25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 25/03/2017 à 12:56:51
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Chicken Diamond: Cocorico




Si vous êtes amateur de bon blues rock, taché de punk rock garage, avec Chicken Diamond vous n’allez pas choisir entre l’aile ou la cuisse, vous allez prendre le tout bien cuit, et prêt à être consommé.
Chicken Diamond est un one-man-band qui nous vient non pas du Texas, mais du Nord Est de la France. Je ne sais pas si ce poulet est élevé aux grains sans OGM, toujours est-il que l'animal chante comme s’il allait passer à la casserole. La voix de ce volatile racle à la gorge comme si, à la naissance, il avait bu, non pas du lait mais du bon whisky.


Pourquoi ce nom Chicken Diamond?
Je voulais un nom qui pourrait correspondre à un groupe ou à une personne, sans qu’on puisse vraiment savoir de quoi il s’agit. En fait, Chicken, ça vient de Chicken Head Man, un titre de T-Model Ford. C’est un morceau ultra répétitif, distordu mais qui reste quand même un blues. Pour Diamond, c’est parce que j’ai une gratte avec un (faux) diamant incrusté dans la tête. Et puis ça sonnait pas mal, avec des références aux Black Diamond Heavies ou Diamanda Galas. Quel est ton régime alimentaire et alcoolisé pour avoir cette grosse voix éraillé à la Tom Waits ?
Franchement, je ne bois pas tant que ça ! J’ai tendance à pousser la voix, c’est pour mettre une forme de disto sur les cordes vocales. Je trouve que ça colle mieux à la musique que mon timbre naturel. Mais après quelques concerts, ça devient difficile à tenir !

Pourquoi ce choix de one man band? As-tu aussi joué dans des groupes?
J’avais des groupes quand j’étais lycéen, mais il y a prescription. Je jouais déjà un peu en format one-man band il y a 15 / 20 ans, avec une boite à rythmes. Mais ça n’a pas donné quelque chose de concret. A part quelques larsens. J’ai vraiment repris la musique, il y a 4/5 ans. Au départ, j’ai travaillé avec des boites à rythmes, des séquenceurs, mais avec l’optique de sonner comme un groupe, avec un son un peu vintage / garage-punk. Ce n’est pas une approche fréquente pour les gens qui travaillent avec ce genre de matériel. Ça m’a permis de faire mes morceaux tout seul dans mon coin, comme si j’avais des vrais musiciens avec moi. Pour le live, je suis dans une configuration one-man band plus traditionnelle: j’ai une stomp box bricolée à partir d’une boite de pinard, une cymbale crash. Et un synthé que j’utilise pour faire des sons stridents et désagréables.

Ta musique est blues. As-tu été aux Etats-Unis pour te ressourcer, sentir l’âme du blues?
J’ai déjà eu l’occasion d’aller aux USA, mais pas dans le Mississipi. C’est quelque chose qui pourrait m’intéresser effectivement. Après, le blues a une histoire assez longue, qui n’est pas forcément cantonnée aux Etats-Unis. Je trouve même qu’une de ses caractéristiques est précisément son «itinérance»: Afrique au départ, Amérique du Nord, Blues boom en Angleterre dans les années 60. Tu as pas mal de musiciens qui sont crédibles pour jouer cette musique sans pour autant venir des USA. Mais il faut reconnaitre que les maitres sont toujours venus de là-bas. Pour ce qui concerne la région où je vis (Nord de la Lorraine), c’est clair que les paysages d’usines rouillées peuvent faire un bon clip pour des morceaux de Robert Pete Williams ! Ça n’a jamais été une région touristique, et ça n’est plus vraiment une région industrielle non plus. Donc on ne baigne pas dans une ambiance des plus joyeuses. Mais il y a encore de l’énergie.

Ton album, tu l’as réalisé seul. Tu peux nous raconter comment tu l’as conçu ? Ta méthode de travail ?
J’ai la chance d’avoir une petite pièce libre chez moi, que j’ai aménagé en « studio ». C’est là que j’enregistre. Je le fais plutôt le week end, parce que ce n’est pas vraiment insonorisé. C’est ce qui explique que les séances d’enregistrements soit étalées sur presqu’un an. En général, je commence toujours par un riff de guitare. Après, je vois si ça peut rendre quelque chose avec basse/batterie. Une grosse partie du travail est consacrée à faire sonner la rythmique correctement, c’est-à-dire qu’on puisse penser que ce sont des humains qui jouent. Et avec un son qui corresponde à ce que je veux. Ça implique d’utiliser pas mal de logiciels différents et les réglages peuvent prendre pas mal de temps. J’ai mis plusieurs mois à tout maitriser pour le premier album. Mais maintenant je commence à être habitué. J’enregistre les morceaux au fur et à mesure. Je mets souvent plusieurs pistes de guitares. Je capte le chant en dernier. Pour le mix final, j’essaie de garder une certaine unité entre les morceaux, parce que j’aime bien le concept d’album, l’idée d’un tout.

C’est ton label Beast qui choisit le visuel de tes pochettes de disques. Cela ne te dérange pas de ne pas avoir le contrôle de tes visuels ? Tu as ton mot à dire si tu n’es pas d’accords avec le choix du label ?
Oui, Beast s’occupe des pochettes et j’en suis content. Ce me plait bien d’avoir quelqu’un qui donne son interprétation visuelle des chansons. Mais si j’ai des commentaires je les donne et ils les prennent en compte.

Tu as fait de nombreuses parties. Lesquels t’on le plus marqué ? Et pourquoi ?
J’ai eu l’opportunité d’être programmé avec pas mal de groupes de la scène « blues alternative » qui m’ont beaucoup influencé : Left Lane Cruiser, Black Diamond Heavies, Henry’s Funeral Shoe. Ça m’a vraiment fait plaisir de pouvoir les rencontrer et de voir les concerts de l’intérieur. Pareil pour le groupe touareg Tinariwen que j’écoute depuis longtemps. J’ai aussi eu la chance de faire une battle de one-man bands avec le Reverend Beat-Man l’année dernière. Et c’était assez impressionnant de se retrouver sur scène avec lui !

De quoi parlent tes chansons?
C’est très varié: ça va d’histoires de serial killers à Clifford, le grand chien rouge. Dans l’ensemble, c’est quand même assez sombre et violent: j’aime bien les histoires avec des personnages un peu limite, au bout de quelque chose. C’est en ligne avec la musique. Pour le deuxième album, j’ai fait un effort pour que les textes aient un minimum de sens. Ça n’était pas toujours le cas sur le premier, parce qu’au départ ce n’était pas forcément destiné à être écouté. Mais ma priorité va toujours à la musique, le texte vient ensuite.

Qui sont les chanteurs et groupes que tu préfères et pourquoi ? En France tu te sent proche de quel artiste, quelle scène ?
J’écoute pas mal de style différents (blues, classic rock, garage, punk, jazz…). J’ai un peu de mal à trouver le point commun entre les groupes / musiciens que j’apprécie. Dans le blues j’apprécie surtout le blues du Nord du Mississippi (Fred McDowell, RL Burnside, Junior Kimbrough). Il y a un aspect répétitif/lancinant dans leur musique, mais surtout ils ont des super riffs, très puissants Bien sûr, j’aime beaucoup les productions actuelles de labels comme Alive Records. Ils remettent un coup de jeune dans quelque chose qui peut vite devenir trop respectueux de la tradition. Et j’écoute aussi pas d’autres plus bluesmen plus classiques aussi (Muddy Waters, Howlin Wolf, Louisiana Red…). Concernant le rock, mes références sont du côté du Velvet Underground et des Stooges et de tout ce qui va avec. Donc, on part plutôt vers des trucs assez virulents, orienté punk. En vrac : le Gun Club, Einstürzende Neubauten, The Sonics, The Cramps… Et puis pas mal de classic rock aussi : Rolling Stones, Led Zepelin, Black Sabbath. Dans ce qui tourne en ce moment, j’aime beaucoup Ty Segall. Pour le Jazz, j’écoute John Coltrane, Miles Davis, Albert Ayler, Archie Shepp. En France, j’ai plus tendance à être en contact avec des One-Man Bands : Sheriff Perkins, Tequila Savate, Mysterious Asthmatic Avenger, etc. Et puis les groupes du label Beast aussi : Head On, Dead Horse Problem.

Tu joues souvent dans les bars. C’est le meilleur tremplin pour élaborer son style et pour vivre le contact auprès du public ?
Oui, c’est cool de jouer dans les bars, s’il y a un peu de monde et que les gens ont envie de bouger, ça fait des bonnes soirées. Et tu peux difficilement être plus proche des gens. Tu vois rapidement si tu captes l’attention ou pas ! Mais il faut avoir un peu une mentalité de missionnaire parfois : faut aller chercher les gens, les convaincre. Bon, je joue également dans des salles un peu plus grandes aussi, et il y a des bons côtés: t’as une bonne sono, ce qui évite de t’écorcher la voix ; comme les gens ont payes leur place, ils ont tendance à écouter tout le concert, etc. La plupart du temps, je vais au Merch après le concert, ça permet de discuter un peu avec le public quand même. Alterner les 2 c’est l’idéal.

Chicken Diamond occupe tout ton quotidien ?
Pour m’occuper, ça m’occupe ! Mais ça ne me fait pas vivre. A l’heure actuelle, si j’équilibre les comptes, ça me suffit. J’ai un job à temps plein à côté.

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Photos: Alain Marie

Chronique de l’album II ici



www.chickendiamond.com/
www.facebook.com/ChickenDiamondOMB?filter=1

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 18/03/2013

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