25/05/2017  |  4818 chroniques, 160 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/05/2017 à 16:33:52
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Lesbians On Ecstasy

Paris
mars 2005

Pas besoin d’être membre de la communauté gay et lesbienne pour apprécier Lesbians On Ecstasy. Si vous êtes sensible à la musique électronique et punk rock, laissez-vous tenter par ces canadiennes francophones. Les LOE ont la particularité de reprendre des classiques lesbiens en version électro punk délicieusement foutraque et vraiment « into the groove ».

Lesbians On Ecstasy est un jeune combo de filles de Montréal, toutes prêtes à être croquées. Un premier album (1) et une première tournée européenne (2), c’est la grande aventure qui commence.

Le groupe, au début composé de Fruity Frankie (voix hargneuse) et de Bernie Bankrupt (claviers-ordinateur), s’est ensuite adjoint les services de Véronique Mystique (bassiste au look Leningrad cow-boy) et de Jackie the Jackhammer (batterie électronique), histoire de donner de l’attitude et de la rage (du Tigre ?) tant en concert que sur disque.
Toutes les quatre sur scène avec des poses bien rock’n’roll : Les mecs et les filles dans le public n’ont qu’à bien se tenir, LOE assomme avec ses décibels !


(Photo : Paskal Larsen)

Elles ont la particularité de faire des morceaux à partir de titres originaux de chanteuses lesbiennes populaires (Melissa Etheridge, Kd Lang, Tracy Chapman, Parachute Club), en les mélangeant avec de la musique électro punk. Le résultat est ré(jouis)sant ! « Les textes que nous reprenons sont toujours d’actualité. Les gens avant se posaient les mêmes questions qu’aujourd’hui. Avec notre approche, on peut ainsi danser sur des choses sérieuses » nous confie Bernie. Véronique confirme : « On a choisi ces chansons parce qu’elles ont été la voix d’une génération entière de lesbiennes dans les années passées. En revisitant ces grands classiques lesbiens, on s’est rendu compte que les thèmes étaient toujours très à propos. On a voulu y injecter un peu d’humour et de la gaîté. On veut vraiment briser l’image de la lesbienne politique beaucoup trop sérieuse.
L’autre partie de notre défi est de moderniser les chansons, les rendre plus contemporaines, d’où le choix des machines pour la musique. On veut mélanger les cultures et les générations. Quand on voit des cheveux gris dans la salle de spectacle, que ce soit à l’avant en dansant ou à l’arrière en observant, nous avons accompli notre mission.
Souvent on nous demande : « Allez-vous un jour écrire vos propres titres ? » On trouve ça insolite et amusant comme réaction, car on ne considère pas nos morceaux comme des reprises. On les a composées comme un DJ fait sa musique. On utilise, si on peut dire des échantillons, mais on ne fait pas d’échantillonnage. On joue tout nous même en live, sauf les chansons de l’album qu’on a remixées. Alors quand on nous demande si on va faire notre propre musique un jour, on s’interroge si la personne a vraiment entendu les originaux. C’est vraiment drôle. Nous avons rencontré quelques auteurs des originaux. Elles ont toutes apprécié notre travail. En fait certaines d’entres elles ont bien aimé se voir prendre place sous cette forme de référence. »


(Photo : Paskal Larsen)

Le rythme, le beat, comme un battement de cœur est le moteur de leur musique. Là-dessus viennent s’entremêler, le hard-core, le rock métal et la techno. C’est limite bourrin comme son, mais c’est tellement bon ! Des noms tel que Runaways, Girlschool, Anne Clark, Lunachicks, L7, Le Tigre, X-Ray Spex, God Is My Co-Pilot viennent à l’esprit coté influences musicales ou artistiques.

Comme leur nom l’indique, elles sont toutes les quatre lesbiennes, par contre elles préfèrent la bière ou le vin au X. Ce nom est une blague, à prendre avec humour, et non pas au pied de la lettre. C’est d’ailleurs une joke envers le groupe féminin Chicks On Speed qu’elles apprécient beaucoup. « Au début quand le groupe n’était seulement qu’une idée, Berni et Frankie s’amusaient à dire que si jamais elles formaient un groupe, ce ne serait pas Chicks On Speed mais plutôt Lesbians On Ecstasy. » nous raconte Véronique.

Elles ne sont pas lesbiennes militantes. La politique, le féminisme, ce n’est pas leur créneau. NON, ce qu’elles veulent c’est tout simplement inciter les filles à monter un groupe. Elles trouvent qu’il y a trop de mecs et pas assez de filles dans le milieu électronique et punk rock. Elles veulent continuer le travail commencé par d’autres (de Nina Simone à Missy Elliott). Une façon de porter la torche olympique dans la discipline musique. Elles ont bien entendu beaucoup de respect pour Kathleen Hanna (Bikini Kill-Le Tigre). « Ce qu’elle fait est très positif pour les jeunes » . Ainsi, pas étonnant que LOE ait joué de nombreuses fois en première partie du Tigre. Par contre, de là à être prêtes à avoir le même succès que Le Tigre, c’est non. Cela demanderait trop de sacrifices. Jouer dans un squat devant des filles survoltées et des punks à chiens (mais sans chiens) buvant de la Villageoise (3), c’est quand même plus fun. Etre Underground, c’est être plus libre !

A travers leurs pochettes, photos, flyer (vus sur leur site), l’imagerie punk rock/CBGB’s est très marquante. A l’heure des images réalisées sur ordinateurs, LOE préfère le côté artisanal du découpage/collage/photocopie fanzine et le kitsch de certain clichés homo (casquette, jean moulant...). Underground dans l’image et la démarche (débrouille/contact/Internet), elles ont tout de même obtenu une bourse du gouvernement pour financer leur tournée (procédé apparemment courant au Canada pour les artistes qui partent à l’étranger). Les impressions de la bassiste de retour à Montréal : « On a bu beaucoup de vin et fait beaucoup de route. On a visité 11 pays en 3 semaines. Le contact avec les gens a été très positif. On a rencontré des personnes dynamiques et formidables, des jeunes et des moins jeunes faisant partie d’organismes queer très prolifiques. Nous avons été très surprises par l’Italie. Nous sommes tellement habituées à nous promener dans des pays où tout le monde parle anglais ou à la limite français et, en Italie c’était rafraîchissant de voir que l’anglais n’est pas une priorité. »

Le mot de la fin ?
« PARTY !…party ! party ! party! Party!...hard. »


Lesbians On Ecstasy - S/T (Alien 8 Recordings)

(1) Edité sur le label Alien 8 Recordings, où l’on trouve aussi les excellents canadiens Les Georges Leningrad, un groupe très apprécié par LOE.
(2) La dernière date a eu lieu le 16 avril 2005 à Rome.
(3) Cela c’est passé au squat La Distillerie à Pantin (93) le 29 mars 2005. Au programme il y avait aussi les étonnants Miss Heluim, sorte de Young Gods sous speed.

www.lezziesonx.com
www.alien8recordings.com
www.elektrolysis.com

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 13/06/2005

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