10/12/2018  |  5092 chroniques, 167 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 09/12/2018 à 15:44:14
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Sibyl Vane

Toulouse
août 2005

Avant leur passage au festival Combines à sons, le vendredi 9 septembre, puis la sortie de leur premier album, Paradoxes, le 10 septembre sur le label Jerkov, rencontre avec Bernard Cabarrou et Stéphane Sapanel du groupe palois Sibyl Vane.

Pouvez-vous me décrire le parcours de Sibyl Vane ?
Bernard : On a un parcours au départ assez classique, puis tout se complique ensuite un peu ! Le groupe s'est formé en 2002 et on a très vite enregistré une démo (Prêt-à-porter) qui a connu un petit succès d'estime et a été pressée pour devenir notre premier maxi.
On a de suite voulu faire quelque chose de différent, de légèrement "décalé", pas tout révolutionner, juste se laisser aller et intégrer le plus de choses possibles à notre musique. Sortir un peu du rock sans doute, juste assez pour trouver une place à nous, à l'aise dans notre malaise... Un ami vidéaste a travaillé sur notre musique pour monter un set vidéo qu'on projetait en live et qui donnait une dimension supplémentaire à tout ça...
Puis une moitié de Sibyl Vane a eu envie d'autres aventures musicales et le groupe est devenu un "projet" que Stéphane et moi menons depuis...

Pouvez-vous me parler du processus de création de cet album ?
Stéphane : Assez chaotique ! Mais très enrichissant, la composition s’est déroulée en deux parties sur deux ans environ, dès la fin de Prêt-à-porter jusqu’au dernier jour de studio au printemps cette année.
Bernard : Pour ma part, ça a été très lié à la situation de "séparation" du groupe qu'on a connu alors... On a enfin perdu cette naïveté par rapport au concept même de "groupe". Ça nous a permis d'avancer plus vite.
Stéphane : Certains moments ont été délicats à gérer mais c’est comme dans tous les groupes, par contre toutes les bases sont définies à l’avance par des maquettes et nous savions quasiment pour tous les morceaux où nous voulions aller, à l'exception de deux ou trois titres où les choses se sont passées en studio, de bonnes surprises....
Bernard : On savait ce qu'on voulait pour notre premier album. On voulait ouvrir notre musique sur un univers plus pop par moments et aussi bien plus radical parfois que ce que l'on faisait auparavant. Stef et moi avions tous deux envie de chansons je crois, donc on a commencer à rassembler des idées en gardant ça en tête. Comme on s'est retrouvé un moment à deux, le disque était parti pour être beaucoup plus électronique, et puis Olivier et Grégory nous ont rejoint et au dernier moment on est parti sur autre chose, qui ressemblait plus à ce qu'est Sibyl quand on joue tous les quatre, même si la plupart des morceaux ne sont pas composés en groupe.
On a eu la chance d'avoir le soutien de l'association Ampli à Pau, qui nous a donné la possibilité d'enregistrer ce disque "proprement", chez eux. Un vrai coup de pouce... On n'a pas hésité à mêler des prises lo-fi faites dans notre local ou ma cave avec des prises "studios" plus pro. C'est pour ça que ce disque nous ressemble, ça sonne comme un vrai disque mais qui aurait été bricolé, il y a des guitares approximatives, des voix un peu "limites", mais au final ça vit...
Notre musique est assez sombre donc hors de question qu'elle soit froide et désincarnée... En concert c'est pareil, je vais parler pour moi là, mais je ne suis pas un bon musicien, ça m'importe peu... Mes faiblesses m'énervent parfois, mais me plaisent souvent.

Vous avez signé sur le label Jerkov. Pourquoi et comment s’est passée la rencontre ?
Stéphane : Cela peut paraître un peu paradoxal d’avoir signé chez Jerkov, qui est à la base un label plutôt métal, mais c’est un label qui a une réelle volonté d’ouverture au niveau de son catalogue et dans le choix des artistes, donc pas de problèmes d’éthique à ce niveau là. Quand à la première rencontre, ce fût avec Jouch le guitariste d’ Agora Fidelio et graphiste pour le label, lors d’un concert de Sibyl Vane à L’obliq (Toulouse), nous avions échangé quelques mots après le concert...
Bernard : Ca c'est fait si naturellement... Ensuite, c'est un ami commun qui leur a passé notre premier maxi et ils ont bien accroché, puis on leur a passé des démos et maquettes de l'album à venir, et voila..
Ce sont des gens très ouverts, c'est ça qui nous a plu chez eux.. Du coup on n'a même pas cherché à proposer notre album ailleurs !
J'adore l'idée d'être sur le même label que des groupes comme ça, je trouve ça stimulant !

À l’heure des nouvelles technologies (Internet, mp3…) pensez-vous que c’est indispensable de passer par un label pour être reconnu ?
Bernard : Il faudrait d'abord qu'on soit reconnu pour se faire une idée ! Ce que je sais c'est qu'on a produit nous-mêmes notre disque, sans se demander qui allait le sortir. Une sortie en CD-R auto-distribué ne nous effrayait pas...
Notre premier maxi s'est pas mal écoulé et comme il est en téléchargement gratuit sur notre site, il a été aussi pas mal downloadé.. Mais avec Jerkov, ça a vraiment été une histoire de rencontre avec des personnes avec qui on s'est dit qu'on avait envie de travailler, voilà tout..
Stéphane : Indispensable, non je ne crois pas, ce n’est pas le mot, disons que ça aide à être plus visible je pense. Quant à la diffusion de la musique par le net j’y vois plutôt un aspect positif. Beaucoup plus de gens peuvent ainsi écouter de la musique et découvrir plus de choses, ce qu’ils n’auraient peut être pas pu faire vu le prix des disques aujourd’hui.
L’acquéreur de disques aujourd’hui a aussi besoin d’avoir des objets nouveaux dans les mains et plus qu’un simple disque boîtier cristal qu’il va payer 22 ou 23 euros, c’est pour cela qu’avec le soutien du label nous avons aussi pu sortir un disque au packaging original avec un boîtier en métal pour rendre le disque plus attractif.

La pochette est de Jean-Luc Verna. Pouvez-vous me parler de lui et de son influence sur votre travail ?
Bernard : Verna est un artiste contemporain niçois que j'ai rencontré il y a quelques années au Parvis, centre d'art contemporain, à Tarbes. Ca a été un choc pour moi, vraiment. Comme si je me retrouvais face à une incarnation du concept même de "rock" ! C'est difficile à expliquer. Son oeuvre est décadente, drôle, sombre et érotique.. Son corps même est une oeuvre qu'il travaille... Nous lui avons dédié une chanson sur ce disque, la première chanson en français que j'ai écrit. Elle est si maniérée, il ne la connaît pas encore, j'espère qu'elle lui plaira !
Je lui ai envoyé le texte et comme il aimait bien notre musique, je lui ai demandé s'il accepterait de travailler sur la pochette de notre premier album, au culot. Il a de suite dit oui, et nous a envoyé cette image si personnelle, ça m'a beaucoup touché.

Quelles sont vos autres influences ?
Stéphane : Mes influences sont assez variées et j’essaye de les canaliser en fonction des morceaux ou des projets auxquels je participe. Les textes de Bernard m’influencent aussi au niveau des sentiments qu’ils peuvent évoquer, et ensuite je travaille mes parties rythmiques, comme une sorte de mécanique émotionnelle ou en fonction des climats que l’on dégage en répétition. Le jeu de batterie très vivant du batteur de Ulan Bator ou de celui de Tortoise par exemple m’influencent aussi. D’une manière générale, j’écoute beaucoup de musique, et je n’ai pas de préférence pour tel ou tel style, je peux écouter Bastard, comme Aphex Twin, les Beatles, Blonde Redhead, Led Zeppelin, Sigur Ros, Charles Mingus, Sonic Youth, Radiohead, Dominique A, Shellac, Joy Division, The Notwist, ou en ce moment TV On The Radio et Arcade Fire, deux excellentes formations fraîchement découvertes qui font parties de ces groupes vraiment excitants qui innovent.
Bernard : Le Portrait de Dorian Gray d' Oscar Wilde et la figure du personnage de Sibyl Vane ont été un fil rouge pour nous, on y a mêlé nos influences et histoires pour au final ne plus savoir si on parle de Sibyl Vane, de Dorian ou de nous...
Sinon, pour certains morceaux, j'ai été beaucoup influencé par les méthodes de travail de Brian Eno, ses Oblique Strategies. Ces cartes m'ont sorti de plus d'un mauvais pas, et en plus c'est très ludique !

Vos projets pour le futur ?
Bernard : Bouger, toujours bouger et changer. Aller plus loin sur certaines directions abordées sur ce premier album. Sur Paradoxes, les chansons sont assez variées, et j'aimerais que chaque disque de Sibyl soit différent. S'ouvrir encore de nouvelles perspectives et collaborer avec le plus de personnes possibles.
On a des projets aussi concernant la vidéo sur des concerts plus "événementiels", aussi des envies de musiques de films..
Stéphane : Nous allons aussi participer à deux « Tribute » sur un label de Chicago, Ftc Records : le premier sera un hommage à Nick Cave où nous reprenons The weeping song, sorte de croisement entre Gainsbourg, Led Zeppelin et Michel Polnareff et le second sur David Bowie, ou nous avons repris I’m deranged sur un mode essentiellement percussif.

Un disque à écouter pour le dimanche matin ?
Bernard : The Velvet Underground & Nico.
Stéphane : En ce moment plutôt The Polyphonie Spree ou The Flaming Lips (The soft bulletin), et sinon le Velvet Underground & Nico toute l’année. Difficile pour moi de n’en citer qu’un. C’est un peu comme « sortir » tes dix meilleurs disques de tous les temps ! Impossible !

thedresscode.chez.tiscali.fr
www.jerkov.net

auteur : Nicovara -
interview publiée le 28/08/2005

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