19/12/2018  |  5098 chroniques, 167 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 18/12/2018 à 20:29:39
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Didier Wampas

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
mai 2003

Cela fait presque trois ans que j’attendais de parler en tête à tête avec Didier Wampas, depuis le 9 décembre 2000 exactement, date du monumental concert des Wampas à la Coopérative de Mai.
Le jeudi 22 mai 2003, le rendez-vous est fixé à 15h30. A 15h20, un peu à la manière de Jalabert s’apprêtant à affronter les Alpes, je grimpe sur mon vélo (pour femmes) direction la Coopérative de Mai. Il fait beau, les grévistes font la grève (ils ont raison !), et moi je chante à tue tête « J’ai avalé une mouche en roulant sur mon vélo, je dois être un peu idiot ; oh oh oh I love you so… » puis « Deniiiiiiiiiiiiiiiiiise my love ». Arrivé sans encombre rue Serge Gainsbourg, je commence à transpirer et mon rythme cardiaque s’accélère, je sue comme si je venais de courir un marathon. Normal : on ne rencontre pas tous les jours l’inventeur du rock ‘n’ roll !
Dans la loge, Didier Wampas prépare une entrée royale pour le soir même et accueille chaleureusement. Et c’est parti pour 50 minutes de toutafoneninterview avec en guest stars Joseph Dahan (guitariste des Wampas) et Tony Truant (excellente première partie le soir même)… Vous voulez savoir ce que D. W. pense du cyclisme, des Cramps, d'Henri Dès, d'Iggy Pop, de Superbus, de Dionysos, de Mitterrand ? Et bien lisez ce qui suit...

Pierre Andrieu : Bonjour !
Didier Wampas : « Salut, ton nom et ta photo me disaient quelques chose quand ils m’ont parlé de toi à la Coopé...

On s’est déjà rencontrés deux fois, tu ne te souviens pas ? Il y a trois ans à la Coopé, tu m’avais embrassé sur la joue pendant Kiss (après, je ne me suis pas lavé pendant une semaine !) et il a quelques jours à Sannois, je t’ai tapé dans le dos pour te féliciter d’avoir saccagé la passerelle de L’EMB.
Comme quoi, tu vois, ça m’a marqué ! (Rires)

Ah… je le savais ! Pour commencer, je voudrais savoir comment tu fais pour garder intacte ton énergie sur scène après 20 ans de carrière et neuf disques ?
Sur scène, je ne peux pas faire autrement. Je ne vais pas monter sur scène et être mou, je n’y arriverais pas ! Faire de la musique n’a jamais été mon métier, je bosse à la RATP comme tout le monde le sait… Certains groupes, dont c’est le métier, montent sur scène comme s’ils allaient bosser. Petit à petit, ils perdent l’énergie. Pour moi, c’est toujours un moment exceptionnel même après 20 ans, je sais la chance que j’ai ! C’est ça l’explication…

Donc, tu n’as pas de secret ?
Non ! Heu, si : je mange un sandwich au beurre de cacahouètes au petit déjeuner… comme Elvis ! Voilà, j’avoue, Elvis et moi, on a le même secret ! (Rires)

Sur scène, tu es dans un état second ou tu te souviens de tout ce que tu fais ?
Je suis un peu dans un état second mais je me souviens de ce que j’ai fait. Faut pas exagérer, on parle parfois de schizophrénie, ce n’est pas ça non plus. Ça l’était peut-être plus au début mais maintenant, j’arrive à être le même personnage ! Enfin, pas vraiment, sur scène, je mets mes habits de Superman ! Superman, il peut pas voler sans ses habits, moi c’est pareil : grâce à ça, je peux voler et faire n’importe quoi sur scène !

J’ai parfois l’impression que vous faites un concours d’acrobaties avec Mathias de Dionysos. Est-ce que tu as déjà assisté à un de leurs concerts ? Oui, Dionysos a joué avant nous l’autre jour et je me suis dit : « Putain, l’enculé ! Il va falloir que j’en fasse plus puisqu’il me pique tous mes plans, le salaud ! »

C’est un peu comme Jimi Hendrix et Pete Townshend des Who qui devaient en faire plus à chaque concert pour devancer l’autre…
Voilà, c’est ça ! La dernière fois on a joué après eux et je me suis dit : « Wouah, l’enculé ! Ah, il a fait ça et bien moi, je vais monter plus haut ! » C’était bien !

Quelle est ton opinion sur les disques et les concerts de Dionysos?
Sur disque, je trouve ça moyen. Sur leurs premiers CD, il y a des trucs bien mais ce qui me gêne - pas trop chez eux mais chez la plupart des groupes français, c’est encore pire -, c’est ce côté un peu « sérieux ». Les groupes français veulent, soit être pris au sérieux, soit se prendre eux-mêmes au sérieux. En France, on a une tradition « chanson française » donc les groupes, même rock, ont envie de respectabilité, et ça me dérange un peu ! Chez Superbus, il y a un côté que j’aime bien parce que même si Superbus c’est ce que c’est tu vois hein, il y a quand même ce côté pop et frais, « on ne se prend pas au sérieux », que je ne trouve pas chez les autres groupes. A la limite, je vais être méchant mais je préfère Superbus à Noir Désir… Je peux quand même dire du bien de Superbus, j’arrête pas de les embêter tout le temps. En France, on a tendance à prendre le rock comme un musique sérieuse, intello et ça l’est quelque part - je ne suis, pas en train de dire que le rock n’est pas sérieux ou n’est pas important pour moi, je lui ai dédié toute ma vie, ce n’est donc pas que de la rigolade -, mais il ne faut pas se prendre au sérieux ! Il y a quand même un côté léger qu’il faut garder, comme dans les Ramones. Mon groupe préféré, ça a toujours été les Ramones parce qu’ils ne se prenaient pas au sérieux comme les Clash. Je préférais les Ramones aux Clash…



Est-ce que tu penses te calmer un jour ou c’est plus fort que toi ?
Je pense que si j’avais dû me calmer, je l'aurai fait il y a dix ans. Mais maintenant, j’en sais rien du tout et heureusement que je ne sais pas ! Je n’ai pas un plan de carrière, j’ai seulement envie de faire des trucs bien et de continuer à jouer du rock ‘n’ roll pendant longtemps. Je me dis parfois que c’est un peu orgueilleux de dire que je veux continuer plus longtemps que Charles Trénet. Si c’est simplement ce que moi je veux, c’est nul aussi… Mais c’est vrai qu’être sur scène à 80 ans à faire le Yéyé, ça serait drôle ! J’ai 41 ans donc il ne me reste plus de quarante ans pour le battre… Quand je monte sur scène ou quand je fais un disque, je ne me dis pas que je vais être taré, que je vais hurler. J’aimerais bien ne pas le faire mais je ne peux pas m’empêcher de hurler, de sauter partout…

Il parait que tu ne fais pas la fête après les concerts..
Non, je n’ai jamais fait ça. Pour moi, si tu as envie de faire la fête après un concert, c’est que tu as fait un mauvais concert, que tu n’as pas tout donné. Si j’ai tout donné physiquement et émotionnellement, je suis vidé à tous les niveaux, je n’ai plus envie de rien à part prendre une douche et aller me coucher. Sur scène, je donne plus fort que ce je pourrais redonner et recevoir dans une fête. Je reçois plus et je donne plus…

Comment vis-tu le succès qui vous tombe dessus avec le dernier album ?
Déjà , tout le monde dit ça et on a seulement vendu 40 000 albums ! Dans les journaux, on a l’impression qu’on a vendu énormément. Le succès, c’est relatif : Dolly, ils ont vendu 170 000 et personne ne dit qu’ils ont du succès. Il y a un décalage ! Quand on a sorti Simple et tendre, les gens pensaient qu’on avait vendu autant que Noir Désir alors qu’on vend dix ou vingt fois moins…

Oui, mais vous n’aviez vendu que 10 000 exemplaires de Kiss, votre album précédent… Là, c’est quatre fois plus !
Oui d’accord, mais des groupes qui vendent 40 000 disques, il y en a trente en France tous les ans. Les gens étaient tellement habitués qu’on ne vende rien et qu’on soit underground… Sinon, je ne regarde pas la télé et je n’écoute pas la radio, donc je ne me suis jamais entendu ni vu. Pour moi, ça ne change rien, j’ai pas eu d’argent pour l’instant, je continue à travailler à la RATP et à vivre dans un HLM. Il y a peut-être désormais 200 personnes de plus au concert le soir.

Ça te fait quand même plaisir ce « petit » succès ?
Oui, ça me plairait qu’il y ait encore plus de monde, je n’ai pas envie d’être alternatif et underground, même si ça me plaît bien de ne pas vendre de disques. Si on doit en vendre beaucoup et si je dois aller chez Drucker, j’irai, ça me fera rire aussi.

J’ai loupé votre prestation à Top Of The Pops sur France 2, c’était comment ?
Moi, j’ai fait comme pour un concert : je me suis peint la tête en bleu, j’ai sauté dans le public, j’ai chanté faux, je me suis trompé dans les couplets et dans la structure du morceau tout en hurlant pendant toute la chanson ! Tant que c’est pour faire ça, c’est bien. C’est sûr que Noir Désir, ils refusent d’aller jouer Le vent nous portera à 20h30, ça ne semblera pas bizarre après le reste, Hélène Ségara et je ne sais pas quoi. Mais nous, si on va faire les cons chez Drucker, c’est drôle. Tant que c’est décalé, c’est drôle !

Sur votre site Internet, un snobinard dit que vous êtes des vendus…
Oui, j’ai vu ça ! C’est un peu normal, ça ne m’étonne pas, ça me fait rire… Il y a des punks purs et durs qui disent qu’on ne fait pas du punk, mais on ne s’est jamais dits alternatifs ou punks !

J'ai aussi découvert une belle série de photos de toi avec des vedettes (Jeanne Mas, Christophe Miossec, Bertrand Delanoé, Laurent Jalabert… ), qui est le prochain sur le liste ?
On verra, chaque fois que je croise quelqu’un de célèbre, je fais une photo, ça me fait rire. J’ai toujours aimé ça. Je fais du rock n’ roll parce qu’à 15 ans ça me faisait rêver quand je voyais tout ça. Plus jeune, je pensais que les gens qui faisaient du rock ‘n’ roll étaient des gens purs, des chevaliers désintéressés. Quand je voyais des vedettes ensemble (Johnny Rotten avec Joe Strummer par exemple), je me disais, c’est fou ! Tout ce qui me faisait rêver ou rire quand j’avais 15 ans, je le fais maintenant ! Quand Starshooter était numéro 1 et passait sur Europe 1, je trouvais ça super. Quand on passe sur NRJ, ça ne me dérange pas, ça m’éclate ! Dernièrement, j’ai raté une photo avec Sarkhozy quand on est passés sur Europe 2 avec Cauet. A 9 heures du matin sur les Champs-Elysées, ils avaient mis une sono dans la rue, ils ne nous avaient pas prévenus… On a fait les morceaux... et qui est-ce qui arrive pour parler sur Europe 1 ? Nicolas Sarkhozy ! Putain, c’était drôle, j’ai couru pour faire une photo mais j’ai pas pu à cause du service d’ordre…

Il y a aussi une photo avec Nounours, « le grizzli de Saint-Amand-Roche-Savine », tu peux nous parler de ton régisseur ?
On l’a rencontré sur une tournée de Hp 905. Depuis, c’est mon ours, les autres sont un peu jaloux : « ouais, il ne s’occupe que de toi ! ». Sur scène, quand il me rattrape dans le public, je me laisse aller sur son petit ventre, c’est doux… (Rires) En parlant de Nounours, on vient de me filer un article paru dans Les Inrockuptibles où ils disent qu’on fait de la musique d’ours, il faut que je lui montre, ça va lui faire plaisir !

Avez vous un projet de concert à Saint-Amand-Roche-Savine comme en 2000, le fameux concert où tu t’es fait déchirer ton string léopard ?
Non, je ne crois pas… Finalement le concert n’était pas terrible et Nounours avait les boules ! Le public de Mickey 3d, qui est mou, avait loué tous les bungalows et donc l’ambiance n'était pas super. J’ai quand même fini avec mon string arraché en dessous du pantalon, c’est ça qui est fort !

Sur scène vous reprenez Où sont les femmes ? de Patrick Juvet et il apparaît dans le clip de Manu chao, c’est un ami ?
Non, ce n’est pas un ami, je l’ai juste rencontré pour le clip mais quand j’avais 10 ans j’étais fan de Patrick Juvet. On lui a demandé de venir jouer avec nous à la Cigale en juin, ça serait cool… Il a l’air cool Patrick non ?
Tony Truant : Ouais !
Didier Wampas : c’est le David Bowie français quand même, quelque part, euh somewhere !

A part Genesis et Toto, quels sont les groupes qui ont marqué Didier Wampas ?
Les Ramones, les Beach Boys, Charles Trénet, tous les groupes Yéyé des années 60, (Les Pirates… ). En 1975, il y avait Yéyé story sur Europe 1, j’écoutais tous les soirs et je trippais, je me disais que j’aurais aimé voir cette époque. Puis, le punk est arrivé un an après… J’avais des copains qui écoutaient Genesis ou même Pink Floyd, moi je trouvais ça à chier.

Est ce que tu as le temps d’écouter les groupes qui font du rock aujourd’hui comme les Hives, les White stripes ou les Strokes ?
J’aime bien, ça me fait plaisir d’écouter ces trucs depuis un an ou deux. Quand c’est bien, j’écoute… Avant je faisais des efforts pour écouter du rock mais plus maintenant : si ça me plaît pas, ça me plaît pas…

Est ce que tu te souviens du concert des Hives en première partie de votre concert à Clermont-Ferrand en décembre 2000 ?
Oui, c’était bien, le chanteur n’avait plus de voix, c’était marrant. Ça me rappelait les groupes Garage du début des années 80 comme les Milkshakes… Je crois d’ailleurs que les White Stripes ont enregistré leur dernier disque au studio des Milkshakes.

Et Bob Log 3 que tu a vu récemment avec Jean-Luc Le Ténia ?
J’allais voir Jean-Luc et je suis parti avant Bob Log 3

Peux-tu en dire plus sur Jean-Luc Le Ténia ?
C’est un mec qui fait des chansons tout seul avec sa guitare, ils appellent ça Anti Folk au Etats-Unis… Je crois que c’est le seul représentant de l’Anti Folk en France. Il m’avait passé une cassette un jour, et j’avais trouvé ça bien. Depuis, il est lancé : Bernard Lenoir passe souvent des morceaux de lui. Il ne vend pas encore beaucoup de disques mais c’est bien. La chanson Jean-Luc Le Ténia a été écrite par lui, on l’a reprise sur l'album Chicoutimi. Certains n’aiment pas dans le groupe mais moi j’aime vraiment bien ! C’est un grand fan de Daniel Johnston, comme moi…

Il paraît que tu préfères le travail en studio à la scène…
C’est pas que je préfère, mais sur scène ce n’est pas un travail artistique, je le regrette…
Joseph Dahan : Mais c’est faux ! Je ne suis pas du tout d’accord ! Heureusement que tout le monde ne fait pas n’importe quoi comme toi, sinon…
Didier Wampas : Tu fais de la création sur scène, toi ?
Joseph Dahan : Bien sûr, sur scène, j’essaie des trucs !
Didier Wampas : Bon, ben Jo, il crée sur scène ! Il y en a qui ont l’impression de faire de la musique sur scène mais tu verras ce soir ! (Rires) Tu veux me faire plaisir ? Ce soir, tu vas regarder Jo et tu me diras après si tu as l’impression qu’il fait de la création artistique sur scène… Tu me diras si tu as ressenti l’acte créatif sur scène.

Est-ce-que tu aimerais aider de jeunes groupes en studio ?
Non, parce que pour produire, il faut essayer d’écouter les gens, faire quelque chose même si tu n’aimes pas vraiment. Je ne pourrais pas moi, j’ai toujours fait que Les Wampas, j’ai jamais voulu faire autre chose… Même Jean-Luc…

Tu dis préférer le studio mais à la fin d’un disque on t’entend hurler contre un ingénieur du son qui a bougé les boutons, tu lui dis que "le rock c’est « toutafon »" !
Non, c’est pas ambigu, je me mets par terre, je me roule par terre en studio parce que je crois que ça sert à quelque chose ! Sur disque, c’est un moment plus rare. On est sur scène très souvent alors qu’on va en studio 10 jours tout les deux ans. Si j’étais tout le temps en studio, j’attendrais impatiemment de faire de la scène mais là…



Comment ça se passe en studio, vous avez des moyens ou…
Mais non, quand tu vends 10 000 disques, on ne te laisse pas un grand studio pendant longtemps. Le dernier disque, on l’a fait en 10 jours dans un petit studio, on n’avait pas même pas répété avant. Il n’y a pas de règles… Par exemple, c’est mieux d’arriver préparé en studio mais j’ai fait exprès d’arriver en studio sans rien, sans une parole, rien, et le disque est aussi bien. Il n’y a pas de règles sinon tout le monde ferait des disques bien. Passer des mois en studio ça peut être bien aussi, je sais pas…

Est-ce que tu as un bon souvenir de l’enregistrement de Simple et tendre aux USA ?
Ouais, j’en ai un bon souvenir mais je ne sais pas comment le studio était : je n’y ai pas mis les pieds ! Je me rappelle de la piscine, de la voiture, de la promenade à Austin. C’est pour ça que c’est bien d’enregistrer en France… Je passais seulement au studio le matin : « t’as besoin que je chante, ok ! et après je partais… J’ai rien branlé !

Tu es content du résultat final provoqué par tes efforts colossaux ?
On peut dire merci au monsieur qui a mixé ! Parce que quand on est sortis de là bas, j’ai écouté le truc dans ma voiture et me suis dit : « C’est pas vrai, putain, y’a rien sur les bandes ! » On était sur BMG, qui avait des moyens, ils ont fait venir un mec de New-York, une espèce de petit biker. Avec rien, il a réussi à faire un disque et ça, c’est balèze !

Sur ce disque, il y a la chanson Les îles au soleil qui est plutôt à part dans votre discographie : elle regorge de violons… Tu es satisfait du résultat ?
Oh, oui ! C’est une des seules fois de ma vie où j’ai eu honte de chanter faux ! On était aux Studios Abbey Road à Londres, en train d’enregistrer les violons et je suis entendu chanter dessus… D’habitude, je m’en fous mais là, je me suis dit « putain, non quand même là, ça va faire un peu… » Je me suis rendu compte de ce que ressentais les gens, ça m’a fait un peu mal. Mais sinon, c’était super bien, je suis pour le fait de faire plein d’expériences en studio. J’aimerais bien pouvoir essayer plein de chose comme ça. On n'a pas eu l’opportunité, c’est pour ça que ça serait bien de vendre des disques. Quoique c’est pas sûr, à mon avis tu es coincé, tu as la pression. Le résultat serait pas forcément meilleur mais pour nous ce serait bien dans l’absolu, on pourrait essayer de faire de la country… C’est un peu frustrant de ne pas avoir assez de temps pour tenter des trucs. C’est pour ça que je veux continuer jusqu’à 80 ans, c’est parce que je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand chose. Chez moi, il y a tellement de super disques différents.

Est-ce-que ça te vexe quand on ne remarque pas que tu es un chanteur engagé qui parle de l’anti-mondialisation opportuniste (Manu Chao), du retournement de veste (Liste de droite), du Chili (Giscard complice), du Gaullisme moisi (Pompidou) en utilisant l’humour ?
Non, ça ne me vexe pas… Ça ne me dérange pas qu’on dise que je suis un chanteur engagé. Il y a des gens sur le dernier album qui ont l’impression que je suis engagé. Tu es forcément engagé quand tu fais de la musique ! Dans Manu Chao, je me moque plus que je ne m’engage…

Ton but n’est-il pas quand même de faire passer un petit message en étant drôle ?
Oui et non, j’aime tellement de choses… Je ne fais pas du rock ‘n roll pour faire passer un truc en particulier. Le rock, c’est la seule chose qui m’a vraiment parlé quand j’avais 15 ans, qui m’a tout appris, tout donné. Donc, j’ai envie de faire repasser tout ça aux gens.

Tu es donc involontairement engagé…
Oui, si on veut…

Et la chanson Pompidou (sur l'album Chicoutimi) où tu dis « Je ne sais ce que lui dirais si un jour mon fils me disait qu’il aimait Pasqua »
Ce n’est pas le cas, ça va ! Il a disparu, il ne le connait même pas. J’ai fait des chansons sur De Gaulle (Surfin’ Colombey), Pompidou, Giscard, le prochain, c’est Mitterrand, il faut que j’écrive sur lui. Ça va être dur de ne pas être méchant sur Mitterrand car il nous a tellement déçus, on s’est bien fait avoir… et en même temps c’est pas grave !

Et le morceau Liste de droite ?
Là, c’est rare mais c’est une histoire vraie. Un peu romancée (j’ai pas failli mourir en me jetant dans le canal à cause d’elle) mais c’est vrai ! Dans Le Monde de la Musique, le gars, il a tout pris au premier degré sur cette chanson. Il dit : « on voit le mec de 40 ans qui était extrémiste de gauche et qui maintenant est aigri et revient sur son passé ». Quand je dis : « j’espère quand même que tu seras élue », il a pris ça au premier degré…

C’est la phrase la plus drôle de la chanson !
En même temps, je ne vais pas me plaindre parce que je fais un peu exprès que les gens ne comprennent pas… Après, il ne faut pas que je sois déçu s’il y a incompréhension !



L’écoute de la plupart de tes chansons (Manu Chao par exemple) rend heureux. Est-ce que c’est le but que tu poursuis ?
Ça me fait plaisir mais ce n’est pas un but au début. Quand je fais une chanson, je tends involontairement vers ça parce que je n’ai pas envie du contraire : déprimer les gens ne m’intéresse pas. Par contre, je ne fais pas du festif comme Marcel et son Orchestre. Tant mieux, si je rends les gens heureux !

Je vais raconter un peu ma vie…
Allonge-toi si tu veux en parler !

Parfois, avec des amis « mélomanes », on joue tes chansons... j’imagine qu’on n’est pas les seuls. Ça te fait plaisir que tes chansons soient reprises ?
Oui, oui. Ça me fait plaisir que les gens aiment bien et chantent mes chansons… même si ça me ravi aussi que les gens n’aiment pas ! J’étais pas du tout déprimé de vendre 10000 albums au bout de 20 ans, au contraire ! Je m’en fous complètement, vraiment. Les groupes que j’aimais quand j’avais 15 ans, ils sortaient des 45 tours qu’on trouvait à 10 exemplaires et qu’il fallait commander à Londres… Même aujourd’hui, les gens que j’aime ne vendent pas : Jonathan Richman doit vendre 300 disques !

N’as tu pas peur d’entraîner une vague de suicides chez les apprentis charcutiers, les gens riches, les vieux allemands, les gens qui jouant Ne me quitte pas à la flûte de pan ?
Non, parfois je pratique l’autocensure quand même… C’est un sujet du bac : « l’autocensure est-elle de la censure ? » Je sais pas mais, je pense qu’on s’autocensure tous un peu, à part jean-Louis Costes. Je respecte la démarche de Costes d’y aller à dire fond : il dit « j’ai envie de faire caca » et, en plus, il le fait sur scène, Moi, j’ai pas cette démarche là, je me demande si je veux dire telle ou telle chose, si c’est bien… Je n’ai pas non plus envie de dire n’importe quoi.

En tout cas, la chanson Les apprentis charcutiers est très drôle…
Non, pour moi, c’est pas drôle ! C’est le premier degré aussi : j’habite vraiment à coté de ce centre pour les apprentis charcutiers. Je les vois tous les jours dans la rue quand je vais chercher mes enfants à l’école, et ça ne me fait pas rire du tout de les voir. Les pauvres, on a l’impression que ce sont des enfants soldats, que ce sont des mômes qui sont engagés dans un truc. Je ne sais pas s’ils veulent faire l’école hôtelière, ils ont tous les cheveux courts. Je m’imagine moi là dedans. C’est pour ça que je dis : « il y a peut-être un grand poète parmi eux ». Il y a sans doute des pauvres mômes qui se sont retrouvés dans cette école et qui sont sensibles et intelligents. En même temps, travailler à RATP, ce n’est pas beaucoup mieux que d’être charcutier !

Personnellement, j’aime beaucoup tes chansons d’amour punk/rock (J’ai avalé une mouche, Petite fille). Penses-tu qu’elles sont prises à leur juste valeur ?
Je m’en fous… En tout cas, c’est vraiment le truc que je préfère. C’est ce qui m’a le plus touché au début dans le punk : les Undertones, les chansons d’amour de Ramones. Les ballades punk, c’est ce qui me touche le plus. Donc, j’essaye d’en faire de temps en temps. Si je me laissais aller, je ne ferais que ça parce que pour moi, c’est le must...

C’est pour ça que vous commencez les concerts par J’ai avalé une mouche ?
Au début de la tournée, on avait essayé d’autres trucs ( : "Didier wampas est le roi") et puis, un soir, on est revenu à ça, c’était mieux. Les Rolling Stones ont commencé très longtemps par Under my Thumb. Si les Stones le font, on peut le faire aussi !

Sur scène , vous avez l’air assez soudés… Les Wampas sont-ils une vraie famille ?
On est une famille mais pas sur scène. Sur scène, c’est chacun pour soi ! On ne s’écoute pas jouer. C’est plus comme ça que ça doit être : tout le monde à fond ! En tout cas, moi, je suis à fond devant, j’entends même pas quand quelqu’un casse une corde ! A la limite, je ne me rends même pas compte si la batterie s’arrête... J’entends plus rien.

Pendant les petites pauses, on sent quand même que vous êtes soudés…
Oui... Sur scène, il y a des groupes qui jouent ensemble mais moi, je suis devant et je n’écoute pas les autres… Et en même temps, c’est mon rôle, je suis un peu comme l’avant-centre au football : il s’en fout de ce qu'il se passe derrière, il attend d’avoir le ballon pour marquer ! (Rires)

Si l’album continue à bien se vendre, où la famille Wampas va-t-elle partir en vacances ? Au Congo, à Saint-Lô ou au Mexique pour boire des Tequilas avec le commandant Marcos ?
On verra, j’ai dit « quand j’aurai le portefeuille de Manu Chao», je ne me suis pas mouillé : c’est très très loin d’être le cas. Je ne sais pas combien d’albums il a pu vendre depuis Mano Negra, quelques millions je pense… Si nous, on arrivait à 100 000, ce serait déjà un miracle. Il a encore vendu 160 fois plus d’albums que nous. Ceci dit, quand on a signé, je suis parti en vacances avec l’avance de 20 000 francs de la maison de disques. Je n’ai pas menti dans la chanson : j’ai pris un billet pour le Sénégal et je suis parti !

J’ai vu que Manu Chao et Radio Bemba venaient de se lancer dans une grande tournée française dans de petites salles, sans doute pour faire oublier ta chanson… As-tu eu un retour de la part de Manu Chao?
Je ne pense pas lui avoir fait trop de mal quand même. On lui a envoyé la chanson puisque Santi avait trouvé ça bien. Il a dit que c’était bien et que c’était la meilleure chanson du disque. Je crois que ça me ferait chier aussi d’entendre ce genre de truc sur moi à la radio. Ça m’arrivera peut-être un jour, à force de se moquer des groupes ! On fait chier tout le monde, on balance des pétards sur les autres groupes, ça fait 20 ans qu’on se moque ! Un jour, il y aura un retour de bâton…

Je ne comprends pas trop ta relation amour/haine avec les Washington Dead Cats dont tu te moques copieusement tout en ayant recruté le bassiste des WDC…
Non, ce n’est pas une relation amour/haine : les WDC, c’est nul, c’est une grosse merde et ils sont cons, c’est tout ! Le bassiste s’est barré avant le premier disque. Le chanteur des WDC, Mathias, travaille dans une maison de disques, c’est le manager d’Elsa, voilà, j’ai tout dit. Et à côté de ça, il fait le malin ! C’est tout pourri, tout naze, et ça a d’ailleurs toujours été comme ça ! On me parle encore des Washington !
Tony Truant : Tu veux que j’en parle moi ?
Didier Wampas : J’ai rien contre le manager d’Elsa, il faut bien qu’elle ait un manager et il s’est dévoué !
Tony Truant : Il faut bien vivre...
Didier Wampas : Il parait qu’il voulait passer à Popstar pour faire le jury, comme Santi, mais il n’a pas été pris. Ça ne l’aurait pas gêné !

Comment les Wampas s’y prennent-ils pour écrire des chansons ?
Si on savait… Ça fait un an que je n’ai pas écrit une chanson, j’aimerais bien savoir comment on fait, si tu as le truc... Il y a eu deux périodes, la période avec Ben et Marc et maintenant. Avant, on faisait les chansons tous ensemble en répèt’ ; maintenant, on répète de moins en moins et j'écris les chansons. Je prends ma guitare et j’écris en faisant le con. Je procède comme tout le monde, comme lui !
Tony Truant : Ben oui !

Parle-moi de Tony Truant…
Didier Wampas : C’est Antoine qui était guitariste des Dogs avant… Il s’appelle Tony Truant maintenant, il fait plein de trucs depuis 10 ans. Il a joué avec nous, il a remplacé Jo pendant toute une tournée, c’est un copain. Il fait un groupe qui s’appelle Tony Truant et ses deux solutions, il fait notre première partie et c’est bien ! Il joue aussi dans un orchestre de ukulélés. C’est un bien gentil garçon.

Lors du concert de Sannois, j’ai été très frappé de te voir faire des solos de guitare. Comptes-tu sortir une méthode de guitare Didier Wampas comme Joe Satriani ?
Oui, j’aimerais bien : ça s’appellerait « Comment jouer de la guitare avec deux doigts » ! Avant je ne jouais pas de guitare et j’ai découvert que la guitare c’était une escroquerie, on peut tout jouer avec deux doigts. Les chansons des Wampas depuis 10 ans sont écrites avec deux doigts !

Moi aussi, j’utilises cette technique pour jouer de la guitare !
Ça m’éclate moi de jouer comme ça ! Avant, c’était un manque : j’avais pas tout dans le rock ‘n’ roll car, jouer de la guitare, ça fait quand même partie de l’imaginaire du rock ‘n’ roll. Faire des larsens sur un Marshall avec une Flyin’ V, c’est quand même le must ! Je suis heureux : maintenant j’ai la totale !

Quand je t’ai vu arriver avec la Flyin V et la crête, c’était un grand moment. J’adorerais avoir une Flyin V comme ça !
Rassure-toi, ça ne coûte pas cher, ce n’est pas une vraie, elle coûte 2000 francs.

En tout cas, c’est la classe !
Tu ne peux pas savoir comme ça me rend heureux, je te jure, avec cette guitare, c’est le bonheur absolu ! (Rires)



Quel est le meilleur souvenir des 20 années de carrière ?
Il y a eu plein de grands moments. Franchement, je suis super content d’être là pour le concert de ce soir. Je ne regarde que devant mais ça fait un peu con à dire ! Je n’ai aucun regret. J’espère que ce soir, ça sera le meilleur concert qu’on ait jamais fait ! Je fais ça dans cette optique là, j’espère qu’il se passera des trucs qui ne se sont jamais passés...

La première partie des Meteors, 6 mois après vos débuts, ça ne reste pas gravé dans ta mémoire ?
Si, on a fait toutes les premières parties des groupes de psycho de l’époque.

Vous avez joué avec les Cramps ?
Les Cramps, on l’a fait il n’y a pas longtemps à Bourges et ce n’est pas un bon souvenir du tout ! Ils étaient exécrables : pas le droit de rentrer dans la salle pendant leurs balances, pas le droit d’approcher de la scène pendant qu’ils jouaient… Plein de trucs comme ça, c’était l’horreur ! Sinon, on a fait plein de festivals psychobilly. Ça, ce sont de bons souvenirs, quand tu es jeune (on commençait, c’étaient nos premiers concerts), c’est l’éclate de faire ça !

Il parait que tu as détesté le concert de reformation des Sex Pistols au Zénith…
Oui, pour moi c’était horrible ! Quand Johnny Rotten est monté sur scène et qu’il a dit « bonsoir Paris, j’espère que vous allez bien », c’était pourri : j’avais l’impression de voir n’importe qui… Puis, après, il s’est excusé de ne pas avoir de voix sur scène !
Tony Truant : Ah, oui, c’était nul !
Didier Wampas : Pour moi, les Pistols avant, c’était un mythe, un rêve, un truc magique… Quand j’ai vu les places en vente à La FNAC, j’ai presque pleuré, je tremblais ! Et maintenant, quand je pense aux Pistols, je pense à ce concert : c’est horrible ! Je n’aurais jamais dû y aller, jamais, jamais...
Tony Truant : On n’aurait pas dû y aller ! Le groupe était plutôt bien mais Johnny Rotten...
Didier Wampas : C’était horrible ! Pour moi, c’est plus pareil. J’aurais préféré qu’il fasse trois chansons. Le truc dont je suis le plus heureux, c’est de ne jamais avoir fait les premières parties des Ramones. Tous les gens qui l’ont fait les quinze dernières années m’ont dit que le mythe s’écroulait. Ils arrivent sur scène, ils disent bonjour à personne, il y avait une super mauvaise ambiance entre eux… Heureusement qu’on n’a jamais joué avec eux, heureusement ! Les Ramones pour moi, ça garde cette image magique, je continue à rêver... Merci mon dieu, qu’on n'ait jamais joué avec les Ramones !

Quand tu as appris les morts de Joey Ramone et Dee Dee Ramone, tu étais malheureux?
Non… Même pour Joe Strummer, même pour Dominique (NDR : Laboubée des Dogs dont Didier arbore le t-shirt)… Pour moi, ce sont des espèces de héros, tu n’as pas les boules quand les héros meurent, c’est normal qu’ils meurent debout, sans être tombés, sans avoir baissé, sans s’être reniés. Ils sont morts au champs d’honneur. Pour moi, c’est pas des hommes qui meurent, c’est des héros, donc ils ne sont pas morts…

Est-ce que tu es fier du rapport privilégié que tu entretiens avec le public (embrassades sur Kiss, invitation aux répétitions, public fidèle à chaque tournée, les fans te donnent des vêtements à chaque concert) ?
Je suis content d’inviter les gens aux répèt’ à Paris. Je ne veux jamais devenir comme les Cramps, je ne me vois pas un jour traiter les premières parties et devenir un vieux con comme eux. Tous les groupes américains interdisent les lights aux premières parties, même Iggy Pop fait ça ! On a joué avec Iggy en 2000, le premier soir ça allait, mais le deuxième soir, à Brive je crois, on met le panneau « Wampas » en fond de scène et le mec qui bosse avec Iggy nous dit de l’enlever. On commence à gueuler et le gars nous dit que c’est Iggy qui a ordonné ça ! Qu’est-ce que tu veux dire, on a le même tourneur en plus ! Au moins en France, je crois que personne ne fais ça ! Si, Noir Désir nous l’a fait une fois : l’éclairagiste n’avait pas le droit de tout utiliser. Bon, parfois, tu es fatigué, tu restes dans ta loge pendant la première partie mais faire ça aux premières parties, jamais ! L’avantage du rock alternatif, c’est que ce n’était pas du tout comme ça, il n’y avait pas cet esprit. Si ta guitare ne marchait pas, on t’en prêtait une ; quand un musicien était malade, un membre d’une autre groupe le remplaçait (Jo l’a fait pour Parabellum).

Dans tes textes, tu te places souvent du côté de l’enfance (Les bottes rouges), as-tu du succès auprès du jeune public et joues-tu tes chansons à tes propres enfants ?
Mes enfants ont six ans et demi et neuf ans. Je compose les chansons des Wampas chez moi. Depuis qu’ils sont tout petits, ils assistent à ça et ils sont contents comme tout. Il y a quelques temps, on a joué dans le Nord, le public était très familial, il y avait des mômes au concert… Une petite fille de onze ans m’a donné son lapin en peluche, ça fait un peu Claude François mais j’aime bien.(Rires) A priori, ça nous faisait bizarre de jouer devant des enfants mais finalement c’était très sympa, le public du Nord est génial.

As-tu pensé à te reconvertir en Henri Dès du punk rock ?
Non (Rires), parce que j’ai encore envie de faire la même musique. Mais si les enfants écoutent ma musique, je trouve ça super bien. Par contre, je n’ai pas envie de faire de la chanson pour enfants, je n’aime pas trop… Henri Dès, ce n’est pas le pire, ça va encore : j’ai même accompagné mes enfants à un de ses concerts !

Didier Wampas a-t-il encore quelque chose à prouver ?
Ben oui, à moi ! Je veux me prouver que je peux faire des choses de mieux en mieux. Par contre, je n’ai rien à prouver aux autres ! Je ne suis pas arrogant, mais depuis que j’ai sorti mon premier 45 tours, il y a longtemps, je n’ai plus rien à prouver. Avant, oui. Putain, le jour où j’ai eu mon premier 45 tours dans les mains, j’avais l’impression d’exister enfin ! Avant cela, j’avais un truc à prouver au monde. Je vais dire une connerie là, mais quand tu n’as plus rien à prouver, tu es plus libre, tu ne te demandes plus ce que les gens vont penser, comment ça va être perçu : tu t’en fous. Malgré tout ce que je dis, je pense quand même à ce que certaines catégories de personnes vont dire : on n’est pas libéré de tout, j’aimerais aller plus vers ça.

Quels sont les rêves de Didier Wampas ?
Ecrire de super chansons. Il y a tellement de disques chez moi que j’aime et qui me font rêver, j’aimerais continuer à faire de belles chansons, je n'ai pas d’autres rêves.

Dans la magnifique chanson Jalabert, tu avais prédit qu’il gagnerait le tour un jour. Malheureusement pour ta carrière de voyant, il a pris sa retraite peu après, sans avoir accompli cet exploit. As-tu d’autres pronostics éclairés pour cette année ?
Maintenant, je change les paroles de Jalabert : je chante « Le tour, il le présentera un jour. » à la place de « Le tour, il le gagnera un jour. » Il va peut-être le présenter cette année, on ne sait jamais. Je ne suis aucun autre sport que le cyclisme, et encore je ne regarde que le Tour de France. Je n’ai pas suivi le début de saison, je ne sais ce qu’il se passe. Comme Lance Armstrong ne court pratiquement que le Tour, on ne peut pas savoir dans quelle forme il est. J’aimerais bien qu’il se fasse battre par un jeune. C’est chiant les longues dominations sur le Tour de France : on a eu Indurain et maintenant c’est Armstrong, deux mecs froids ! Quand c’était Bernard Hinault qui dominait, c’était quand même autre chose...

Ah, Bernard « le blaireau » Hinault qui descend de vélo pour distribuer des pains aux grévistes qui bloquent la route…
Ça c’était bien !

Tu es donc pour le retour du blaireau ?
Oui, il nous faudrait un gros blaireau !

Est-ce que tu penses toujours que « le rock ‘n roll, c’est vraiment la belle vie » ?
Oui, comme je la vis, c’est la belle vie ! Je ne garde que le bon, je n’ai pas besoin de ça pour vivre. C’est d’ailleurs dangereux tellement c’est la belle vie, il faut faire attention, et ne pas se laisser aller .

Quand je suis arrivé à la Coopérative de Mai, il y avait des grévistes qui se préparaient à défiler contre la réforme des retraites, tu fais grève toi ?
Je suis à la RATP, alors… On est les seuls à foutre le bordel en France. Même si je n’ai pas trop le temps de m’occuper de tout ça, je m’intéresses à la politique. Je vote Mitterrand ou socialiste depuis que j’ai 18 ans. J’ai voté Jospin aux dernières élections présidentielles, je n’ai rien à me reprocher. Je fais de la musique et je travaille à coté, je n’ai pas le temps d’être syndiqué mais par contre je fais les grèves.

Est-ce facile de concilier la musique et ton travail ?
J’arrive à m’en sortir : soit je pose des congés pour tourner, soit je prends des congés sans solde.

Dernière question : à Sannois vous n’avez pas joué Denise (my love), elle ne fait pas partie de votre répertoire scénique 2003 ?
Non, j’aime cette chanson mais on ne la joue plus…

C’est bête, j’ai une copine répondant au doux prénom de Denise qui aimerait beaucoup que tu joues cette chanson ce soir…
On peut essayer de la faire aux balances, moi j’aime bien cette chanson ! Les autres ne voulaient pas la jouer, on l’a enregistrée en une prise, il y a donc plein de "pains" sur ce morceau, et après j’ai refait tout seul des guitares toutes pourries. Je me disais que cette chanson, c’est vraiment n’importe quoi : les autres ne connaissaient pas les accords, on ne l’avait jamais jouée ensemble !
Tony Truant : Et moi je chantais : « je vends même de la drogue ».
Didier Wampas : Ah, ça lui plaît cette phrase ! On la jouait avec lui et quand je chantais, ça le faisait marrer. Ça te mettait tellement en joie que ça me réjouissais moi même !
Tony Truant : Ouais, c’est ça qui me plaît ! »

La rumeur annonçait un Didier Wampas chantant juste lors des balances. Un travail d’investigation s’imposait donc pour informer les gens qui veulent savoir ! Vérification faite, ce bruit de couloir est sans fondement… Car non seulement, D.W. chante archi faux en répétant Denise (my love) (qu'il jouera le soir même!), s’époumone comme un damné, oublie carrément les textes, mais en plus, il joue de sa flying V sans prendre soin de la brancher et il faut que Philippe Almosnino lui signale pour qu’il s’exécute ! Et ce n’est que le début du massacre, mesdames et messieurs : en grand professionnel, Didier se met à répéter ses solos de guitare à deux doigts. Pendant ce moment de solitude aiguë, les autres Wampas se bouchent les oreilles en signe de protestation… Sacré Didier ! Pour ceux qui auraient malencontreusement manqué le début de la tournée 2003, les Wampas sont sur les routes jusqu’en décembre. Le concert à l’EMB de Sannois était excellent, celui donné à la Coopérative de Mai encore mieux : la suite des aventures de Didier au pays du Yéyé punk est donc à ne manquer sous aucun prétexte…



A lire également, une autre interview de Didier Wampas, réalisée en février 2003, ainsi que des chroniques des dernières sorties des Wampas (Chirac en prison, For the rock, Never trust a dvd !, Never trust a live !, Never trust a guy who after having been a punk is now playing electro) et des comptes rendus de concerts des Wampas à la Coopérative de Mai en 2000 avec les Hives, à l'EMB à Sannois, à L'Olympia, aux Eurockéennes de Belfort 2003, aux Efferv'Essonne 2003 et au Nouveau Casino, en novembre 2005...

(Photo live à la Coopérative de Mai : Jean-Pascal Blache. )

www.wampas.com/


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 17/06/2003

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