15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Jean-Louis Murat (Interview à propos de l'album A bird on a poire)

Théâtre d'Aurillac
octobre 2004

« Si je pouvais changer d’identité, j’aimerais bien être Jon Spencer ! »

Un sinistre scribouillard a un jour écrit dans une chronique sur l’album Le moujik et sa femme que les interviewes de Jean-Louis Murat étaient plus intéressantes que ses albums… Comment peut-on se fourvoyer à ce point ? Certes, le songwriter auvergnat a toujours des choses piquantes à déclarer en entretien, mais il vient surtout d’enchaîner une étonnante série de disques aux textes audacieusement poétiques sur des musiques captivantes - de Mustango en 1999 à A bird on a poire cette année. Le seul reproche qu’on aurait pu éventuellement faire à Murat, c’était sa fixette sur les Américains Neil Young et Creedence Clearwater Revival mais son dernier album (en compagnie de Fred Jimenez et Jennifer Charles, du groupe américain Elysian Fields) est fortement inspiré par la pop anglaise des années 60, nous voilà donc pris à contre pied. La rencontre avec JLM au Théâtre d’Aurillac - le vendredi 22 octobre 2004 -, juste avant un concert magique (car tout à la fois envoûtant, puissant, sautillant, décontracté et drôle), se présente donc sous les meilleurs auspices. Et c’est avec un plaisir renouvelé qu’on découvre un Murat serein, affable, drôlissime, parfois féroce, toujours pugnace…

Maintenant que tu joues les chansons de A bird on a poire sur scène et que l’album est fini depuis un certain temps déjà, quel regard portes-tu sur celui-ci ?
Jean-Louis Murat : « Je n’aime pas trop m’arrêter et jeter un regard rétrospectif sur ce que j’ai pu faire. Si j’ai fait cet album, c’est qu’il me plaisait beaucoup. Je rentre en studio le 6 décembre 2004 pour le prochain disque, je suis tourné vers les nouvelles chansons.

Comment sont les nouvelles chansons sur scène, sans Jennifer Charles au chant et sans cordes ?
Il y aura Jennifer avec nous sur scène à Paris. L’enregistrement et la scène, ce sont deux exercices différents. Pour moi, il faut faire vivre les chansons différemment sur scène. Et puis, il y a des exigences ; je ne peux pas me payer des cordes, ni faire venir Jennifer sur chaque date, il faut donc que je m’adapte. En plus, elle ne peut pas venir pendant deux mois en France car ils sont en train de bosser avec Elysian Fields. J’applique toujours le principe de réalité des choses, j’essaie de ne pas trop m’embarrasser avec des suppositions : « ah si j’avais ceci, ah si j’avais cela. » C’est intéressant de faire des concerts à trois sur scène. Dans n’importe quelle configuration, il y a toujours beaucoup de choses à apprendre.

La collaboration avec Fred Jimenez fonctionne très bien, va-t-elle être poursuivie ?
Je ne sais pas, il n’y a rien de prévu ; j’espère, mais là c’est le hasard des choses. J’ai surtout à préparer mon nouveau disque qui sort en mars 2005. Je vais enregistrer avec Fred, on tournera ensemble aussi et on verra bien, on en parlera. Moi j’aime bien fonctionner sur des coups de têtes ou à l’instinct, je ne programme pas trop : le seul truc que je programme, c’est de ne pas programmer… Je déteste la routine, c’est ma hantise.

Cet album commun avec Fred et Jennifer s’est donc fait sur un coup de tête ?
Non, il m’a fait écouter ce qu’il faisait et je lui ai dit « tiens, je mettrais bien des textes dessus et on pourrait faire un disque. » C’est moi qui lui ai proposé.

Comment as-tu procédé pour convaincre Jennifer de chanter en français sur le disque ?
Ça fait des années que je la connais, on est très amis. Je lui ai proposé ça, je ne savais pas si elle allait dire oui ou non. Elle a dit « oui » immédiatement, c’est la concrétisation d’un rapport amical de plusieurs années.

« J’aime bien les Beach Boys sans Brian Wilson parce que j’apprécie le côté Bee Gees des Beach Boys. »

Est-ce que ça aurait pu se faire sans elle ? Tu avais prévu quelqu’un d’autre, au cas où ?
Ah non, dès le début, j’ai pensé à Jennifer : dès la première chanson, je parle de Jennifer dans le texte. On aurait été bien emmerdés si elle avait dit non ! Mais si ça n’avait pas été possible avec elle, on l’aurait fait avec quelqu’un d’autre, ce n’est pas ça qui m’aurait arrêté… Mais c’est vrai que je ne connais pas de meilleure chanteuse que Jennifer.

Est ce que c’était un fantasme de lui faire chanter « I love you my Jean-Louis » ?
C’était rigolo. Ça s’est fait comme ça, c’était mignon (rires).

A bird on a poire est un disque de facture pop, avais-tu envie de casser la « routine » chanson folk/rock/blues de tes derniers disques ?
Non, c’était plutôt une envie de me caler sur ce que faisait Fred, je lui ai laissé carte blanche pour les arrangements. Je trouvais intéressant qu’il développe son univers, moi je voulais simplement chanter et mettre les mots dessus. C’est son disque, autant que le mien.

Ça ne commençait donc pas à t’ennuyer de faire des trucs rock à la Creedence Clearwater Revival ou à la Neil Young ?
Ah non, parce que le disque s’est fait au milieu de la préparation de Lilith, de l’enregistrement du Dvd (Parfum d’acacia au jardin) et de l’écriture des nouvelles chansons, j’aime bien mener deux ou trois projets de front.

La pop sixties, est-ce-que c’est aussi quelque chose qui t’as marqué, comme Fred ?
Oui, enfin moi je suis plus soul rhythm and blues sixties que Fred mais on se retrouve, on a des points en commun. Il est plus pop, plus anglais, et moi je suis plus américain sur les années 60. J’ai toujours trouvé que les Beatles ou le Stones avaient des modèles américains qui étaient mieux qu’eux. Je pense qu’en gros dans la musique noire américaine - disons entre les années 30 et 1960 -, ils avaient déjà à peu près tout fait, puis après les Anglais ont refait les choses à leur façon, c’est ce qu’on appelle la pop.

A propos de pop sixties, as-tu écouté la version définitive de l’album Smile de Brian Wilson, sortie récemment ?
Non, c’est une grosse différence qu’il y a entre Fred et moi : Brian Wilson, je m’en fous un peu, je suis plutôt Bee Gees, lui il est plutôt Beach Boys ! Ah, si Holland, c’est un album des Beach Boys que j’ai beaucoup écouté (même si je ne l’ai pas mis depuis un bout de temps), il n’y a pas Brian Wilson, je préfère. J’aime bien les Beach Boys sans lui parce que j’apprécie le côté Bee Gees des Beach Boys. Mais le côté trafiqué, le côté « tu ne peux même pas reprendre une chanson à la guitare », c’est pas mon truc… même si je reconnais que c’est vachement bien. Sur une île déserte, je n’emmènerais pas les Beach Boys, c’est sûr.

« Le challenge dans mon job, c’est de durer. Il faut savoir heurter pas mal de gens au présent et au coup par coup, ça je n’en fais pas une affaire. »

Le concept de ton dernier disque, c’est une américaine à Paris (ou une américaine en Auvergne), comment en es-tu arrivé à raconter cette histoire ?
J’ai écrit les chansons petit à petit, ça s’est un peu fait malgré moi, ce n’était pas prémédité… Je suis toujours gêné de donner des raisons pour lesquelles j’ai fait ceci ou cela, : je suis très instinctif, et après je suis un peu surpris par le résultat final.

Dans les chroniques sur ton album, beaucoup de personnes ont trouvé le titre bizarre et la pochette assez laide…
Sur les différents projets de pochette, celle-là a plutôt fait l’unanimité auprès de tout le monde, c’est pour ça qu’on l'a choisie d’ailleurs… On a pris une pochette à part pour un projet à part ; elle sort un peu des normes. Avec Fred, on a dit aux nanas qui ont fait la pochette qu’on voulait un truc un peu délavé, un peu désuet, avec des petits dessins naïfs, comme les publicités des compagnies aériennes dans les années 60. Le concept a été tenu du début à la fin. Ça tranche. Pour les gens qui ont tous mes disques, il était important que cet album ait un emballage différent.

Comment as-tu porté ton choix sur l’illustratrice de livres pour enfants, Godeleine de Rosamel ?
C’est une très grande copine de Laure (NDR : la femme de JLM), il y a des dessins d’elle à la maison. Et puis, je l’avais rencontrée à New York, elle vit avec un Américain à Los Angeles. J’y pensais depuis un moment, je me disais « tiens, je demanderais bien à Godeleine de me faire une pochette ». Elle travaille beaucoup dans les livres pour enfants, je pensais que ça serait rigolo qu’elle me fasse une pochette. S’il faut que ça tranche, tu prends le risque que beaucoup de gens trouvent ça de mauvais goût… Mais le challenge dans mon job, c’est de durer. Il faut savoir heurter pas mal de gens au présent et au coup par coup, ça je n’en fais pas une affaire. Je ne fais pas ce job pour faire plaisir aux gens, je le fais d’abord pour me faire plaisir, après c’est « qui m’aime me suive ». C’est mon côté sympathique et c’est mon côté antipathique ; mais je ne vois pas bien comment je pourrais faire autrement dans la réalité française et dans la vie artistique.

L’atmosphère est plutôt gaie, il y a pas mal de titres sautillants, voire primesautiers… Est-ce ta récente paternité qui t’as mis en joie de la sorte ?
Non, puisque tout a été écrit et enregistré bien avant que je sois papa. J’ai suivi l’univers des musiques de Fred, je me suis un peu laissé porté par cet univers. C’est vrai que la musique pop, c’est pas fait pour faire passer des messages, il faut que ça soit assez léger. Le style pop appelle une certaine écriture : une chanson pop vraiment très réussie , il faut qu’il y ait quand même un côté « neuneu » dedans. Les grandes chansons pop sont un peu neuneu (NDR : il chante) « She loves me yeah yeah yeah, she loves me yeah yeah yeah… », « quand l’amour s’en va et que tout est fini, da dou ron ron, da dou ron ron… ». Tu vois, il ne faut pas non plus aller chercher midi à quatorze heures (rires) !

Je trouve que les arrangements sont super soignés, voire classieux…
C’est Fred ! J’ai laissé faire Fred, ce que je voulais c’est que ce soit pro, c’était mon exigence. Sinon, je l’ai laissé développer ses idées.

Le seul truc auquel j’ai eu du mal à m’habituer, ce sont certaines parties de trompette…
Ah, tu as des gens qui n’aiment pas la trompette. Personnellement, j’adore la trompette. Dans les trucs pop qu’on peut écouter avec Fred, il y a beaucoup de choses comme ça. Après ce sont les goûts de chacun : certains n’aiment pas les cuivres parce qu’ils n’aiment pas Chirac qui aime la trompette, il se disent « j’aime pas Chirac donc j’aime pas la trompette », est-ce une raison suffisante ? C’est pas parce que Staline aimait le violoncelle que je vais dire « j’aime pas le violoncelle » (rires) ! La trompette, c’est très bien… Il y a un côté Pale Fountains… J’ai toujours adoré ce groupe, il m’a donné envie de faire ce que je fais. Je suis très fan de tous les albums. Le premier disque des Pale Fountains me paraît être un album parfait. J’en avais parlé avec Fevret et Beauvallet qui m’ont dit que l’idée de créer les Inrocks leur était venue des Pale Fountains… C’est un groupe admirable.

Peux-tu parler de l’apport de Stéphane Prin qui enregistre et qui mixe tous tes disques ?
Je le connais depuis super longtemps, il était assistant, on a sympathisé. On est assez amis, je lui fais confiance ; c’est un des gars qui me connaît le mieux, il sait ce que j’aime et ce que j’aime pas. C’est pour ça qu’on va super vite. Comme c’est mon caractère de ne pas aimer rester longtemps en studio, je m’entoure de gens qui travaillent vite, qui me connaissent bien, qui ont du goût et qui ont plein de qualités humaines. C’est le cas de Stéphane. Je trouve que c’est mieux de travailler avec des amis, s’ils sont compétents… et il est très compétent.

« Gainsbourg n’a pas inventé l’érotisme, je te rassure tout de suite ! »

Peux-tu expliquer la signification du texte de ton prochain single, Mashpotétisés ?
Ça veut dire que les Américains nous ont bien transformé le cerveau en purée de pomme de terre. En France, on confond Johnny Hallyday et Elvis Presley ! Il y a avait une sorte de pop française qui piquait tout aux Américains et qui faisait des versions vulgaires des hits anglais et américains, et c’est devenu un peu la référence pour l’inconscient musical français. C’est sans doute pour ça qu’on a un des pays qui a le plus mauvais goût sur Terre. Et on est sans doute le pays qui pense avoir le meilleur goût sur Terre ! Il y a une tension entre la réalité - on a le pire des goûts - et le fantasme - on pense avoir le meilleur… Et nous, quand on fait des disques, on se retrouve toujours un peu pris en otage dans cette folie, dans cette schizophrénie du public français, qui pense inconsciemment qu’Elvis Presley a tout piqué à Johnny Hallyday. Evidemment qu’ils savent que c’est pas vrai mais ils ont beaucoup de mal à ne pas le penser, malheureusement…

J’ai l’impression que tu as pris ton pied à écrire ce texte, tu inventes des mots (ringarnifier etc)…
Oui, oui, c’était un peu de la rigolade, c’est le côté Ranchero, ça ! Je l’ai fait pour rigoler et après j’ai dit à Fred « j’ai fait un texte rigolo ». Je lui ai vraiment demandé s’il voulait bien qu’on l’enregistre, parce que c’était pas sûr que ça lui plaise, c’était très Ranchero.

Les Rancheros ont-ils encore des projets ?
Un ouvrage de philosophie, je crois… On en a marre de faire des disques et des chansons (rires).

Quels sont tes titres préférés sur l’album ?
Ah, moi j’aime tout… J’aime bien Gagner l’aéroport, j’aime bien aussi A bird on a poire, Mirabelle Mirabeau

Les duos avec une femme américaine qui chante en français font un peu penser à Je t’aime moi non plus de Gainsbourg… Est-ce que c’est quelque chose que tu avais à l’esprit ?
Ah pas du tout ! Attends, c’est pas parce que Gainsbourg s’était levé une dinde anglaise (rires) et qu’il l’a mise au boulot, que ça m’influence. C’était pas le premier, ce ne sera pas le dernier non plus… Petula Clarke aussi a fait ça. C’est pas Gainsbourg qui a inventé le concept de faire chanter une Anglaise en français, il ne faut pas s’y tromper !

Je n’ai pas dit ça non plus…
Jennifer est beaucoup moins con que Jane Birkin ! Il faudrait au moins cinquante Jane Birkin pour faire une Jennifer.

Ce qui pourrait éventuellement te rapprocher de Gainsbourg, c’est l’érotisme des textes…
Gainsbourg n’a pas inventé l’érotisme, je te rassure tout de suite (il éclate de rire) ! C’est la langue française qui porte ce genre de choses ; pour courtiser, pour parler d’amour, pour faire des sous entendus, des connotations sexuelles, la langue française se prête très bien à ce genre d’exercices.

Avais-tu la volonté d’être sensuel ?
Je ne me dis pas « tiens, je vais mettre un truc sensuel » (éclats de rires). Non, c’est comme ça, c’est ma nature. Depuis le début, j’ai toujours fait des trucs connotés sexuellement. Pour moi, la création et la sexualité, c’est tellement la même chose que je ne fais pas trop de différence entre les deux.

Quel est, à ton avis, le meilleur endroit (ou le meilleur moment) pour écouter A Bird on a poire ?
Avant d’aller à un rendez-vous amoureux (rires). Je ne sais pas, dans un train… Il faut l’écouter avant la chose…

Lilith, avec ses chevauchées à la guitare est, lui, parfait pour un long trajet en voiture…
Oui, c’est vrai que ça marche bien. J’aime bien la musique américaine qui est une musique conçue pour traverser le désert, les Français ne comprennent pas très bien ça… Le Texas, c’est plus grand que la France : pour le traverser, bonjour ! Donc c’est pas mal d’avoir des disques longs à écouter… La musique américaine est plus une musique de l’espace alors que la musique anglaise, c’est une musique d’espace de chambre à coucher, ça ne se passe pas dans les mêmes endroits.

Qu’est ce que tu as écouté de marquant ces derniers temps ?
Le dernier album de Jon Spencer, c’est un album d’enfer. Je les ai vus il y a quelques jours à Paris, j’ai été un peu déçu. Mais cet été à Saint-Malo, c’était sensas. Ça fait longtemps que je le connais, je suis un grand fan ! Si je pouvais changer d’identité, j’aimerais bien être Jon Spencer, je ne te le cacherais pas !

« Chez Dionysos, il y a un côté Higelin qui aurait écouté les punks, ça peut être plaisant… Un côté Maxime Leforestier qui aurait trop pris d’acide également. »

Qu’est ce que tu as retenu de tes trois jours passés à la Route du Rock cet été ? Je crois que tu n’as pas aimé Air, moi j’ai adoré…
Air, je n’ai jamais pu saquer ça, ça me paraît être du pipeau de pipeauterie, j’ai toujours trouvé que c’était du Canada Dry ce Air ! Dès le premier album, je les ai vexés, chaque fois que je les vois, ils ne me disent pas bonjour. J’avais déclaré qu’ils s’étaient gourés de nom, qu’ils auraient dû s’appeler « Vent ». Je maintiens ma remarque, c’est du vent pour moi !

C’est quand même bizarre : la musique (la basse et les claviers) du premier morceau de A bird on a poire me fait penser à eux !
Air, ça me paraît vraiment inintéressant ! C’est un truc que je ne peux même pas écouter, c’est comme le journal de Jean-Pierre Pernaud : ça ne me viendrait pas à l’idée de le regarder. Ce n’est ni enrichissant ni pas enrichissant, c’est une façon idiote de tuer le temps, je trouve… Mais bon, je ne vais pas en dégoûter les autres.. mais alors pour moi, c’est zéro ! Je préfère mettre du Stockhausen mais pas Air : pour moi c’est une abomination (rires) !

Il n’y avait pas que Air et Jon Spencer à Saint-Malo…
Je ne me souviens pas… J’ai regardé et j’ai écouté Dionysos, on dirait les enfants de Ange (en moins bien), mais c’est tout…

Tu n’as jamais écouté Ange !
Si, tu rigoles ? J’ai vu Ange, t’étais pas né ! Il y a un côté Ange chez Dionysos, qui est assez sympa…

Ils ne font pas du rock progressif, ils ne sont pas déguisés…
Oui, mais chez eux, il y a une logique comme ça. Ils devraient faire leur prochain disque avec Jacques Higelin. Il y a un côté Higelin qui aurait écouté les punks, ça peut être plaisant (rires)… Un côté Maxime Leforestier qui aurait trop pris d’acide également. Ils sont bizarres ces gars là… mais c’est bien (rires) ! Quand il crawle sur le public, c’est un des grands moments du show. On dirait La piste aux étoiles… ou Intervilles (rires) : on se demande s’il va arriver jusqu’au bout de la salle. On dirait une compétition entre Pontarlier et Lons-le saunier… Dionysos, c’est sûrement le meilleur groupe français (éclats de rires) !

Est-ce que tu as pu voir le très beau concert de Camille avec Nouvelle Vague sur la plage de Saint-Malo ?
J’ai loupé ça, Camille ne m’avait pas prévenu… Dans les chroniques, personne ne parle de musique, tout le monde évoque le moment où elle avait trop chaud et où elle est allée se jeter dans l’eau. Camille, elle assure, c’est elle qui fait le show de Nouvelle Vague, c’est grâce à elle qu’ils vendent des disques ; ça devrait s’appeler « Camille featuring Nouvelle Vague »…

Tu as écouté le disque de Nouvelle Vague ?
Oui, j’ai écouté les trucs où Camille chante (rires)… Je trouve qu’elle est super douée.

Après ses prestations enflammées sur Lilith et Parfum d’acacia au jardin, as-tu envie de réutiliser ses services à l’avenir ?
Elle fait son truc maintenant… Camille , je la connais depuis très longtemps, avant qu’elle fasse des disques. Autant travailler avec des gens doués comme elle !

Sur scène, lors de son dernier passage à la Coopérative de Mai, elle avait conclu son spectacle par une magique reprise a capella de ta chanson L’amour qui passe
Ça devait être assez émouvant, c’est une admirable artiste. C’est la seule qui ose certains trucs. Une fois, je l’appelle et je lui dis « dis donc Camille, avec Fred on voudrait vous proposer un truc : on aimerait bien vous écrire et vous produire un album… ». Elle a répondu « ah, je vous remercie mais ça me dit rien du tout, mais alors rien du tout ! » Camille est très franche et très naturelle, elle est comme ça (rires).

Et le Beta Band à Saint-Malo ?
C’était pire que tout ! C’était pire que mauvais, surtout que je les ai vus il y a super longtemps. La première fois qu’ils sont venus à Paris devant 200 personnes, c’était absolument génial. J’avais vu Arnaud Viviant et je lui avais dit « faut se dépêcher, ça va tourner en catastrophe » et, effectivement, en 5 ou 6 ans ça a tourné au pathétique…

C’était beaucoup moins bien qu’à Benicassim en 2002, mais ce n’était pas pathétique je trouve…
C’était leur dernier concert, ils ne voulaient plus en faire, ils ne peuvent plus se saquer. J’en ai parlé avec des gens qui les connaissent, même eux étaient d’accord là-dessus, ils savaient que ça avait été merdique ; et ils ne s’entendent tellement plus qu’ils étaient bien contents d’avoir fait un mauvais concert. Sinon, c’était vraiment un super groupe, si on a fait les Rancheros, c’était à cause du premier concert du Beta Band, où c’était un peu le bordel. J’aurai bien aimé que les Rancheros fassent un truc genre Beta Band : changer d’instruments etc.

« Il vaut mieux que je fasse de la scène chaque fois que je sors un disque ; si c’est pour aller faire le con chez Fogiel ou je ne sais pas quel abruti, ça ne sert à rien… »

Maintenant, je voudrais évoquer ton dvd Parfum d’acacia au jardin, je l’ai regardé un nombre incalculable de fois…
Tu as bien de la chance, je ne l’ai toujours pas vu, moi ! Je n’ai même pas vu une seule image, je déteste me voir ! C’est Marie (NDR : sa manageuse) qui a supervisé le montage. Même sans le voir, je sais que c’était super d’enregistrer dans la continuité ces nouvelles chansons. C’était très fatiguant mais c’était très bien comme expérience.

Est-ce qu’il s’est bien vendu ?
On a été dvd d’or, je ne sais pas ce que ça veut dire mais on l’a été… C’est pas mal.

Quels retours as-tu eu de la part de tes fans à propos du dvd ?
Ils sont très contents… mais mes fans, ils ne me disent pas « c’est nul », ils me disent toujours que « c’est génial »… parce qu’ils sont fans. Je m’en fous un peu parce que je sais que c’était extra, c’était un challenge, c’était complètement dingue de faire ça et l’avoir réussi me suffisait amplement. On avait répété les morceaux qu’une seule journée, on pouvait donc se planter à n’importe quel moment… et il n’y a jamais eu à recommencer. C’était super même si on était épuisés à la fin !

Oui tu as les traits tirés sur le film…
On sortait de deux mois de tournée et l’enregistrement avait lieu trois jours après… Je ne dormais pas la nuit.

Il paraît que tu vas publier trois nouveaux albums (dont un dvd) dans les prochains mois, les sorties vont s’étaler ou tout va sortir en mars ?
J’espère sortir ces disques mais tu sais, maintenant, les maisons de disques, elles font ce qu’elles veulent… Moi je leur en propose trois, s’ils veulent en sortir un seul, ils en sortiront un seul.

Ce sont des projets parallèles ou tout sortira sous ton nom ?
Tout sortira sous mon nom… Il y aura des trucs à part dedans. C’est mon dernier disque chez Virgin, je leur en propose trois pour le prix d’un.

Tu vas changer de maison de disques ?
Je ne sais pas, j’ai un manager qui s’occupe de ça…

Il y a déjà des dates de concerts annoncées en mars/avril 2005… Tu te lances dans une tournée sans fin ?
Non, je sors de disques assez souvent et le meilleur moyen de faire la promo c’est d’être sur scène… Il vaut mieux que je fasse de la scène chaque fois que je sors un disque ; si c’est pour aller faire le con chez Fogiel ou je ne sais pas quel abruti, ça ne sert à rien… Ce n’est pas moi qui vais t’apprendre que les médias sont assez pourris. Je ne vais pas passer mon temps à faire toutes les radios et tous les machins. En plus, le truc que j’aime par dessus tout dans mon job, c’est être sur scène ; si je n’aimais pas, je ne le ferais pas… Depuis le début de la tournée, c’est plein tous les soirs, je ne vois pas pourquoi je ne donnerais pas de concerts… C’est à ce moment là que tous les emmerdements s’effacent et que tout prend du sens et du relief. »

Au cours de l’année 2004, Jean-Louis Murat a réussi à publier deux excellents albums (Parfum d’acacia au jardin et A bird on a poire), tous les deux suivis de tournées françaises très réussies au printemps et à l’automne… Après ça, d’autres auraient prévu de se reposer pendant 5 ans et de sortir best of, disque live etc. Toujours à fond après avoir lâché dans la nature la bagatelle de 30 chansons, Murat a, quant à lui, déjà prévu de sortir son nouveau disque - répondant au nom énigmatique de Moscou - le 15 mars 2005 ! Et c’est reparti pour un tour…

www.jlmurat.com
www.labels.tm.fr
www.chez.com/murattextes/

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 03/01/2005

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