27/07/2017  |  4850 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/07/2017 à 16:53:20
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Object.: Rien à perdre !




Entre Ulan Bator, Norma Loy et Heligoland, le guitariste/bassiste Stéphane Pigneul a malgré tout trouvé le temps de composer les paroles et de produire le 2ème album de son groupe Object.. Après la formation trio, Object. est depuis 2010 avec le nouveau percussionniste Alessio Ciborio Gioffredi un duo.
La force, le talent d’Object. est celui de composer des morceaux efficaces, bien ficelés à la fois direct et travaillé. Le style after punk, teinté de cold et de noise est chez eux une combinaison qui fonctionne comme la précision d’une horloge suisse.
Stéphane Pigneul répond à nos questions.


Object. est-il un groupe ou bien l’objet de Stéphane Pigneul ?
Object. est un groupe à géométrie variable. Une entité qui évolue sans cesse aux grés des rencontres et des passions qu‘elle engendre ou non. Au vu des différents line up et de ce dernier album on pourrait penser qu’Object. est ma seule créature mais ce n’est pas du tout le cas. Tout est discuté, argumenté entre les membres du groupe. On est deux, ça prend pas beaucoup de temps ! Je répète encore et toujours à qui veut bien l’entendre que faire un groupe de rock c’est ultra facile. Rester un groupe est une toute autre épreuve. Les ego, les envies, les disponibilités, le niveau parfois, les caractères. Il y a vraiment beaucoup trop de paramètres pour que cela reste simple. Parfois réarranger le line up est la seule solution pour continuer à exister. J’étais à la guitare au début d’Object. et il a fallu que je passe à la basse lors d’un départ parce que l’autre guitariste ne voulait pas le faire. Il faut savoir concilier et parfois même se réinventer.

Entre A Place to Hide et On the Edge of the Void il y a eu pas mal de changement de personnel. La raison ?
Comme je te disais, c’est juste les aléas de la vie. Tu as le choix, soit les membres fondateurs s’entendent pour toute la vie pour des milliards de raisons, soit ça frotte et tu as le choix alors de dissoudre le groupe par pure intégrité ou de continuer sans eux. C’est un choix. Ici c’est juste que les impératifs étaient différents pour tout le monde et que j’ai rencontré Alessio en allant jouer avec Ulan Bator. Je lui ai proposé de me rejoindre parce qu’on s’entend comme deux frères, c’est aussi simple que ça.

Pour quel raison avez-vous choisi ce mot « object » comme nom ? Et pourquoi ce point à la fin du nom?
C’est l’ancien batteur, Poup, qui a trouvé ce nom. Ca rassemblait tout un tas de choses, à l’époque il travaillait pour une boite qui s’appelait Object-ive, on était tous fan de Cure, il y a cette tradition rock de prendre le nom d’un morceau d’un groupe que tu aimes et respectes. Et puis Object. pouvait se décliner sous plein de facettes, ça sonnait bien, voilà. Maintenant il y a plein de groupes, 3 ou 4 je crois, avec le même nom, on a donc décidé de rajouter le point pour tenter de se différencier et puis aussi parce que ça fait chic !

Dans quel état d’esprit as-tu abordé le nouvel album On the Edge of the Void? Quel était l’angle sous lequel tu souhaitais orienter l’album ?
On voulait faire un album plus décomplexé, avec plein de rythmes barrés. Surtout je ne voulais pas refaire A Place To Hide. Aucune maquettes ou presque n’a été faite avant d’aller en studio. On s’est jeté dedans sans vraiment savoir ce que l’on allait faire. C’était très excitant. Car en 3 jours on a eu juste le temps de faire les batteries, Alessio avait plein d’idées et il a enregistré d’une traite, quasi non stop 10 morceaux en improvisant ses propres structures. On ne s’est qu’à peine concerté pour savoir ou il y aurait un break ou une coupure. Tout était totalement free, et c’était vraiment dangereux. Du coup je suis reparti avec les pistes de batteries et il a fallu que je coule les notes et les structures dans le moule du rythme ! J’ai passé 15 jours à avoir des sueurs froides, il fallait que les morceaux aient l’air d’avoir été pensé au préalable, du reste au moins un peu ! Ca été vraiment intense, car il fallait que je fasse tout, les textes, les guitares, les basses, les claviers, les voix. A l’opposée de APTH, 8 heures par jour à faire et défaire les morceaux. Là, c’est neuf, vif, instinctif, ça passe ou ça casse, et j’adore l’énergie que ça procure.

© photo Naomi Henderson

Tu écris directement tes textes en anglais. Pourquoi le choix de l’anglais au lieu du français ?
Oui, j’ai choisis l’anglais après avoir tenté de faire du français coûte que coûte. Amaury (d’Ulan Bator) le fait merveilleusement bien, et je ne veux pas faire la même chose pour être totalement honnête. Ses textes sont parfaits et sa façon à lui de chanter le français est juste géniale à mes yeux. Et puis il faut aussi prendre en compte ton background. Je n’ai jamais écouté de chanson française, à part Gainsbourg , donc pour moi, la voix se chante, et en français c’est juste horrible et ridicule. Le seul à le faire sans faille c’est Cantat, et c’est désormais estampillé Noir Désir et culture adolescente. Je ne cherche pas à faire original, je veux juste faire ce que je veux, ce que j’entends. Mais je ferai toujours un morceau ou deux en français, parce que quelque part, on triche moins quand même dans l’expression, mais c’est vraiment très très casse gueule. Il y a mille façons de faire de la musique, on choisit ce que l’on peut faire, ce que l’on sent.

Pour nos lecteurs non anglophone, quel sont les sujets qui sont traités dans On the Edge of the Void ?
La jalousie, la paranoïa, les pulsions et compulsions destructrices, le désordre mental. Tout ce qui peut être engendré par une relation amoureuse à sens unique. Aie !

Les pochettes d’Object. sont magnifiques. La typo du 1er était minimal et celui du nouvel album est percutant. Tu peux nous parler de ta vision à l’image, ce que tu veux faire passer à travers tes pochettes ?
Je tente juste de trouver les bonnes personnes avec qui je sais qu’il y aura du feeling. Fabien a su tout de suite ce qui collerait pour la pochette d’APTH. L’album était très minimal. Lorenzo s’est lui aussi laissé porter par la musique et s’est inspiré de son expérience de musicien pour réaliser celle d’OTEOTV. Je laisse totalement carte blanche aux artistes avec qui je sens ce feeling. J’aime les choses épurées, directes, et un brin art moderne !

Stéphane, tu es très boulimique en tant que musicien. Tu joues dans Heligoland, Ulan Bator, Norma Loy, plus ton projet solo Coriolis Force. Où puises-tu cet appétit pour trouver le temps de participer à tous ses projets ? Quel est ton rôle au sein de ces groupes ?
Alors oui, c’est vrai que je participe à beaucoup de projets. D’aucun diront à trop surement. J’ai récemment quitté Heligoland pour plein de raisons différentes. Mais j’ai rejoins Norma Loy. Donc la balance reste quelques peu équilibrée ! Le temps se trouve, toujours. C’est une question de priorité. Pour ma part, je n’ai presque pas le choix. Je ne sais faire que ça. Je joue de la basse dans Object. et Ulan Bator, de la guitare dans Norma Loy et Coriolis Force. J’ai même joué de la batterie pendant 1 an et demi dans Heligoland. C’est très enrichissant de pouvoir jouer de tous les instruments que l’on retrouve dans un groupe. Ca te permet de voir quelle place y a chaque tessiture, le rôle rythmique ou mélodique. Ca aide aussi beaucoup pour l’ego !!!

N.D.L.R : Depuis l’interview – réalisée en janvier 2011-, Stéphane Pigneul a rejoins deux autres formations : Le Réveil Des Tropiques (du Noise/Kraut/Psyché) et Farewell Poetry (du modern classical to drone and shoegaze, spoken word and experimental film)

Ces collaborations t’apportent quoi de positif (et éventuellement de négatif) pour tes projets personnels ?
Quand tu fais de la musique depuis longtemps, tu peux vite te retrouver dans la position du tâchon, qui hurle ses directives à des gars qui eux aussi ont un avis. Tu finis par ne plus les écouter et à vouloir faire ton truc tout seul. Ce que j’ai fait avec Coriolis Force. Le fait de commencer ce projet perso m’a ouvert comme jamais je n’aurais même pu l’imaginer ! J’avais toujours juré mes grands dieux que jamais je n’aurai d’autres groupes qu’Object. . Tu vois les choses ont bien changé ! Et puis se retrouver derrière un leader te donne d’autres perspectives, d’autres directions, plus d’ouverture d’esprit. Je suis d’un naturel assez curieux, j’aime savoir comment ça fonctionne ou non ailleurs. En plus ça te donne vraiment confiance en toi en tant que musicien. Le fait de savoir que tu es capable de jouer de tous les instruments et d’apprendre ou de composer pour d’autres visions de la musique, ça rassure ! Et tu te dis que finalement tu n’es peut-être pas ce trou du cul que tu croyais être !

Tu peux nous parler de ton projet solo Coriolis Force. Les morceaux pour Coriolis Force ne sont pas compatibles pour Object. ?
Non du tout ! Du reste jusqu’ ici. Il y a un peu de Coriolis Force dans ce nouvel album d’Object. . Il y a de tout ce que j’ai fais avec d’autres musiciens, c’est assez normal et sain je crois. J’ai appris d’autres choses, ça découle tout naturellement. Coriolis Forceest le reflet de mon côté le plus larmoyant et sur la corde raide du bon sentiment. C’est très intéressant de flirter avec ce côté emphatique de la musique. Tout le monde aspire à un peu d’espace et de tranquillité, de soigner son jardin secret. C’est ce que je fais avec Coriolis Force.

Avant Object. quel a été ton parcourt musical?
Une bonne demi douzaine de groupes avec Poup, l’ancien batteur. On se marrait beaucoup !

Tu te rappel à quel moment, à quel âge tu as découverts le rock ? Qu’est ce qui te plait dans cette musique ?
Mon père avait une énorme quantité de vinyles, il les écoutait tous les week-ends à fond ! Du jazz, du reggae, du prog, de la pop. Mais ce qui me plaisait le plus c‘était le coté rock n roll, la guitare d’Hendrix, les synthés de Kraftwerk, la voix déglinguée de Suicide . Je dois aimer le fait de lâcher les choses, d’aller à fond, de ne rien attendre de rien, d’être libre tout simplement. C’est ce que j’entends dans le rock en tout cas.

Qui sont les artistes/groupes qui t’on marqué ? Et pourquoi ?
Les ambiances du Floyd, la voix glacée d’Alan Vega, les chansons de Dylan, la guitare d’Hendrix et de Robert Smith, tous les disques de Bowie, Gainsbourg, les silences de Miles Davis, les rythmes cinglés des groupes électro comme Autechre ou Funckarma, et tous les petits groupes inconnus qu’une copine bien intentionnée continue de me faire découvrir comme Health, HTRK, Epic 45.

Object. se sent proche de quels groupes/chanteur français ?
Ou la c’est hyper dur parce que pour l’instant on ne partage pas beaucoup de scènes avec tous ces groupes comme Pneu, Marvin et les autres mais je suis client ! Donc je te dirai mes vieux groupes, Hint, Ulan Bator, Bastard, Sister Iodine, des trucs comme ça.

Tu viens d’une famille de musiciens ? Dans ta famille ton travail musical est perçu de quelle façon?
Pas du tout. Personne n’a jamais fait de musique à la maison, ma grande sœur à eu une guitare sèche et un jour et je lui ai volé ! Mon père écoutait de tout, il achetait beaucoup de vinyles, en import etc je crois que ça vient de là Je fais toujours écouté mes trucs, mais notre culture est légèrement différente ! Prince et Wolf Eyes ça fait pas bon ménage !

Je trouve que tu as beaucoup de talent. Mais comment se faire connaitre à travers toute cette masse de musique qui circule entre internet, les centres commerciaux, les pubs à la TV. Tu fais comment pour ta promo, faire connaitre Object. à travers cette masse de groupes ? Tu peux nous présenter le label Str8line ?
C’est vraiment la question à 8 millions ! J’en sais foutre rien. Evidemment je voudrais que notre musique soit reconnue, mais pour ça il faut faire des trucs que je ne sais pas faire. Aller en soirée, dire salut ça va, au fait tu sais que je « blablabla » très peu pour moi. J’y arrive pas du tout, et c’est mal ! Je fais ce que je peux avec l’aide des rares personnes qui veulent bien nous aider. C’est hyper déprimant le plus souvent, mais parfois tu tombes sur des types qui se bougent les fesses et c’est très gratifiant. Il faudrait une distrib d’enfer, un éditeur, de la promo à gogo etc, c’est d’autres métiers je ne suis pas fait pour ça, j’y arrive pas je te dis, c’est dans ton tempérament. Si tu veux absolument être connu aujourd’hui il faut passer des heures sur internet, faire des milliers de post sur des dizaines de réseaux sociaux, faire de la veille sur les webzines, se ruiner en envois poste pour tous les fanzines, baiser avec la stagiaire de tel magazine papier dans l’espoir de rencontrer un chroniqueur, faire des vidéos stupides ou ta sœur se fait enculer par un Godzilla en peluche , le tout en camera 3D tout cheap. Nan, c’est mort, faut quelqu’un. Quand t’es parisien de toute façon, ce n’est vraiment pas gagné, ou tu fais tout ça et pour moi t’es une grosse merde, ou alors tu fais ton truc honnêtement et puis avec de la chance tu attireras des gens qui te ressemblent. Je ne sais pas. Notre label nous aide un peu, déjà on en a un !

Dans les mois à venir quels sont les projets d’Object.?
Tourner, tourner, tourner ! C’est la seule vraie chose à faire. France, Italie, Allemagne, Belgique et Pologne. Mais non, ont va pas faire de clip à la noix ou trouver le truc qui va faire buzz et être oublier 5 jours après. T’imagines l’état des mecs, ils se cassent le cul pour faire genre on a un groupe, oui, allez on y croit, ils se démènent comme des fous furieux, tout ça pour que 3 jours après leur post Facebook soient noyé dans un océan d’autres crétineries ! Ca n’a pas de sens pour moi.

L’esprit d’Object. en un mot ou en une phrase ?
Fuck ‘em all ! Nan je ne sais pas, droit devant et essayer de continuer à sourire, si t’en es encore capable. Sacré programme !

Un mot à rajouter pour nos lecteurs ?
Si vous êtes curieux et que vous allez jusqu’à perdre 5 mn pour aller écouter nos morceaux, voire même acheter un disque, je vous offre une carte kiwi pour faire un tour de Mulhouse en autocar ! C’est de la putain de promo ça !

La photo en introduction de l'interview est du Collectif ISO

(Chronique de l'album On the Edge of the Void ici:)

(Chronique de l'album A Place to Hide ici:)



www.myspace.com/objectlegroupe
www.object.fr/index/OBJECT..html
www.myspace.com/coriolisforce

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 13/07/2011

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