22/11/2017  |  4911 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 20/11/2017 à 16:13:07
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Cercueil : Enfermé dehors


Juin 2011

Des sons cold et mélancoliques porté par une voix aérienne, bienvenue dans les profondeurs de la terre pour accueillir le groupe Cercueil. Ici six pieds sous terre, confortablement installé dans un cercueil en bois massif, au calme de toute actualité et des conflits des hommes, on est bien tranquille pour écouter la musique électro rock de nos trois humains lillois. Après le rayonnant « Shoo Straight Shout » sorti en 2009, voici avec « Erostrate», leur second manifeste sonore sorti en mars dernier. Dominée par la voix solaire et mystérieuse de Pénélope, le mix électro, cold et rock (exécuté par Nico et Olivier) donne à Cercueil une portée à ciel ouverts. Le résultat est une belle réussite.
Discussion avec Nico et Pénélope.


Votre premier album "Shoo Straight Shout" a reçu un bon accueil. Vous étiez donc attendu au tournant. Pas trop de pression pour donner suite à ce premier essai ?
Nico : A dire vrai, nous ne pensons pas à ça lorsqu'on décide de faire un nouveau disque. Nous avions beaucoup d'envies que nous n'avions pas encore exploitées lors de l'écriture du premier album et d'autres qui ont vues le jour aussi en jouant en concert, c'est de réussir la concrétisation de ces attentes qui nous titillait le plus. Je dirais que la pression ne vient pas du fait que les gens puissent ou non attendre le disque, mais plutôt par le fait qu'on réussisse à réaliser des morceaux au plus proches de nos espérances.

Sous quel angle avez-vous abordé ce nouvel album, et pourquoi le titre "Erostrate" ?
Déjà nous n'avons pas abordé l'album par le titre, il a fallut en donner un, un peu dans l'urgence et le nom qui au départ ne devait être que provisoire a finit par coller à la peau du disque. Erostrate est le nom de celui qui a mis le feu au temple Artémis à Ephèse, dans le seul but de devenir célèbre. Les Ephèsiens ont bien tenté d'interdire de citer son nom, mais il semblerait que cela n'ait pas était efficace. On a trouvé la résonance avec notre société actuelle assez juste. Il s'agissait sûrement d'un des premiers Buzz de l'histoire ! Nous avions décidé de créer l'album durant l'été pour pouvoir l'enregistrer en septembre, ça a donc été assez rapide. L'intégralité des morceaux a donc été composé pendant cette période, il faut dire qu'on avait déjà réservé le studio sans même avoir encore ne serait-ce qu'une chanson.

C’est vous qui avez fait le choix du producteur? Pourquoi Alister Chant ?
Nous avions au départ quelqu'un d'autre en tête, mais pour des raisons de calendriers ça n'a pas pu se faire. Nous retrouvant en juin sans personne pour nous enregistrer, nous nous sommes mis à parcourir le net et c'est comme ça que nous sommes tombés sur le Toybox Studio à Bristol. Nous trouvions les mixages d'Alister sur le net, très bon et il faut avouer qu'il avait aussi de bonnes références (PJ Harvey, Gravenhurst, Scout niblett...). Il travaille également régulièrement avec John Parish, donc il a appris à bonne école. Le travail et l'entente pendant l'enregistrement ce sont parfaitement déroulés, Ali était vraiment à l'écoute de nos attentes tout en nous proposant des idées qui étaient vraiment du même esprit que ce que nous apprécions, à savoir beaucoup d'enregistrements analogiques même pour créer des effets plutôt que d'avoir recours systématiquement à des plugins.

Votre musique mélange rock/cold wave et musique électronique. Comment se construisent vos morceaux pour lui donner cette couleur rayonnante qui sonne diablement bien à l’oreille ? Ce sont de longues heures d’impros ? Chacun arrive avec ses idées ?
On commence souvent par triturer des sons sur nos synthés analogiques, ou guitares et lorsqu'une ambiance se dessine ou que de la matière qui nous intéresse se crée, nous enregistrons ces premiers prémices. Suite à ça nous structurons un squelette à l'ordinateur en y adjoignant des rythmiques électroniques. Une fois cette première étape réalisée, nous recherchons souvent à jouer en Live avec cette matière, soit en reproduisant des guitares ou des synthés, soit en y rajoutant d'autres. C'est généralement au même moment que la voix vient poser des premières mélodies. Ensuite quand la structure est bien établie, nous donnons les maquettes à Olivier pour qu'il trouve sa réplique à la batterie aux rythmiques électroniques.

La musique est t- elle faite avant de poser la voix de Pénélope, avant d’écrire les textes, ou c’est l’inverse?
Pénélope : Oui systématiquement la musique existe à l’état d’ébauche avant la voix, laquelle s’inspire d’ailleurs beaucoup de l’atmosphère qui s’y dégage. En procédant de cette façon, la musique exerce une contrainte qui va me permettre de rechercher l’intention de la voix que je considère à ce stade comme un instrument. Même si les textes peuvent être formulés au bout de la chaîne, la plupart du temps ils sont écrits simultanément avec la voix, parfois avant la voix, mais toujours en écho à l’univers musical.

Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos chansons ? Qu’est ce qui vous inspire pour écrire ? De part les sons que vous employez, est ce que par exemple le monde virtuel vous inspires ?
Pour écrire les textes je m’imprègne beaucoup des ambiances décrites dans les ébauches de nos morceaux. Elles m’évoquent des images, des intentions ou postures qui seront formulées dans des textes plutôt abstraits. Mais la plupart des textes sont des monologues de personnages inspirés très librement de lectures, de films ou rencontrés dans la vraie vie !

Au sujet du virtuel, Daft Punk a fait la BO du film "Tron l’Héritage". L’avez-vous écouté ? Avez-vous vu le film ? Je trouve que votre musique pourrait coller à ce type de film. Vous en pensez quoi ?
Nico : Merci, si tu as des relations avec des producteurs de cinéma, surtout n'hésites pas à leur soumettre l'idée ! Oui nous avons (malheureusement) vu le nouveau Tron. J'avais vu le premier il y a très longtemps et j'étais curieux et septique à propos de ce nouvel opus et bon s'est à croire que j'avais raison d'être septique. On a été assez déçu de la musique des Daft Punk, qui je trouve manquait un peu d'audace, elle sonnait au final parfois comme n'importe quelle musique de superproduction américaine.
On a déjà été amené à réaliser des musiques pour des documentaires, des courts métrages et pour des ciné-concerts. C'est un travail qu'on aime tout particulièrement. On a toujours était attaché à donner à notre musique un caractère assez cinématographique, avec ou sans images d'ailleurs.

Vous pouvez nous dire quelques mots sur la pochette d’"Erostrate", que représente le collage ?
Pénélope : Depuis le début de Cercueil nous nous occupons de réaliser nos visuels, nous travaillons tous les deux beaucoup l’image parallèlement à Cercueil. Comme les disques précédents, la pochette d’Erostrate est un collage, et plutôt conçu comme la continuité du premier album mais avec une proposition plus abstraite, dualité du N&B et la couleur. C’est assez important pour moi de pouvoir prolonger la création de l’album à travers son visuel !

Par rapport à votre nom Cercueil, quelle sont les meilleurs blagues, jeux de mots, curiosités que vous avez eux/entendu/lu à travers la presse/public/amis… ?
Nico : Je ne sais pas si on peut parler de meilleurs dans cette catégorie qui consiste à faire des blagues avec notre nom. Mais je crois qu'à chaque fois les journalistes rivalisent de prouesses verbales et d'ingéniosités sémantiques. Mais bon allons y pour citer un rapide pot pourri : « On n’est pas prêt d'enterrer Cercueil », «Une musique à survoler les cîmes (tières) », « Cercueil réveille les morts », etc.

Quand vous avez annoncé à vos parents que le nom de votre groupe est Cercueil, comment ont-ils réagi ?
Je pense qu'ils étaient déjà bien habitué à nos divers frasques donc on leur a simplement expliqué de la même manière qu'on l'explique à chaque fois au Journaliste à savoir que c'est du second degré et qu'on aime gentiment jouer à se faire peur. Ce qui est sûr, c'est que le nom ne laisse pas indifférent, il ne reste plus qu'à espérer que maintenant « les gens iront regarder ce qu'il y a sous le couvercle. »

Quand on entend le timbre de la voix de Pénélope, difficile de ne pas penser à celle de Siouxsie. C’est une chanteuse que vous aimez, ou au contraire c’est un lourd boulet à porter, car vous préférez la voix grave de Nico?
Pénélope : En soit c’est plutôt flatteur d’être comparé à Siouxsie. Mais j’ai plutôt l’impression que la comparaison systématique tient plus du fait qu’avec un nom de groupe comme celui que nous avons, les avis partent du postulat que Cercueil est un groupe gothique. Je ne connais finalement qu’un seul album d’elle, Peepshow, que j’ai beaucoup apprécié il fut un temps, et au même titre que beaucoup d’autres : Billie Holiday, Nico, Nick Cave, Dagmar Kraus, Nina Simone, Haco, Mérédith Monk, Diamanda Galas, Stereolab.

Dans votre tournée vous avez fait une date en 1ère parti d’Alan Vega (à La Machine à Paris). Que représente t-il pour vous ? Vous aimez ce qu’il fait avec Suicide ? Vous connaissez son travail artistique en matière de sculptures/installations de néons ?
Nico : Nous sommes de grands amateurs de Suicide, ils auront vraiment marqué au fer rouge la musique rock électronique. C'était vraiment un réel plaisir que de pouvoir partager la scène avec Alan Vega. Même si bien évidemment l'âge à fait son chemin, ses collaborations comme la dernière avec Marc hurtado sur Sniper restent très pertinentes. Nous n'avons jamais eu l'occasion de voir une exposition de ses travaux plastiques mais nous connaissons et apprécions ses créations à base de récupérations et de lumières.

Qui sont les artistes qui vous ont marqué ?
Les artistes qui nous ont marqué sont nombreux et dans des domaines souvent très différents, nous citerons en vrac dans une liste non exhaustive : Cassavetes, Chris Marker, Matmos, Black dice, People Like Us, Peter Greenaway, David Lynch, Haco, Matthew Barney, US Mapple, Brian Eno, John Cage....

Comment est accueilli votre groupe à l’étranger ?
C'est pour le moment assez difficile de s'expatrier à l'étranger, car faute de distribution, nous n'avons pas vraiment de visibilité. Donc pour le moment les concerts à l'étranger ce sont fait au compte goutte, avec quelques dates à Londres qui nous ont permis de rencontrer le label Loaf records (The Chap, Gablé...). Nous avons aussi joué dans un festival en Allemagne l'été dernier à la frontière polonaise. Nous avions été invités au Pop Montréal au Canada et prochainement nous avons une série de belles dates en Belgique. Généralement, ces concerts se passent très bien, nous voudrions vraiment beaucoup plus tourner à l'étranger, car nous avons vraiment le sentiment de pouvoir trouver un public réceptif à notre musique en Allemagne, Belgique, Angleterre... Donc c'est une affaire à suivre !

Vivez-vous toujours à Lille ? Martine Aubry la maire de Lille (et amatrice de culture), connait-elle votre groupe ?
Oui bien évidemment Martine Aubry connaît Cercueil, et elle ne manque pas de parler de nous autour d'elle dès qu'elle en a l'occasion. Plus sérieusement, je ne pense pas qu'hormis Marcel et son Orchestre, elle ne connaisse de groupes lillois. Après, peut-être que je me trompe et qu'elle télécharge illégalement et à profusion des albums sur médiafire.
Je dois aussi avouer que lors de notre sélection pour représenter le Nord Pas de Calais aux Printemps de Bourges, nous avons reçu une lettre signé de sa main pour nous féliciter (lettre que nous avons soigneusement encadrée et placée à côté de notre myspace d'or quand nous avons dépassé les 10000 amis).

Comment votre groupe est-il perçu dans votre région ? Vous êtes proche/amis avec quel(s) groupe(s) ?
Ce n'est pas l'endroit ou on joue le plus, car dès le début du groupe on a cherché à s'exporter un maximum. Au départ, on partait en duo dans notre Nissan Micra chargée au maximum de tout notre matériel. On a sillonné comme ça les routes de France, on est même allé faire des dates à l'époque jusqu'au nord du Danemark et à Berlin. Après, depuis qu'on est à Lille on participe à la programmation de la Malterie, on organise le festival Mon Inouïe Symphonie à Dunkerque, on est en résidence dans la salle du Grand Mix à Tourcoing, nous avons fait partie de la Marmite (asso qui emmène des groupes de la région dans des festivals en France), on a été soutenu par l'association Domaine Musiques, Dynamo quand on est allé au printemps de Bourges. Bref, on a toujours été acteurs dans la région et pas uniquement avec Cercueil, je pense que ça joue aussi sur la perception qu'on peut avoir de nous. Même s'il n'y a pas de scène à Lille (au niveau identité musicale), il y a une vraie diversité et presque tout le monde se connaît, on est pote avec nombre d'entre eux allant de Ed Wood jr, Roken is Dodelijk, Jonaz, Bobik ou Sacha.

A côté de Lille à Villeneuve d’Ascq, se trouve depuis peu dans le musée d’art moderne (LaM), la collection art brut de l’Aracine. Est-ce que vous l’avez visité?
Le musée à ré-ouvert il n'y a pas longtemps et nous n'avons pas encore trouvé le temps d'y retourner. On nous a proposé il y a quelques temps d'y faire un concert avec notre projet parallèle Puce Moment, mais nous n'avons pas encore eu de nouvelles. En tout cas c'est une idée qui nous plairait beaucoup, car avec ce projet, nous aimons nous confronter à des espaces différents et aussi des publics qui ne sont pas forcément ceux habitués des salles de concert.

(Chronique de l'album Erostrate ici:)

(Chronique de l'album Shoo Straight Shout ici:)



www.myspace.com/cercueil
www.maquismusic.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 06/06/2011

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