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Daniel Darc

Festival de Sédières
27 juillet 2004

Lors de l’entretien qui suit, Daniel Darc avoue qu’il se sentait « merdeux » sur scène au festival de Sédières, très tendu qu’il était à l’idée de donner un concert en ayant l’esprit occupé par des problèmes personnels… Toutefois, quand on le salue pour la première fois de la journée à la gare de Tulle, s’il semble d’un extrême fragilité, il reste aimable et cordial quand il tend une poignée de main très chaleureuse, même à un illustre inconnu.
Emu aux larmes par son dernier opus en date - l’inépuisable Crèvecœur -, on désirait lui poser quelques questions pour en savoir plus sur ses chansons si attachantes. Rendez-vous est donc pris le soir même après son concert à Sédières, quand la pression sera retombée… Là, Daniel Darc se révélera d’une douceur et d’une humanité désarmantes, il accueille les compliments avec des « Merci » un peu gênés et un regard empli de tendresse, il parle très doucement, murmure presque, lit les questions (ou les devine) avant qu’on lui les pose, s’interrompt un bref instant pour rassurer sa mère au téléphone et s’emporte - presque calmement - sur quelques sujets sensibles. Ah, oui, j’allais oublier : contrairement à ses craintes, son concert était vraiment tout sauf merdique…

Avant le concert de ce soir, j’avais assisté à ta prestation très réussie aux Eurockéennes de Belfort (début juillet 2004). Le public, jeune et très nombreux, t’as accueilli particulièrement chaleureusement, ça doit faire plaisir de jouer dans ces conditions, surtout pour un retour sur scène…
Daniel Darc : « Oui, j’étais vachement content… Forcément, ça fait énormément plaisir, je ne m’attendais pas du tout à ça, vraiment… J’étais heureux quand des mecs de mon âge m’applaudissaient mais là, des gens de 20, 25 ans comme ça s’est passé plusieurs fois sur la route, ça m’a touché, c’est même ce qui m’a le plus touché : voir des jeunes qui connaissent les chansons par cœur, c’est génial ! En plus, ils venaient quelques fois backstage parler avec moi et ils étaient intelligents.

On a vraiment vu que tu étais touché à Belfort, tu semblais beaucoup plus détendu que ce soir au festival de Sédières…
Oui, ce soir j’étais vraiment très tendu, mais ce sont des trucs par rapport à moi, à ma vie privée… des conneries quoi. Mais je revendique ça.

C’était quand même un bon concert…
Je sais pas, j’espère… Maintenant, j’ai un groupe qui est vraiment génial pour moi , ils se rendent compte quand ça merde de mon côté, et ils sont derrière. On fait des concerts comme on ferait des opérations de résistance pendant la guerre : quand il y en a un qui se plante, les autres le soutiennent. J’ai toujours joué avec les mecs avec qui je voulais jouer, je n’ai jamais eu des gens dont je n’avais pas envie mais ça n’a jamais été à ce point ténu, fort et exacerbé qu’en ce moment. Ils sont toujours là pour me rappeler, pour me dire « vas-y ! » quand j’ai une absence. Je suis très heureux de ça…

L’accueil qui vous est réservé est-il toujours bon sur cette tournée ?
Oui… Ça fait un peu prétentieux, mais oui. Il n’y a pas une date où le public n’est pas là. Bien sûr, il y a eu des moments où on aurait pu penser que le public était froid, je pense à deux / trois fois en particulier ; si tu passes par hasard, tu te dis que les gens sont distants, et en fait non, parce que je m’explique avec eux, c’est comme dans une baston de rue, on s’explique et je m’en sors... je m’en sors même plutôt bien ! Au contraire, c’est eux qui changent complètement d’avis, ils se retournent en ma faveur… Ça aussi, c’est touchant car tu te rends compte que c’est à toi de voir ce que tu peux faire. En fonction de ça, tu donnes ce que tu as à donner et si tu ne caches rien, ça se passe bien.

A Belfort, tu avais dédié le concert à Marlon Brando, peux-tu nous parler de ce qu’il représente pour toi ?
Si j’ai fait ça, c’est sans doute parce que j’avais appris sa mort le jour même, je ne m’en souviens pas. Voilà, c’est tout, je n’ai rien à expliquer… mais c’est quelqu’un qui est peut-être le plus grand acteur de tous les temps, c’est quelqu’un qui n’a jamais réellement joué, qui a toujours été là, qui a toujours refusé d’apprendre ses textes. Il a toujours été là comme une sorte de truc au milieu : « Je suis ce que je suis, je suis celui qui est… », une sorte de rocher au milieu du reste. Il n’y a rien à faire sauf le prendre en considération. Marlon Brandon et le rock ‘n roll, pour moi, c’est la même chose. Je prends ça en considération parce que ça existe, je ne peux rien faire sans ça, c’est tout…

Est-ce-que ça aurait pu t’intéresser de jouer dans des films ?
Oui, ça m’intéresse toujours… Plein de fois, j’ai été repéré par des réalisateurs - surtout des réalisatrices - j’ai peut être des trucs en projet mais je n’ai pas envie d’en parler parce que pour le moment rien n’est sûr. Ça me plairait assez. Cela dit, moi, au départ, ce n’était pas ça que je voulais faire : je voulais écrire. Il se trouve que l’écriture s’est déformée, j’ai écrit des chansons et je me retrouve quand même là-dedans. Je vais peut-être jouer dans des films qui arrivent là, de petits rôles… Par contre, je ne suis pas prêt à arrêter tout pour ça, il se trouve que ma vie, c’est l’écriture de chansons pour le moment et peut-être, un jour, un roman…

Vas-tu réellement essayer de te mettre à l’écriture de romans ?
Je ne sais pas, encore une fois ça me rappelle un peu Gainsbourg qui avait voulu peindre des chefs d’œuvre toute sa vie. Moi, c’est pareil, j’ai toujours voulu écrire des romans puis le rock est passé par là... Et j’ai opté pour la facilité : j’ai écrit des chansons en français, je ne sais pas si un jour j’arriverai à faire autre chose que ça. En attendant, je suis content de ce que je fais même si je sais que ce n’est pas un art noble, en tout cas j’essaye de faire ce que je peux avec ça…

Ton ami Patrick Eudeline, qui est également écrivain, a joué dans le film Baise-moi de Virginie Despentes, as-tu aimé le film ?
Je n’ai toujours pas vu le film, par contre j’ai lu le livre de Virginie Despentes bien sûr. C’est une amie, on se voit une fois tous les deux ou trois mois mais c’est quelqu’un que je considère comme mon amie, je suis vraiment flattée qu’elle soit mon amie, c'est quelqu'un de bien, vraiment, quelqu’un d’incroyablement sensible, généreux et beau... Comme Patrick Eudeline, comme Philippe Manœuvre, il y a très peu de gens qui me touchent comme ça dans le rock. Patrick, c’est comme un grand frère pour moi, c’est grâce à lui que je connais tout ce que je connais. Je l’ai découvert en achetant Best par hasard parce qu’il y avait Elvis en couverture, le premier article que j’ai lu était signé Patrick Eudeline. Je comprenais un mot sur cinq, mais grâce à ce premier article, j’ai appris tout ce que je connais sur le rock jusqu’à maintenant. J’ai vu pour la première fois en 1973 le mot « punk », je suis tombé sur ce mot là que j’avais déjà lu dans Shakespeare mais j’avais oublié, je l’ai redécouvert par la suite.

Dans Baise moi, Patrick Eudeline joue plus ou moins son propre rôle, serais-tu attiré par le fait de jouer ton rôle dans un scénario sur ta vie, qui est riche en événements… Raconter ce que tu as vécu, ça te plairait ?
Ecrire sur ce que j’ai vécu, on me l’a demandé plusieurs fois, je ne me sens pas prêt pour le faire maintenant parce que j’ai des trucs plus pressants dont je t’ai déjà parlé… Sinon, s’il y a un rôle pour moi et en plus un rôle qui me ressemble, je ne demande pas mieux que de jouer dans ce film ! Pour le moment, ce n’est pas à moi de le faire... mais je suis intéressé qu’on me propose ça.

Le jour où tu étais de passage aux Eurockéennes, as-tu eu l’opportunité d’assister à quelques concerts avant et après le tien ?
Franchement, je ne sais pas, je ne m’en rappellerais pas à moins que tu me dises les groupes qui étaient à l’affiche, je te dirais oui ou non… J’ai fait pas mal de dates dans d’autres festivals donc j’ai vu plein de groupes…

La journée avait commencé avec AS Dragon sur la grande scène…
Je voulais les voir, je n’ai pas pu les voir, je ne sais pas pourquoi…

Puis Herman Düne a joué à la Loggia…
Je ne sais même pas ce que c’est, c’est peut-être bien mais je ne connais pas…

Suivi par PJ Harvey sur la Grande Scène…
Ouais je l’ai vue, j’étais au premier rang pendant un moment, j’aime beaucoup ce qu’elle fait ; je la trouve extrêmement touchante et pleine de talent.

Enfin, les Pixies ont donné un concert parfait…
Ça ne m’intéressait pas vraiment, j’aime bien mais je m’en fous un petit peu. J'ai entendu vaguement, mais je ne suis pas allé les voir de près.

Comment se passe la vie en tournée avec tes musiciens ? Vous avez l’air de former une sorte de gang très soudé…
Oui, ce n’est pas uniquement avec les musiciens, c’est avec toute l’équipe : il y a également Doudou - j’allais parler de lui mais il est là, donc je ne vais pas le faire -, Laurent qui organise la tournée et qui est là chaque jour, ceux qui s’occupent du son, Tintin. Effectivement, on est bien ensemble, je suis heureux de travailler avec eux et je suis fier d’eux. Même quand je me sens merdeux comme ce soir - par moments, je n’étais pas du tout à l’aise -, ils s’en rendent compte et ils m’aident…

Tu sembles avoir une grande complicité avec Frédéric Lo et Alice Botté, tes deux guitaristes sur scène…
Oui, bien sûr, on a pratiquement fait le disque à deux avec Frédéric Lo, il y a une extrême complicité entre nous. Alice, ça fait 20 ans qu’on se connaît, c’est comme un frère. Mais encore une fois, ce n’est pas qu’avec le groupe (il y a aussi Denis aux claviers, le batteur, le bassiste… ) qu’il y a une complicité, mais aussi avec les personnes qui s’occupent de nous, qui nous font tourner, des gens qui prennent du temps : ce sont des amis qui n'hésitent pas à s’occuper de moi quand je ne vais pas bien. Ça, c’est vraiment important, c’est même indispensable parce que, je n’ai plus 20 ans… Faire des concerts à 20 ans, c’est un truc normal, enfin ça me semble normal, parce que moi je n’ai rien d’autre à faire, ma vie c’est ça. Mais j’arrive bientôt à 45 ans (je ne sais pas si je les ai, je ne sais plus… ), ce n’est plus naturel comme avant. Monter sur scène à 45 ans, c’est un truc bizarre, étrange… Donc tu as besoin de la complicité de tout le monde autour de toi, et là je l’ai enfin...

Sur le disque, les musiques et la production de Frédéric Lo sont sobres et inventives, as-tu trouvé le partenaire musical idéal ? Tu parles même parfois de rapports Iggy/Bowie entre vous deux…
Oui, j’en rajoute là-dessus mais effectivement Frédéric, quand il s’engage, il sait vraiment où il va, moi je m’en fous un petit peu, j’avance pour voir ce que ça va donner et je vois plus tard… Il y a donc un côté Dum Dum Boy chez moi (NDR : chanson d’Iggy Pop en solo racontant l’histoire des Stooges, alias les dum dum boys, les idiots… ), un petit peu idiot mais qui avance comme ça. Frédéric, lui, calcule mieux son truc, c’est ça qui fait qu’on fonctionne bien ensemble… En plus, il est très généreux ; il s’enthousiasme quand je m’enferme pour un truc, il me laisse faire, il regarde ça d’à côté, et puis si ça lui plaît, on le fait… On se complète, c’est pour ça qu’on va continuer à travailler tous les deux pour son album et pour mon prochain album.

La question suivante était : avez-vous d’autres projets en commun ?
Ben voilà, il y a ça ! Je veux aussi écrire des textes pour d’autres personnes, surtout des chanteuses : Jane Birkin, Zouzou, et puis d’autres…

C’est déjà en préparation ?
Oui…

Quels sont les autres projets auxquels tu vas t’atteler dans l’immédiat ?
Faire un autre album, écrire les paroles en partie pour l’album de Frédéric Lo, préparer un autre disque avec Frédéric pour moi, écrire pour des chanteuses et des chanteurs… Ecrire pour plein de gens, c’est surtout ça que je veux faire. On va travailler sur mon disque d’ici six mois, donc il ne sortira pas avant un an. Enfin, un an et demi plutôt car on va bosser sur le disque de Frédéric avant.

A propos des textes que tu écris, ils sont à la fois émouvants, personnels et pudiques, ce qui les rend souvent bouleversants... En les écoutant (et en les lisant), on remarque qu’ils sont en même temps désespérés et hantés par la mort mais également pleins d’espoir et de désir de vivre…
Ouais, c’est plus plein d’espoir qu’autre chose, je pense que j’ai dépassé un truc qui était franchement désespéré. J’ai dépassé ça mais j’étais obligé de le faire, encore une fois, ne serait-ce qu’à cause de l’âge, ça ne menait plus à rien, (NDR : il murmure) ça ne servait plus à rien…

Qu’est-ce qui nourrit ton écriture ? Tes lectures ? la musique que tu écoutes ? la vie ?
C’est la vie… Mais, effectivement, je lis bien sûr ; je me nourris de tout ce que je peux emmagasiner dans une journée de 16 h, 18 h ou 20 h, et après je balance tout ça dans le désordre. C’est mon désordre intérieur qui fait que mon ordre extérieur est un petit peu malmené.

Sur Crèvecoeur, les chansons tristes et lentes sont souvent suivies par des titres plus enlevés et légers (comme Mes amis et Et quel crime ?), c’était une volonté de ta part de ne pas lasser ou être déprimant ?
C’est surtout une volonté de continuer à vivre ! Autour de moi quand je regarde un petit peu mes amis, ça se passe comme ça ; parfois tu as tellement pleuré que tu ne peux plus, alors tu te marres, le moindre truc te fait sourire ne serait-ce que quelques secondes, ça te donne du courage pour recommencer… Dans l’ordre des morceaux, il y a ça effectivement ; il y a un moment où tu es allé tellement bas que tu ne peux pas aller plus bas, alors autant en rire, reprendre un peu d’espoir et repartir… Ce n’est pas un choix, c’est comme ça, ça s’impose à moi.

Aux Eurockéennes, juste avant de jouer le morceau Un peu c’est tout, tu avais déclaré, « c’est ce que je pense de la chanson française »… Peux-tu évoquer le « peu » qui tu apprécies dans la chanson d’ici ?
J’aime énormément Miossec, j’aime énormément Bashung, j’aime énormément Christophe (Bevilacqua). Voilà, j’aime énormément ceux-là, et le reste… je m’en fous un petit peu.

J’ai trouvé assez drôle que la dernière fois que tu aies vu Miossec, vous vous soyez roulé une pelle …
Pourtant, c’est vrai... C’est comme ça, c’était pas technique. Je crois qu’il aime bien ce que je fais aussi, on a parlé d’Elvis, et puis voilà… On aurait très bien pu se foutre sur la gueule, mais comme ça n’a pas tellement d’intérêt, on s’est roulé une pelle, voilà. (Rires)

Miossec a écrit une très belle chanson pour Bashung qui s’intitule Faisons envie, serais-tu intéressé toi aussi par le fait d’écrire pour Bashung ?
Oui, mais je ne pense pas qu’il ait besoin de moi… Mais si un jour, il me demande, bien sûr, tout de suite ; comme je te l’ai dit, c’est quand même un des trois mecs en France que j’aime vraiment en France.

Il y a un point commun entre Bashung et toi, c’est que vous avez tous les deux mis en musique et chanté des textes extraits de La Bible (Le cantique des cantiques pour lui et Psaume 23 pour toi), as-tu aimé sa version du Cantique des cantiques ?
Oui, je trouve ça très bien. Je pense que cette traduction de la Bible est une des moins fiables, mais dès le départ cette Bible là n’est pas faite pour être fiable mais pour être un « livre d’écrivain ». En tout cas, j’aime vraiment beaucoup ce que Bashung en a fait. Ça fait très longtemps que je voulais faire ça aussi, en fait ce n’est pas la lecture de La Bible qui m’a donné cette idée, c’est le film Il était une fois en Amérique où il y a un grand passage sur Le cantique des cantiques

J’ai beaucoup aimé ce film mais je ne souviens absolument pas de ce passage…
L’héroïne du film lit Le cantiques des cantiques au personnage joué par Robert De Niro - qui est encore môme - en rajoutant à chaque fois à la fin « oui mais mon amour est un voyou, et ne se lave pas, et ses genoux sont cagneux etc », elle ajoute toujours des trucs comme ça à la fin des phrases. C’est très beau, c’est même à pleurer… enfin moi, ça me fait pleurer. C’est un film magnifique.

Comme Bob Dylan, tu t’es converti au Protestantisme, peux-tu parler du rôle que cela joue dans ta vie ?
Je suis chrétien… C’est important pour moi mais je suis croyant, c’est tout. Il se trouve que j’étais en quête de quelque chose - et je ne sais toujours pas ce que c’est d’ailleurs… -, je suis passé plusieurs fois devant des temples protestants et il était écrit « ce que nous croyons : » et en dessous il y avait différents points qui étaient soulevés. Comme pleins de gens, je ne connaissais même pas la différence entre Catholiques et Protestants, pour moi c’était la Vierge Marie ou pas la Vierge Marie. En fait, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ça : je croyais effectivement en les mêmes choses que ces gens qui se disaient protestants. Je me suis donc senti bien chez eux, et je suis allé prier plusieurs fois, je me suis senti chez moi… Et à partir de ce moment là, il y a eu un travail de conversion.

La conversion de Bob Dylan avait été suivie par une visite au Pape Jean-Paul 2 et d’un concert en son honneur au Vatican, tout cela arrivant après des déclarations honteuses du Pape contre le préservatif… J’avais trouvé ça très choquant que Dylan soutienne par sa visite au Vatican un discours aussi criminel… Qu’en penses-tu ?
Moi aussi j’ai trouvé ça choquant. Je ne reconnais en rien le Pape, je ne suis pas catholique, je suis chrétien d’obédience protestante. Le Pape est pour moi un des serial killers les plus efficaces actuellement. Je n’ai absolument rien à voir avec le Pape !

Peux-tu parler de tes idoles musicales (Bob Dylan, Johnny Cash) ?
« Idole », c’est un bien grand mot… Mais effectivement j’aime vraiment Johnny Cash, Neil Young, Dylan, Elvis Presley, Gene Vincent, des gens qui chantent… En fait, ce qu’il en reste et ce qui m’intéresse le plus au fond, ce n’est pas la technique car la technique est quelques fois complètement absente de ces gens-là ; des gens comme Dylan, surtout quand il est très fragilisé - fragilisé aux deux sens du terme : c’est à dire qu’il est plus fort que d’habitude -, il est fragilisé justement par la foi chrétienne qui arrive en lui et le bouleverse complètement, il chante techniquement très mal, ça peut arriver. Mais il a un truc tellement fort en lui que tu t’en fous, peu importe ! Johnny Cash, c’est pareil : du « Man in black » il devient « Man in white », du voyou qui se défonce aux amphétamines, il devient ce mec qui porte les évangiles ; au niveau technique, il y a un sérieux creux… et puis ça passe. Elvis, c’est pareil, Gene Vincent, c’est pareil… Le « creux », il est comblé par la foi, par le silence, et par la beauté que tu peux faire passer dans ton chant pour essayer de recréer quelque chose, quand tu sais que tu as déjà brisé une partie de ta vie, une partie de tes espoirs… C’est ça qui m’intéresse, ce sont les gens qui se rendent compte d’un vide immense en eux, comme Iggy Pop quand il écrit le texte de China girl ou celui de Dum dum boys… Des gens qui ont eu des certitudes tellement fortes, qui s’en sont rendus compte, puis qui les jettent par terre, et ça ne change rien pour eux, ils sont toujours là, malgré tout.

Quels disques de ces personnes pourrais-tu recommander à ton jeune public qui ne les connaît pas forcément bien ?
Déjà, je leur recommanderais de devenir bilingue, d’apprendre l’anglais le mieux possible… Je parle bien anglais - je ne sais pas si je suis bilingue -, mais j’ai appris par Dylan, par les Beatles, et par les Stones, sans ça je m’en foutais un petit peu… J’ai eu une prof d’anglais super, qui était vraiment très bien : Madame Gonzales (Rires). Toute la musique que j’écoutais était en anglais, donc je me suis dit, il faut que je comprenne ça et, voilà c’est grâce à ça que je parle anglais. S’ils sont bilingues, ils doivent écouter Blonde on blonde de Dylan, ou Highway 61, et puis tout Dylan de toute façon ! Et puis les Smiths, si c’est des mecs qui ont moins de 20 ans, les Smiths, c’est bien…

Pourquoi ne fais-tu pas de reprise sur scène des musiciens dont tu parles avec autant de passion ?
Je pense faire un album de reprises avec Frédéric Lo… Mais ce sera des reprises en version française parce que mon accent anglais n’est pas génial et puis de toute façon, ça ne m’intéresse pas en anglais. Je trouve que ça a été déjà très bien fait : Bryan Ferry a enregistré pour moi son meilleur disque comme ça, il n’y avait que des reprises, David Bowie avec Pin Ups a fait la même chose. Moi, ce qui m’intéresse c’est faire des reprises mais en langue française : Gainsbourg, et puis d’autres trucs moins connus, je pense le faire un jour mais quand j’aurai plus de temps et moins d’idées ; là, pour le moment, je préfère faire mes trucs à moi.

Je crois que vous jouez parfois Space oddity de David Bowie avant de monter sur scène, que penses-tu de sa musique ?
On l’avait jouée une fois avant de monter sur scène, juste comme ça, on ne la joue pas en concert. Franchement, c’est quelqu’un que je n’écoute pas beaucoup… Bowie, c’est comme Etienne Daho en France, il a toujours été extrêmement correct par rapport à ses influences, il a toujours tout fait pour que Iggy et Lou Reed se retrouvent avec la gloire qu’il a lui-même. Pour ça, c’est un mec très bien selon moi. Cela dit, ce qu’il fait lui-même, ce n’est pas un truc qui me touche énormément, évidemment c’est quelqu’un qui est talentueux mais je ne suis pas fou de Bowie. A la limite, il est presque trop talentueux pour moi : c’est un bon acteur, c’est un bon chanteur, c’est un bon en tout… C’est un mec qui joue trois semaines du saxophone, et il en joue bien… Il a tellement rien à se reprocher que ça me laisse perplexe, mais c’est un mec qui est correct donc…

Tu parlais de Gainsbourg, on sent souvent dans tes morceaux des réminiscences de son travail, est-ce-qu’il t’a marqué ?
Forcément, parce qu’en langue française, à part Boris Vian et Gainsbourg, il n’y a pas vraiment beaucoup de gens qui ont insisté sur la langue française autant que ces deux-là. Moi j’aime pas Brassens, je déteste Jacques Brel - il y a quelques chansons que j’aime bien mais le personnage me fait chier, Ne me quitte pas tout ça, pour moi, c’est vraiment de la merde - donc forcément qu’est ce qu’il reste ? Il reste Vian et Gainsbourg, - et dans mon cas, Bashung qui était là avant moi -, il n’y a personne d’autre qu’eux pour moi… C’est pour ça que Bashung est dans le dictionnaire aujourd’hui, je l’ai appris par hasard comme ça l’autre fois, c’est tout à fait mérité. Il n’y a tellement rien en France en langue française à par ces quelques personnages… Ah, je crois que c’est ma mère… (NDR : Il part répondre au téléphone et revient très rapidement)

J’ai appris qu’à la rentrée (le jeudi 4 novembre 2004), tu allais jouer avec Bashung à la Coopérative de Mai…
Je ne sais pas encore si ça va se faire, je pense que oui, si c’est écrit… Si ça se fait je suis très heureux ! Parce qu’encore une fois, c’est quelqu’un que j’aime vraiment : j’aime ce qu’il fait, j’ai pas envie d’en dire plus de toute façon. Ça suffit là, je me suis assez déculotté (Rires) !

En ce moment, il y a une vague de réformations, récemment j’ai vu les Stooges au Zénith, je crois que tu les as vus aussi, qu’est ce que tu en as pensé ?
(NDR : Il s’enflamme) Je les au vus au Bol D’or et au Zénith, c’est très bien, c’est vraiment très bien ! De toute façon, c’est Iggy Pop. On est content de savoir que c’est les Stooges parce qu’on sait qu’ils vont jouer les morceaux des deux premiers albums, ça donne des repères… Mais au fond de nous, on sait très bien qu’on s’en fout un petit peu, c’est Iggy.. Bien sûr, c’est touchant de voir ces mecs derrière lui, mais si on avait un avis vraiment neutre là-dessus, on se dirait « putain, quel groupe ! il a quand même eu des groupes mieux que ça. » C’est pour ça que pas une seconde dans ma vie je n’ai pensé à reformer Taxi Girl, ça serait n’importe quoi. Le peu de morceaux de Taxi Girl que je refais aujourd’hui, je les joue mille fois mieux qu’on n’a jamais pu les faire sur scène avec Taxi Girl. J’ai un groupe mille fois mieux maintenant, à l’époque, on ne savait pas jouer, on était nuls, vraiment à chier, on était des merdes…

Il y a quelques années, tu avais participé à la compilation initiée par Fabrice Ponthier (programmateur du festival de Sédières) qui s’appelle Comme un seul homme, quel souvenir en gardes-tu ?
Le sujet me touchait vraiment beaucoup, j’ai fait ça avec des anciens de Diabologum, qui font un groupe qui s’appelle Programme je crois, ils se sont très mal tenus sur ma tournée, donc ne veux plus en entendre parler - tu peux peut-être me faciliter le truc, tu n’as qu’à le dire dans ton interview comme ça ils ne me feront plus chier - on devait refaire des choses ensemble mais ils se sont conduits comme des merdes ; ils sont venus lors d’une tournée, ils étaient vraiment merdeux donc je ne veux plus entendre parler d’eux… Diabologum, c’est fini, c’est bien fait, Programme c’est de la merde, qu’ils aillent se faire enculer ! Cela dit, je parle du présent maintenant, j’arrête le passé une seconde, j’ai rencontré Fabrice pour le truc qu’on a fait avec ce groupe dont je t’ai parlé (NDR :le morceau avec Diabologum s’intitule Et si nous n’avions pas été là, l’histoire aurait été la même mais racontée par d’autres), et ce mec était mal, la maladie le mettait dans un sale état. Et là, je l’ai vu aujourd’hui, et j’étais heureux de le voir dans cette forme là, il est vachement bien, je suis super heureux… Pour moi, ça rapproche aussi d’autres choses ; je ne sais pas si on peut dire la maladie pour moi, ce n’était pas vraiment une maladie qui était dénommée, on peut appeler ça la dépendance ou ce que tu veux. Donc, moi non plus j’étais pas très bien, je me sens mieux aujourd’hui et ça me fait incroyablement plaisir de voir un mec comme lui, qui va bien et moi qui me sors un peu de ma merde, et tout ça parce qu’il y a des gens autour…

Ce soir, tu as joué en pleine Chiraquie dans les granges restaurées à l’initiative de Bernadette Chirac, tes impressions ?
Je trouve ça plutôt marrant, moi… J’aimerais bien la coincer, elle a un truc, Bernadette ! Depuis Yvonne De Gaulle, on n’avait pas fait plus sexe que Bernadette... Non, non, je la trouve bonne.

J’espère qu’elle lira l’interview, vous pourrez vous rencontrer, ce sera peut-être le début d’une idylle…
Ouais, mais sans David Douillet : c’est pas Chirac, c’est Douillet qui me gêne…

Y-a-t-il des choses qui te gâchent la vie, des gens que tu détestes ?
(NDR :Sans aucune hésitation) Douillet, Chirac, Obispo, non oublie Obispo pardon, en plus vraiment je ne l’ai pas fait exprès, je voulais parler du nain premier ministre… Sarkozy ! Obispo-Sarkozy, c’est pareil. Sarkozy-Obispo ! Tant que je ne les aurai pas vus copuler ensemble…

Sur cette tournée, chaque fois que tu présentes Denis Clavaizolle, tu envoies une petite pique à Jean-Louis Murat "Il l’a supporté pendant 14 ans, applaudissez-le"…
Je dit ça de la même façon que si Denis Clavaizolle arrive à sortir de notre collaboration vivant, il sera très méritant aussi ! Je pense qu’on est des casse couilles, je ne me fous pas de la gueule de Murat quand je dis ça. Murat, je ne le connais pas, je connais un peu son travail. A mon avis, il doit être pénible, comme moi je dois être pénible, incroyablement pénible. Donc, c’est pas un truc méchant que je fais contre Murat, pas du tout…

Est-ce que sa musique te touche ?
Non. Enfin, j’ai à peu près tout écouté , mais une fois, comme ça… Il y a des titres que j’aime bien, d’autres que j’aime moins. Ce n’est ni assez important pour moi pour que je m’y arrête et que je trouve ça sublime ou nul et en même temps, c’est quand même un truc que je trouve bien, je trouve ça bien foutu. Je sais qu’il a du talent…

Je crois que tu n’avais pas aimé ses propos peu amènes et provoc à l’encontre d’Etienne Daho…
Ouais, bien sûr que je n’ai pas aimé… C’est pitoyable ce genre de choses, c’est pour ça que je n’ai pas envie de m’enfermer là-dedans. Je te le dis, franchement, j’aime bien ce qu’il fait et je pense que c’est un mec bien, cela dit quand il critique d’autres mecs comme Daho, je ne vois pas l’intérêt… Même si je n’écoute pas tout ce que fait Etienne, c’est un mec incroyablement honnête par rapport à son travail, par rapport à d’où il vient ; il a toujours renvoyé l’ascenseur, il a toujours été honnête, il a toujours été bien avec les gens (avec moi le premier)… et incroyablement gentil avec Dani. Etienne, c’est un mec très bien, après, est-ce qu’on écoute ses disques ou pas, ça nous regarde, nous. Moi, un mec qui se fout de la gueule d’Etienne, c’est comme s’il se foutait de ma gueule… Est-ce que c’est très intéressant de faire de la provoc aujourd’hui, vu ce qu’on fait comme musique ? On n’a pas inventé Search & destroy en 1973 ! De notre côté, on fait ce qu’on peut, encore une fois, moi je préfère te dire du bien des gens que j’aime en France et m’arrêter là plutôt que de dire du mal d’autres dont je ne te dirai pas de mal puisque je n’en ai rien à foutre, ça les regarde…

Je ne te demande pas ça…
Oui mais tu comprends, on est peu en France à faire un truc de qualité (je m’inclus dedans, peut-être à tort) et c’est ça qui m’intéresse. Si peux faire découvrir le dernier Bashung par exemple à des gens qui ne connaissent pas , je suis vachement content et je préfère ça que dégommer d’autres mecs qui font de la merde, je m’en fous de ça !

As-tu assisté à un concert de la tournée actuelle de Bashung ?
J’ai vu quelques dates, c’est incroyablement touchant pour moi. C’est quelqu’un qui n’a pas peur à l’âge qu’il a, avec l’expérience qu’il a et avec les qualités qu’il a de se remettre en question et de faire un truc toujours sur le bord du précipice, au bord du gouffre. C’est ça qui me plaît, c’est ça qui me plaît aussi chez Miossec et chez Christophe

Est-ce que tu avais vu un concert de la tournée 2002 de Christophe ?
J’ai vu une date de cette tournée, ça m’avait beaucoup plu, j’avais trouvé ça sublime…

Tu as eu plus d’un problème avec tes maisons de disques mais, là, tu sembles avoir trouvé des personnes qui te soutiennent…
Oui, je crois aussi, c’est fou parce qu’ils sont autour de moi, très serrés, il y a une petite équipe de gens qui ont vraiment l’intention de faire ce qu’ils peuvent avec moi et qui en ont marre d’entendre parler des produits dérivés etc… Si ça se trouve certains font ça sur cette maison de disques mais elle compte beaucoup de gens… Donc il y a quelques personnes comme ça qui sont derrière moi, et il y a même des gens hauts placés dans la maison de disques qui me soutiennent et qui sont très heureux d’avoir quelqu’un qui fait autre chose que les trucs qu’on voit sur la 6. Pour le moment, je serais vraiment con de me plaindre ; après je ne sais pas comment ça se passera demain mais ce n’est pas mon but, mon but c’est de faire mon truc le mieux possible, et que personne ne me fasse chier.

Sur le dvd offert avec Crèvecœur figure le film Rêve cœur de ton ami Marc Dufaud. Dans ce documentaire qui retrace les étapes du processus de création du disque, tu n’as vraiment pas l’air en forme. L’enregistrement était-il si douloureux que ça ?
Non, mais je crois comprendre ce que tu veux dire, je pense que c’est ingrat d’enregistrer des gens quand ils sont en train de faire un disque. On est en studio en train d’essayer de finaliser quelque chose donc on n’a vraiment plus rien de nous : on n’a plus de chair, on est absorbé par l’enregistrement. Ce qu’on fait figure sur le disque ; vouloir capter ces moments-là, c’est de toute façon assez casse-gueule parce qu’on n’est plus rien à ce moment-là : tout ce qu’on est, on le donne, on en fait quelque chose, ça devient quelque chose mais nous, on n’est plus rien ! Je pense que Marc s’en est vachement bien sorti parce que c’est comme mon frère, il me connaît, il sait très bien si je joue quelque chose, si je le surjoue ou pas, ou si je ne joue pas. Il a pris les passages où je ne jouais pas, il a bien fait, mais d’un autre côté ça peut être très vite chiant si tu n’est pas fan de moi, je le conçois complètement ; dans ces moment-là, on essaie seulement de faire passer des choses sur les bandes.

Tu as dédié ton disque au fils de Marc Dufaud, Nathanael…
Au départ, il y a un titre qui s’appelle Nathanael, il n’est pas sur l’album finalement mais il sortira un jour (NDR : en fait, il est disponible en bonus sur le site de Daniel Darc pour les acheteurs de Crèvecœur). Ce titre est sur mon filleul Nathanael, c’est un môme bien.

Pour finir sur quelque chose de plus personnel, tu disais que tu aimerais bien avoir un enfant, est ce que ça te travaille toujours ?
Oui, bien sûr, ça me travaille, mais pour le moment je n’ai plus de femme, il faut faire les choses dans l’ordre ! (Rires) Ma femme, Anabel, est partie, donc je verrai plus tard ; l’enfant, je ne vais pas le faire tout seul… »

L’album de Daniel Darc, Crèvecoeur, est toujours disponible, et sa tournée, qui passera le vendredi 27 août 2004 par le festival Rock en Seine à Paris, se poursuivra à l’automne (le 4 novembre à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand, le 1er décembre à Cluses et le 14 décembre 2004 à l'Olympia à Paris)...

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www.danieldarc.com
www.taxigirl.org


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 26/08/2004

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