19/01/2018  |  4932 chroniques, 163 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 16/01/2018 à 15:07:01
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Maud Geffray : Créatrice de musiques polaires et sensorielles

Paris


Alors qu’un nouvel album de Scratch Massive est en route, Maud Geffray a trouvé le temps d’aller en Laponie composer un album en solo nommé « Polaar ». Et vous savez quoi ? C’est une pure merveille sonore !
Ce disque fait partie du projet du film « Kaamos », réalisé par Jamie Harley. Ensemble, ils sont allés en Laponie où ils ont vécu deux mois avec les habitants de Rovaniemi. Six morceaux ont été écrits pour le film, complétés par six autres morceaux pour l’album « Polaar » (polaire en norvégien). Dans la bio du disque, Maud dit : « Ce que je recherchais, c’est un sentiment d’espace ». Objectif atteint ! Dans Polaar, la sensation d’espace est omniprésente. Un seul mot vient à l’esprit : MAGNIFIQUE.
Maud répond à nos questions polaires. C’était au printemps dernier.


Ton album Polaar est le fruit de ton voyage en Laponie. Tu peux nous raconter en quelques mots ce que t’a apporté ce voyage, tant au niveau personnel que pour ton travail d’artiste ?
Ce voyage m’a énormément apporté. Déjà, pour l’inspiration, il m’a permis d’introduire dans ma musique un paquet d’émotions découvertes sur place, et tout un tas de sensations liées à ce voyage peu banal dans l’immensité des paysages lapons. Inspiration sensorielle, visuelle, et humaine bien sûr. Nous étions là-bas en plein hiver, pendant les mois où le soleil ne se lève quasiment pas. Il faisait nuit noire 22h sur 24, un froid approchant les -20 degrés, des aurores boréales qui fleurissaient dans la nuit, c’était assez incroyable. On est partis à 3 personnes : le réalisateur Jamie Harley, son assistant Jeremy Barrois et moi, c’était donc une aventure entre nous. Et puis une aventure avec tous les gens qu’on a rencontré sur place, par le biais des écoles de danse dans la ville de Rovaniemi, ce qui était notre fil conducteur dans cette aventure singulière.

Le fait qu’en Laponie il fasse nuit en permanence, cela procure quoi comme sensation mentale ?
Il peut y avoir un côté parfois anxiogène comme on peut l'imaginer, mais j’ai été surprise par la sensation étrangement rassurante d’être enveloppée dans un cocon, quelque chose d’assez doux. Ça peut paraître étrange, mais j’ai presque trouvé cela réconfortant. Il fait nuit noire, les bruits sont absorbés par la neige et il fait entre -10 et -20 degrés, du coup on vit très près des autres humains. Il y a beaucoup de proximité et de chaleur humaine, les maisons sont très décorées, accueillantes, il se profile une vie très cloisonnée et chaleureuse à la fois. La nuit a aussi quelque chose de chaleureux, d’enveloppant que j’ai toujours aimé.

Ton album a été fait en deux temps. Les premiers titres pour le film Kaamos, puis d’autres titres qui forment au final l’album Polaar. Tu pensais au départ faire un album, ou juste faire une BO pour le film ?
J’envisageais en premier lieu une BO pour notre film musical. Ensuite Arthur Peschaud du label Pan European m’a proposé de sortir de sortir la BO sur disque. C’est là que j’ai eu envie de retravailler cette BO dans un format plus pop, en m’inspirant des thèmes de la BO pour en construire de vraies chansons ou des morceaux plus structurés, plus pop en un sens.

Dans le titre Polaar, on a l’impression d’entendre quelques petites notes de The Last Time/Bitter Sweet Symphony de The Andrew Oldham Orchestra et sur le titre Standing By My Door quelques accords d’A Forest des Cure. Tu es d’accord ? Si oui, c’est (in)conscient ?
Sur Polaar, j’ai totalement pensé à The Last Time/Bitter Sweet Symphony, mais après avoir fini le track, j’ai d’abord flippé et réécouté le track. Dieu merci ses accords et mélodies n’ont absolument aucun rapport avec Polaar, il y a juste un violon mis en avant, mais vraiment pas de rapport mélodique, ouf ! Sur Standing by My Door en revanche, c’est totalement un clin d’œil conscient à The Cure et à A Forest, la mélodie n’est pas la même, le mood l’est totalement par contre.

Dans la bio au sujet du disque, tu dis que tu « recherchais un sentiment d’espace ». C’est réussi ! Tu peux nous en dire plus sur cette recherche/objectif ?
De façon générale, j’aime la musique assez intense, la musique qui marque. Plutôt sombre que légère en somme. J’aime bien créer des tapis darks et y insérer des rayons de lumières, être en tension de fond avec au-dessus des mélodies plus apaisantes. Je crois que je recherche le contraste entre « deepness » et sentiment d’espoir, quelque chose comme ça.

Ce travail qui a abouti à Polaar va-t-il avoir des retombées sur le prochain album de Scratch Massive ? Tu peux nous dire un mot sur ce prochain album ?
Le prochain album de Scratch Massive est déjà démarré. Je pars à L.A. cet été pour le terminer. Il est possible que cela m’influence pour le prochain Scratch Massive, mais l’un nourrit l’autre, et L.A. nourrit ce même sentiment d’espace. Je pense que cela rejaillit d’une façon ou d’une autre.

Que pense Sébastien Chenut de tes escapades en solo ? Tu lui fais écouter tes œuvres solos avant parution ?
Oui, je lui fais tout écouter, il est ravi, nous n’avons pas de rapport de compétition l’un envers l’autre. Nous sommes très attentifs au travail de l’un et l’autre, j’écoute ses conseils comme il écoute les miens. C’est une belle soupape de se permettre de développer des choses personnellement en dehors de Scratch Massive. Mon travail en mon nom m’apporte beaucoup de sérénité, de confiance en moi, et me met encore plus d’attaque pour toute sorte de projets, y compris dans Scratch Massive.

Tu es je pense, plutôt une fille « urbaine » et de la nuit de par ton métier de DJ. Si ton album Polaar avait été créé à Paris, quel en aurait été les différences majeures ?
Il aurait peut-être été plus angoissant. En fait Paris manque sans doute d’espace, j’y vis beaucoup mieux depuis que je me suis excentrée dans le 19ème arrt. J’ai un appartement au 7ème étage avec une vue sublime. Je trouve que c’est un luxe d’avoir cette vue de mon studio/ chez moi. J’en avais marre de travailler dans le centre de Paris dans un studio sans fenêtre, noir, un peu étouffant. Cela doit jouer sur le mood de ce que j’y produits.

Tu vis à Paris, mais tu as aussi un pied à terre à Los Angeles (le studio). Que t’apporte cette ville ? La différence de mentalité entre Los Angeles et Paris ? Tu vas souvent à Los Angeles ?
Oui, je m’y rends souvent, c’est beaucoup plus détendu qu’à Paris. Il y a un vrai rapport à la nature dans les quartiers où je vis là-bas (vers Silver Lake et Los Feliz). J’adore y passer quelques mois par an. On a un studio avec une vue sur la montagne, c’est peut-être ce qui m’a fait prendre conscience que j’avais besoin de ça aussi à Paris. Je vis beaucoup mieux à Paris depuis que je me suis excentrée dans le 19ème. Je suis toujours ravie de retrouver la France et Paris. Au bout d’un moment, les gens à L.A. me rendent dingue, la ville n’est pas assez peuplée, trop étendue et elle manque de ce côté urbain qui crée les hasards des rencontres à Paris.

Tu attaches une place importante aux vidéos qui illustrent tes morceaux. Que représentent l’image et la mise en scène pour toi ?
Oui j’attache une place importante aux images qui accompagnent mes projets, tout cela marche avec l’imaginaire, c’est cela qui m’intéresse, que les gens entrent dans un monde un peu global. Je ne travaille pas au hasard avec les gens sur mes clips, mes pochettes de disques. Ce sont des rencontres humaines, des rencontres artistiques, on échange beaucoup avant qu’ils puisent dans leurs visuels, mais après, une fois que les jalons sont posés, je les laisse hyper libres sur leur création. J’aime aussi être surprise par eux, il y a un vrai amusement dans tout ça.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire de la musique ? Tes disques culte et les meilleurs concerts/soirées que tu as vécu ?
Mon premier concert c’était les Pixies quand j’étais ado, c’était absolument fabuleux. The Cure en concert, c’est aussi incroyable. Et puis les disques, les lives : Autechre, Aphex Twin, Boards of Canada, toute la scène de Madchester, mais aussi les minimalistes américains, Philip Glass, Laurie Anderson, j’ai toujours dévoré beaucoup de musique ! Tout cela m’a donné envie de faire de la musique très tôt.

Chronique de l’album Polaar ici



fr-fr.facebook.com/maudgeffray75/
www.youtube.com/watch?v=HkX_jR00JGU

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 20/12/2017

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