25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 25/03/2017 à 12:56:51
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EDH : Portée par la machine




EDH sont les initiales d'Emmanuelle de Héricourt. EDH compose avec ses 10 doigts, des petites pépites électroniques assez intimistes, mais avec toujours un petit gimmick bien senti, histoire d'installer ses jolies sonates répétitives dans notre tête. Aussi sa voix monotone, donne un aspect contemplatif du meilleur effet. Le résultat forme une étonnante bulle musicale à base d’électro synth pop des plus lumineuses et pétillantes, qui devrait plaire aux amateurs de New Order, Ladytron et de Stereolab. En parallèle à ses projets solos, EDH réalise aussi des albums avec l’électron libre Hypo. Dans la continuité « couleur synth pop », avec Hypo, EDH vient de réaliser un album intitulé « Xin », un album qui rempli l’espace d’une légèreté dark des plus savoureuses. Tel un robot (non magnétique), on est porté par la machine métallique (aussi souple que le plastique orange) qui fond sous les mélodies pop sans aditifs. On adore !
Emmanuelle répond à nos questions.


Acte 1 : EDH seule et accompagnée

Tu peux, en quelques dates importantes, éléments clés et déterminant, nous raconter ton parcours musical ?
Mon passage à Cologne, en Allemagne a été déterminant. J’y ai habité entre 97 et 99. C’est l’époque ou il y avait une vraie effervescence dans les musiques électroniques, beaucoup de tentatives et de propositions. J’ai débuté à ce moment là, portée par l’enthousiasme général. Portée par la machine !

Tu crées de A à Z (mais sans passer par le X – rire) ta musique et tes textes. Tu peux nous parler de ta façon de travailler. Et à quel moment as-tu besoin d’un regard extérieur pour savoir si tu es sur la bonne route, (ou pas) pour la création des titres ?
Le plus tard possible! J'essaye de coller à mes intuitions. Si je montre mon travail trop tôt, je risque de douter et d'aller dans des directions moins risquées. Quand mes disques sortent ils n’ont pas été écoutés par plus de 4 ou 5 personnes.

Ta musique est à la fois intimiste et dansante. C’est lier à ta personnalité ?
Sans aucun doute.

Tu peux nous raconter comment s’est construit ton album Yaviz, et pourquoi ce titre, avec une typo où les lettres sont en feu ?
Les lettres en feu évoquent pas mal de chose. J’aime bien. C’est ludique. Le titre, je cherche encore ce qu'il peut bien signifier. Quand à l’album… là, c'est un long cheminement. Il y a beaucoup de tentatives et d’histoires derrière tout ca. Je ne construis pas mes albums de manière linéaire.


Tu peux aussi nous parler du choix de la pochette, ce jeu avec ton œil est-il justement un clin d’œil au Chien Andalou de Louis Buñuel?
Non, mais on m'y a fait penser dernièrement. Ce film, je l'ai vu pour la première fois, petite fille, lors d'une expo sur le surréalisme à Beaubourg. J'en ai fait pas mal de cauchemars. Mais ce n’est pas lié. Là, il s'agit d’affirmer ma présence avec un recul sur mon image. Une mise en avant de ma personne mais pas une mise en valeur. Je trouve que cette pochette fonctionne assez bien avec le disque.

Dans le visuel de tes disques, on trouve pas mal d’animaux. La raison ? Tu les préfère aux humains ?
Non, j'aime assez la compagnie des humains. Les animaux ont plus une signification totem. Ils véhiculent des symboles et une présence mystérieuse.

Ta musique sonne électro pop. On pense à New Order/Kraftwerk et Ladytron. Quels sont les artistes/groupes et styles musicaux qui te plaise et qui t’on donnée envie de composer de la musique ? Pour toi, quels ont été les disques déterminant et les concerts qui t’on remuée ?
Ce qui me donne envie de faire de la musique, ce n'est pas la musique. J'ai beaucoup d'influence, mais en même temps j'essaie de m'en dégager et de puiser mon inspiration ailleurs. Et surtout de faire quelque chose de singulier. Mais j’ai été profondément touchée par beaucoup de chose. J’ai envie de citer ESG, Jah Wobble, Kraftwerk, Disco Inferno, Cure, DAF, Daniel Johnston…C’est un début de liste.

@ Bénédicte Jacqueline

En concert EDH est un trio féminin. Du coup ta musique est plus dansante et moins lo-fi que sur disque. C’est pour donner une autre dimension à ta musique ? Tu peux nous parler de ton approche au live ? Le format solo avec un ordinateur portable est-il pour toi une anti prestation scénique ?
Je ne suis pas contre les live au lap top. C’est une approche possible. Mais personnellement ca ne m’intéresse pas. Je veux saisir l’occasion de décharger ma musique, physiquement. Etre accompagnée c'est beaucoup plus intéressant, ca donne une seconde vie à ces morceaux que j’ai composé seule. Sur scène, nous commençons également à mélanger quelques compositions communes. Je suis très contente de mon association avec Elmapi et Renka. Je pense qu'on dégage quelque chose de vraiment intéressant sur scène.

@ Paskal Larsen


Acte 2 : EDH & Hypo

@ Bénédicte Jacqueline

Comment as-tu découvert Hypo ? Votre première rencontre, c’était à quelle occasion?
Ca fait vraiment longtemps qu'on se connait. Nous avons commencé quelques collaborations sur ses albums et il m'a fait rencontrer mon premier label au Japon. C'était en 2002. A Cette époque, Anthony me tirait de mon isolement.

Qu’est ce qui t’a plus dans son travail artistique ?
Hypo est un artiste complexe. Plein de contradictions. Il utilise des formes profondes avec beaucoup d'humour. Il maltraite brillamment la musique. C'est sa forme de révolte. J'ai toujours adhéré.

Six années séparent le précédent album avec le nouveau nommé Xin (sortie en septembre 2013). Il fallait 6 ans de réflexion pour faire un accouchement sans douleur ?
Nous avons l'un et l'autre travaillé sur nos projets solos respectifs avant de retravailler ensemble. L'accouchement n'était pas sans douleur. Nous avons beaucoup parlé pendant la composition de l'album. Nous voulions bousculer les évidences, et provoquer des situations musicales nouvelles pour nous. Ce qui demande beaucoup de remises en questions et pas mal de prises de risque.

Comment avez-vous travaillez ensemble pour construire XIN? Qui a apporté quoi ?
C'est une collaboration à tous les niveaux. La plupart du temps nous nous échangions des ébauches de morceaux qui devenaient au fur et à mesure de plus en plus élaborées. Parfois nous improvisions ensemble. Nous n'avons aucun rôle défini dans la production. Nous nous retrouvions aussi bien dans les partis rythmiques, mélodiques que dans le mixage.

A quel moment avez-vous su que l’album était achevé ? Qu’est ce qui vous satisfait le plus dans l’album ?
Nous avons commencé à entrevoir la fin du disque quand nous commencions à clairement discerner une couleur générale. Quand on démarre la conception d'un album, on ne sait pas trop ou on va. On sait ce qu'on ne veut pas. Les envies que nous projetions au départ sont vite balayées. Et c'est bien l’intérêt de ce type de travail. On recherche quelque chose que l'on n’a pas encore trouvé. Quand le projet prend corps, que les morceaux commencent à s'articuler entre eux et qu'on commence à comprendre qu'il se passe, on peut commencer à discerner la forme finale que prendra le disque. Nous sommes extrêmement satisfais de ce disque. D'un bout à l'autre.

@ Catherine Alves

L’album est composé de 12 titres. Comment avez-vous choisi l’ordre ? Le vinyle est composé d’une face A et d’une face B. Pour passer d’une face à l’autre il faut retourner le vinyle. Vous avez tenu compte de ce critère pour l’ordre des titres ?
Nous avons choisit l'ordre en conséquence. Le plaisir de sortir un vinyle vient aussi du plaisir d'avoir ces deux faces et de pouvoir composer l'ordre des morceaux en fonction.

Tous comme tes albums solo, la couleur de Xin est très électro pop new wave (Gary Newman, Anne Clark, OMD). Comment ce style s’est imposé à vous ?
Le style ne s'est pas imposé à nous. Ca fait un certain nombre d'année que nous composons. Les groupes que tu cites font partie des choses que nous avons écoutées. Nous avons une certaine prédilection pour les sons synthétiques issus de la new wave, synth wave, mais nous puisons dans pas mal de registres différents. Cet album est parsemé d'élément plus acoustique et d'objet plus ou moins identifiable.


Tu peux nous parler de la photo de la pochette. Tu voulais présenter ton chat au public ?
Cette image est un autoportrait de l'artiste Xavier Gautier. C'est une photomaton. Elle fait partit d'une série. Elle évoque un homme/femme/enfant. Nous aimions beaucoup cette image qui semblait convenir parfaitement à l'album. L’ambiguïté des genres.

Tu es sur le label Lentonia. Elise Pierre du label joue aussi en concert avec toi. Tu peux nous parler de sa (ta) collaboration avec elle? Vous partagez la même vision de la musique ? Son label artisanal correspond à ta musique lo-fi/home studio ?
Elise et moi dirigeons le label ensemble. Ca va bientôt faire 4 ans que nous nous suivons. Même si au départ nous avions des aspirations un peu différentes, à force de travailler ensemble, de mixer ensemble aussi, nous nous sommes plutôt rapprochées dans notre démarche. Quand au label, il n’est plus si artisanal que ca. Nous sommes distribué en Europe et aux Etats Unis et ma musique n’est pas si lo-fi non plus. Enfin tous dépend de ce que l’on entend par lo-fi. Je ne suis plus très sure de comprendre ce terme.

Une des caractéristiques de Lentonia Records est de produire des artistes féminins. Cette démarche te plait? Tu penses qu’en 2013, la femme a encore du mal à se faire entendre dans « l’industrie » musicale ?
Les compositrices, surtout dans le domaine des musiques électroniques, restent minoritaires. Je trouve plus intéressant de travailler pour les minorités.

Arrives-tu à vivre de ta musique ? Si c’est non, quels sont tes autres activités ?
Non, c’est impossible. Et en qualité de label manager, les quelques revenu que je tire de la musique sont réinvesti dans le label. Donc je ne vis de rien et mon temps est occupé à cent pour cent.

Quel serait ton message d’encouragement pour nos lectrices qui hésitent à se lancer dans la musique ?
Homme, femme, animal, je les encourage tous à faire de la musique.

EDH & Hypo sont en tournée :

09 novembre - Hypo & EDH @ Lexington, Londres
14 novembre - Hypo & EDH @ Point Ephémère
23 novembre - Hypo & EDH @ Le Mans
30 novembre - Hypo & EDH @ Lieu Unique, Nantes

Chronique de l’album Yaviz ici
Chronique de l’album Prédature ici



lentonia.com/
lentoniarecords.bandcamp.com/album/xin

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 28/10/2013

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