18/11/2018  |  5077 chroniques, 166 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/11/2018 à 19:40:36
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Ali Dragon

Studio + / Paris
2003

A quelques pas de la salle du Nouveau casino, dans un quartier d'Oberkampf constellé de troquets où il fait bon traîner le soir pour humer l'air du vrai Paname, le "krew" Ali dragon (David Antoniw, Bruno Nicolas, Sane Hassan Hassoute, Robin Feix et Alex Margraff) nous accueille dans son local de répétitions (le Studio +) pour faire le point sur les prochains développements de cette belle aventure collective.

Un dialogue sans langue de bois avec des musiciens issus d'horizons différents (Robin et Alex composent par exemple la section rythmique de Louise Attaque) qui ont sorti l'an passé (ndlr : en 2002) une galette que nous avons ici beaucoup appréciée. Extraits.

A quelques semaines de votre premier passage sur scène, comment vous sentez-vous ?
La date du 25 mars, où on devait jouer au Nouveau casino, tombait trop tôt, on était un peu limites : on va donc commencer par quelques dates en province au début du mois d’avril. Malgré tout, on travaille sérieusement, ça se passe bien, on monte en puissance. Le ballon gonfle petit à petit.

Ne va-t-il pas être délicat de retranscrire sur scène toute la richesse du disque ?
On va proposer une vraie relecture live : on va jouer des morceaux avec un dj, ce qui va nous ouvrir à d’autres genres de musique.
Notre but, c’est avant tout de proposer 2/3 heures de musique dans un spectacle total. Dans ce but, on voudrait qu’il y ait un peu de déco aussi …

C’est d’ailleurs la grande force de ce mouvement, ali dragon, d’imbriquer les énergies.
Effectivement, on essaie d’impliquer un maximum de gens. Tout ça monte en puissance petit à petit.
On a un tableau où on est sensé définir un ordre de marche. Pour l’instant, ce tableau a au moins le mérite d’exister (rires)
La scène ne sera que le juste reflet de notre manière de fonctionner : il n’y a pas de leader chez nous.
On va être 7/8 sur scène au moins; dans ce collectif, on utilise les forces des uns et des autres. Sane peut chanter sur quelques titres, sur d’autres, il laissera les vocaux à un autre.
Et puis on se repose aussi sur notre collectionneur fou de samples, Mister Aul, qui va nous balancer des boucles infernales.
On essaiera de bosser pour chaque date avec des invités…
On sait pas trop si on va faire venir Miossec, car il est un peu trop "casse-couilles" (rires)
En fait, tout se décidera à chaque fois à la dernière minute, en fonction du lieu où l’on joue.

Combien de dates sont d’ores et déjà prévues dans votre périple ?
On commence donc au mois d’avril, il y aura le printemps de bourges, Rennes, on va se rôder et peut-être faire des festivals d’été.
Et puis, notre concept, c’est de proposer une véritable soirée, on n’a pas envie de jouer 2/3 morceaux comme ça, en passant.
Jouer sur des grandes scènes, sous des chapiteaux, c’est pas trop notre truc. On aimerait également faire des after.

Comment marche le disque ?
On en a vendu autour de 10000 exemplaires, ce qui n’est d’ailleurs pas si mal pour un premier album. De toutes façons, on n’avait pas de véritables objectifs commerciaux, et puis notre maison de disques, atmosphériques, ne sait pas trop comment travailler avec nous. Et après tout, ils ne sont que le dernier maillon de la chaîne.

Qu'est-ce qui vous a poussé à développer ce projet ?
Au départ, en fait, on a eu l’idée de jammer avec des potes, on est allés dans un studio juste au dessus (ndlr, Studio +), et on a enregistré.
On a ainsi eu des kilomètres de bandes, et après, il a fallu faire un gros travail de production derrière. Chose que l’on a d’ailleurs faite nous-mêmes, puisqu’il n’y avait personne pour s'en charger.
Ça a été un travail énorme mais passionnant. Tous les morceaux présents sur le disque reflètent bien la tonalité que l’on voulait donner à l’album.
C’est l’aboutissement d’un travail collectif : le but était bien d’amener chacun notre truc, afin d’arriver à un résultat dont on soit tous fiers. Il n’y a ainsi jamais eu de vote, style 3 contre 2. Le résultat final fait complètement l’unanimité dans le collectif.
Et puis, pour la production, on est bien obligé de faire des choix et de les arrêter à un moment.
De toutes façons, c’est surtout l’envie de toujours progresser qui nous pousse à faire ce métier.

Comment a été perçu le disque ?
L’accueil a été assez positif – les morceaux sont très différents les uns les autres, chacun peut y trouver son intérêt.
Par contre, on peut pas dire que l’on soit énormément programmés en radio : ils sont vachement frileux, ils n’osent pas trop passer de trucs qui sortent du cadre.
On est quand même présents sur le réseau Ferarock, qui fait d’ailleurs un travail essentiel. Ce sont de vrais passionnés, avec une culture musicale énorme, on est allés les rencontrer un par un, enfin, surtout Robin, qui se les est tous tapés ! (rires)
Et puis on passe quand même un peu sur oui fm ou le mouv’ ; sinon, ailleurs, tout est calibré, formaté …

Votre notoriété tient beaucoup également au mode de promotion que vous avez choisi pour faire connaître votre musique ... (ndlr : le "marketing viral", un buzz savamment orchestré sur la toile avec des "missions" proposées aux internautes pour faire connaître le groupe)
Effectivement, ça a été assez énorme, c’est un pote, Hugues, qui nous a proposé de lancer le truc.
On a très vite proposé des titres mp3, mais il faut absolument qu’on s’y remette car à l’heure actuelle, le site (http://www.alidragon.com) ne reflète pas totalement toute l’énergie investie dans le mouvement : ce pote, qui aime bien déconner sur internet, il bosse parallèlement, il est pas toujours dispo.
En tous les cas, la diffusion de musiques sur le réseau, c’est vachement bien, les gosses, ils ont le son chez eux. Il faut savoir vivre avec le piratage, ça permet la diffusion à un plus grand nombre. Et puis, ça n’enlève pour autant rien à la valeur de l’objet acheté.

La maison de disques n’a pas trop tiqué devant cette idée, un peu audacieuse, de permettre le téléchargement ?
Comme je te le disais, ils n’ont rien compris du tout à ali dragon, ça sort tellement du cadre. Ils ont juste payé le projet. Par exemple, on va faire de la scène, ils vont juste financer la campagne d’affichage. Ils ne savent pas trop comment nous "travailler".

Le futur d’ali dragon ?
On n’y pense absolument pas. Le concept c’est un peu de pouvoir organiser des soirées quand on le souhaite, hors de tous carcans. Bosser avec d’autres gens, d’autres artistes. On n’a pas prévu par contre de faire d’autre album.

Une manière avant tout de s’oxygéner l’esprit ?
Ali Dragon, c’est un moyen d’avancer, car il faut avancer dans la vie.
On compte déjà aller jusqu’à l’été, après, on aura peut-être plus de dates espacées, mais ça ne nous empêchera pas de faire des trucs ponctuellement. Une fois que la machine est lancée, que tout est plus ou moins mis en place, il est alors assez facile d’organiser quelque chose.

Comment réagissez-vous à la crise qui secoue le monde des intermittents du spectacle ?
On en a discuté des heures entières, on y est très sensibilisés. Il est évident qu’il y a des abus dans ce régime d’indemnisation, notamment au niveau des chaînes de télé, tout le monde est prêt à le reconnaître.
Pour autant, c’est quasi impossible d’attendre de grandes choses au niveau culturel d’un gouvernement de droite. Comme prévu, ils vont durcir les critères, et niveler par le bas. Il y a donc peu d’espoir pour les intermittents, on va avoir droit à une vraie cure d’austérité.
La droite a toujours voulu baisser le budget de la culture: or, celle-ci a besoin d’argent public, de mécènes. Leur philosophie, c’est un peu : "y’en a marre que l’Etat paie pour tous ces troubadours !"
C’est vraiment un choix de société : est-ce qu’on veut une société dans laquelle tout le monde soit inculte, ce qui est plus ou moins le cas aux Etats-Unis ?
L’exception culturelle française est morte en tous cas.

Après tous ces propos pessimistes, est-ce que les jeunes groupes qui débutent peuvent encore avoir une lueur d’espoir ?
Ça dépend de ce que tu fais … Si tu ne penses qu’à une chose, signer un contrat, alors tu vas formater ta musique pour caresser dans le sens du poil les maisons de disques.

Quel regard portez-vous sur la musique "instutionnalisée", les victoires de la musique par exemple ?
C’est pour le marché – on est pas des sportifs .
Et puis de tous les artistes récompensés, même ceux qui ont un parcours alternatif, ce sont quand même sont ceux qui ont vendu des disques.
Il faut savoir que ce sont les professionnels et notamment les maisons de disques qui décident du vote : on imagine très bien Pascal Nègre (ndlr : le PDG d’Universal France) donner ses consignes de vote pour tel ou tel artiste.
Les maisons de disques ne font que se partager le gâteau, et le palmarès reflète assez bien les parts de chacune d’entre elles sur le marché français.
Ces récompenses, ça crée une demande, ça crée du besoin.
On est pas du tout là dans l’art ou dans la création et après tout, on s’en fout un peu !
La musique se divise vraiment en deux : celle faite pour la grande distribution, "l’ universal show", et l’autre, indépendante.
Et nous, même si on vient pour partie de Louise Attaque, on se situe dans le second camp.

Universal a pris il y a six mois plus de 50 % dans le capital d’Atmosphériques, votre maison de disques, également celle de Louise Attaque. Est-ce que, comme Noir Désir, auteurs d’un coup de gueule retentissant l’an passé contre Jean-Marie Messier, ça vous pose un cas de conscience ?
A vrai dire, quand on voit Noir Désir déjeuner avec Pascal Nègre (ndlr : Universal France est la maison-mère du label Barclay, sur lequel sont signés les bordelais) et quand on sait qu’ils ont eu plusieurs fois l’occasion dans leur carrière de quitter le giron d’une major, tout ça nous fait un peu rigoler. Ils ont ce problème depuis quinze ans.
D’ailleurs, lorsqu’il va s’agir de repasser sur le projet Louise Attaque, on va avoir de très sérieuses discussions avec notre maison de disques. Nous sommes d’ailleurs contractuellement liés de leur livrer 2 albums.

Sinon, vous arrivez à vivre d’ali dragon ?
On a eu une avance, mais c’est quand même un peu léger … On va se mettre dans la pub, ça rapporte plus ! On va d’ailleurs bientôt en tourner une pour promouvoir le disque …

auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
interview publiée le 18/02/2003

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