25/09/2017  |  4874 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/09/2017 à 10:32:39
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Julien Baer

Interview réalisée par téléphone
janvier 2005

La singularité dont font preuve certains artistes a de quoi inquiéter les «simples mortels» que nous sommes, désemparés devant tant d’étrangeté, cette manière si détachée de se soustraire aux normes de nos sociétés contemporaines... Julien Baer ne va jamais au cinéma, n’achète quasiment aucun disque, ne fréquente pas les salles de concerts, et, du moins je le présume, n’a jamais eu recours à un coach professionnel pour lui apprendre à optimiser son «capital commercial» ou répondre aux interviews… Non, Julien Baer est vraiment un «artiste» au plus beau sens du terme, et son nouvel album Notre-Dame des Limites (Universal Jazz) en est la plus belle des illustrations…

Foutraque : Pourquoi une si longue absence depuis ton second album Cherchell en 1999 ? C’était pour faire un break salutaire histoire de retrouver l’inspiration, ou par lassitude de ce milieu où il faut constamment se vendre ?
Julien Baer : Je crois que j’étais un peu fatigué (…). Je n’aimais plus trop la musique que je faisais, trop de violons, trop «sentimental», trop premier degré, il fallait que j’entende d’autres choses, histoire de me ressourcer… Ca m’a pris du temps avant de trouver d’autres idées, de savoir exactement où je voulais aller…

Est-ce que tu considères Notre-Dame Des Limites comme un nouveau départ dans ta discographie, ou la suite logique des deux précédents ?
C’est les gens de l’extérieur qui peuvent s’en rendre compte, moi je ne sais pas trop… A chaque fois, j’essaye de faire des choses qui me plaisent, tout en essayant de surprendre agréablement les auditeurs. J’espère y être parvenu, mais je t’avoue que j’ai du mal à juger mon travail de l’extérieur…

Pourquoi avoir signé un contrat avec Universal Jazz, alors que ta précédente expérience avec un label d’Universal (Polydor) avait été peu concluante, c’est dernier n’ayant jamais manifesté un intérêt démesuré à ton égard…?
En fait, quand je suis rentré chez Polydor, j’ai rencontré deux personnes qui travaillaient à Universal Jazz, avec qui j’ai rapidement sympathisé. Ce label est très à part dans le groupe Universal, il bénéficie d’une grande liberté de manœuvre. Le milieu des maisons de disques est très versatile, et dans ce contexte, je préfère travailler avec des personnes avec qui je m’entends bien humainement. Pour en revenir à la promotion des deux premiers albums, et pour être honnête, je ne me suis pas trop vendu moi-même… J’ai notamment fait très peu de concerts. Je ne peux pas dire que c’est uniquement la faute des autres… Pour le premier, ça s’était plutôt bien passé, c’est pour le deuxième où les ventes ont été un peu décevantes. On a du mal parfois à expliquer le passé…

Au niveau de l’écriture, est-ce qu’il y a des thèmes très précis que tu as voulu aborder sur ce nouvel opus, ou retrouve-t-on plus ou moins tes thèmes de prédilection ?
Je n’écris jamais en fonction d’un thème, j’agis plutôt par association d’idées, par association de mots. Il me semble que les thèmes que j’aborde sont similaires d’album en album, sans en être vraiment certain moi-même… Je ne veux pas embêter l’auditeur avec mes propres idées, je pense qu’il faut lui laisser une «fenêtre ouverte», où il a toute latitude d’imaginer ce qu’il veut.

Quand tu utilises des samples et des boucles électroniques, comme sur Domi ou Au Cœur Du Système, c’est une démarche qui t’est naturelle, ou une manière d’essayer de bousculer un peu ton univers musical ?
C’est un mélange des deux… Naturellement, j’ai eu envie de bousculer mon univers musical. Ces derniers temps, j’ai écouté pas mal de hip-hop, histoire de m’initier à d’autres formes de composition. Les assemblages sonores que l’on peut réaliser m’ont emmené à reconsidérer mon approche de la composition, qui était très classique, «guitare-piano», et m’ont ouvert à de nouvelles perspectives…

… Tu écoutes du hip-hop plutôt calme, tendance «abstract-hip-hop», ou des choses plus radicales ?
En fait, j’ai surtout une culture «tube», je connais essentiellement ce qui passe en radio… Une des dernières choses que j’ai appréciées c’est le titre Graver Dans La Roche de Sniper. Pas mal de choses attirent mon oreille dans l’«univers hip-hop», que ce soit le R’n’B, les productions américaines, les titres produits par The Neptunes…

Sur le titre Nouvelle Adresse, on retrouve ce son si particulier du rock-fm américain des années 70, on croirait entendre un vieux disque de Steely Dan ou de Donald Fagen en solo… Est-ce une influence que tu as eu en tête lors de la réalisation de ce morceau ?
Ecoute, comment te dire… Je vois vaguement ce dont tu parles, mais je ne suis pas très familier avec les artistes dont tu as parlé… C’est un des rares morceaux de l’album qui ait été joué par un groupe, un orchestre.
C’est sans doute l’ambiance «collective» du studio d’enregistrement qui a abouti à ce type de son, je ne sais pas trop… En tout cas, même si pour certains titres, j’avais des influences bien précises en tête, ce ne fut pas le cas pour ce celui-là…

Autant la nouvelle génération de chanteurs français a une attitude «quasi-stakhanoviste» quand il s’agit d’aborder la scène, je pense à Cali, Vincent Delerm ou Benabar, autant de ton côté, tu te montres plutôt discret sur ce terrain là. Et on peut penser que cela t’a porté préjudice pour la promotion de tes deux précédents opus… Est-ce un milieu dans lequel, finalement, tu te sens peu à l’aise ?
J’essaye actuellement de réparer mes erreurs… Mais c’est vrai, tu as raison, le fait d’avoir peu tourné m’a causé du tort, c’est certain. J’avais du mal jusqu’ici avec l’idée de présenter «physiquement» mes chansons, ça me mettait très mal à l’aise… Je suis habitué à enregistrer tranquillement chez moi, entouré de tous mes instruments… J’ai une attitude très casanière, je ne vais jamais au cinéma ni à aucun concert, donc le fait de se produire devant une foule n’est pas quelque chose de naturel pour moi…

Au milieu des années 90, aux alentours de 96/97, on a commencé à parler de nouvelle chanson française pour désigner ton premier disque ainsi que ceux de Dominique A, Katerine et Dominique Dalcan. Qu’as-tu pensé à l’époque de cette appellation ? Un terme fourre-tout ? Quelque-chose qui permet d’être plus lisible aux yeux du public ?
C’est une bonne question… Je pense que c’est exactement les deux. Un terme évidemment fourre-tout, car je pense qu’aucun des artistes que tu as cité n’a envie de se réclamer de la nouvelle chanson française. Et d’autre part, si certains ont pu en profiter pour être mieux exposés, pourquoi pas… Mais ce genre d’appellation est surtout utile aux journalistes pour écrire leurs papiers… Pour les artistes, l’intérêt est moins évident…

En 1999, tu as collaboré à la bande-originale de La Bostella, le film réalisé par ton frère Edouard. Si il te le demandait, serais-tu prêt à retenter l’expérience ?
Oui, absolument. J’avais composé la musique plus un titre interprété par une chanteuse espagnole… Mais ce ne fut pas quelque-chose de très compliqué, ce n’était pas un grand «score» comme pouvaient l’être les bandes originales signées Michel Legrand ou Ennio Morricone… Après, si un réalisateur me proposait d’écrire la musique d’un de ses films, je ne sais pas si j’aurais la patience de me plonger dans un projet si ambitieux… Je crois que je suis plus adapté au format «chanson»...

Est-ce que ces derniers mois, tu as eu des coups de cœur pour certains artistes en chanson française, pop, rock, electro, world-music ou autre ?
Qu’est-ce que j’ai entendu récemment…(longue hésitation). Ah oui ! Un titre en radio sur lequel j’ai bien accroché, le refrain fait na, na, na…(il chantonne). Tu vois ce que c’est ?

Euh… Je crois que je vais avoir du mal à trouver ! C’est français ou anglais ?
C’est français. C’est un titre ragga-zouk il me semble…

Gasp ! Bon, on va faire plus simple, cite-moi les 3 derniers disques que tu aies achetés ?
Je n’achète quasiment jamais de disques…

Du tout !? Bon, est-ce qu’au moins tu les «piques» ?
Même pas… De temps à autre, il m’arrive d’acheter des disques africains ou orientaux, histoire de m’«exotiser» moi-même… J’ai plus une culture «45 tours» que «33 tours», ça m’ennuie profondément d’écouter un album en entier… Je ne suis pas un gros consommateur de musique, on en entend partout, dans tous les bars, les restaurants… Il faut que cela reste un moment privilégié, intime, c’est vraiment dommage que la musique soit galvaudée à ce point…

www.universalmusic.fr

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 23/01/2005

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