22/07/2019  |  5212 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 21/07/2019 à 18:30:55
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Tindersticks

Château de Sédières (Corrèze)
juillet 2002

Ce trop discret groupe anglais n’est pas né de la dernière pluie, ne vend pas des quantités énormes de disques mais réussit à écrire des morceaux aux mélodies troublantes qui prennent irrémédiablement aux tripes…

Ah, ce 27 juillet 2002, le cadre idyllique du château de Sédières, l’accueil chaleureux de l’équipe du festival, la rencontre avec Stuart Staples dans l’après-midi, l’écoute des balances allongé près d’un étang baigné de soleil, le concert magique du soir dans une salle superbe : que demander de plus quand on aime la pop symphonique des Tindersticks ?

Peux-tu raconter brièvement l’histoire des Tindersticks ?
Stuart Staples : « Ça fait si longtemps que nous avons commencé : onze ans maintenant. J’ai d’abord rencontré David, notre pianiste, puis nous avons progressivement trouvé d’autres musiciens pour jouer avec nous, c’est devenu quelque chose que nous ne contrôlions plus vraiment nous mêmes, nous sommes 6 désormais. Nous avons eu de bons moments mais aussi des mauvais ... Actuellement, nous sommes dans une bonne période avec le groupe.

Vous jouez souvent dans des théâtres ou dans des salles qui ont un certain cachet, est ce que vous rencontrez des problèmes pour trouver des salles appropriées ?
On essaye toujours de faire des choses différentes, donc si nous avons fait par le passé des tournées dans des salles intimistes, comme l’année dernière où nous n’avons pas beaucoup joué dans des salles de concert classiques, nous aimons aussi jouer dans les festivals, c’est un challenge. Le concert de ce soir promet d’être intéressant.

Votre dernier album, Can Our Love, dure seulement 45 minutes alors que vos disques précédents dépassaient les 70 minutes, est-ce que vous avez voulu enregistrer votre premier album court ?
On ne réfléchit pas avant à la longueur que doit avoir un album... Pendant le processus de création, il se trouve que les chansons sont longues ou courtes, ça arrive naturellement…

Comment procédez vous pour écrire les chansons ?
Ça change… Sur certains titres, on a les paroles et la mélodie en premier, sur d’autres, un rythme ou une idée de musique. On a les meilleurs résultats quand on répète ensemble et que quelqu’un joue un truc qui inspire les autres, c’est plus instantané et on part dans plusieurs directions. Ce sont les moments les plus excitants.

Pensez-vous refaire des duos comme avec Carla Torghesson des Walkabouts ?
Travelling light est une de mes chansons favorites ! Enregistrer dans ces conditions, face à face, c’était une expérience très spéciale. Si tu écris une chanson et si tu as une idée de la personne avec laquelle tu as envie de la chanter, quand tu te retrouves après en studio à la chanter avec cet artiste, c’est un moment très beau. Nous travaillons en ce moment sur un duo mais nous n’en sommes qu’aux prémices. Nous avons plusieurs idées mais, qui chantera ? Je ne sais pas encore...

Votre musique est lente et parfois triste, est-il difficile de sortir ce genre de musique aujourd’hui ?
Dans un sens oui, et dans un autre sens, non ! Au début, les gens ne savaient pas quoi penser de ce que nous faisions, particulièrement en Angleterre. Je suppose que nous avons eu de la chance. On se sent un peu à part. Nous jouons la musique que nous aimons et les gens semblent encore intéressés par nos morceaux, tout va bien donc.

Avez-vous pensé à vendre votre musique par le biais d’Internet?
J’aime l’idée de faire écouter à nos fans des inédits ou des raretés. On pourrait mettre en ligne des extraits de concerts, ce serait une bonne idée. Ce serait sympa qu’on puisse télécharger sur son disque dur certains de nos concerts seulement une semaine après !

Quels sont les musiciens qui vous ont donné envie de jouer de la musique ?
C’est différent pour nous six… Pour moi, c’est un mélange bizarre entre un disque de Neil Diamond appartenant à ma mère, les disques soul de ma sœur, le punk rock et les disques que j’achetais.

Le groupe a écrit la musique pour de nombreux films de Claire Denis, comment s’est passée cette collaboration ?
Ça a été une bonne expérience de travailler avec Claire. La manière dont ça marche avec Claire Denis est cool, c’est très déstructuré comme travail… On a le script, la progression de l’histoire, puis on met de la musique dessus ; avec le temps, la profondeur des sentiments grandit…

Recevez vous des propositions d’Hollywood et avez-vous du succès aux USA ?
On écrit la musique si le film et l’histoire nous plaisent, il faut que ça vaille la peine : on ne va pas faire n’importe quel film... On joue aux USA mais ce n’est pas un objectif d’être énormes la bas ! On aime jouer cette sorte de musique devant des gens différents (USA, Russie) ; les gens ne savent pas à quoi s’attendre, ils sont « vierges » vis à vis de notre musique.

Est-ce que tu t’intéresses à la politique ?
Je connais un peu la situation politique en France, c’est étrange. En un sens, ça a permis de mobiliser les gens contre Le Pen. C’était la seule alternative qu’il restait ! En Angleterre, on a aussi une extrême droite mais les gens sont plus politiquement corrects dans leurs propos. Il y a des problèmes raciaux et certains quartiers sont de véritables ghettos. En plus, les autorités montent les communautés les unes contre les autres…

Comment se passe le travail sur le nouvel album ?
Je pense que tu réagis toujours par rapport à ton travail précédent (même si tu essaies de ne pas le faire). En ce moment, nous essayons de passer au dessus de ça ! Pour la première fois, nous avons le temps de vraiment réfléchir à ce que nous voulons faire. Dans le passé et particulièrement les cinq dernières années, nous enchaînions les tournées et les enregistrements sans avoir vraiment le temps de se poser pour penser à ce que nous voulions faire et comment… C’est excitant de pouvoir faire ça. »

Les concerts donnés par les Tindersticks sont de purs moments de magie où le temps suspend sa course et où le public reste pétrifié de bonheur. Inutile de préciser que le nouvel album et les éventuelles collaborations cinématographiques du sextet sont attendues avec une impatience non feinte.

Discographie :
2003 Waiting for the moon (Beggars Banquet)
2001 BO du film Trouble Every Day (Beggars Banquet)
2001 Can Our Love (Beggars Banquet)
1999 Simple Pleasures (Island)
1997 Curtains (This way up)
1996 BO du film Nénette et Boni (This way up)
1995 Tindersticks second album (This way up)
1993 Tindersticks first album (This way up)

www.tindersticks.co.uk

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 16/11/2002

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