21/11/2017  |  4911 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 20/11/2017 à 16:13:07
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Amaury Cambuzat : Ulan Bator - Faust


Avril 2012

Amaury Cambuzat est un homme très actif. Chanteur/guitariste et leader d’Ulan Bator (groupe en activité depuis 1993 avec 9 albums au compteur), fondateur et agitateur du label Acid Cobra, guitariste depuis 2006 dans le groupe légendaire Faust et enfin musicien additionnel et producteur d’un panel de groupes (Chaos Physique, TV Lumière, The Somnambulist…). Guitariste hors pair dans la sphère noise/bruitiste/post-rock, il fallait bien une longue entrevue avec lui pour mieux cerner cet autodidacte du bruit blanc. Il répond sans langue de bois à nos questions.

Pour quelle raison as-tu créé le label Acid Cobra ? Et pourquoi ce nom ?
C’était un rêve de gosse et il était donc temps de le réaliser. J’ai toujours été fasciné par les labels cohérents et ayant une certaine diversité dans leurs signatures artistiques comme par exemple Some Bizarre, Mute, Creation, Amphetamine Reptile, Trance Syndicate, Sub Rosa, Dossier, les Disques du Crépuscule, Blast First, les Disques du Soleil et de l’Acier. En 2009, j’en avais assez d’avoir affaire à des labels qui disaient connaître nos précédents albums d'Ulan Bator mais nous demandaient systématiquement d’écouter des maquettes de nos futurs morceaux. Je prenais ça mal. Si tu aimes et contactes un groupe et que tu veux le signer, tu dois lui faire confiance non ?
Le nom "Acid Cobra", ça m’est venu comme ça. Au départ, je cherchais un nom d’artiste pour des concerts solo puis je l’ai utilisé pour le label. Par la suite, je me suis aperçu que le nom choisi faisait penser à celui de l’"Amphetamine Reptile". C’est inconscient et c’est tant mieux car dans les années 90 j’adorais ce label et la plupart des groupes de son écurie.

Pour quelle raison as-tu quitté Paris pour aller t’installer en Italie ?
J’ai grandi à Paris mais je ne me suis jamais senti "parisien". "Paris c’est la plus belle ville du monde", très bien mais ce n’est pas pour moi car je n’ai pas encore tout vu. Je ne suis bien que dans très peu d’endroits, la plupart se trouvent à l’étranger et je ne peux même pas t’expliquer pourquoi ; plutôt vers le sud en tous cas. Étant d’une nature "angoissée", la chaleur humaine, le soleil, sont des moteurs fondamentaux pour moi. Paris devenait oppressant et en plus ça reste une ville européenne qui n’a jamais été au cœur de la musique alternative. Et puis je ne voulais pas non plus m’acharner en France pour devenir un intermittent du spectacle faisant de la "Noise Music".
Pourquoi l’Italie ? Un groupe important italien, CSI, est tombé sur notre deuxième disque : 2 degrés. Ils revenaient d’un voyage en Mongolie et cherchaient une vedette américaine pour leur "Tabula Rasa Elettrificata" tour dont les concerts avaient principalement lieu dans des "palais des sports". Ulan Bator + voyage en Mongolie + groupe indépendant français émergeant. Ils nous ont contactés et nous ont choisis pour ouvrir leurs spectacles. Nous nous sommes retrouvés à jouer devant quasi dix mille personnes chaque soir pendant deux semaines. Plus c’était "bruyant" et plus leur public aimait ça. Nous avons alors commencé à travailler sérieusement là-bas alors qu'en France, malgré une presse nationale qui suivait et poussait Ulan Bator, il ne se passait concrètement rien. Il fallait que ça bouge !

15 ans de créations sous le régime Berlusconi, que du bonheur ? Les artistes ont-ils des aides avec l’état ?
Non. Pas vraiment d’aides ! C’est le système américain : si tu as un public tu peux en vivre sinon tu dégages. C’est comme dans la jungle. Je vais en choquer plus d’un mais je trouve ça normal. Je suis contre le fait que l’État mette son nez dans la musique de manière générale. En France, si tu sais remplir des dossiers, tu peux vivre de ta musique même si personne ne l’écoute ! Je trouve ça dingue. Du coup, il n’y a quasiment plus de circuit alternatif réel. De nos jours, il faut être politiquement correct, un bon punk en France si tu veux que tes albums soient remboursés par la sécurité sociale.

Tu es le producteur et tu es musicien avec les artistes présents sur ton label. Acid Cobra est il ton laboratoire musical ?
Je ne suis pas toujours producteur avec les artistes du label, seulement si le groupe le souhaite. Le label n’est pas mon laboratoire musical, c’est plutôt un moyen avec lequel je peux faire partager ma passion et aider dans la mesure du possible des musiciens dont je trouve la démarche artistique intéressante, originale ou seulement décalée. J’ai certainement une marque de fabrique mais j’essaie souvent de ne pas trop déborder sur l’identité des groupes que je produis. Il m’arrive de collaborer avec des musiciens ou bien de produire artistiquement des groupes qui n’ont rien à voir avec mon label. Je ne veux surtout pas tout ramener à Acid Cobra. Je tiens à garder une certaine ligne de conduite, une certaine cohérence ainsi qu’une éthique artistique propre à mon label.

Ton point de départ dans la musique rock est le groupe Ulan Bator. (Je zappe sur car je pense que peux de gens on eu la joie de les entendre). Depuis le début, le groupe a pas mal changé, exploré divers styles de musiques. Tu peux nous parler de cet enfant qui a connu l’adolescence et l’âge adulte. Avec le recul tu le vois comment cet enfant ?
Tout d’abord, la formation du groupe a, elle, souvent changé. De ce fait, la musique aussi mais je crois que ces changements sont dus au fait que je n’ai jamais voulu refaire ce que nous avions déjà fait J’aime surprendre et me surprendre. Quand j’y pense, au début avec Ulan Bator nous étions assez perfectionnistes, mathématiques, rigides même. Aujourd’hui c’est le contraire. Avec l’expérience Ego:Echo/Gira en 2000, Ulan Bator a pris un tournant, allant toujours plus vers de la musique répétitive, des chansons obsessionnelles mais toujours plus fluides. Je pense avoir en revanche déplacé mon côté exigeant vers mon écriture. Notre musique est devenue plus arrondie, plus accessible qu’à nos débuts.

Quand tu regardes la discographie d’Ulan Bator, es-tu comment de tous les disques ? Si c’est non, et que tu as des regrets, qu’est ce que tu changerais ?
Les disques c’est comme les vins. Ils peuvent recevoir un mauvais accueil à leur sortie puis s’améliorer avec le temps. Je suis très mal placé pour porter un jugement sur ma propre musique. De manière subjective, j’aime tous mes disques remis dans le contexte dans lequel ils ont étés faits mais je ne comprends pas forcément comment chacun de mes albums a été perçu. Je n’ai aucun regret artistiquement parlant. Je pourrais justifier chacune de mes productions et je dois avouer que je suis assez fier d’avoir enregistré Ego:Echo, un disque tout en français, produit par Michael Gira (Swans) puis dans la foulée "Nouvel Air", beaucoup plus édulcoré voire même "pop", mixé par Robin Guthrie (Cocteau Twins). Si j’ai pu décevoir ou bien choquer certains alors pour moi c’est flatteur. Je ne suis là ni pour faire plaisir musicalement, ni pour aller dans le sens du courant.

Le dernier album d’Ulan Bator a été enregistré dans plusieurs pays. Le voyage, les différentes cultures, de musiques et mode de vie sont pour toi une source vitale d’inspiration pour composer ? Les rencontres, collaborations sont le ciment pour élever tes projets vers le haut ?
Je crois que je fais surtout de la musique pour pouvoir voyager, pour rencontrer et découvrir d’autres cultures. J’aurais détesté rester bloqué en France à tourner en rond dans un petit confort alternatif. Je me sens citoyen du monde. J’écoute toutes sortes de musiques et m’intéresse à toutes les cultures. Je suis conscient d’être un blanc-bec qui s’exprime avec sa propre culture rock mais je suis attiré par toutes ces différences. Mes projets restent encore trop européens à mon goût. J’adorerais jouer avec des africains par exemple pour enrichir certaines rythmiques "rock" qui commencent à m’emmerder. C’est ce que j’ai essayé de faire sur mon disque solo sorti récemment, The Sorcerer. Un mélange ethnique et urbain. Disons que cela ne s’entend pas spécialement dans le contenu musical de Tohu-Bohu mais il n’en reste pas moins que nous sommes un heureux mélange de sang Franco-Anglo-Italo, fruit de ces rencontres faites au cour de ces nombreux déplacements. J’aime bien ça, la formation du groupe Ulan Bator ressemble aujourd’hui à une histoire drôle, il nous manque plus qu’un belge !

Sur l’album Tohu-Bohu tu chantes exclusivement en français. Pourquoi ce choix ?
Je dois tout de même préciser que j’aime très peu d’artistes francophones. C’est très rare que je trouve l’amalgame musique-voix et textes réussi. J’ai fait ce choix de passer au français en 1997 avec Végétale et après avoir écouté un morceau des Faust chanté en français, Ecoute le poisson. Je suis devenu "honnête" avec moi même à ce moment précis. Jusque là, je n’avais pas le courage mais l’envie me rongeait depuis longtemps. Et puis j’ai continué sur cette lancée et cela fait partie aujourd’hui, d’une certaine manière, de la marque de fabrique Ulan Bator. Cela n’a pas été simple. J’ai du lutter au sein même du groupe. J’avais des choses à exprimer et l’utilisation de l’anglais ne me remuait pas assez les tripes. Je reste convaincu que l’on peut exprimer certaines émotions exclusivement dans sa propre langue. J’ai changé depuis. Je me prends moins la tête avec ça. Avec Chaos Physique je dis trois conneries en anglais. Il n’y a pas de message. Dans ce cas c’est la musique et l’énergie dégagée qui m’importent plus que le reste. La voix devient alors un instrument comme les autres. Je considère Chaos Physique comme un projet quasi instrumental.

Enfin le sujet de l’album est politique, il concerne le désordre mondial. Un désordre qui ne s’est pas arrangé depuis la sortie de l’album, avec la crise de l’euro (et ses triples AAA décerné par les banques qui sont les nouveaux patrons), jusqu’à faire tomber certains chez comme Berlusconi. Par contre espérons que les changements de politique en Afrique du nord seront positifs. Délivrer un message à travers un groupe, c’est pour toi important ?
Oui, il faut être un minimum engagé politiquement aujourd’hui, cela peut vouloir dire simplement avoir au moins une "conscience" politique et se rendre à l’évidence que notre petit confort capitaliste est voué à s’écrouler. C’était bien le capitalisme tant que nous étions les plus forts. Maintenant c’est moins rigolo et cette nostalgie apporte chez certains des relents de protectionnisme, de racisme, etc. c’est bien triste. Les textes de Tohu-Bohu sont plutôt des réflexions sociologiques, des "inputs", un regard et des questions légitimes autour d’un monde occidental en déclin, je dirais même une colère. Dans mes textes, et toujours avec un certain cynisme, je critique et accuse les social networks, le manque de conscience, l’apparition des nouvelles croisades avec ces obsessions religieuses, la fin du monde capitaliste, la non-communication, le cyber voyeurisme, la sur-information, les guerres qui font de l’audimat, etc. Berlusconi, Sarkozy ou un autre, cela ne changera rien. Comme ils disent en Italie, la mère des imbéciles est toujours enceinte. Il faut arrêter d’accuser systématiquement les politiques. Il faut simplement les ignorer. Ils vivent de l’intérêt qu’on leur porte. Je pense que ces politiciens disparaitront à moyen terme et chacun de nous reprendra ses responsabilités civiques et devra s’organiser au sein de sa propre "cité". Rien de révolutionnaire en cela. Lucidité, optimisme et bon sens.

Tu produits et tu joues dans plusieurs formations. Comment gères-tu ton état d’esprit pour t’impliquer dans chacun de ses projets aux styles différents ? Beaucoup de discutions à l’amont pour t’imprégner de l’ambiance du projet ?
Je n’ai aucun problème avec ça et ne trouve pas si différente que cela la démarche entre mes différents projets. Les morceaux de Chaos Physique pourraient être des morceaux d’Ulan Bator ou bien devenir des pièces musicales développées avec Faust. Ce sont les musiciens qui m’accompagnent qui vont contaminer mes idées, la priorité aux textes dans certains cas, les instruments que j’utilise pour m’exprimer qui vont rendre ces projets bien distincts. Avec Chaos Physique, je tiens principalement à jouer des claviers saturés. Avec Ulan Bator je suis chanteur et guitariste, avec Faust tout à la fois ! Ce n’est pas si compliqué.

Tu joues dans le groupe Faust. Comment t’es-tu retrouvé a jouer avec eux ? Faust représente quoi pour toi ? Que représentes pour toi leurs créations à travers la musique que l’on a appelée de krautrock ?
Nous avons d’abord tourné Ulan Bator et Faust ensemble en France en 1997 avant d’enregistrer Végétale puis, pas vraiment de nouvelles pendant huit ans, chacun sa route, jusqu’au jour ou Jean Hervé Peron et Zappi Diermaier m’ont demandé de les accompagner pour une re-formation suivie d’une tournée anglaise en 2006. J’ai accepté et enregistré avec eux dans la foulée Disconnected, C’est compliqué ainsi qu’une paire de CD live en Angleterre et en Pologne. Faust c’est cette liberté, cet esprit "Art-Errorist", l’anarchie organisée teintée de dadaïsme, une utopie.
Ce que j’aime chez Faust c’est cette approche de la musique qui ressemble plus à une démarche propre à l’art plastique. La musique de Faust au fond ce n’est pas très important. Ce qui compte c’est l’expérience et l’instant présent : Agir pour ne pas regretter de ne pas avoir agi. "Droit devant !" reste le leitmotiv de Jean-Hervé Peron. Le krautrock c’est littéralement le "rock choucroute" dans lequel ont met aujourd’hui tous les groupes allemands depuis Faust jusqu’aux Scorpions. Ce nom a été créé à l’époque par l’industrie du disque en Allemagne pour essayer de donner une réponse au rock de Liverpool qui cartonnait avec les Beatles dans les années 70. Avec Faust ils n’ont pas étés déçus ! Je suis forcé de reconnaitre que Faust c’est aussi le groupe le plus dingue de l’histoire du "Rock".

Comment se passe les répétitions, et l’enregistrement des albums et la préparation des tournées avec eux ?
Lorsque je suis reparti avec Faust en 2006, nous avons beaucoup répété afin de pouvoir jouer aux concerts tous les vieux standards du groupe (Bit of pain, Rainy day, Flashback Caruso, So far, Why don’t you eat carrots?, Sad Skinhead, etc). Ensuite, nous avons commencé à intégrer dans la set-list de plus en plus de pièces improvisées jusqu’à arriver à des concerts entièrement improvisés. Les deux albums Disconnected et C’est compliqué sur lesquels je figure sont eux aussi le fruit d’improvisations en studio à Hambourg. Lorsque je joue avec Faust nous tenons à improviser autour de morceaux existants mais ça change souvent, nous ne respectons absolument rien. C’est ça qui est excitant ! Faust, c’est comparable à une équipe de foot réduite. Si tu as le ballon, tu vas le passer à celui qui va éventuellement marquer. Sur scène c’est un peu ça. Il y a un coté ludique et sportif, on se passe la balle et ça n’arrête pas de bouger dans tous les sens. Du "football anar".

Faust a deux entités. Que penses-tu du Faust d’Irmler et son double album Faust Is Last ?
Ça sonne vraiment bien. C’est le son de Faust, celui auquel on peut s’attendre et c’est un peu ça aussi qui me dérange. Pour moi Faust doit toujours surprendre. Le Faust de Peron-Diermaier prend des risques, recherche, tourne en rond, réussit, se plante, etc. Celui de Irmler en revanche observe, calcule, il est plus stratège. Pas trop de risques, peu de concerts, mais un bon album tous les dix ans. Je préfère bien évidement le Faust avec lequel je collabore, celui qui se "mouille" au risque de ne pas toujours être là ou le public l’attend. Et puis tu sais, Faust c’est comme une grande famille de marins. Je suis plus lié à eux par toutes ces années d’amitiés que par mon rôle de musicien au sein du groupe. Quand tu pars en tournée avec Faust c’est comme partir pêcher en pleine mer agitée. Tu ne sais pas trop comment tu vas revenir.

Tu peux nous présenter l’album de Chaos Physique que tu viens de produire et dans lesquels tu joue aussi ? L’album s’appelle 1975, le nom du groupe est sous titré « The science of chaotic solutions » et la pochette est une peinture d’un artiste hippie inconnue. Bref on aimerait avoir des éclaircissements sur ce magnifique projet sonore. Il y aura des concerts ?
La science des solutions chaotiques. C’est tout simplement un projet monté avec deux amis italiens, Pier Mecca et Diego Vinciarelli (Sexy Rexy), autant passionnés que moi de musiques bizarres, de formations diverses comme Can, Suicide, Silver Apples, Swans, Neu!, Popol Vuh, PIL, Stooges, Chrome, etc. d’où le titre 1975, épicentre de nos influences musicales. Chaos Physique c’est vraiment un héritage Faust. C’est également un jeune projet dans lequel je me sens complètement libre et libéré. Nous n’attendons pas de résultats spécifiques, simplement jouer live ensemble le plus possible et enregistrer un album de la manière la plus spontanée possible tous les deux ans (?) Notre premier album Science of Chaotic Solutions sorti en 2010 est plus organique et sombre que ce dernier. Nous nous connaissions à peine musicalement parlant. C’était presque la première fois que nous jouions ensemble. Avec 1975 nous avons étés très rapides. Trois jours de studio pour composer et enregistrer l’album entier. Nous sommes partis en improvisation totale. Pareil pour la pochette, j’ai tout de suite pensé à cette pierre peinte par un hippie Australien qui était passé chez nous alors que j’étais gamin, en 1975, et qui nous avait laissé ce "trophée" psychédélique. Nous aimerions bien jouer en France mais ne savons pas trop qui pourrait être intéressé par ce projet? Nous avons déjà donné quelques concerts en Allemagne, Norvège, Italie mais en France, uniquement une date à l’Embobineuse de Marseille lors de la sortie du premier opus.

Un des liens avec tes divers projets est le travail du son, et ta passion pour la noise, la no wave. Depuis le début de ta carrière la musique noise, (quelle soit calme ou nerveuse) est une constante dans ton travail. Comment vois-tu l’évolution de la noise depuis la fin des années 80 ? Plus de 20 ans au service du son, quel enseignement en tires-tu ?
Après la no-wave new-yorkaise à la fin des années 70 il y a eu une longue période de creux pour la dite "Noise-Scene" jusqu’au succès de Goo des Sonic Youth et de Surfer Rosa des Pixies qui ont ouvert les portes au mouvement grunge. Pour moi la noise 90’s a existé en réalité grâce à de rares groupes dont la plupart étaient influencés par le mouvement heavy-metal 70‘s. En tous cas c’était le cas des américains. Les anglais eux y ont mis leur background new-wave 80’s et les rares européens sont allés pêcher dans l’indus berlinois et dans la no-wave new-yorkaise. De cette courte période je sauverais aujourd’hui les Jesus Lizard, My Bloody Valentine, Lucrate Milk, Butthole Surfers, Unsane, Les Thugs The Swans, Nirvana (In utero), Rapeman, Deity Guns, Boredoms... Je n’ai jamais vraiment accroché au mouvement grunge. Je m’y suis intéressé mais n’ayant jamais écouté de hard-rock adolescent je trouvais la plupart de ces groupes simplement matchos et vulgaires. Je préférais alors à l’époque réécouter les Stooges, le MC5, Neil Young, Père Ubu, Wire, Gun Club, Birthday Party que je trouvais encore d’actualité. L’énergie de ces groupes est restée intacte et en plus eux avaient leur propre et authentique "sound" ! Je ne pense pas qu'Ulan Bator ait été un groupe "noise" proprement dit. J’ai toujours voulu faire de la musique "bizarre", des morceaux décalés avec un esprit punk. Un truc inclassable et unique. Sur le premier album, quelques titres noise venaient de l’héritage Miss Marvel je le reconnais, mais c’est tout. De nos jours la noise pour moi c’est plus dans l’electro que je la retrouve. Il y a eu un tel progrès et une telle évolution sur le son, sur la pression acoustique et notamment grâce à la techno. Je ne cherche pas à donner un son type lorsque je travaille avec un groupe, que ce soit sur une production ou sur un mixage. Je cherche en revanche le son qui, selon moi, correspond le mieux au groupe. A chaque fois j’ai l’impression de repartir à zéro. Ma culture musicale et mon goût perso peuvent m’aider mais l’expérience du son pas toujours. J’aurais tendance à chercher à convaincre un groupe bruyant de s’adoucir et vice versa. J'ai toujours ce souci permanent d’accentuer et de mettre en évidence les caractéristiques humaines, les "bons" défauts également qui composent un groupe de musiciens. Si t’es gentil, cela ne sert à rien de vouloir sembler méchant avec ta musique.

Un des maitres de la noise est le groupe Sonic Youth et les travaux annexes de ses membres, notamment Lee Ranaldo. Les as-tu déjà abordés pour éventuellement travailler avec eux ? Que penses-tu de leur carrière ?
Je respecte Sonic Youth mais j’ai décroché depuis bien longtemps. J’aurais voulu entendre autre chose après leur album Dirty. Ce n’est pas une déception, c’est juste une perte d’intérêt de ma part. Travailler avec eux ne m’a jamais intéressé. Je préférerais travailler avec Prince. Là oui j’aurais des tonnes de choses à apprendre comment jouer de la guitare par exemple. Je suis persuadé que Sonic Youth est le groupe "rock populaire" contemporain qui a le plus changé nos écoutes, nos oreilles. Grâce à eux, beaucoup d’entre nous peuvent aujourd’hui aller jusqu’à entendre une certaine musicalité dans les bruits qui nous entourent quotidiennement. Ils ont activement contribué à l’abolition du concept de dissonance en la banalisant. C’est dingue mais tellement vrai. J’ai rencontré, il y a très longtemps, Lee Ranaldo de passage à Paris alors que nous jouions avec Miss Marvel ainsi que Sister Iodine et Deity Guns dans un festival organisé sauvagement sur les bords de la Seine. Les Deity Guns partaient d’ailleurs le lendemain à New York pour y enregistrer avec Lee Ranaldo leur deuxième album chez Martin Bisi. Nous avons échangé quelques mots avec Mr. Ranaldo mais à l’époque j’avais vingt ans et j’ai dû simplement lui donner notre cassette démo. Même chose avec Thurston Moore l’année dernière en Espagne où nous avons joué dans un même festival. Je lui ai offert Tohu-Bohu, il avait l’air content. Je n’ai pas trop le tempérament du fan et ne sais pas trop quoi dire dans ce genre de situation.

En 2012 on nous prévoit la fin du monde (également un sujet présent sur le dernier album d’Ulan Bator). Quels sont tes projets pour cette dernière année sur terre ? L’invasion d’une autre planète, d’une autre galaxie pour leur faire découvrir le rock ?
Désolé mais je ne crois pas aux extra-terrestres même si je trouve ce sujet drôle, excitant et toujours une bonne source d’inspiration. Dans la "chanson" Tohu-Bohu je dis : "Fin du monde, incendies... des tas de conneries" je ne crois pas à la fin du monde pour décembre 2012 non plus. Pas dans une Fin décidée ou bien programmée, médiatisée par nous humains en tout cas. Ce serait prétentieux de notre part. Dans Tohu-Bohu, il y a un double jeu entre la pochette du disque, œuvre signée Norbert H. Kox représentant l’apocalypse, et son contenu musical qui l'évoque d’une certaine manière mais sans aller dans ce sens là ni de manière aussi extrême. Je crois que l’objet entier (pochette et musique) traduit aussi une certaine ironie de ma part autour de ce sujet. Je trouve que c’est le bordel mais je préfère lui donner un ton ironique, voire cynique pour arriver à le dépasser. En revanche je crois en la nature et aux changements. Sommes-nous à la fin de quelque chose, au commencent d’autre chose...? Pour des raisons magnétiques, naturelles ou bien cosmiques ? J'aime bien l’idée que ça va changer et en positif. En tous cas je l’espère. Je pars jouer au Mexique avec Faust au mois de mai prochain, j'aurai peut être l’occasion de me pencher un peu plus sur la question Maya. Je vous dirai ça en rentrant !

Un message à rajouter, c’est ici !
Si vous voulez découvrir mon label Acid Cobra ainsi que mes différents projets musicaux, c’est ici :
http://www.acidcobrarecords.com
http://www.chaosphysique.com
http://www.myspace.com/ulanbatorarchive

Chronique de l’album Tohu-Bohu ici :
Chronique de l’album Rodéo Massacre ici :
Chronique de l’album 1975 de Chaos Physique ici :


www.acidcobrarecords.com
www.myspace.com/ulanbatorarchive

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 20/04/2012

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