27/07/2017  |  4850 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/07/2017 à 16:53:20
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Unison : Pour le meilleur, pas pour le pire.


Février 2012

Le duo (et couple) français Unison a sorti en 2011 un premier album aux couleurs de l’hiver. Une musique à la fois sombre (dark) et claire (la lumière du jour au petit matin), où l’électronique ambiance spleen et mélancolique de Julien Camarena habille tel un grand couturier la belle voix angélique, mystérieuse et fragile de Mélanie Moran. Leur musique presque religieuse, est un heureux mélange de cold wave planante à la Cocteau Twins/This Mortal Coil/Durutti Column, de shoegaze à la Ride, l’électro style Boards Of Canada et enfin l’ambiance mystérieuse digne d’un épisode de Twin Peaks. Leur musique nous a donné en 2011 beaucoup de frisson, c’est donc avec plaisir qu’on entame ce mois de février glacial de 2012 avec Unison pour un petit entretient.

Unison est un duo et un couple. C’est un atout pour la création ?
Mélanie : Ça ne pourrait pas être autrement. Unison c’est un tout, et sans notre amour ce projet ne pourrait pas/plus exister.
Julien : Exactement. C’est un noyau d’énergie pure dans lequel convergent nos vies, notre couple, notre expression, nos pulsions de vie et de mort, nos idéaux.

Quel est le sens du mot Unison pour vous? Pourquoi ce choix ?
Julien : Ca coulait de source pour ce projet. Ce mot décrit à la fois notre union et notre opposition aux oppresseurs. A la fois notre amour et notre envie de détruire se putain de monde.

Votre musique a des sonorités, une ambiance noire/sombre. Vous êtes dépressif ? Le noir, la nuit, la mélancolie, le deuil… sont des aspects, des moments qui vous inspirent ?
Mélanie : Mélancoliques oui, dépressifs non !
Julien : Unison est le terrain de jeu de notre part sombre effectivement. Nous sommes plutôt gentils et sages dans la vie, mais on a aussi une rage qui ne demande qu’à s’exprimer. Mais nos morceaux se veulent autant planants que terrifiants. Unison c’est aussi cette dualité du bien et du mal qui luttent en chaque individu pour atteindre un équilibre relativement parfait qui parfois chavire et sombre.

Vous avez passé deux années sur votre premier album. La création de l’album a été un long chemin remplit d’embuches?
Julien : Pas d’embuche ni de problème, juste un rythme naturel de création. Je ne force jamais le processus. Je ne m’assieds pas à mon bureau en me disant : « Allez, je crée un morceau maintenant ». Parfois j’ai des périodes ou rien ne vient. Puis soudainement, en pleine nuit j’ai une idée. Alors je n’ai pas d’autre choix que de me lever, prendre mon téléphone et enregistrer à la voix des petites mélodies qui plus tard constitueront une basse, des guitares, des lignes de synthé, une rythmique.

Quelle est votre méthode pour créer un morceau ?
Julien : D’abord les idées ne tombent pas du ciel. Souvent les morceaux m’arrivent en tête, quasiment entiers. Ensuite je monte tout ça sur mon ordinateur. Puis je fais écouter à Mélanie. Si ça lui plait je continue. J’enregistre les guitares, et souvent j’enregistre même une ligne de chant avec ma propre voix que je transforme avec divers effets. Je refais écouter à Mélanie, puis on remplace ma voix par la sienne. Pour finir je mixe le tout. Le mixage donne une couleur très particulière aux morceaux. Il fait partie des étapes de composition pourrait-on dire.

On sent que chez vous le son avec le timbre de la voix est très important. Ce mix se fait de quelle façon ?
Julien : La voix de Mélanie est très retenue. Elle pourrait envoyer du vibrato, de la vibe et du coffre, elle en est parfaitement capable. Seulement cela ne correspondrait pas vraiment à l’esprit d’Unison. Ce qui nous intéresse c’est ce mariage entre une voix douce et aérienne et un énorme mur de son. Certaines techniques de mixage permettent de faire sortir cette douce voix par dessus le déchainement des guitares, des synthés et des percussions. Le trio équalisation/réverb/compression est la base. Viennent ensuite s’ajouter des effets plus singuliers tels que des « rotovibes » et des « phasers » très particuliers qui amènent une sorte de glacis qui cristallise la voix.

La photo de la pochette est étrange, elle inquiète. Vous pouvez nous en parler ?
Mélanie : Nous avons demandé à l’artiste César Brun de s’occuper de notre artwork car on adore son travail. Il a déniché la photo des petites filles et nous a proposé de s’en servir comme base de travail. On a tout de suite adoré ces fillettes ! Ca collait parfaitement à l’intro de Blood Blood Blood et à cette obsession que nous avons de l’enfance. Leur regard est terrible.

La typo de votre nom fait pensez aux groupes de trash/métal. C’est le style satanique du genre qui vous séduit ?
Mélanie : On aime le mélange des genres, donc ça nous amusait beaucoup de demander au dieu des logos de black et de death, Christophe Szpajdel, de participer à la pochette.
Julien : On est pas du tout portés sur le côté rituel ou symbolique, mais on adore depuis très longtemps les musiques ultra bourrines. On est pas du tout satanique mais on s’oppose radicalement à toute croyance religieuse. Les religions sont pour nous des sectes, rien de plus. Le logo en lui-même symbolise tout à fait notre noirceur et notre mélancolie. On est même beaucoup plus en réflexion par rapport à tout ça que beaucoup de groupes de métal ou de black. Donc cette esthétique nous revient de droit.

Vous êtes affilié au mouvement witch house. C’est quoi au juste cette scène musicale ? Et vous aimez cette scène ?
Julien : Nous aimons certains groupes qui composent cette scène. White Ring, Ritualz et surtout Salem. En fait nous nous sommes fait kidnapper par cette scène en 2009. White Ring et Ritualz nous ont demandé de collaborer sur des remixes et des featurings. Et bien avant tout ça j’étais tombé sur le myspace de Salem, à l’époque où ils n’avaient encore rien sorti du tout. Je suis tout de suite tombé raide dingue de ce groupe. Salem sont nos jumeaux américains. On partage les mêmes préoccupations (à part la défonce dont nous avons su rester indépendants). Ce sont nos doubles. On partage surtout cette dichotomie entre la ville et la campagne. La même ambivalence. Encore une histoire de dualité.

Vous avez une certaine notoriété à l’étranger. Comment vous êtes-vous fait connaitre à l’étranger ? Le fait d’être un groupe français apporte t-il un coté exotique ?
Mélanie : En fait au début, tout le monde pensait qu’on venait de Brooklyn ! C’est parti d’un jeu de mot sur notre Myspace : on avait inscrit que nous venions de Plooklyn, NYort. Habitant à Niort et se considérant comme des ploucs, ça nous faisait marrer. On a sorti le titre Outside fin 2008, de façon informelle (une vidéo sur You Tube) et tout de suite on a eu beaucoup de contact aux Etats Unis. Un petit label de Los Angeles, Matte Black Edition, a commencé à s’intéresser à nous. Avec eux on a sorti le EP digital en 2009, puis nous avons était contacté par l’équipe de Lentonia Record, qui nous a fait faire notre premier concert à Paris en juin 2009. Nous avons très vite accroché humainement et artistiquement, donc c’était tout naturel que ce projet d’album se fasse avec elles (ce label est tenu par deux super filles, Vidéo Love et EDH).

Pour fêter la sortie de votre 1er album, vous avez joué à la Flèche d’Or dans la soirée « Lentonia release party ». Vous pouvez nous parler de ce concert, l’émotion/le plaisir que vous a procuré ce concert, ce rendez-vous avec le public?
Mélanie : C’était la release party de notre album, sorti sur le label Lentonia Record. C’était très émouvant pour nous car ça marquait la fin d’une période. Mais ça annonçait aussi la découverte de l’album par le public et les concerts ! Donc tout cela était très excitant.

Quels sont les groupes qui vous ont donnés de faire de la musique ? Et pourquoi vous aimez ces groupes? Quels sont les styles musicaux qui vous ont marqués ? Et qu’aimez-vous particulièrement dans la culture (ciné, littérature, art vivant et graphique…) ?
Julien : My Bloody Valentine et David Lynch par dessus tout. Et Sebadoh, Dinosaur JR, Pavement, Sonic Youth et toute la clique indie-rock des années 80-90. En électronique, Aphex Twin, Boards Of Canada, The Third Eye Foundation, Salem, et des tonnes d’autres. Et beaucoup, beaucoup d’autres styles. Ca va du Grindcore à l’Ambient Music, pour schématiser de Suffocation à Brian Eno. En arts visuels, on adore tout ce qui est étrange. Citons en vrac et en résumé David Lynch, Harmony Korine, Gregg Araki, Lars Von Trier, Diane Arbus, Matthew Barney, Egon Schiele, Charlie White, Ron Mueck, Patricia Piccinini et des milliers d’autres artistes.

A ce jour quel est l’ambition du groupe ? Comment envisagez-vous l’avenir ?
Mélanie : Notre but c’est de tourner le plus possible, en France mais aussi à l’étranger. On adore être sur scène ! Et un deuxième album bien sûr.
Julien : Beaucoup de belles surprises à venir. Et un gros coucou à Christian AKA Stuntman5 qui nous accompagne sur scène et qui prend part avec nous à la création des futurs morceaux ! C’est une super rencontre ça aussi.

Message ou autre à rajouter à faire passer ?
Mort au libéralisme meurtrier. Mort à Blythe Masters, JP Morgan, HSBC, Goldman Sachs et à tous ceux qui marchent dans la combine et qui écrasent leurs prochains pour leur petit confort de merde. Longue vie et amour à tous les autres. MERCI pour cette interview !


Crédit photo en intro : Vincent Hubelé

(Chronique de l’album d’Unison ici:)

(Chronique du concert à La Flèche d'Or (Paris) ici:)
Unison en concert :
10/02 : Le Klub à Paris (75)
25/02: La Sirène à La Rochelle (17)
18/03 : Le Camji à Niort (79)
24/03: Festival "Nouvelle scène" à Niort (79)
13/04 : Magasin 4 à Bruxelles
03/06: Stepheerds Bush Empire à Londres


weareunison.com
www.facebook.com/unison666

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 08/02/2012

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