui.


Dans quel état d’esprit as-tu abordé ton premier album solo, Le Cœur Sur La Main ? Et comment s’est passé l’élaboration de l’album ?
Après une rupture professionnelle, familiale et sociale en 2006, je me suis lancé à fond dans un travail que je n’avais pas achevé il y a 25 ans. Après avoir remis par hasard le pied à l’étrier (ou plutôt la main sur la guitare) en jouant dans Futurs Ex, j’ai compris que quelque chose était en train de se passer en moi. J’ai contacté Rascal que j’avais rencontré une fois et qui m’avait impressionné par son jeu de toms. Il a accepté de venir jouer sur quelques compos comme Une Distance et Perpétuellement Décalé et nous avons continué à construire les morceaux. Quant à Loulou, il répétait dans le même local que moi et il a lâché sa guitare pour prendre la basse un soir. L’aventure était partie !

Pourquoi ce titre étonnant, pour un ancien punk ? Le punk dans l’image collective reflète plus l’anarchiste qui dit « fuck à la société », qu’une personne avec le cœur sur la main. C’est pour changer la donne ?
Je ne me soucie pas de ces conventions sinon de livrer de vrais sentiments et deux points essentiels reviennent dans mes compos: le cœur et le temps. David Cook, qui nous a enregistré a été également séduit par la générosité qui se dégage de notre musique. Je cherchais un titre à deux visages et il m’a dit « le cœur sur la main, Pat » ! Dire merde à la société ne signifie pas être insensible de toutes façons ! Et souvent les origines d’un malaise avec la société remonte aux problèmes rencontrés dans sa famille. donc affectifs, les deux sont liés.

Tu peux nous parler des textes que tu as écrits sur l’album ? Les thèmes/messages/humeurs que tu as eu envi de faire passer.
Les textes sont les histoires de ma vie et de mon inconscient qui s’exprime avec fureur. J’ai eu envie de faire sortir mes démons et de mettre mes tripes sur la table pour en découdre une nouvelle fois avec un milieu hostile à la nouveauté.

Dans la petite note que tu as écrite sur la pochette, il y a cette fin de phrase « pour ceux qui nous ont quittés, ils m’entendront ». Tu peux nous en dire plus (sans obligatoirement les nommer) ? Beaucoup de ravage dans le rock?
Il s’agit bien évidemment de mon père à qui je m’adresse dans Une autre vie et de mes grands- parents dans Génocide, rien à voir avec les ravages du rock, désolé!

Tu n’as pas prévu de faire un petit concert « acoustique » dans le métro Oberkampf pour faire la promo de l’album ?
Ce genre de manifestation ne ferait pas honneur à mon groupe défunt. Il est d’ailleurs en train de me rendre ce que je lui ai donné pendant 7 ans.

Tu chantes sur l’album. A l’époque d’Oberkampf, tu n’étais pas trop frustré de ne pas être le chanteur ?
Je n’ai jamais eu envie d’assumer une place centrale, j’ai toujours préféré un rôle moins exposé et celui du travail extra musical (autoproduction) que je faisais dans l’ombre me convenait à merveille. Il n’a pas été facile de m’y coller et de prendre cette place mais le fait d’être dans un vrai groupe avec des gens qui sont à mes côtés me donne la force de le faire.

Tu es guitariste. Comment s’est porté ton choix vers cet instrument ? A quel âge tu as commencé à gratter le « manche » ? Tu l’as eu en cadeau, ou bien tu l’as acheté avec ton argent récolté quand tu faisais la manche ? Tes modèles guitaristes ?
J’ai commencé à 16 ans. Ce que j’aimais dans la guitare, ce n’était ni son manche, ni sa forme mais le bruit qu’elle faisait ! J’ai travaillé pendant l’été et acheté ma 1ère guitare, une Ibanez J’ai commencé par le riff de Smoke in the Water de Deep Purple et très vitre les Stooges avec No Fun et Frankenstein des New York Dolls m’ont fait vibrer.

Fin des années 70, tu es un punk. Tu étais perçu comment dans ta famille, ton entourage, tes voisins ?
J’étais très seul dans mon lycée, il n’y avait pas de punk. J’ai monté Oberkampf Contingent (1er nom du groupe) avec le fils du boulanger. On a passé une annonce dans Best (magazine rock) et on a rencontré Dominik qui est devenu le 1er batteur d’Oberkampf avec qui on a enregistré le 1er Maxi. J’ai retrouvé une famille en fréquentant le Gibus, mes parents désespéraient et n’ont pas compris ce qu’il se passait en moi. Je suis parti de chez eux le jour de mes 18 ans.

Raconte-nous une anecdote qui ne peu arriver qu’a un punk ?
Les premiers punks étaient des provocateurs qui aimaient choquer les passants et tout était bon pour faire chier le monde. Ce qui pouvait arriver à un punk était souvent de se faire casser la gueule !

Impossible de ne pas évoquer avec toi ton ancien groupe Oberkampf. D’ailleurs sur ton album il y a le sticker « ex-Oberkampf ». 1ère question : Pour quelle raison Oberkampf a splitté en 1985 ?
Nous sommes morts d’épuisement, dans l’indifférence totale. La vague Punk d’outre-manche était finie depuis longtemps et nos tentatives avaient laissé souvent les gens septiques sur nos capacités et sur notre état mental. Après avoir enregistré Cris Sans Thème, j’ai senti que s’arrêter sur cet album serait une fin honorable. Nous avions perdu face à nos ambitions mais nous étions en vie, c’était déjà pas mal. J’avais tout sacrifié pour ce groupe pendant 7 ans et cet arrêt a été une libération pour Joe et pour moi. Nous avons fait une tournée d’adieu, remboursé nos dettes pendant 3 ans. Chaque membre du groupe me redonnait ses droits de Sacem pour pouvoir payer nos dettes ! C’est une belle histoire.

Depuis, des nouvelles générations ont découverts Oberkampf. Toi fan des Clash, des Damned et des Stooges, ces groupes qui t'on inspiré, voir à présent des jeunes qui affectionnent ton ex. groupe, ça te fait quel effet ?
La reconnaissance posthume me fait plaisir car nous avons beaucoup travaillé et que notre travail passe les années, c’est plutôt sympa. En dehors de ça, 0rien de cela ne me réchauffe le cœur, en arrêtant Oberkampf, j’ai tué mon enfant.

Tu n’as pas fais parti de la reformation d’Oberkampf en 2000. Pourquoi ? Tu es en froid avec Joe Hell ?
Il (Joe Hell) a cédé à la tentation du succès facile en reprenant l’enseigne « OBERKAMPF », il a été très mal entouré à ce moment, il a ressorti une discographie qu’il n’avait pas le droit de faire car nous avions des associés. Et j’ai accordé une grande importance à ce que chacun de ces associés touche au centime près son dû. En dehors de ces conneries, c’est pour moi le seul chanteur français capable de me donner les larmes aux yeux. Je ne lui en veux de rien et nous nous sommes revu et parlé. Son histoire est plutôt triste. C’est un grand chanteur, ses textes sont de la poésie noire. Ecoute Névralgie et tu comprendras !

Vous avez eu la « chance » d’avoir un mécène pour financer Oberkampf. Pas trop de jalousie ou de ricaneries dans le milieu punk de l’époque (OTH, La Sourie Déglinguée, Lucrate Milk…) ?
Christophe Bourrague que j’ai rencontré en faisant du stop pour aller à radio France était un garçon qui venait d’hériter et qui devait s’emmerder. Il a participé à notre aventure à sa façon, qu’il y aurait-il eu de risible? De toute façon, on ne parlait pas à grand monde. Certains groupes étaient à la fac, d’autres chez papa maman. Ils n’avaient pas grand chose à critiquer dans notre démarche qui a toujours été très droite et honnête.

Quelles sont les « bon » moments que tu gardes des années Oberkampf ?
D’avoir sorti ma rage et d’avoir pu éviter le pire mais je ne suis pas amusé. J’ai travaillé comme un forçat, le mythe du rocker déjanté, ce n’est pas pour moi !!

Entre 1985 et 2005 (avec la formation de Futurs Ex), es -tu resté dans le milieu rock, ou bien tu as pris le large ? Quelles furent tes activités pendant cette période ?
Pendant 20 ans j’ai fondé une famille et racheté l’affaire familiale (marchand de légumes). J’ai travaillé comme un damné en me levant à deux heures du matin pendant 20 ans jusqu’à ce que mon passé me rattrape et me dis « hé Pat qu’est que tu fous ? ». La reformation de Joe a participé à cette prise de conscience, la mort de mon père la même année également.

Mais revenons à ton album. La pochette a été dessiné par Thierry Guitard. Tu peu nous parler de cette collaboration, il avait carte blanche pour le dessin ?
Thierry depuis que je l’ai rencontré par l’intermédiaire de Géant Vert (parolier de Parabellum, Les Rats et journaliste à Rock & Folk), il y a 3 ans a toujours su et dit qu’il allait faire la pochette de mon album ! Je lui ai donné le titre que nous avions choisi, fais écouter les 1ers mixes et il a pondu ce chef d’œuvre. Son dessin m’a beaucoup ému par la représentation qu’il a du contenu de l’album.

Pour présenter l’album, tu vas faire des concerts. Pas trop de stress ? Il y aura des reprises d’Oberkampf ?
Toujours du stress, obligé ! Un concert sans stress n’existe pas. Après c’est la manière de le gérer qui compte. Nous faisons quelques reprises d’Oberkampf à la fois pour rendre hommage à mon ancien groupe et aussi pour faire plaisir aux gens qui viennent. Le plaisir, du coup est partagé.

Au fait pourquoi une croix sur le « O » d’Oberkampf ?
En référence aux Who qui avait mis une flèche. Comme on ne pouvait pas faire pareil, on a mis la croix et après on a dû la porter !!

Toi, le passionné de rock, quels sont tes disques de chevet, incontournable qui restent malgré les modes et des changements de temps ?
Je n’écoute pas grand-chose. Les vieilleries ne me séduisent pas et je reste souvent dans le silence. Mes disques de chevet sont forcément ceux que j’ai aimé dans ma jeunesse: New York Dolls , Stooges, Sex Pistols ,Clash et Damned , sans oublier les Ramones !!

Tu as autre chose à rajouter pour nos lecteurs?
Aujourd’hui c’est une belle aventure qui démarre. Je la vis avec autant de passion et d’engagement que l’histoire qui a bercé ma jeunesse. Je ne sais pas où ça me mène, mais ce que je sais, c’est que je ne le regretterais pas ! Si vous ne venez pas à mes concerts et si vous n’achetez pas mon album, c’est votre droit. Mais ne venez pas dire dans 20 ans que c’était un bon album, je ne serais certainement plus là pour entendre vos conneries !!

(Chronique de l'album Le Cœur Sur La Main ici:)


www.myspace.com/patkebra
www.oberkampf.net/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 24/05/2011

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