23/07/2017  |  4846 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/07/2017 à 10:37:08
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The Ragnoutaz : 100 pour sang fille

Paris


The Ragnoutaz est un jeune groupe parisien 100% féminin et fier de l’être!
Avec, en poche, un excellent premier album de punk rock/noise, ces riot grrrl de The Ragnoutaz pourraient avoir une belle place sur une compilation du label Sympathy For The Record Industry ou sur Damaged Goods. Leur noise-rock sans chichi tape dur, tout en restant fun et sexy. Z Mohd Farooqi, Bloody Mary et Lady M répondent à nos questions.


Comment vous êtes-vous rencontrées? Qu’est-ce qui vous a motivées pour créer le groupe?
Z Mohd Farooqi: Je connaissais Lady M déjà depuis longtemps car nous jouions ensemble dans les Sixtits, un groupe de rock garage parisien. C'est aussi par ce biais que nous avons rencontré Bloody Mary. Elle nous avait fait jouer dans la cave d'un rade à l'époque. On avait commencé, avec Lady M, à composer des morceaux pour se marrer, sans vraiment vouloir en faire un side-project aux Sixtits. Puis, comme la zik plaisait pas mal à Bloody Mary, elle nous a proposé ses services et nous a rejointes à la gratte. Même si c'est devenu plus sérieux à partir de ce moment-là, la motivation première est restée la même : nous fendre la poire!

Est ce que c’est facile d’être un groupe de filles tendance punk rock dans la jungle parisienne? Ce n’est pas trop du dur de démarcher dans ce milieu plutôt masculin, pour trouver des lieux pour jouer ?
The Ragnoutaz : Faire des concerts à Paris n'est jamais évident (beaucoup de groupes et peu de lieux corrects) mais il est vrai que le côté groupe de filles est assez vendeur. Cela nous permet de nous démarquer des autres groupes. Quant à la scène rock/punk, elle n'est pas plus macho que les autres, la scène punk en elle-même est d'ailleurs assez ouverte. On a déjà eu des remarques machistes mais pas dans cette scène et ce n'était finalement que des cas isolés de sombres crétins.

Vous venez de réaliser votre premier album. Vous l’avez enregistré en une nuit, comme si c’était une jam session. L’urgence est pour vous une nécessité pour créer ?
The Ragnoutaz : Ce n'est pas une nécessité, mais nous faisons confiance à nos premiers jets, nos premières intuitions. Si on a le sentiment que le son d'une compo, d'un enregistrement nous plait, on ne sent pas le besoin de passer plus de temps à le peaufiner. C'est probablement ça qui donne à certaines de nos compos leur côté "rentre dedans", brute et incisif.

Le sang des règles est un élément récurant dans vos chansons, vos visuels. Votre vie est-elle « justement » réglée sur vos périodes de règles ? Quand vous les avez, c’est là que vous êtes au top de votre création, ou au contraire vous êtes au plus bas ?
The Ragnoutaz : Ouais on a la rage 5 jours par mois et c'est là qu'on fait nos meilleures compos !! En revanche faut pas nous gonfler, on se transforme en Valkyries ! Plus sérieusement, dans la vraie vie, on en parle pas mal entre nous, mais qui parmi la gente féminine ne le fait pas?

Vous avez choisi la photo d’un tampon périodique (au lieu d’une photo du groupe) pour illustrer la pochette. C’est pour faire punk, trash ? Un message féministe à travers cette photo ?
The Ragnoutaz : Les règles c'est un de nos sujets "pipi caca" favoris et c'est un beau pied de nez à l'image "fleur bleue" et aseptisée de la femme et de son intimité telle qu'elle est véhiculée par les médias : nos règles sont bleues, on porte toutes des serviettes spéciales strings, il faut qu'il y ait des fleurs dessus parce que, comme on est des filles, les fleurs on adore ça, etc. Il est temps de rétablir la vérité et d'exhiber fièrement les tâches de règles comme on peut exhiber les poils de ses aisselles. Ce n'est donc pas un parti pris "punk/trash" mais de la bonne «marrade». Et comme toujours, si par le biais de l'humour, on peut aussi faire passer un petit message féministe à notre sauce, c'est encore mieux.

A travers votre groupe vous privilégiez le public féminin. Vous chantez en priorité pour elles (sans bien entendu exclure les hommes). Vous rigolez des clichés (femmes au foyer, le ménage, la vaisselle, pom-pom girl, sexe). Quel est votre rôle, votre engagement envers les femmes ?
The Ragnoutaz : Juste un truc, si on parle de ménage, c'est parce que Z (auteur des textes) est totalement maniaque du ménage ! Utiliser les clichés et les tourner en dérision, au delà de nous faire marrer, peut faire marrer autant les femmes que les hommes, hétéros, homos ou entre les deux. Ce n'est pas une démarche féministe en soi. Par ailleurs, beaucoup de nos textes s'adressent autant aux femmes qu'aux hommes, peu importe le thème. Par exemple, I'm On The Rag et Blow Your Load parlent clairement de sexe mais de façon assez paritaire. Néanmoins, les morceaux Meat Market et Get Real sont nettement plus revendicatifs que les autres, et pourraient être considérés comme féministes, mais au fond ils dénoncent des problèmes de sociétés qui peuvent aussi parler aux hommes. En bref, on aimerait que nos textes et notre zik aient une portée universelle.


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Vous faites une musique punk proche de l’esprit riot grrrl. Que représente ce mouvement musical et féministe pour vous ? Qui sont vos modèles, et pourquoi ?
The Ragnoutaz : Le riot grrrl est un style de musique que l'on écoute parmi d'autres mais ce n'est pas la référence première. Plus que le genre "riot grrrl", c'est plus globalement le rock féminin qui nous inspire, ainsi que certaines artistes femmes inclassables. Pour Z, certains groupes et artistes pré riot grrrl sont de réelles influences, comme les Slits, Nina Hagen, Las Vulpess, Vice Squad, The Violators. Bloody Mary est quant à elle, une grande fan de PJ Harvey et Lady M de Tina Turner. Une chanteuse soul mais à l'énergie rock incontestable.

Vous jouez aussi dans d’autres groupes, d’autres projets (notamment avec Juliette Dragon pour Marion). Vous avez besoin de vous diversifier, pour vous sentir encore plus forte dans The Ragnoutaz ? Quelques mots sur vos autres groupes (style, actualité) ?
Z : Je suis batteuse dans French Boutik, groupe pop moderniste aux influences très soixante (soul, british beat), où je m'éclate depuis pas mal d'années et tourne beaucoup en France et à l'étranger. Je joue aussi depuis peu dans Les Protokids, plutôt power pop/garage. La batterie est mon premier instrument et jouer dans ces deux autres groupes en plus des Ragnoutaz me permet de m'exprimer sur différents styles, à des places différentes. Avec les Ragnoutaz, je suis devant en petites tenues, avec French Boutik, en costard planquée derrière la batterie, ça se complète bien.
Bloody Mary : Alors moi à la base, je suis clarinettiste alors j'ai baigné dans le classique et le jazz pendant toute mon enfance. Et puis ado, j'ai découvert le rock et notamment le rock indus, je suis tombée totalement amoureuse. Les machines au sens large, c'est une liberté de création tellement énorme que j'ai tout laissé de côté pour me consacrer à la compo sur mon PC. Et puis bon avec l'âge, on se rend compte que les sons analogiques et les instruments live c'est quand même le top, alors maintenant je combine les deux. Pour moi The Ragnoutaz, c'est une bouffée d'oxygène, on ne se prend pas la tête on s'amuse. Ca me fait énormément de bien. A coté, je joue dans un groupe de rock électro (au chant et à la gratte), et dans un groupe d'électro, rock, indus avec des vidéos tout ça (à la clarinette, gratte et machine) et ça s'appelle Tricksterland.
Lady M : Oui je pense que c'est important d'aller voir ailleurs, personnellement je suis autodidacte c'est comme ça que j'apprends à jouer de mon instrument depuis le début. Ca permet d'avoir un jeu plus ouvert, diversifié. Depuis quelques temps je joue dans Rikkha avec la fatale Juliette Dragon, Seb le Bison et Eric Borelva, un batteur fou. Au niveau du style c'est plutôt garage punk et sur scène avec cette équipe ça déménage pas mal aussi. Notre album devrait sortir pour le mois de mai et sinon notre single Road Movie est sorti en mars dernier.

En 2013, on a beaucoup parlé du « du mariage pour tous ». Qu’en pensez-vous ? Vous voulez vous marier, fonder une famille et avoir beaucoup de beaux enfants ?
Nous sommes pour ! C'est une évidence pour nous, et c'est pour cela que nous regrettons que cette question est faite autant de débat, de manifestation. On est passé bien pour des cons face à d'autres pays européens où la loi est passée depuis longtemps. Sinon, on aimerait bien se marier à trois. On est des valkyries païennes polygames.

Si vous avez des commentaires, messages et humeurs à formuler à nos lecteurs et lectrices de foutraque.com, c’est ici.
Z : Vous pouvez abuser de notre album There Will Be Blood! C'est pas trop mauvais pour la santé, tout ça.
Bloody Mary : Moi j'ai envie de dire, faites du rock ! Mecs, nanas, entre les deux, prenez une gratte, n'importe quoi, et éclatez-vous sur scène, ça fait un bien fou. J'en profite pour dire qu'avec Lady M et deux copines, on a créé une asso, ça s'appelle Crache ! et on essaye à notre niveau de promouvoir le rock. N'hésitez pas à jetez un œil : www.assocrache.org

Chronique de l’albumThere Will Be Blood ici



www.theragnoutaz.com/
www.assocrache.org

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 05/09/2013

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