Quelques mois après la sortie de l’impeccable Auguri (Labels/Virgin), Dominique A sillonne les routes de France pour défendre ses dernières chansons. Récit d’une discussion passionnée et courtoise à la Salle des Fêtes de Ramonville, où l’on a parlé de Remué, de Nine Inch Nails, et de pas mal d’autres choses…
Pour commencer, une petit question sur la pochette de l’album. On vous sent apaisé sur cette photo, et on se dit que la musique va l’être aussi. Est-ce que c’est un peu le message que vous vouliez faire passer à travers cette photo ? Dominique A : En fait cette photo je l’ai choisie car elle plaisait beaucoup à une de mes copines, et je me suis dit que si elle plaisait aux filles, c’était parfait ! En plus, je trouve qu’elle colle bien avec le titre de l’album. Je suis rarement content de moi sur les photos, alors pour une fois qu’un portrait me plaisait, je n’ai pas hésité. Je trouve qu’il a vraiment une «gueule» de pochette.
Pour ce nouvel album, vous avez fait appel à John Parish, connu pour ses collaborations avec PJ Harvey. Est-ce qu’en le sollicitant comme producteur, vous aviez des idées bien arrêtées sur ce qu’il pouvait apporter à votre musique, à votre univers ? Non, en fait j’ai rencontré la personne et on s’est bien entendu. Comme il avait travaillé sur des très bons disques, je considère comme un honneur le fait de "bosser" avec lui. Je n’avais aucune idée arrêtée, j’avais la base des morceaux et ce dont j’étais sûr, c’était que je ne voulais surtout pas faire de maquettes. L’idée, c’était qu’il oriente le disque en fonction de ce qu’il attendrait lui. En fait, je me disais que c’était très bien de travailler avec lui, car je l’imaginais ayant les «spécificités» du producteur anglais, avec à la fois, "une oreille à l’américaine". A la fois une espèce de rigueur, presque un peu janséniste, conjuguée avec l’envie de privilégier les premières prises, les choses les plus spontanées.
Musicalement parlant, on sent une "économie de moyens" sur ce disque, on a même parfois l’impression d’écouter la démo de la chanson, ou du moins une version volontairement inachevée. Est-ce quelque-chose que vous vous êtes imposé, pour peut-être donner plus de poids aux paroles, ou est-ce que John Parish vous l’a suggéré comme méthode de travail ? On n’a pas eu besoin d’en parler. Quand par exemple, on a enregistré En Secret, c’était vraiment une première prise. On a répété la chanson deux fois, et c’est parti comme ça, on l’a enregistrée en deux heures. Ca permet de garder un côté hyper frais, comme tu dis inachevé, et ça permet également d’obtenir un truc qui ne soit pas figé, d’où on sente de l’énergie. A contrario, certaines chansons que l’on a beaucoup plus travaillées, aboutissent à un résultat qui ne me satisfait pas trop, alors que l’on avait «de quoi faire» entre les mains. C’est dû, je pense, à des différences d’appréciations sur ce que devait être la chanson…
Si je vous dis que cet album m’a fait penser à un mix involontaire entre La Mémoire Neuve & Remué, vos deux précédents albums, vous êtes d’accord avec ça ? Oui oui, c’est ce que je voulais en fait. Quand j’ai rencontré Parish, et qu’il m’a demandé ce que je voulais faire, je lui ai dit justement que je voulais arriver à un résultat qui soit entre les deux : plus de mélodie dans le chant avec les aspérités de Remué. Après, je pense qu’il a orienté sa production en fonction de ça. Puis il y a chez lui ce côté "économie de moyens", qui est récurrent dans toutes ses productions, quand tu le vois travailler, tu ressens vraiment le "truc" ! Chaque note doit se justifier, c’est tout le contraire d’un jazzman !
Quand vous commencez à réfléchir sur un nouveau disque, est-ce vous essayez de trouver un fil conducteur entre les chansons, pour donner une cohérence au tout, ou est-ce le cadet de vos soucis ? Non, c’est le cadet de mes soucis. A partir du moment ou j’ai trouvé une façon de travailler, d’enregistrer, l’unité ce dégage d’elle même. A la limite, c’est toujours trop monotone pour moi, ça pourrait être plus "éclaté". Parce que la voix fait le lien…
…le concept-album, c’est pas pour demain… Non…(sourire). Je me dis pas, tiens c’est bizarre, il y a des chansons acoustiques et des chansons noisy, comment ça va cohabiter… En plus je pense que les gens s’en foutent, ils ne perçoivent pas le truc comme ça. Je peux naviguer d’un style à l’autre, ça sera toujours identifié comme du Dominique A. Ce n’est pas la même problématique que pour un groupe, dont les changements d’orientations musicales sont beaucoup plus perçues, suscitent plus la polémique. Pour un artiste solo, tu es perçu comme le chanteur avant tout "chantant". Ce qui est frustrant, mais bon, ça permet de naviguer d’un style à l’autre sans être prisonnier des appréciations des gens.
Les chanteurs sont mes amis, c’est le récit d’une expérience malheureuse avec vos "collègues de travail", ou un "brûlot" humoristique pour le fun ? Non, c’est pas une expérience malheureuse, cette chanson, c’est plutôt une constatation humoristique. C’est humain, tu mets 2/3 types qui bossent dans la même boite ensemble, pour prendre «un pot» par exemple, auront-ils quelque-chose à ce dire ? C’est encore plus accentué dans mon métier, les ego sont tellement "gonflés", que ça risquerait à tout moment de dégénérer… Puis la seconde partie de la chanson, c’est un peu une mise en situation, un peu imprécise, où je semble chercher une voix, qui me transporte…c’est un peu une vision onirique de mon rapport à la musique.
Pour revenir quelques instants sur Remué, il a été considéré par certains comme un caprice de votre part, du fait que La mémoire Neuve avait très bien marché, et que tout le monde s’accordait à dire que vous alliez exploser avec le disque qui allait suivre. Est-ce que ce disque a été votre manière à vous de "casser le jouet", de ne pas donner à votre maison de disques ou à certain le disque qu’ils attendaient, ou peut-être est il juste le fruit d’une période de votre vie pas forcément heureuse ni enthousiaste ? C’est un peu tout ça… quand j’ai fait Remué, indépendamment de ma vie personnelle, j’étais assez mal à l’aise à l’idée d’être un personnage public, je me revoyais à mes débuts, et je voulais retrouver une position de "challenger", de provocation par rapport aux gens. Je voulais me sentir digne par rapport à la musique, ne pas l’utiliser pour des raisons qui ne me sembleraient pas bonnes. Et puis j’écoutais à cette période des choses beaucoup plus "dures", comme Sonic Youth ou du free-jazz, j’étais loin de Sarah Records et Création ! C’était donc logique pour moi d’essayer d’adapter ces nouvelles références.
A propos de vos chansons, on parle souvent de violence retenue, sourde, est-ce que malgré tout, dans vos choix musicaux, vous pouvez avoir de la sympathie pour des styles plus "rentre dedans", plus "brutaux", comme le rock industriel, le hardcore le metal ? Même le métal ? Si les groupes sont bons, pourquoi pas… a priori, je suis plutôt attiré par des trucs assez froids… Nine Inch Nails par exemple, malgré un côté "révolte bourgeoise" qui m’agace un peu, est un groupe que je trouve intéressant. Il y a dans cette musique quelque chose de vraiment convaincant, une colère froide qui est assez juste par moment. Sinon, j’ai beaucoup écouté et apprécié le groupe hawaïen Chokebore, surtout leur album A Taste For Bitter.
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