18/11/2017  |  4909 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/11/2017 à 14:22:22
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Ghinzu

La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
octobre 2004

On s’en doutait un peu à la vue de leur ébouriffant concert au Printemps de Bourges 2004 ; après les avoir rencontrés avant leur prestation ultra marquante à Clermont-Ferrand, c’est désormais une certitude : les membres du groupe belge Ghinzu ont un sérieux pète au casque… et ça leur va très bien !
Ahhh, les Belges... Ce n’est pas une légende, ces gens-là sont drôles (voire totalement hilarants), ont toujours des choses aussi décalées que surprenantes à raconter et évoluent très loin des conventions dans leur musique, comme en entretien. Les présentations sont à peine faites dans la loge où le groupe se prépare qu’en grands professionnels le chanteur John et le guitariste Greg se jettent sur le dictaphone pour l’essayer en enregistrant des bruitages avec leur bouche. Puis ils écoutent le résultat, jugent la qualité du son médiocre pour une utilisation radio (on les rassure : c’est pas pour la radio) et cherchent à trouver le nom du groupe qui figure sur la cassette… Et ce n’est que le début !
S’ensuit un dialogue débridé et très agréable avec une bande de fous furieux répondant aux doux nom de John Stargasm (chant, claviers, guitare), Greg Rémy (guitare, basse) et Mika Nagasaki (basse, guitare)…

« La musique comme on l’a vécue en Belgique avec ces histoires anglaises, américaines et ces gens qui se jettent par terre, qui s’habillent en moine, qui décapitent des chauves-souris et tout, cela nous a amenés à intégrer l'importance de la dimension spectaculaire du show... »

Pouvez-vous raconter en quelques mots l’histoire de Ghinzu ?
John Stargasm : « Ghinzu, groupe de rock, créé en 1999, à Bruxelles, composé de cinq membres qui sont devenus des amis, qui ont des styles assez différents et des caractères assez opposés. Groupe qui fait une musique rock et pop : on fait du « prock », nous ! Voilà, est-ce-que ça te convient ? Sinon, tu peux me stimuler, hein !

Ok ! Je n’ai pas écouté le premier album…
John Stargasm : Au revoir ! On se revoit la prochaine fois ?

… il est introuvable en France, malheureusement. Peux-tu parler des débuts discographiques de Ghinzu ?
Greg Rémy : Ce sont deux albums qui n’ont rien à voir. Le premier disque, on l’a fait en trois mois. Quand je dis 3 mois c’est du jour où on s’est mis ensemble pour répéter, jusqu’au mix final. C’est un album qui est beaucoup plus organique, il s’appelle Electronic jacuzzi, on a laissé une large place à la désinvolture, il est bourré de défauts mais en même temps, c’est ce qui fait un petit peu son charme. On avait pris le parti de ne mettre aucune reverbe, on avait une idée de production indépendante et on voulait mettre en avant la contrebasse acoustique. Notre nouvel album (Blow), on l’a fait en trois ans, on avait deux fois plus de matière : sur vingt chansons composées, on en a enregistré 16, mixé je ne sais pas combien et il y en a onze sur le disque… C’est un album qu’on a fait dans l’idée d’avoir des chansons aux couleurs très différentes. Sur Electronic jacuzzi, il y avait une recette pour le son, un parti pris radical pour la production et après on a fait évoluer ce son-là à travers différentes compos. Pour Blow, ce sont des sons différents pour chaque morceau, des couleurs différentes, un peu comme des vieux albums des Who, des Kinks, des Queen... Des trucs anglais, pas comme les White Stripes ou les Franz Ferdinand qui ont aussi un son très très fort avec lequel ils jouent en fait… J’adore les deux groupes que je viens de citer (j’ai pris la claque de ma vie récemment au concert des White Stripes au festival Pukkelpop… ) mais, moi, je me lasse très vite sur album d’un même son… Sur notre dernier disque, les chansons sont très différentes mais il y a un fil conducteur donc on a dû travailler hyperfort sur le tracklisting de l'album - et la set list des concerts - pour que l’album puisse s’écouter et que tu puisses te dire « nom de Dieu, c’est le même groupe ! », même si l’album est riche. Tu peux l’écouter des centaines de fois et encore découvrir des choses que tu n’avais pas remarquées…

Quels ont été vos premiers émois musicaux ?
John Stargasm : Tu veux dire la première fois qu’on a fait l’amour avec une jeune fille en écoutant de la musique ?
Greg Rémy : La musique, c’est assez basique et puis tu as toute l’attitude et l’image qui vont avec. Et tout à coup, cela fait d’un groupe, un groupe rock… En ce qui me concerne je me souviendrais de gens qui se roulaient par terre à la télé quand j’étais très petit, je devais avoir cinq, six ans… Je me disais « mais qu’est ce qu’ils sont occupés à faire ? » Je crois que c’était Iggy Pop, il était torse nu… On m’avait dit « gendarme », on m’avait dit « pompier », on m’avait dit « homme d’affaire » ou je ne sais pas quoi et là, je voyais un type qui m’intriguait autant par son attitude que par sa musique. Après, j’ai commencé à aller voir des concerts très jeune, à enregistrer des bootlegs, à m’approprier des groupes inconnus au bataillon. Tu ne le dis pas à tes copains mais tu leur fais écouter un petit morceau de ton groupe favori. Tout ce rapport que tu peux avoir avec la musique a fait qu’elle m’a toujours attiré et que j’en ai toujours fait…

L’abum est coproduit avec une femme (Christine Vershorren), quelle est sa part de responsabilité dans la réussite du disque?
John Stargasm : La musique qu’on fait peut aller de quelque chose d’extrêmement doux et un peu sur la brèche (tu ne sais pas très bien où ça va) jusqu’à quelque chose qui ait vraiment une violence phonique. Je crois que la sensibilité d’une femme apporte quelque chose en plus pour notre musique : arriver tout d’un coup à sentir ces émotions et à les retranscrire à travers le son… Comme on a cinq caractères assez marqués, assez forts, quand on est cinq hommes avec une femme dans une pièce, on l’écoute plus. Sans une femme, il y aurait eu moins de discipline.

A-t-elle produit d'autres groupes ?
Greg Rémy : Elle a produit notre premier album. En fait, on produit avec elle. On a fait le premier album, le deuxième et dès qu’on doit bosser un truc, on travaille avec elle. C’est quelqu’un de très méticuleux, elle nous a appris plein de choses, par exemple à savoir quand on avait fait une bonne prise ou non. Elle apprenait des choses également avec nous, on était ensemble. On ne va pas s’émerveiller mais on était enthousiastes : on faisait quelque chose qui était nouveau pour elle et pour nous.

« Toutes les prises de son ont été faites dans des centrales nucléaires. Pour l’image du groupe, on ne voulait pas enregistrer dans des studios ni à la maison. »

Je suis allé voir sur votre site Internet (www.ghinzu.com), et j’ai vu les photos de votre pseudo studio/centrale nucléaire… Qu’est ce que c’est que cette histoire ?
John Stagasm : (rires) Toutes les prises de son ont été faites dans des centrales nucléaires. Pour l’image du groupe, on ne voulait pas enregistrer dans des studios ni à la maison. On a travaillé dans de nombreuses centrales nucléaires en Belgique, mais également en Russie ou en Allemagne… Même s’il y en a en France on n’y est pas allé. Tu ne te rends pas compte : pour avoir l’autorisation d’enregistrer dans des centrales nucléaires, notre producteur doit envoyer quantité de fax. Il devient fou car, parfois, on arrive le jour même et on ne peut pas jouer. C’est vraiment dur de trouver de l’électricité pour mettre dans nos amplis !

Quelle était l’idée directrice pour cet album ? Y-avait-il un concept ?
John Stargasm : On avait l’idée d’avoir des morceaux qui soient différents les uns des autres. On est un groupe qui fonctionne encore à l’instinct, on n’a pas une vision en amont très claire de ce qu’on fait : on fait les choses et, après, on se retourne pour essayer de post rationaliser pour les journalistes. Mais il n'y a pas de contrôle…
Mike Nagasaki : Même au niveau de l’ordre des morceaux, il n’y a pas de contrôle. On nous demande souvent si on l’a travaillé, en fait on l’a travaillé inconsciemment et ça s’est mis en place comme ça.
Greg Rémy : Mais attends, c’est faux, on a travaillé ça pendant deux semaines !
Mika Nagasaki : (rires) Oui, mais on a dit lors d’une autre interview qu’on n’avait pas travaillé ça !
Greg Remy : Pour l’album, j’ai passé un mois à chercher l’ordre des morceaux, j’ai eu cinquante CD avec des trucs différents. Voilà : on dira que certains membres du groupe s’en battent les couilles… et d’autres pas !
John Stargasm : A la limite, quand on fait une interview on pourrait dire voilà tout est là dans l’album : quelle est la valeur ajoutée pour un journaliste de vraiment parler au groupe par rapport au fait de dire, « écoutez l’album, voilà ce que j’en pense ». C’est difficile pour nous, à moins d’avoir un discours personnel ou une espèce de format d’interview qui rende le groupe plus humain ; je trouve que c’est vachement plus facile de seulement filer l’album.

La première fois que je vous ai vus sur scène, c’était au Printemps de Bourges en avril 2004 avec Tokyo Sex destruction, Non One Is Innocent…
Greg Rémy : Les Espagnols c’était bien : Tokyo Sex Destruction ça tue ! No One Is Innocent avait sorti un album appelé La peau, c’était pas mal, ils avaient un guitariste hyper jeune - genre 16/18 ans - qui tuait sa race ! Ce qu’ils font maintenant, on ne va pas dire ce qu’on en pense : on pourrait encore les croiser… Je vais donc plutôt dire : ils sont vraiment bien, j’adore ce qu’ils font !

J’ai été très surpris par votre look, et par les brusques moments de tension. Tout cela est-il prémédité ?
Greg Rémy : Il y a plusieurs choses… D’abord, je dirais que la musique comme on l’a vécue en Belgique avec ces histoires anglaises, américaines et ces gens qui se jettent par terre, qui s’habillent en moine, qui décapitent des chauves-souris et tout, cela nous a amenés à intégrer l'importance de la dimension spectaculaire du show, il faut aussi savoir faire un peu d’entertainment (Ndr : divertissement) ! Aux USA et en Angleterre, ils arrivent à faire de l’entertainment un art, ici on veut toujours que l’art soit de l’entertainement, et c’est un peu différent comme approche. Nous, on aime bien avoir un look graphique qui soit différent de tous les jours pour que les gens soient un peu hors du quotidien quand ils arrivent dans une salle de concert. Pour ce qui est de la violence ou de la dynamique par rapport à la violence sur scène, c’est clair que si tu arrives avec des jeans baggy et si tu sautes à deux mètres de haut du début à la fin du concert, c’est un certain type de défoulement qu’on a tous expérimentés quand on était un peu plus jeunes, je pense non ? Non, lui (Mika), il lisait Tolstoi… Mais pour nous, c’est un peu plus tendu : il y a une tension parce qu’on est assis, par ce qu’on est un peu propres sur nous… et puis ça dérape. Et de nouveau, tout n’est pas prémédité. On s’est dit : « vu comment on s’habille dans la vie, ça ne va pas le faire sur une scène ! » On a donc mis des costumes, pour déjà avoir l’air moins ploucs… C’était ça ou les collants de Peter Pan !

Il y a deux pochettes différentes pour Blow, pourquoi ? La première était trop sanguinolente ?
John Stargasm : Au moment de signer le deal en France et de discuter de l’artwork, un otage se faisait décapiter en Irak et le film de son exécution se retrouvait sur Internet… Tout à coup, pour les gens avec qui on travaillait (Ndr : Atmopshèriques), qui collaborent notamment avec Universal, la pochette prenait un autre sens, ce que je peux comprendre. Et nous, à partir du moment où on signe avec des gens, où on décide de travailler avec un label, ça veut vraiment dire qu’on bosse avec eux… Ce n’est pas le groupe d’un côté et le label de l’autre, on essaye de faire un max de score, ensemble. C’est pour ça que ça nous a mis du temps pour trouver la signature que l’on voulait, d’abord parce qu’on voulait une signature convenable et ensuite parce qu’on voulait avoir l’équipe qu’il nous fallait. Avec cette relation là, quand ils nous disent qu’il y a moyen de faire mieux pour la pochette, on est dans le cadre d’un dialogue, on ne le prend pas en disant « non, c’est notre art, tu comprends. » Mais la pochette c’est quand même nous qui la faisons, on contrôle ce qui se fait : là, par exemple on doit aller visionner notre premier clip dans une demi heure, ça va chier !

Il y a beaucoup de vos morceaux qui dégagent des ambiances cinématographiques - notamment le premier, Blow -, avez-vous déjà fait des bandes originales de films, est-ce que ça vous intéresse ?
John Stargasm : On adore. Notre musique fonctionne comme ça, elle raconte clairement des images.

« La musique de Ghinzu s’adresse directement à celui qui l’écoute, ça ne va pas plaire à ceux qui veulent une musique d’ambiance pour manger une pizza ou un barbecue sur une terrasse en été. »

Blow me faisait penser à une BO d’un film de David Lynch, Lost Highway : le clavier à la Angelo Badalamenti et le déchaînement de violence à la Rammstein…
Greg Rémy : Moi, j’adore David Lynch, c’est un Américain très européen. J’aime bien également Badalamenti, il a beaucoup de talent. Ce que fait Lynch, c’est vachement bien, Lost Highway particulièrement. Je me souviens de l’histoire avec la Mercedes, quand le mafieux arrive chez le garagiste et lui dit « viens », on a l’impression qu’il va se faire tuer…

Pour continuer dans le cinéma, appréciez vous l’acteur belge très populaire en France (à juste titre !) Benoît Poelvoorde ?
Greg Rémy : Oui, on connaît, il a en plus énormément influencé l’humour français actuel. Quand je vois Edouard Baer par exemple, il joue aussi sur un espèce de ton cynico humour noir, on ne sait pas si c’est sérieux ou pas, nous on adore ! Poelvoorde était au dernier Printemps de Bourges avec Sharko. Il est excellent c’est lui qui fait le film à chaque fois. Le vélo de Ghislain Lambert par exemple, c’était trop parfait (rires) !

Dans votre musique, il y a des influences assez disparates (musiques de films donc, pop, punk, metal, etc), comment en êtes-vous arrivés là ?
John Stargasm : Ça dépend, tout peut partir d’un truc piano/voix, d’un truc electro punk ou de quelque chose de beaucoup plus symphonique ou épique. Ça dépend comment on compose. Par exemple, cet album on ne voulait pas qu’il soit trop produit, donc c’était bien de casser le rythme de deux chansons ultra produites avec une chanson beaucoup plus compacte enregistrée et mixée en un jour seulement, ça faisait respirer l’album. C’est pour ça qu’on voulait aussi qu’il y ait beaucoup de matière, une heure minimum. Si tu écoutes l’album, ça passe vraiment comme une pilule. On aime bien varier, on est un peu hyper actifs. C’est lié aussi au fait qu’on fait partie de la scène belge : on n’a pas cinquante ans d’albums de la mort au-dessus de notre tête, ni une lignée rock à défendre comme les Anglais ou les Américains... Nous, on est hyper frais. Si on s’était adressés à un producteur anglais, je te garantie qu’il nous aurait formatés pour qu’on ait un seul son comme les grosses sorties, The Music par exemple : « ok, on va positionner le truc, ça va être un peu psyché mais psyché des années 2000 ! » Le producteur veut vraiment imposer un son au groupe. Nous, on n’a pas ce problème là, on peut faire ce qu’on veut : en Belgique c’est un petit marché. En plus, notre disque c’est une autoproduction à la base ; on en profite, ça fait partie des avantages, même si le résultat en termes de ventes va être moins bon. On fait ce qui nous amuse et ce qu’on a envie de faire…

Quel est selon vous, le meilleur endroit pour écouter votre album Blow ?
John Stargasm : Au casque, définitivement… Avec quelqu’un ou tout seul. Au casque, dans le noir, à fond la caisse… Voire même en bagnole. Notre musique doit s’appréhender comme un film au cinéma : ce qui est important au cinéma, c’est que tu dois être face à l’image, tu n’as pas vraiment d’échappatoire : tu es là pour voir et entendre le film. La musique de Ghinzu qui s’adresse directement à celui qui l’écoute, ça ne va pas plaire à ceux qui veulent une musique d’ambiance pour manger une pizza ou un barbecue sur une terrasse en été. Dans ce cas là, ça ne marchera pas, ça va être insupportable. C’est quelque chose d’intime avec une certaine folie

Il y a un paradoxe, les morceaux sont très produits sur disque mais ils passent bien sur scène en version plus brute… Cela semble assez facile à faire pour vous.
Greg Rémy : La scène et l’album sont deux trucs très différents. Ce que tu as avec toi quand tu fais de la scène, ce sont les niveaux : tu peux imposer un niveau ultra fort, 120 voire 130 décibels, si tu veux.

En France, c’est limité à 105 normalement…
Ok, tu peux taper 105 db. Les mecs qui écoutent ton album, ils n’ont pas une chaîne qu’ils vont systématiquement mettre à 105 db. Tu dois donc jouer avec ça quand tu fais l’album : essayer de faire un son de guitare et un son d’ensemble qui sous entend le niveau. Sur scène, quand on joue, tout vibre : au dessous de mon cul, partout… On est obligés de jouer à des niveaux ultra forts - même dans les retours -, pour avoir des sensations. On ne fait pas vraiment de compromis sur scène : on veut que ce soit radical, c’est important pour nous…

« On a vu un excellent groupe de Toulouse : Punish Yourself… La tuerie ! Nous à côté, c’est les Bisounours ! »

Vous avez déjà beaucoup tourné en France, que pensez des groupes français avec lesquels vous avez joué ?
John Stargasm : On s’intéresse très très peu aux autres (rires) ! Ça fait deux trois fois qu’on joue avec Déportivo, ils ont l’air très sympa… La dernière fois, on est allés dans la salle les écouter mais on s’est plantés, c’était pas eux ! Donc cette fois, on va aller les voir. Sinon, on a vu un excellent groupe de Toulouse, Punish Yourself… La tuerie ! Nous à côté, c’est les Bisounours ! Ils étaient habillés en fluo, le chanteur se lacérait la bite avec une ceinture, c’était la folie ! Ils sont sympa, et en live, ils sont excellents. Slipknot et les autres métalleux pourris, ils peuvent aller se rhabiller !

Est-ce-que vous connaissez Jean-Louis Murat, un français qui a pas mal de fans à Bruxelles ?
Greg Rémy : Jean-Louis Murat ! Maintenant, je l’adore mais je le détestais au début ! C’est bien sur scène je crois… J’avais lu une interview hyper belle de lui, totalement anti système…

Pouvez-vous citez des choses que vous détestez et que vous adorez ?
Mika Nagasaki : J'aime Brassens, Brel et tout ça a été remplacé par des gens comme Céline Dion ! La qualité en général devient de moins en moins bonne. Il y a une pente qui va vers le bas… Mais il y a aussi une pente qui va vers le haut mais personne n’écoute : par exemple les trucs de rock extrême comme The Dillinger Escape Plan, c’est magnifique. Et Pony, tu connais, c’est un collectif international de performance rock, ils jouent au milieu des gens.
John Stargasm : Moi, j’aime pas les Etap’Hotels, ça ressemble à des camps de réinsertion pour délinquants…

Depuis quelques temps, le terme « groupe belge » est synonyme de qualité en France. Il y a une chose qui m’intrigue : est-ce qu’il y a de mauvais groupes chez vous ?
Greg Rémy : Ah, oui, il y en a plein. On peux citer des noms ? On va en citer un Y, E, L : Yel, c’est un groupe épouvantable. D’ailleurs ils ont une très bonne critique dans X-Rock, il faut la lire parce que très vrai… Il y a plein de groupes mauvais chez nous, comme partout !

De quels groupes vous sentez-vous proches en Belgique ?
John Stargasm : C’est difficile… par exemple, on a rencontré un groupe qui s’appelle Das Pop, ils ont remixé un titre à nous, on a fait leurs premières parties au début, c’était sympa. Dernièrement, il y a un groupe dans lequel Greg joue aussi qui s’appelle Sold Out qui est plus électro et qui remixe notre titre Mine un peu à la Rammstein, c’est pas mal. En ce moment, il y a pas mal de groupes qui marchent bien à l’étranger, ça nous rapproche : on se dit « salut, toi aussi t’es une star à l’étranger ? », (rires) « Cool, on peut boire un verre ensemble alors ! »

Qu’est-ce-que vous écoutez en tournée ?
John Stargasm : En ce moment on écoute King Khan, on l’a vu en live , ça tue ! A la fin du concert, il arrive en superman ! Il nous a filé son CD, donc dernièrement on écoutait ça dans le van.

« On ne joue pas très bien, et on compose des symphonies ! Donc c’est assez particulier… C’est comme si on écrivait des trucs qu’on ne savait pas jouer… »

Je vais terminer par quelques questions de fond si vous le voulez bien… J’ai lu dans une interview que vous trouviez que vous jouez « comme des merdes », ça me surprend un peu…
Greg Rémy : (rires) On ne joue pas très bien, honnêtement… On arrive un peu à noyer la mauvaise qualité de la performance dans la joie et l’attitude mais si tu viens avec nous dans un studio, tu vas voir ! Tout le monde pleure…

Vous avez également déclaré que vous pétiez plus haut que votre cul…
Mika Nagasaki : Oui… Mais c’est pas nous, c’est notre musique qui pète un peu plus haut que son cul…
Greg Rémy : On ne joue pas très bien, et on compose des symphonies ! Donc c’est assez particulier (rires)… C’est comme si on écrivait des trucs qu’on ne savait pas jouer…
Mika Nagasaki : Il y a des gens qui ne nous aiment pas justement pour cette raison (rires) !

Quels sont les projets de Ghinzu à court terme ?
John Stargasm : Et bien, faire un bon concert ce soir ! Demain on est à Stockholm… On nous met dans les vans, on ouvre les portes, on nous dit « jouez », après le concert, on nous remet dans le camion et ainsi de suite… Et puis, il y a une sorte de quartier général - qui est un peu le management -, c’est la lune noire au dessus de nous, la maison de disques. Ils nous donnent des ordres : « ça se passe bien, vous allez encore tourner ! »

A l’avenir, vous allez composer des morceaux dans la même veine ou changer complément de direction ?
Mika Nagasaki : Je crois qu’il faut changer un peu…
Guitare : on va voir, on ne sait pas encore… On va faire une démo assez rapidement pour voir ce qu’on veut faire exactement.

Quelque chose à rajouter pour conclure ?
John Stargasm : On est en plein milieu de tournée et c’est le concours de la blague la plus pathétique, surtout le matin au petit dej’, il y a eu des bons moments ! Aujourd’hui, c’était « on va jouer avec des petits veaux » à la place de « on va jouer avec Déportivo » … On s’emmerde pas avec nous, c’est ça qui est bien ! Pour le reportage gonzo de deux semaines avec nous sur la route, c’est quand tu veux ! »

Attention, si vous n’avez pas encore eu le choc de votre vie en assistant à un concert de Ghinzu, pas de panique : il suffit de guetter leurs dates de concerts, toujours nombreuses. Vous pourrez ainsi passer une soirée remuante en compagnie de ces Belges joliment dingues. Se priver de ces moments mémorables serait tout simplement criminel !

A lire également : la chronique de l'album Blow de Ghinzu.

(Photos couleurs : Jean-Pascal Blache / photos noir et blanc : Luc Massin)

www.ghinzu.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 28/01/2005

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