25/06/2019  |  5206 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 21/06/2019 à 13:59:48
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Tom McRae

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
mars 2003

Son impeccable show-case dans un magasin de disques dans l’après-midi et son épatant concert à la Coopérative de Mai le soir même l’ont confirmé : Tom McRae est un songwriter d’exception - ses deux albums l’ont prouvé - et un interprète captivant. Avec de tels atouts, il semble qu’il soit amené à squatter le panthéon musical personnel de nombreuses personnes pour longtemps !
L’occasion de rencontrer un artiste de cette trempe ne se présentant pas tous les jours, il était normal de poser quelques questions à Tom McRae pour en savoir un peu plus sur sa musique et sur lui.
C’est un jeune homme courtois, discret et passionné malgré la fatigue qui nous a répondu dans les loges de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand…

Comment as-tu commencé à jouer de la musique ?
« J’avais 15 ou 16 ans et j’ai commencé à jouer sur les instruments qui étaient à la maison : un piano et une guitare… J’ai d’abord essayé de copier les chansons de Bob Dylan et Paul Simon puis, un peu après, je me suis mis à écrire mes propres morceaux.

A part Dylan et Paul Simon, quels artistes écoutais-tu quand tu étais plus jeune ?
J’écoutais Kate Bush, Talk Talk, U2 et les gens qui écrivaient de bonnes chansons !

As-tu galéré avant de pouvoir sortir ton premier album ?
Ça a pris longtemps : sept années ! Mais même maintenant c’est dur parce que je ne passe pas à la radio et MTV refuse de passer mes clips ; c’est donc toujours difficile d’être entendu. Je pense toutefois que si on fait de la bonne musique on peut changer le mainstream et être reconnu… Je peux attendre, j’ai le temps …

Comment as-tu ressenti l’accueil enthousiaste du public français à ton égard ?
C’est incroyable ! Votre culture est très ouverte à la musique, le public français a une approche assez fraîche. Il ne se préoccupe pas de savoir si c’est à la mode ou pas, si la musique est supposée être cool : si c’est bon, il aime, c’est aussi simple que ça !
J’ai une très bonne base de fans en France mais ça commence à marcher en Europe et au Royaume Uni… En fait, ça marche un peu partout. Mais l’endroit où on t’a découvert en premier reste toujours spécial car c’est comme si j’appartenais au public français et si le public français m’appartenait ! Nous avons tissé une relation étroite entre nous.

La production de ton dernier disque Just like blood est remarquable, comment as-tu choisi le producteur Ben Hillier ?
Il m’a été recommandé parce qu’il a la même approche de la musique que moi. Je ne connaissais pas vraiment ce qu’il avait fait avant, je savais seulement qu’il avait travaillé avec le groupe Elbow… On a passé une semaine ensemble à faire des démos en studio. Comme nous nous sommes biens entendus, on a fait l’album ensemble ! Ben Hillier a la même approche que moi : il est très ouvert, il apprécie l’expérimentation. Il aime bien partir dans une direction puis essayer autre chose pour voir ce que ça donne.

Allez-vous retravailler ensemble à l’avenir ?
Oui, peut-être ! Je vais essayer différentes options je pense, soit je produirais moi-même ma musique soit on fera appel à Ben Hillier ou à un autre producteur.

Y-a-t il des musiciens ou des producteurs avec qui tu rêves de collaborer ?
Je n’ai pas d’énormes ambitions de ce côté là… Je serais intéréssé par une collaboration avec Brian Eno. J’aime son travail pour David Bowie et U2. Il a un talent unique pour faire sonner différemment les disques qu’il produit. Sinon, j’aime beaucoup Manu Katche, c’est un bon batteur. Sur mon dernier album, j’ai joué avec Hossam Ramzy, un percussionniste incroyable avec qui j’aimerais retravailler.

Aimerais-tu produire ta musique sur ton propre label et sortir autant de disques que tu le souhaites ?
Oui, j’aimerais beaucoup faire ça ! J’ai trois albums non sortis, j’aimerais avoir mon propre label et pouvoir tout contrôler. Sur Just like blood, j’ai pas mal enregistré moi-même… Produire ma propre musique, c’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur !

Pourrais-tu sortir un album par an ?
J’aimerais bien adopter ce rythme de sortie mais c’est délicat si tu tournes comme moi pendant une année entière. En plus, les tournées me permettent de vendre des disques, je dois donc les faire… et en plus j’aime ça ! Mais un disque par an, c’est un bon rythme pour moi.

Est-ce facile de tourner sans cesse pour promouvoir ta musique, n’es-tu pas un peu fatigué par ce style de vie harassant ?
J’aime tourner ! J’adore bouger constamment et donner des spectacles souvent… J’aime beaucoup de choses dans ce style de vie en plus de faire de la musique, ça me convient donc ! Le seul problème, c’est ma voix : si je fais trop de concerts, elle souffre…

Les voyages t’inspirent ?
Oui, toujours, en fait tout m’inspire… Découvrir de nouveaux lieux mais aussi aller dans les mêmes endroits, les mêmes salles me plaît : je remarque des choses nouvelles que je n’avais pas vues la première fois. Pour écrire, toutes ces expériences nouvelles sont très bénéfiques.

As-tu déjà pensé à ton prochain album ?
Oui, je pense tout le temps à ce que je vais faire après, je me projette constamment dans l’avenir. J’ai déjà écrit quelques chansons mais je préfère ne pas faire de plans, on verra ce qu’il adviendra, j’ai encore le temps !

La chanson Walking 2 Hawaii sur Just like blood est particulièrement réussie et originale, comment s’est passé l’enregistrement de la partie de violoncelle ?
J’avais écrit la partition pour une guitare en slide puis le violoncelliste l’a jouée en studio pour rigoler, j’ai trouvé son idée excellente. Nous l’avons donc enregistrée même si c’était difficile à reproduire et douloureux pour ses doigts car ça a pris beaucoup de temps ! Le résultat est très étrange, au début le son du violoncelle est très beau puis il devient sombre et bizarre. C’est un peu comme si le paradis tournait mal...

Comment procèdes-tu pour l’écriture ?
Quand j’ai le temps, je m’assois et je cherche des idées pour des chansons. Parfois, je commence à partir d’une phrase que j’ai déjà et qui me paraît bonne, je l’écris dans un petit livre pour m’en souvenir. Il arrive aussi que j’ai une progression d’accord qui me plaît ou une mélodie sympa qui sert de base à un morceau. J’écris au piano ou à la guitare, ça dépend. La composition, ce n’est jamais pareil, c’est une sorte de chimie étrange qui aboutit à une chanson. Certaines chansons sont finies en quelques minutes, d’autres nécessitent des mois de travail : tu essayes plusieurs options, tu abandonnes des idées pour tenter autre chose… J’écris beaucoup de morceaux et après je vois s’ils vont ensemble, j’essaye de raconter une histoire sur un album, je ne suis pas intéréssé par une collection de chansons sans lien…

En temps que songwriter, à quoi accordes-tu le plus d’importance : la musique ou les paroles ?
Les deux… Si tu compose des chansons, tu n’écris pas seulement des paroles pour mettre sur la musique ou une musique pour aller sur un texte. Tu es plutôt censé obtenir une combinaison harmonieuse des deux… C’est pour ça que j’ai essayé de simplifier les choses sur Just like blood. Je voulais m’éloigner de l’idée que les paroles ont besoin d’être poétiques et les musiques, belles… Je voulais simplement faire de bonnes chansons.

Que penses-tu de la position du premier ministre anglais, Tony Blair sur la guerre en Irak ?
J’ai honte d’être anglais parce que je pense que cette guerre est illégale, immorale et injuste et mon pays supporte cette guerre ! Partout où je vais en Europe, je dois m’excuser et demander qu’on ne me tienne pas pour responsable du comportement de Tony Blair. Il y a une forte opposition à la guerre en Angleterre, comme un peu partout en Europe… Etre main dans la main avec la position des Etats-Unis, c’est vraiment une honte, le gouvernement français a eu raison de ne pas suivre les américains.

Pourrais-tu écrire sur la politique ?
Seulement sur les effets de la politique sur ma vie personnelle. Ça ne m’intéresse pas d’écrire des textes pour brandir un drapeau et m’aligner sur les positions d’un parti politique. La politique a un effet sur nos vies, elle affecte chaque aspect de ma vie chaque jour. J’écris donc à propos de ces petites choses qui nous affectent. Je suis intéressé par les effets émotionnels de la politique, c’est le thème de mes chansons.

Es-tu énervé quand on te dit que tu n’écris que des chansons tristes ?
Non, je pense que c’est vrai… Les chansons peuvent être une consolation, un espoir si elles ne sont pas constamment tristes. Il y a aussi des chansons qui sont des catharsis, qui permettent de voyager : tu te sens mieux après. Une fois que tu les a écoutées, tu ne ressens plus de tristesse.

Si tu n’avais pas écrit de chansons qu’aurais-tu fait dans la vie ?
Je ne sais pas, j’aurais sans doute fait quelques chose de physique proche de la nature : jardinier, j’aurais aimé travailler dans la forêt…

Aimerais-tu avoir une carrière aussi longue que Johnny Cash ou Neil Young et écrire encore des chansons pertinentes à 60 ans ?
Oui, car ils n'écrivent pas seulement de bonnes chansons depuis des années, ils sont aussi capables de les jouer sur scène ! Neil Young a toujours une passion intacte en lui, j’aimerais vraiment avoir ça quand je serai plus vieux. C’est la chose la plus importante pour moi : garder cette passion, cette colère, cette énergie car c’est ce qui maintient la musique en vie. Si je ne peux pas avoir ça, j’arrêterais...

As-tu déjà assisté à un concert de Neil Young ?
Oui, j’ai vu un de ses concerts avec Crazy Horse au Japon, c’était incroyable ! Il frappait sa guitare avec telle fougue pour ses 60 ans et il jouait très fort. L’osmose qu’il y a entre Neil Young et son groupe électrique, Crazy Horse, est vraiment à voir sur scène.

Ecoutes-tu de la musique très éloignée de celle que tu écris ?
Oui, j’écoutes de tout à condition que ce soit bon… J’aime écouter les disques d’Eminem, un des mes groupes favoris est Rage Against The Machine, j’apprécie AC/DC. Si c’est bon, je peux aimer de la musique classique, du rap, de la world music, du rock…

Fais-tu parfois des reprises de Rage Against The Machine ou AC/DC ?
(Rires… ) Non, je n’ai jamais fait ça, ça pourrait être drôle ! J’avais pensé à reprendre AC/DC mais Ryan Adams l’a fait donc… On doit faire attention en ce moment que personne n’ait fait ça avant.

Tu fais parfois des covers sur scène ?
Ça arrive occasionnellement, je joue parfois des éléments de certaines chansons. A part pour des occasions particulières, je joue principalement mes propres chansons.

Ton CD est protégé contre la copie, qu’en penses-tu ?
Je pense que protéger les disques contre la copie c’est merdique, je crois qu’ils devraient arrêter ça car ce sont les acheteurs de C.D. qui sont pénalisés par ce système ! Je suis en colère que ce système parasite mon C.D. car quand j’achète un C.D. qui est protégé contre la copie, je ne peux pas le lire sur mon ordinateur ou le transformer en Mp3 pour le mettre sur un baladeur. J’écoute beaucoup de musique en Mp3. Les gens achèteraient plus de disques si les maisons de disques ne faisaient pas payer la musique aussi cher, s’ils faisaient payer plus en rapport avec le coût réel d’un enregistrement au lieu de faire des profits faramineux. Si les disques coûtaient 5 ou 6 Livres Sterling, les gens en achèteraient deux par semaine. Je pense que le téléchargement gratuit de ma musique en Mp3 sur Internet m’a aidé à faire connaître mon travail. Cette pratique ne me dérange pas, je suis même content que les gens le fassent !

Que penses-tu de « l’industrie du disque » en général ?
Ces gens là me permettent d’avoir un salaire ! Je suis signé sur une très grosse maison de disques, BMG, qui prend beaucoup de temps et d’argent pour me supporter alors que je n’ai pas des chiffres de ventes énormes, c’est une bonne chose donc. Mais en général c’est un business plutôt merdique où le profit est au centre de tout comme dans les autres secteurs. C’est honteux car beaucoup de bons musiciens n’ont aucune chance d’être écoutés, mais c’est la nature du monde !

Peux-tu parler du groupe Bell X-1 que tu a choisi pour faire ta première partie européenne ?
Ce sont des amis à moi en provenance d’Irlande. Leur album va bientôt sortir sur Universal Records : il sera disponible en juin, je pense… Ce sont de bons songwriters et chanteurs… C’est sympa pour moi de tourner avec des amis et de permettre à mon public de découvrir ce bon groupe.

Qu’est ce que tu écoutes dans le bus de tournée ?
Plein de choses : Sly And The Family Stone, le dernier album d’Ani Di Franco, Dean Martin, Melody Nelson de Serge Gainsbourg.

A part Gainsbourg, écoutes-tu de la musique française ?
Je connais Noir Désir, je les ai vus en concert il y a deux ans, c’est un excellent groupe. J’apprécie le groupe Air… J’aime Yann Tiersen, je pense que c’est un génie! Quant à Keren Ann, je la trouve fantastique !.

Tu aimerais collaborer avec eux ?
J’aimerais mais tout le monde est très occupé donc, on verra... »

www.tommcrae.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 03/04/2003

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