15/08/2018  |  5033 chroniques, 165 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 09/08/2018 à 11:02:10
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The Soap Opera : Pop lumineuse




The Soap Opera est un jeune groupe rennais qui compose une musique noisy pop classieuse avec des mélodies veloutées à fredonner dès le réveil.
Après avoir sorti en 2015 un magnifique EP 8 titres (format 25 cm et K7), « Ready To Hatch », est leur premier album avec 11 perles pop qui brillent de tous leurs éclats. Les mélodies sont implacables, les voix et les riffs des instruments sonnent divinement bien. Si vous êtes fan, non pas de « soap opera » mais de pop indé style The Wake, The Chills, Close Lobsters, Joseph K, vous allez être sous le charme de ce groupe rennais. Valentin (guitare/chant) aidé de Xavier (batterie) répondent à nos questions.


Vous pouvez nous raconter la genèse/création du groupe ? Comment vous êtes vous rencontré ? Vous vous connaissez depuis l’école ?
Valentin : On n'a pas grandi dans les mêmes villes, donc si tu parles de l'école primaire c’est non. On ne se connait pas depuis si longtemps. En fait, quitte à ne pas être très original, on s'est rencontré comme à peu près tout le monde, par l'entremise d'amis communs, en l'occurrence à l'époque où l'on faisait nos études à Rennes. Nous ne suivions pas les mêmes cursus, mais le fait d'appartenir grosso modo à la même tranche d'âge et d'avoir un mode de vie très similaire (écouter des disques en bouffant des pizzas pendant la journée, aller voir des concerts en buvant des bières le soir) voulait que nous étions fatalement amenés à nous croiser un jour ou l'autre, puis à nous recroiser, jusqu'au moment où entamer la conversation était devenue difficilement évitable, sans pour cela recourir à des trésors de goujaterie. Et plutôt que de disserter sur le sens de la vie ou le concept de concupiscence chez Saint-Augustin (des domaines où nous avons encore quelques lacunes béantes), le plus simple et le plus pratique pour des quiches comme nous était encore de parler des groupes qu'on aimait, et éventuellement de ceux qu'on pouvait faire ensemble. Tous les quatre (et avec d'autres gens aussi), on s'est donc amusé à monter des groupes en boucle pendant plus ou moins dix ans, ce qui a donné à la ville de Rennes sa réputation de vivier consanguin du rock. Mais je crois que c’est partout pareil dans les villes de moins d’un million d’habitants. Certains de ces groupes se sont doucement éteints sans esclandre, d'autres ont explosé en plein vol, d'autres encore macèrent dans des eaux croupissantes imparfaitement localisées. Et d'autres enfin peuvent toujours être aperçus dans des salles de concerts, jouant crânant leur chance. The Soap Opera fait partie de cette dernière catégorie (pour l'instant, mais bien sûr tout état est transitoire).

Avant The Soap Opera vous avez joué dans d’autres groupes ? Si oui, les noms et styles musicaux de ces groupes ?
Alors oui, dans les plus anciens il y avait Sudden Death Of Stars (qui lorgnait du côté du Brian Jonestown Massacre et du Velvet, ce genre de trucs) et Betty Ford Clinic (plus powerpop punk). Ce sont les deux groupes auxquels on est le plus souvent associés encore aujourd'hui à cause de leur longévité et de leur discographie. Mais entre-temps il nous est arrivé de faire d'autres trucs, de la blue-eyed soul dans les Spadassins par exemple, ou bien de l'électro dans Splash Wave ou Doctrine. Manifestement on a un peu de mal à se concentrer sur un genre précis, on bouffe à tous les râteliers. Il faut croire que, comme nous sommes à peu près dépourvus d'une formation musicale académique, il n'y a aucun genre que l'on a appris à maîtriser à fond, et qui serait en quelque sorte notre champ d'expertise, alors en conséquence on a décidé de faire un peu de tout, mais n'importe comment, en apprenant sur le tas.

Quand on entend le style de votre musique, on pense aux groupes anglais de la compilation culte NMEC86. Vous connaissez cette compile ?
Oui on la connait. Perso j’y suis venu après avoir découvert le label Sarah Records, qui a commencé un peu après la sortie de cette compile, donc je n’ai pas fait dans le bon ordre, mais de toute façon c’était vers 2008/2010, donc on s’en moque puisque j’avais déjà plus de 20 ans de « retard » ! Pour notre défense, le plus âgé d’entre nous avait 6 ans lors de la sortie, et le plus jeune n’était pas encore né ! C’est marrant mais pour moi les deux groupes les plus importants de cette compile le sont pour des type de rock un peu différents que la C86. Primal Scream par exemple, si j’adore Velocity Girl (j’y retrouve le goût de Pierre-Marie pour les formats très courts !) eh bien je suis bien plus marqué par les trucs dance / baggy de Screamadelica et par Xtrmntr aussi. Et pour McCarthy, c’est qu’il y a Stereolab derrière, j’ai d’abord découvert Stereolab, via Broadcast que j’écoutais à fond, et c’est après qu’un pote m’a parlé du boulot de Tim Gane avant et donc de McCarthy. C’est normal en fait, tu écoutes des groupes déjà indés, pas connus de tout le monde, donc tu ne peux pas tomber sur leurs débuts, qui sont par la force des choses encore plus underground, de manière improvisée. C’est une sorte de recherche constante, on lit des choses, on en écoute, des amis te passent des trucs, avant c’était des K7, CD, maintenant c’est des liens YouTube.

Votre premier album a un magnifique son « ligne claire » et cristalline. Au dos de la pochette, je constate qu’il a été composé chez vous « at home ». C’est comment chez vous pour être aussi inspiré et cela s’est passé dans quelle(s) pièce(s), pour que vous obteniez ce son pop aussi mélodique et raffiné ?
On ne s'est jamais dit « Bon, pour cet album il faut à tout prix qu'on réussisse à obtenir un son clair et cristallin ». On a simplement joué les chansons comme on pensait qu'elles devaient être jouées, et c'est les gens qui ensuite trouvent ça « cristallin », mais c'est simplement parce qu'ils trouvent ça davantage cristallin que d'autres groupes qu'ils écoutent par ailleurs. D'ailleurs ce son clair vient surtout de l'enregistrement et des effets utilisés, du réglage des amplis, des micros, etc. Pas tellement de la façon de composer. Cela dit, à mon avis, enfin je ne sais pas comment les autres groupes font pour écrire des chansons, mais j'ai l'impression qu'ils s'aident plus volontiers de guitares électriques et de trucs comme ça, pour avoir un gros son dès l'écriture. En gros ils veulent déjà réunir les « conditions concert » dans lesquelles la future chanson va être jouée. Ils cherchent des riffs qui tachent, ils ont déjà en tête une batterie sous amphète pour soutenir tout ça, parce que c'est l'énergie qui est la quintessence même et la raison d'être de la musique qu'ils veulent faire. Mais de notre côté, comme on est un peu des chiffes molles, on ne peut pas trop se reposer là-dessus, alors on essaie de faire en sorte que la chanson « marche » même réduite à un squelette : une voix à poil accompagnée par une guitare en bois jouée sur un lit, sans trop d'artifices ou d'effets de manche. Si cette version fonctionne déjà, on sait que ça risque d'être encore mieux une fois tout le groupe réuni et avec une bonne reverb pour lisser tout ça (sauf exception, pour des trucs très calmes qui ont justement besoin d'un dépouillement extrême). Mais on se souvient de cette première version sur le lit, c'est pourquoi on essaie de ne pas trop l'étouffer sous une couche de guitares surgonflées et complètement hors-de-propos pour ce genre de musique. Et puis en général on aime utiliser des accords bien riches, avec plein de notes. Or pour que ce genre de truc reste intelligible, il faut un son très clair, sinon ça devient de la bouillie. L'overdrive c'est bien quant tu enchaînes les power chords, mais c'est rare qu'on joue comme ça. On pourrait essayer pour voir, remarque. Et en plus ça laisse plein de places pour remplir avec des chœurs et des arrangements ensuite, ce qui est plus difficile quand les instruments de base sont déjà ultra-denses et « bouffent » tout le spectre sonore. Pour ce qui est du « raffinement » que tu dis avoir trouvé dans le disque, je suppose que c'est plutôt une question d’idées de tempérament, et de remplissage des espaces justement, puisqu'on n'a pas encore inventé de pédale d'effet pour ça !

Sur l’album, il y a le titre « Humanatee », avec son riff exotica qui tranche avec les autres titres orientés noisy pop. Vous pouvez nous raconter la naissance (sans douleur ?) de ce morceau ? Vous aviez des influences en tête ? Il est notamment écrit par Goulwen Ory de SDOS.
Il est complètement écrit par Goulwen Ory, en fait. Ce qui fait qu'on n'aura pas grand chose à raconter sur sa naissance, mais on sait tout de même que ce morceau a semble-t-il été écrit avant les séparation de Sudden Death of Stars, Goulwen le considérait trop pop et « surfisant » pour le groupe alors il l’a proposé à des copains, dont nous. Les autres l’ont refusé, ce qui nous a évidemment convaincu qu'il était fait pour nous.

C’est quoi pour vous une chanson pop réussie ? Et une chanson pop ratée et horrible ?
Une chanson pop réussie, en gros c'est un truc qu'on peut chanter sous la douche, pour verser dans le cliché, ou, pour être plus exact en ce qui nous concerne, qu'on peut chanter sur un vélo en rase campagne. Ça peut sembler très bête, mais si vous pouvez recréer une chanson dans un salle de bain (et même des fois sans en connaître les paroles) c'est qu'il s'y passe quelque chose de bien : une « trouvaille » qui persiste alors qu'on a retiré à la chanson toutes ses parures, toute son orchestration (ce qu'on appelle couramment sa « prod »). Une bonne chanson pop c'est un truc qui est capable de séduire immédiatement et pour longtemps. Souvent on entend des chansons qui s'acquittent de la première moitié de l'équation, mais sans aller jusqu'à la seconde. Ça résume plus ou moins toute la pop commerciale actuelle. Et même dans des styles qui auraient un rayonnement plus confidentiel, il y a des groupes qui sont très forts en enregistrement, qui ont un matos pas croyable et qui ont suffisamment d'expérience ou de fric pour déployer une prod complètement ouf, avec un son énorme qui charme immédiatement les oreilles, parce qu'on y retrouve des instruments qu'on adore, des sonorités rétro qui nous parlent, etc. Sauf que derrière c'est complètement vide, il n'y a aucun événement musical qu'on peut abstraire de toutes ces ornementations, lesquelles servent justement à cacher le néant sous des dorures. Et dans ces cas-là, pendant l'écoute, on est aux anges évidemment, mais ensuite on peine à se rappeler ne serait-ce que la mélodie de voix, ou même un riff qui nous aurait marqué. Au début de leur carrière les Beatles enregistraient n'importe comment : techniquement ça tient la route, mais bon c'était fait en cinq minutes, il y avait zéro effort d'arrangement, mis à part un ou deux solos de Harrison de temps à autres. Toujours est-il que l'inventivité mélodique était déjà là. Ce petit truc magique et insaisissable, ce tressaillement que l'on recherche encore aujourd'hui quand on pousse quelques vocalises en grattouillant nos guitares au hasard et que tout à coup on se dit « hey c'est pas mal, ça ». Un truc que l'on risque de chercher encore longtemps, en vain le plus souvent (mais pas tout le temps non plus, j'espère). La musique c'est pas de la pâtisserie : vous aurez beau respecter les proportions à la lettre en copiant ce qui a déjà été fait, ça sera quand même dégueu si vous ne prenez pas le temps ni la peine de goûter vous-mêmes à chaque étape, en essayant patiemment de trouver ce qui peut améliorer le goût pour aboutir à quelque chose qui tient la route, au terme d'une longue série d'expérimentations. Il faut donc être patient, comme nous, ou bien juste être un génie comme Lennon et McCartney. C'est ce qui fait de leur répertoire l'un les plus agréables et jouissifs à chanter, que ce soit sous la douche ou bien sur scène, en dépit de l'exemple désastreux donné par les légions de groupes « hommage » aux Beatles qui semblent n'avoir rien compris à leur musique puisque précisément ils sont obsédés par le décorum et le matos du groupe, jusqu'à arborer perruques et faux nez. De quoi on parlait déjà ?
Ah oui. Et donc si, comme nous, vous n'êtes pas un petit génie de la musique et que vous ne pouvez pas pondre un tube d'un simple claquement de doigts (drôle de pondaison d'ailleurs, entre le pouce et le majeur...) alors vous pouvez opter pour l'autre méthode, la nôtre : laborieuse, à base d'obstination et de beaucoup de ratages. C'est moins sexy que l'inspiration tombée du ciel, mais ça donne tout de même quelques résultats intéressants. Alors ce n’est pas une science) exacte, certes, mais il y a quelques petites formules à partir desquelles vous pouvez arriver à construire une chanson pop parfaite en kit (en théorie). Mozart dit qu'il faut toujours qu'un motif mélodique soit entendu au moins deux fois pour qu'il fasse son petit effet, et qu'ensuite il faut introduire une variation à la troisième répétition. Perso je suis encore plus intraitable, et pour que l'auditeur ne soit jamais lassé, ces derniers temps je m'amuse à appliquer certains principes mathématiques rigides, plus ou moins arbitraires et plus ou moins aléatoirement établis pour faire en sorte qu'il y ait tout le temps une impression de nouveauté, toujours un élément de surprise dans la façon dont le morceau évolue. Par exemple, si la première phrase est composée de quatre notes, la deuxième devrait en comporter moins de trois, ou bien plus de cinq (si possible). Ou encore, si la première phrase de la mélodie intervient sur les deux premiers temps de la première mesure, alors les deux premiers temps de la deuxième mesure devront être laissés vides. Si la première phrase est très monocorde, alors la deuxième devra au contraire être articulée autour d'intervalles bien spacieux. Les combinaisons sont pratiquement infinies entre ces différentes formules, le tout étant de casser la routine avant qu'elle ne s'installe. Bon, évidemment, là, dit comme ça, j'ai l'air d'un gros maniaque avec mes équations magiques (et d'ailleurs c'est plus ou moins ce que je suis), mais évidemment je ne m'y fie pas aveuglément, puisqu'en fait la plupart du temps elles ne fonctionnent pas vraiment. Mais toujours est-il que ce sont de bons axes de réflexion quand on se demande quoi faire sur une chanson, des contraintes qui aident à penser en quelque sorte, comme les jeux de l'OuLiPo. Enfin bon, au risque de frapper de nullité tout ce que je viens de dire, il faut préciser que cette méthode repose sur le fragile postulat que les gens aiment bien entendre des choses qu'ils n'ont pas entendues précédemment, ce qui reste entièrement à prouver.

Vu le son que vous avez, vous pouvez nous parler de vos instruments et du matos que vous utilisez ? C’est du matos vintage trouvé chez Le Bon Coin ou E-Bay ?
Xavier : Me concernant : batterie vintage Beverley (Angleterre, milieu des années 60) un peu « rafistolée », achetée au batteur des Spadassins et un modèle très connu de synthé analogique des année 80, (Roland Juno 106), acheté à un musicien rennais également (Aïwa, groupe électro-dub / rap oriental). C’est vrai que mis à part les cordes et les baguettes et peut-être des pédales du genre accordeur ou disto, on achète très peu de matériel neuf en magasin, on n’est pas forcément fanatique de matériel comme le sont certains copains rennais, notamment guitaristes, mais quand on veut trouver quelque chose on a plus le réflexe d’aller regarder sur Le Bon Coin que de visiter les rares boutiques de musiques à Rennes ou les sites des gros magasins en ligne.
Valentin : Pour ma part je ne suis pas un fanatique du matos donc j'en possède très peu. Dans ce groupe je joue sur une guitare Calif (en fait une guitare d'usine « dégriffée » des années 60 sur laquelle les magasins de musique pouvaient rajouter la marque qu'ils voulaient) que j'ai rachetée à un pote pour une bouchée de pain, et pour tout dire c'est ce prix modique qui m'a séduit, presque autant que le son des micros. Ce receleur l'avait d'ailleurs précédemment achetée à un autre camarade musicien, qui lui-même l'avait trouvée quelques années plus tôt sur Le Bon Coin, il me semble. J'ai attendu d'être en bout de chaîne pour l'avoir au prix le plus bas, car fort heureusement ce n'est pas une guitare cotée dont le prix s'envole au fur et à mesure, contrairement à la plupart des instruments vintage.

A ce jour quelle est votre popularité sur Rennes et dans la région Bretagne-Pays de la Loire ?
Bonne question ! On attend les résultats des derniers sondages IPSOS pour savoir à combien s'élève notre côte de confiance auprès de la population ! Ben non mais sans blague on en sait rien ! Le groupe reste encore plutôt confidentiel je dirais, puisqu'il y a de ça un mois, un organisateur de concerts rennais, que je croise depuis des années en divers événements, m'a appris qu'il venait de découvrir l'existence de ce groupe. Je ne sais pas si c'est très révélateur de la région Bretagne-Pays de la Loire (drôle de découpage géographique, d'ailleurs. J'ignorais que ces deux territoires étaient cul et chemise), mais je me suis dit que pour rester à ce point inconnu on n'avait pas encore inondé la ville de publicité. Ce qui n'est pas pour me déplaire, en fin de compte. Alors cela dit si vous êtes superstitieux, vous pouvez volontiers avancer l'hypothèse selon laquelle on serait un groupe maudit, voire incompris par ses propres concitoyens, surtout en période de coupe du monde de foot. Mais bon peut-être que cet album et les quelques attentions journalistiques que suscitera sa sortie (comme ici) pourront aider à jeter une lumière bienvenue sur notre orchestre.

Vous venez de Rennes, et un des groupes mythiques de la ville vient de se reformer pour quelques dates de concerts, c’est le groupe Marquis de Sade. Vous aimez ce groupe ? Si oui, vous irez les voir ?
Xavier : Avec Valentin on les a vu en « filage », sorte de répétition générale avant leur concert de reformation du mois de septembre dernier, on a trouvé ça très bien, je connais que certains de leurs titres (Conrad Veidt en particulier), mais le son était top, tranchant et simple et l’énergie et le charisme du chanteur en sont pas feints. Il n’y avait pas une surcharge de matos ou de « gros son » comme on aurait pu s’y attendre de la part d’un groupe qui s’est arrêté longtemps et qui, je pense, n’avait à l’époque pas fait d’aussi grosses scènes que ce qu’ils vont faire désormais, c’est d’ailleurs assez marrant quand on y pense, enfin c’est ça d’être un groupe culte.

Vous êtes sur le label français Howlin’ Banana, mais aussi sur le label anglais Ample Play. Un petit mot sur ce deal ? Du coup des concerts de prévue sur cette île qui vient de quitter l’Europe ?
Valentin : En fait Tom de Howlin’ Banana avait sorti notre premier EP en K7, de manière très limitée (50 exemplaires), donc on était en contact avec lui depuis 2015/2016. Quand on a eu des choses à faire écouter pour l’album on s’est donc adressé à lui directement et il a tout de suite été emballé. Par contre il voulait un autre label en « coprod », il aime faire pas mal de sorties, ne souhaitant pas trop attendre entre deux disques. Mais pour assurer ce rythme, il lui faut trouver des partenariats. On en a donc causé à Ample Play, le label londonien fondé par deux musiciens de Cornershop et la compagne de l’un d’eux, qui avait sorti le 2ème album de Sudden Death of Stars. Idem ils ont été partants très vite, une fois les titres écoutés ! Quant au deal entre les deux labels, on n’en sait pas grand chose, on les laisse faire.
Il faut avoir en tête que c’est une économie minuscule, 300 ou 500 LP sont pressé grand maximum. Les gens derrière ces labels n’en vivent pas, c’est une passion, parfois plus couteuse que rétributrice ! Un peu comme nous en fait. On les remercie donc pour le travail, l’engagement et la confiance qu’ils placent dans notre musique. Nous pouvons aussi préciser au lecteur que nos labels ne gèrent que la sortie vinyle de l’album, et sa distribution numérique sur les sites du genre Spotify / Deezer. C’est déjà pas mal, mais en amont nous nous sommes occupés seuls (et avons donc avancé les frais) de l’enregistrement, du mix et du master. D’où la volonté d’enregistrer le plus possible à la maison, à moindre frais.
Quant aux dates au Royaume-Uni, ce n’est vraiment pas évident, on en a fait deux à l’automne dernier (Londres et Hastings) et si ce n’étaient pas de réels échecs ce n’était tout de même pas folichon, tant au niveau de l’accueil (cachet, bouffe…) que du public. Nous n’avons pas de tourneurs, sur ce plan aussi nous sommes en autonomie, mais forcée on va dire. On va essayer d’y retourner mais pas à n’importe quel prix. Pour tout dire, on était un peu découragé au retour de notre dernier concert londonien, car on se demandait à quoi ça servait vraiment de faire toutes ces bornes si personne n'était là à l'arrivée pour nous voir. Autant rester à Rennes et jouer dans la rue pour des clopinettes versées dans une casquette gavroche, ce sera moins fatiguant et il y aura plus de public.

Vous pouvez nous dire quelques mots sur votre meilleur et votre pire concert ?
C'est difficile de raconter un concert en fait. On peut essayer de dire ce qui s'est passé autour d'un concert, avant et après en quelque sorte, mais là encore chacun va conserver sa propre version des événements, car nous ne passons pas notre vie collée les uns aux autres, donc nous ne sommes pas témoins des mêmes choses lors d'une soirée. Si quelqu'un est parti pisser au mauvais moment, il risque d'avoir des souvenirs un peu différents de ceux de ses camarades qu'il a laissé au comptoir. Et quand bien même, suivant qu'on se place tout à gauche ou tout à droite d'une pièce, c'est plus tout à fait le même scénar non plus. Et puis alors des fois on a l'impression de jouer comme des patates et que le public va nous jeter des tomates et nous virer de la scène à coups de pied au cul avant la fin du set, et en fait non, quand on sort, ils nous disent que c'était super. Ou alors quand on recueille les avis des spectateurs, certains vont trouver qu'il n’y avait pas assez de voix, d'autres (plus rarement) qu'il y en avait trop, alors qu'ils ont assisté à la même prestation. C'est à n'y rien comprendre, mais surtout ça montre qu'on se trompe facilement sur ce qui se passe pendant un concert : bien malin celui qui pourra dire avec certitude si c'est le meilleur ou bien le pire.

C’est votre premier album. Une étape importante pour un groupe. Le visuel pour ce premier rendez-vous avec le public a son importance. La pochette est dessinée par Professeur Zorino. Vous pouvez nous dire ce que vous voulez faire passez comme message ou sensation à travers ce dessin ?
Il n'y a pas spécialement de message à décoder. En tout cas, il n'y a aucune lecture qui exclurait les autres lectures possibles. Vous pouvez y voir ce que vous voulez, en tirer toutes les interprétations que votre esprit sera capable de produire, mêmes des trucs dégueus si ça vous chante, on sera pas là pour vous contredire, mais c'est pas vraiment pour ça qu'on l'a mis là. Nous, perso, on a choisi cette pochette parce qu'on la trouvait jolie, ça nous paraissait amplement suffisant comme raison, en espérant éventuellement que ce sentiment serait partagé.

Dernière question, la pomme à l’intérieur de la rondelle du vinyle, c’est un clin d’œil aux Beatles ?
Si vous voulez, oui. Mais ça marche aussi comme rappel de certains éléments déjà présents sur la pochette. Et à part ça la pomme c'est aussi un fruit. On en voit de temps en temps tomber sur la tête des physiciens anglais dans les BD de Gotlib par exemple. Et encore, je ne fais qu'effleurer le sujet.

Chronique de l’album Ready To Hatch ici



www.facebook.com/thesoapoperaband?fref=ts
www.youtube.com/watch?v=GLyImvwrpig
thesoapopera.bandcamp.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 01/03/2018

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