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Herman Düne & Julie Doiron

L'Escapade, Clermont-Ferrand
9 novembre 2005

Profession : musiciens passionnés...

En ce sinistre et pluvieux jour du mois de novembre, Herman Düne & Julie Doiron « traînent » un peu sur la longue route qui les mène à Clermont-Ferrand, leur arrivée en provenance de Nantes ne se fait donc qu’aux alentours de 19 h 30. On se dit alors que l’entretien (prévu à 19 h) est compromis, qu’ils seront pressés et peu disponibles, voire grincheux à cause des 7 heures de trajet… Et bien évidemment, c’est tout le contraire qui se produit : le groupe au grand complet nous accorde un long entretien – presque une heure – en deux parties (avant et après le repas végétarien préparé par les organisateurs de cette soirée, le groupe Bolik). C’est dans une sorte de crypte aménagée en loges que la discussion avec David-Ivar, André, Néman et Julie Doiron se déroule. Tout le monde a visiblement envie de parler de sa passion numéro 1 (la musique) et adopte une position idéale pour le bavardage : affalé sur une banquette en fumant des clopes pour André, bien installé sur des chaises pour David et Néman (qui s’absentera pour mettre en place le stand de vente de disques) et assise en tailleur par terre pour la discrète mais pétillante Julie. Bolik, qui a réussi à trouver à la dernière minute la salle où le concert aura lieu (le bar L’escapade), a bien fait les choses : bières à profusion, bouteille de Jack Daniels, biscuits apéritif... Des conditions idéales pour poser les questions qui nous brûlent les lèvres à des musiciens capables de transformer une journée promise à la morosité automnale en une date mémorable ; il suffit d'un concert enthousiasmant le soir même pour ce faire…






« C’est un peu bête de dire : jamais de majors, jamais de producteur. »



Il semble que vous avez bénéficié de plus de moyens pour Not on top – vous avez enregistré en studio en Angleterre. Est-ce que ça a changé quelque chose de fondamental pour vous ?
David-Ivar Herman Düne : « Pourtant l’album est autoproduit, c’est peut-être nous qui avons plus d’argent qu’avant… Mais ce n’est pas grand-chose comparé à n’importe quel disque. On a pu aller enregistrer à Leeds parce que des amis nous ont aidé à avoir le studio moins cher. On avait eu beaucoup plus de moyens pour l’album Switzerland heritage, il y a trois ans.
André Herman Düne : On avait plus de moyens en chiffre, mais pas au point de vue matériel et confort : à ce niveau-là, on était mieux pour le dernier album, Not on top.
David : C’est vrai, au niveau du temps et de la tranquillité, on avait de meilleures conditions pour ce disque ; on était chez des copains, on travaillait avec eux, Julie (Ndr : Doiron) était venue du Canada, ma sœur était là. On avait un peu plus de temps que pour les albums qu’on enregistre nous-mêmes d’habitude. C’est une personne qu’on connaissait qui a produit les morceaux avec nous : Richard Fornby.

Allez-vous continuer à financer vos disques vous mêmes puis à les vendre à des maisons de disques ou aimeriez-vous être signés, pour être plus « à l’aise » ?
David : Ça dépend en fait, je suis très content de ce qu’on fait : je trouve que ça fait des bons disques. Mais je m’intéresse aussi beaucoup à ce que font les artistes qui sont sur de plus gros labels ; certains font des trucs super, et parfois, c’est parce que qu’ils ont un bon producteur en studio avec eux. Donc, si un jour on nous le propose, je dirais oui. Ce n’est pas un principe de ne pas le faire, ce n’est pas un but de signer avec une grosse structure non plus – on peut très bien faire 30 super disques sans jamais avoir ni un producteur, ni une major derrière – mais pour faire de bons albums, on peut aussi très bien enregistrer avec un producteur et signer sur un label. Je pense qu’il est intéressant de rester ouvert, on ne peut pas dire non a priori. Il y a beaucoup de gens, surtout dans l’indie rock, qui ne se rendent pas compte que c’est un peu bête de dire « jamais de majors, jamais de producteur ». C’est un état d’esprit politique qui passe presque avant la musique. Mais je trouve qu’artistiquement, ce n’est pas à rejeter forcément.
André : Même si on avait un producteur, on prendrait très certainement beaucoup de décisions dans les faits.
David : Oui, on n’est pas habitués à ce qu’on nous dise quoi faire. Je pense néanmoins qu’au stade où on en est, si un label voulait nous prendre comme artiste à mettre en avant, ce serait en tant qu’Herman Düne, avec notre son ; ce ne serait pas pour nous rendre différents.
André : L’album en Suisse, Switzerland heritage, ce n’est pas nous qui l’avons produit, et c’était un petit peu un problème, même si on a fait nous mêmes des choix. Trouver un producteur avec qui tu as a envie de travailler, ce n’est pas facile.
David : Oui mais si on avait un producteur de la renommée de Rick Rubin (je prends cet exemple parce qu’il a travaillé avec des majors), on l’écouterait sans doute plus qu’un mec inconnu.

Bien que votre musique soit assez éloignée de l’univers du groupe new-yorkais Suicide vous aviez dédié votre album Switzerland heritage à Martin Rev et Alan Vega, pourquoi ?
David : J’adore Suicide, c’est la raison unique de cet album. On les a vus jouer alors qu'on pensait ne jamais pouvoir le faire un jour ; on était persuadés qu'on ne pourrait voir que Martin Rev ou Alan Vega séparément en solo. On a assisté au concert de Suicide dans un festival en Suisse, et l’affiche présentée était : Cerberus Shoal, Herman Düne, Suicide et Dirty Three. Voir Suicide live, c’était super : leur show donnait vraiment envie de faire de la musique. On a donc enregistré l’album dans l’endroit même où on les a vu jouer, uniquement parce qu’on les adore. On est aussi très fans des Spacemen 3 – auxquels participait Richard Fornby avec qui on a enregistré Not on top –, c’est un groupe qui dédie quasiment tous ses morceaux à Suicide. Ils ont même un morceau qui s’intitule Suicide et qui commence comme ça : « This song is dedicated to Martin Rev et Alan Vega ». Il n’y a pas de paroles et il n’y a qu’une seule note !







« Le meilleur moyen pour nous de choisir les chansons qui figurent sur nos disques, c’est de les jouer en tournée. »



Il y a quelques temps j’ai assisté à un concert de Cerberus Shoal qui m’a fait un énorme effet. J’ai appris par la suite que vous aviez sorti un album avec eux ; pouvez-vous parler de ce groupe ?
David : Sur scène, c’est fantastique ! La dernière fois que je les ai vus c’était à la Knitting Factory juste avant que je parte de New York, ça doit faire deux semaines ; c’était vraiment super ! Ils font souvent des shows géniaux ; particulièrement quand ils chantent tous. Ils improvisent un peu l’ambiance du concert, il y a donc des shows qui sont plus atmosphériques où il est un peu plus dur de rentrer dedans. Mais souvent sur scène, ils sont entre Tom Waits et Polyphonic Spree, c’est très impressionnant. Ce sont des gens vraiment super, ils vivent en communauté ; ils tournent tout le temps : ils ont « labouré » les routes des Etats-Unis. Chaque membre de ce groupe pris séparément est un musicien extraordinaire, ils savent jouer de tous les instruments. Ce sont mes amis, mais comme j’aime bien être franc, j’avoue que je n’écoute pas leurs disques aussi souvent que ça car ils ne ressemblent pas trop aux concerts. Il y a toutefois des albums que j’adore, comme celui qu’on a fait ensemble. Leur musique est vraiment psyché, je pense que ça devrait marcher avec tous les artistes psyché folk qui vendent des disques en ce moment.

La prestation de Cerberus Shoal m’avait fait penser à Arcade Fire…
David : Oui, exactement : quand j’avais vu Arcade Fire l’année dernière, j’ai pensé à eux aussi, parce que c’est un truc qui explose avec un mur de voix. Surtout, Cerberus Shoal, c’est un vrai show visuellement parlant. Quand la bassiste, qui est toute petite avec ses couettes rousses, prend la trompette ou tape sur un gong à la Conan le Barbare, c’est incroyable.

Il faudrait qu’ils publient un disque live…
David : Je pense que le nouveau disque va être super, c’est juste qu’avant il n’y avait pas les filles dans le groupe. Ils ont surtout des fans qui les connaissaient avant l’arrivée des filles dans le groupe, alors que je trouve qu’elles apportent beaucoup de choses. Parfois, ils ont tendance à retourner à ce qu’ils faisaient, et j’aime moins.
André : Ils ont besoin de signer sur une major et de prendre un producteur… (sourire)

Vous avez l’air d’être très créatifs et d’écrire tout le temps de nouveaux morceaux. Si vous aviez le temps et les moyens, est-ce que ça vous dirait de faire paraître des albums tous les six mois, par exemple ?
André : On a fait des disques solo, mais c’est vrai que ça fait longtemps qu’on n’a pas enregistré tous ensemble, en groupe. La dernière fois, c’était l’été dernier, il y a plus d’un an donc…
David : Si on avait assez de bonnes chansons, oui ; mais on ne peut pas enregistrer juste parce qu’on a un emploi du temps libre…

J’avais l’impression que vous aviez toujours de nombreuses nouvelles chansons ? Vous les réservez pour les disques solo ?
André : Ce n’est pas exactement la même chose : ce n’est pas parce qu’on a plein de chansons, qu’on en a forcément quinze qui sont prêtes pour faire un album avec Herman Düne. Le meilleur moyen pour nous de choisir les chansons qui figurent sur nos disques, c’est de les jouer en tournée. Et ça prend du temps. Un album tous le six mois, c’est un peu trop rapide dans l’état actuel de l’industrie du disque.
David : Je pense qu’à l’avenir, on va faire de plus en plus des albums qui nécessiteront qu’on réfléchisse avant pour savoir comment on veut qu’ils sonnent. Et puis c’est vrai, il faut qu’on tourne aussi.






« Là, je viens juste de découvrir Jacques Brel. J’ai honte... »



Lors de l’enregistrement de Not on top, avez-vous été inspirés par un livre, un disque ou un film en particulier ?
David : Les trois… Chaque fois qu’on enregistre, j’écoute New skin for the old Ceremony de Leonard Cohen.
André : On a également pas mal passé en studio le disque John Wesley Harding de Bob Dylan.
David : Cette fois-ci, on a encore plus pensé à Beggars Banquet des Rolling Stones quand on était en train d’enregistrer. Pour ce qui est du livre, je cite dans une chanson Goodbye Colombus de Philipp Roth. Et enfin, pour le film : André a une chanson où il parle de Unbreakable de M. Night Shyamalan.

Comment procédez-vous pour écrire ? Chacun compose ses chansons de son côté ou vous travaillez ensemble tout le temps ?
André : On écrit les chansons chacun de notre côté, puis on les travaille en groupe sur scène et, enfin, on choisit les arrangements définitifs ensemble.

Est-ce que les chansons sont parfois modifiées profondément par l’apport des autres ?
David : Carrément, oui. Les paroles ne sont pas changées, mais les arrangements évoluent considérablement par contre.
André : Quelques fois, elles sont énormément modifiées, oui. Même au moment de l’enregistrement, on peut décider de changer complètement la rythmique d’une chanson.

Vous avez participé, entre autres, aux disques de Red, Julie Doiron et Françoiz Breut… Est-ce que cela change quelque chose à votre façon de jouer et d’écrire ?
David : On a joué sur les disques de Red et Julie mais on n’a pas écrit pour eux… Les chansons que j’avais écrites pour Françoiz, je me souviens que ce n’était pas une écriture différente, j’avais envie d’écrire comme je le fais d’habitude mais j’ai pris un phrasé plus lent. En temps normal, j’ai un phrasé rapide et on m’a dit que ce n’était pas facile de reprendre nos morceaux. Pour Françoiz, il y avait donc moins de mots par mesure.
Julie : Vous pouvez m’écrire des chansons si vous voulez, ça me dirait bien… (rires)
David : Mais tu en écris plein, et qui sont super en plus !

Est-ce que ça vous intéresserez d’écrire des textes en français?
David : J’y pensais l’autre jour… Julie joue deux chansons en français pendant cette tournée, et il y en a une où je trouve qu’elle a réussi à écrire une chanson qui est bien, enfin que j’aurais aimé écrire en tout cas, même si d’habitude, c’est différent de ma façon d’écrire. (Ndr : s’adressant à Julie) Tu sais, quand tu dis « et les larmes sur les joues ne se font pas voir », ça me rappelle la manière avec laquelle j'écris une chanson d’habitude. Mais les chansons en français que je connais sont toujours écrites comme l’histoire d’un livre ou d’un film : très dramatique… Moi, je n’ai jamais écrit comme ça ; j’ai toujours écrit et écouté uniquement des chansons en anglais. Là, je viens juste de découvrir Jacques Brel. J’ai honte, ça fait débile, mais je n’en est pas honte finalement… En ce moment, Adam Green écoute beaucoup Scott Walker, qui reprend Jacques Brel ; il a persuadé un ami à moi, Turner Cody que la musique de Scott Walker était le meilleur truc du monde. Et donc Turner Cody m’a fait écouté Scott Walker. J’ai trouvé les reprises tellement géniales, que je me suis mis à écouter Brel, mais sinon avant cela, je n’avais jamais rien écouté en français. Depuis que je suis tout petit, j’écoute de la musique chantée en anglais ; c’est pour cette raison que mon frère et moi, on écrit naturellement en anglais…

Où avez-vous grandi, en France ou en Suède ?
David : On a grandi en France, à Paris, mais on allait très souvent en Suède puisqu’on avait de la famille là-bas. Mon grand-père était diplomate, il nous parlait en suédois et en anglais parce qu’il adorait parler anglais et qu’il voulait nous apprendre cette langue.






« Toute activité qui n’est pas en opposition avec le fait de passer de la musique, je la fais avec des albums en bande son... »



Vous parlez souvent de musique dans vos textes (vous citez Calvin Johnson dans votre dernier album, mais aussi Daniel Johnston, Sonic Youth, le Velvet Underground sur d’autres disques), les artistes que vous citez font partie de votre vie ?
David : Ecouter de la musique, ça fait partie de notre vie, c’est sûr. Sinon, ce n’est pas une histoire de faire du name dropping, c’est un principe d’écriture : quand je parle de quelque chose, j’aime bien le nommer. Je trouve que les noms sonnent bien. Quand tu écris un texte, si tu mets un vrai nom, ça se sent en général. J’ai l’impression qu’il est dur d’inventer un nom qui sonne vrai, c’est pour ça que je cite certaines personnes. Sur cette tournée, on écoute pas mal Songs of love and hate de Leonard Cohen ; quand à la fin de Famous blue raincoat, il dit son propre nom « Sincerly, L. Cohen », la chanson a un contact avec la réalité que j’apprécie. Je me souviens que j’avais adoré le morceau Range life - sur l’album Crooked Rain, Crooked Rain de Pavement - où Stephen Malkmus parlait des Smashing Pumpkins. J’adore parce que tu connais le nom et tu te dis « tiens, moi aussi je comprends ce que veut dire la personne qui a écrit cette phrase ». J’aime ça en tant qu’auditeur et en tant qu’auteur.
André : Les noms que tu cites dans ta question sont quasiment des références universelles pour les gens qui sont fans de disques plus ou moins indés, c’est presque comme si on employait des noms communs.
David : Et là, en l’occurrence ce sont des gens que j’adore, donc ça me fait plaisir. J’écoute beaucoup de musique, c’est très important pour moi : dès que je ne suis pas en train de faire autre chose qui m’empêche d’écouter des disques, je le fais. Toute activité qui n’est pas en opposition avec le fait de passer de la musique, je la fais avec des albums en bande son ; donc forcément, j’ai les noms de mes musiciens préférés en tête.

Est-ce que c’est aussi un moyen de faire découvrir à votre public des artistes qui sont importants pour vous ?
David : Ceux que tu citais sont plus connus que nous… Sur le nouvel album, il y a une chanson où je parle de Kimya.
André : Ce serait un peu prétentieux de voir ça de cette façon là ; je pense que c’est plutôt le contraire, on utilise des références dont on sait que notre public les connaît déjà.
David : Par exemple, si tu fais une rime avec le nom d’une personne, c’est parce que tu ne peux pas la remplacer, ce n’est pas un mot qui est là par hasard. Si c’est la vraie personne dont tu parles bien sûr, et si ce n’est pas juste pour faire une rime...
André : Et en plus, ce n’est pas dans le dictionnaire des rimes !

Sur votre album Mas Cambios, il y a une chanson où vous parlez de l’acteur Martin Donovan dans le film Trust. Est-ce que cela vous intéresserez de composer une bande originale de film ou d’avoir à écrire un morceau spécifiquement pour le cinéma ?
André : On vient de commencer à faire des BO, ça dépend de ce qu’on nous propose mais c’est très intéressant ; on aime bien regarder des films et travailler pour un film, c’est vraiment stimulant
David : Moi, j’adore ça les musiques de films. Les BO des films d’Hal Hartley (NDR le réalisateur du film Trust) sont super, il y a de petits thèmes qui sont vraiment bien... Dans Switzerland heritage, je m’en étais inspiré pour le petit thème du titre Going to everglades. J’ai aussi fait une musique de film avec le musicien qui fait les claviers dans le groupe Berg sans Nipple, c’est pour un film d’horreur ; c’était génial, on s’est vraiment éclaté à faire ça chez lui. Il jouait de la Lap Steel et des percussions, et moi, j’étais au Ukulélé. C’est classe parce que tu joues et ce n’est pas le même espace qu’une chanson : tu peux faire un truc long, puis après le réalisateur choisit le passage qui lui convient. André a fait la BO pour un film d’un copain et on a également un de nos morceaux qui va apparaître dans un film qui va sortir prochainement. Apparemment, dans le film c’est une personne qui écoute une chanson qui est importante pour elle…
André : Le gros avantage aussi avec le cinéma, c’est qu’il y a un bon son dans les salles, on y écoute la musique comme nulle part ailleurs.
David : J'ai été marqué par la bande originale du film de Martin Scorsese, Les Affranchis ; elle est fantastique, il n’y a que des girls bands.






« Les concerts dans les festivals sont également bien : tu as parfois l’impression d’être comme dans un clip. »



Vous invitez souvent vos amis avec vous sur scène. Est-ce une manière d’éviter la routine lors des tournées ?
André : En fait, comme on passe une partie de notre vie en tournée, autant être en compagnie de nos amis ! Comme parmi nos amis, on compte des gens qui font de la très bonne musique, on est fiers de les présenter à notre public.
David : On a beaucoup de gens qui nous entourent, qui sont nos amis et qui font partie des artistes qu’on préfère. Ce serait le cas même s’ils n’étaient pas des proches. Quand on a la chance d’arriver à la fois à s’éclater - parce que ce sont des potes et parce qu’on ne se voit pas souvent -, et qu’en plus on fait de la bonne musique ensemble, c’est super. Tu vas voir ce soir avec Julie à la basse c’est génial (Ndr, c’est totalement vrai), quand elle chante c’est super, elle a une très belle voix et on aime vraiment ses chansons.

Comment ça se passe avec Julie Doiron sur cette tournée ? Elle joue en première partie et après elle reste sur scène avec vous ?
David : Pour l’instant, ce qui s’est passé, c’est que Julie joue ses chansons toute seule, et après elle nous appelle pour certains morceaux, quand elle en a envie, en fait. Ensuite, on se retrouve à quatre, avec elle. Elle joue de la basse sur le disque Not on top et elle fait de même avec nous sur scène sur cette tournée.

Je vous ai déjà vu jouer sur de grandes scènes aux Eurockéennes de Belfort, au Printemps de Bourges et à Paris, au festival Rock en Seine ; qu’est ce que ça vous fait de jouer ce soir dans un bar dont la capacité est assez réduite ?
David : J’ai l’impression que pour ce soir, ça va être un peu trop petit ; d’habitude, c’est légèrement plus grand. C’est sûr que c’est une scène différente de celles sur lesquelles tu nous as vus auparavant ! Ça varie, mais en général, on joue plutôt dans des petites salles.

Les grands festivals et les tournées à dimension plus humaine, c’est aussi agréable pour vous ?
David : Moi, j’aime bien les deux, même si c’est très différent. Pour un festival, tu as moins de temps, et puis c’est plus l’ambiance du truc en lui-même qui est sympa que le concert que tu fais : c’est en plein air, tu te balades, tu vas voir d’autres groupes, tu rencontres des copains qui sont en tournée aussi, tu parles aux gens qui te reconnaissent parce qu’ils t’ont vu juste avant. C’est rigolo, en général tout le monde est logé au même hôtel. Les concerts dans les festivals sont également bien : tu as parfois l’impression d’être comme dans un clip. Cela dit, les shows dont je me souviens ont souvent eu lieu dans de plus petites salles de 300 personnes ; cela donne vraiment une impression de monde mais la musique n’est pas forcément à un volume élevé. Quand tu nous a vus à Belfort, on avait joué l’après midi, on s’était vraiment bien marrés. Le public m’avait fait rire parce qu’après la fin du concert j’avais continué à jouer de la flûte, et je pense qu’à part les premiers rangs, personne n’entendait rien ; mais tous les gens étaient quand même super enthousiastes malgré cela, c’était drôle.

Est-ce que vous aviez profité pour aller voir PJ Harvey et les Pixies après votre concert à Belfort ?
David : Pour les Pixies, on était sur le côté de la scène puisque Kimya (Ndr : Dawson, ex Moldy Peaches, qui jouait avec H.D. ce soir-là) les connaît, c’était cool. Sinon, la dernière fois, à Rock en Seine, il y avait Robert Plant, c’était sympa aussi, on a aussi regardé le show des Foo Fighters
André : PJ Harvey, je crois qu’elle est arrivée en hélicoptère jusque sur la scène…
David : Les gens que j’ai cité avant ne sont pas vraiment mes idoles mais il y a trois jours, on était en Espagne pour le festival Tanned Tin, et là, il y avait Lou Barlow, que j’adore ! Je l’avais déjà rencontré plusieurs fois avant mais c’était bien cool de le revoir.






« On peut être passionnés par la musique et détester les tournées ; mais dans ce cas-là, c’est un peu bizarre d’en faire ! »



Est-ce qu’il vous arrive souvent de donner des concerts comme aux Eurockéennes 2004, avec vos nombreux amis musiciens (Kimya Dawson, Jack Lesser Lewis… ) ?
David : Oui, on le fait souvent ; la dernière fois que j’ai joué avec Jack c’était il n’y a pas très longtemps.
André : On ne peut pas inviter tout le monde en même temps, il ne faut pas avoir plus de deux ou trois groupes par soir. Et puis nos amis ont aussi leurs agendas, ils ne sont pas disponibles tout le temps.
David : On fait tourner, on a tellement de gens avec lesquels on a envie de jouer et qu’on aimerait que les gens connaissent. C’est Jack qui vient le plus souvent, c’est un peu comme si c’était notre petit frère, on se connaît vraiment super bien et on se marre toujours avec lui.

En voyant le rythme de sortie de vos disques et les nombreuses tournées (où vous jouez tous les soirs en plus) que vous effectuez, j’avais l’impression que la musique est vitale pour vous et que vous en jouiez toute la journée. Est-ce que je me trompe ?
David : Jouer tous les soirs, pour moi, c’est ça une tournée, on a toujours fait comme ça.
André : Un jour sans jouer en tournée, ce n’est pas très pratique : toutes les personnes qui ont le choix jouent tous les jours.

Vous ne finissez pas par être exténués ?
André : En général, on commence très fatigués et puis après on prend le rythme. On a plusieurs hôtels pour se reposer sur cette tournée.
David : On est un peu fatigués physiquement mais ce n’est pas insurmontable ; tu dors une nuit et après c’est bon. Quand on ne joue pas tous les soirs, c’est pire pour moi, on se fatigue plus : on reste dans une ville, on ne sait pas quoi faire.
Julie Doiron : On est plus tentés de boire en plus…
David : Je ne verrais pas l’intérêt de ne pas avoir ce rythme : j’adore ça, comme tout le monde ici. Et puis sinon, autant rester chez soi !
Julie : C’est quelque chose qui m’embête, les groupes qui partent en tournée et qui s’ennuient de chez eux, qui veulent rentrer voir leurs copines alors qu’ils sont juste partis pour deux semaines. Ça, je n’ai jamais compris…

Peut-être qu’ils ne sont pas aussi passionnés que vous par la musique ?
David : On peut être passionnés par la musique et détester les tournées ; mais dans ce cas-là, c’est un peu bizarre d’en faire !
Julie : Je peux comprendre, il y a des situations difficiles, ça peut arriver de s’ennuyer tout seul en tournée.
André : Leur problème, c’est qu’ils ne font ça que pour l’argent… Mais quand tu es motivé par la tournée et le fait de jouer tous les soirs, c’est différent. Les gens qui tournent et qui préféreraient rester chez eux, la tournée est seulement une obligation professionnelle pour eux. Ce n’est pas notre cas…
David : Il y des groupes qui tournent et qui perdent de l’argent en tournée.
André : Oui, mais sur les contrats avec les maisons de disques, tu as des obligations de tournées.
David : Je pense surtout que les gens aiment bien se plaindre.
Julie : C’est ça, exactement !
André : Parce qu’en fait une tournée, même si on est fatigués, c’est un peu des vacances.
Julie : On prend des cafés avec nos amis face à la plage, en Espagne...
David : C’est vrai que 24 h sur 24, on est en train de faire quelque chose qui est officiellement notre profession, mais on ne va pas se plaindre ! Le mec qui se plaint de ça, il faut qu’il fasse autre chose !
Julie : Il faut vraiment être sûr de pouvoir passer 24 heures sur 24 avec les mêmes personnes, quand tu es sûr de ça, c’est bon.






« J’ai repris Dido comme j’aurais repris des morceaux de Jason Molina. Les chansons de Dido sont peut-être un peu moins bien, mais elles disent quelque chose également, la production leur fait quand même beaucoup de tort. »



Vous participez à la programmation du festival MoFo à Mains D’œuvres (où vous avez fait jouer Bonnie « Prince » Billy cette année), est-ce un moyen de faire découvrir des artistes que vous affectionnez particulièrement ?
André : Oui, on a fait découvrir Bonnie « Prince » Billy cette année…
David : (Rires) Non, en l’occurrence pas pour lui. Mais André avait pensé à monter le festival Mo’Fo, au début dans le seul but de faire découvrir des gens de New York qu’on aimait beaucoup. Et puis maintenant, comme ça a eu beaucoup de succès, ça devient un festival où beaucoup d’artistes veulent jouer.

Comment ça se passe exactement pour la programmation de Mo’Fo ? Après avoir initié le festival, participez-vous toujours activement au choix des artistes qui s’y produisent ?
David : La personne qui programmait à Mains d’Oeuvres à l’époque, Benoît, nous a proposé une résidence qu’on a accepté. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de cette résidence : on a enregistré nos disques, des disques pour des amis, et on a eu cette idée de festival avec Benoît. Pour la première édition, il était seul à programmer.
Néman : C’est quelqu’un avec qui on travaille souvent, donc même quand il invite des gens et qu’on n’est pas impliqués, c’est le même réseau de contacts. Il nous demande parfois des conseils, on travaille assez souvent ensemble, mais il décide aussi indépendamment de nous.
David : Par exemple, à l’occasion de Mo’Fo 2005, il avait invité Teenage Fan Club, qu’on ne connaissait pas…

La dernière édition de Mo’Fo était archi complète, avez-vous pour projet de faire tourner le festival en province ou de changer de lieu à Paris ?
David : On nous l’a proposé plusieurs fois, mais c’est impossible d’avoir tous les artistes ensemble pour plusieurs jours.
Néman : C’est vraiment compliqué, mais ça serait une bonne idée. Souvent, il y a quand même quelques artistes qui font des dates ailleurs après Mains D’œuvres, comme le concert que tu as vu aux Eurockéennes où on avait amené deux artistes qui jouaient à Mo’Fo la veille.
André : Ça serait un peu ambitieux pour nous je pense…
Néman : Nous ne sommes pas non plus une structure très importante, cette année c’était vraiment la limite pour nous. C’est vrai que c’était plein, mais trouver un autre lieu serait difficile : Mains d’Oeuvres est quand même un des rares endroits où on peut organiser un festival comme Mo’Fo.

Malgré des problèmes d’accordage de guitare et de coordination pour les rythmiques, le concert de Daniel Johnston en juin 2005 au Café de la Danse m’a marqué, est-ce que vous y avez assisté ?
André : Non, mais on l’a vu pas mal de fois, la dernière fois c’était pour le festival Mo’Fo 2004 ; il m’avait fait un peu de la peine, on voyait qu’il prenait des médicaments, le pauvre.
David : Je trouve que c’est moins bien maintenant sur scène, mais j’adore ses disques, ses chansons sont super belles. On l’avait vu une fois chez lui à Austin, c’était magique ! Une fois à Paris aussi c’était super, mais les derniers concerts où je l’ai vu étaient en dessous.
André : En fait, plus il se sent bien et chez lui, mieux sont ses concerts. Ce qu’il y avait de bien quand on l’a vu à Austin, c’est qu’il était accompagné par son groupe, donc il n’avait pas à jouer de la guitare.
David : Il y a tellement de gens qui s’occupent de lui, la qualité du concert dépend vraiment de la manière dont on s’est occupé de lui avant : s’il se sent bien, s’il s’est disputé avant avec son entourage ou pas.

Un autre concert qui m’avait marqué, c’était Magnolia Electric Co au nouveau Casino, qu’est ce que vous en pensez ?
David : J’adore Jason Molina et ses chansons, par contre je ne suis pas fan de son groupe. Je trouve que ça ne lui va pas trop. La première fois où je l’ai vu, il y avait 10 personnes dans la salle, il chantait avec sa voix magnifique en s’accompagnant seulement avec une guitare, on entendait donc les paroles. Je comprends ce qu’il veut faire, il écoute beaucoup de classic rock, mais je trouve que la nouvelle formule ne met pas en valeur sa voix et ses paroles, c’est moins original de ce fait.

Il y a quelque chose qui m’intrigue chez vous : sur votre site internet et sur le disque où André interprète des morceaux de la chanteuse Dido, vous reprenez des morceaux plutôt mainstream (comme Smalltown boy de Bronski beat). Est-ce pour démontrer que ce sont de belles chansons mal produites ?
André : On pourrait décrire ça comme ça… Mais je me suis plutôt intéressé à ce qu’il y avait de bien dans ces chansons. En fait, le disque de reprises de Dido, c’est un truc que j’ai fait pour moi-même et comme j’en étais content, j’ai fait un CDR. J’aimais beaucoup les chansons de Dido qui passaient à la radio (comme celle qui est samplée par Eminem), et je me suis rendu compte que même celles qui ne passaient pas à la radio étaient dignes d’intérêt. En les jouant moi-même avec une guitare, je me suis rendu compte du fait que le songwriting était intéressant. On peut comparer ça à Songs : Ohia (Ndr : le projet précédent de Jason Molina de Magnolia Electric Co), j’ai repris Dido comme j’aurais repris des morceaux de Jason Molina. Les chansons de Dido sont peut-être un peu moins bien, mais elles disent quelque chose également, la production leur fait quand même beaucoup de tort. Pour Smalltown boy de Bronski Beat, je l’ai faite une fois avec le groupe lors d’un concert à Annecy où on me l’avait demandée.






« Dionysos, je les ai vus une fois sur scène, on m’avait invité, c’était pour l’album produit par Steve Albini où ils parlent du Jedi ; j’ai trouvé ça nul, c’est de la variété. Et pourtant, je suis très fan de Star Wars ! »



Comment se passent vos tournées à l’étranger, en Europe et aux USA ?
David : Ça se passe très bien. On a eu un des fans en Angleterre avant d’en avoir en France. En Amérique, on n’a pas vraiment de public je pense, il y a des gens qui nous connaissent mais il n’y a pas autant de monde à nos concerts aux USA qu’en Europe. Le public américain est très sollicité ; il y a des concerts partout, tout le temps, et je connais très peu de gens qui remplissent les salles comme on les remplit en Europe. Là bas, on n’est pas aussi bien distribués, donc c’est plus dur. Ceci dit, les tournées aux USA, c’est un plaisir quand on a grandi dans cette culture depuis tout petit.
André : Du point de vue de la réponse du public, je trouve que c’est plus fort en Angleterre… Même pour les concerts qui se passent bien en Amérique, les gens sont plus blasés.
David : Ce qu’il y a de bien quand tu joues en Amérique, c’est que s’il y a des gens qui viennent te passer une démo, c’est mieux que ce que tu fais, toi ! En Angleterre, ce n’est pas comme ça…

Aux USA, vous jouez principalement à New York ou dans tout le pays ?
André : On a joué une seule fois dans tout le pays en groupe, sinon on essaye, mais c’est difficile…
David : Moi, je suis allé joué dans 42 états américains, j’étais en tournée avec Kimya Dawson.

Vous aimeriez être mieux distribués aux USA ?
David : Oui, carrément, c’est super de jouer là bas.
Néman : C’est difficile car en l’état actuel des choses c’est illégal pour nous de jouer là bas car on n’a pas la carte verte. On ne peut pas dire qu’on part pour faire des concerts, on déclare qu’on est touristes pour pouvoir rentrer.
André : A moins d’être sur un label assez gros là bas qui te paye les démarches administratives, il est impossible d’avoir des papiers en règle.
David : Et même dans ce cas-là, il faudrait qu’ils demandent la permission trois ou quatre mois à l’avance ; le problème, c’est qu’aux Etats-Unis, une semaine avant le concert, ils ne savent pas qui va jouer. Quand on tourne là-bas, c’est uniquement avec une guitare et des percussions. Se produire en groupe comme on le fait ici, on ne peut pas le faire souvent, on ne l’a fait qu’une fois jusqu’ici. On pourrait peut-être le faire avec un autre groupe qui a le même équipement que nous et puis partir là bas en touristes, sans instruments.

Les visuels de vos disques, t-shirts et site internet – signés par David – sont très réussis. As-tu des projets dans ce domaine, une Bd par exemple ?
David : En fait, je dessine tout le temps sur des carnets que j’ai avec moi. J’ai déjà fait une BD. Normalement, j’emmène des dessins avec moi en tournée pour les proposer sur notre stand de disques et de t-shirts, mais là je n’en ai plus, j’en aurai à nouveau à Paris.

Vous utilisez un ukulélé sur votre dernier album… Il y a un autre groupe français qui se sert de cet instrument, c’est Dionysos. Avez-vous écouté leur dernier disque ? Qu’en pensez-vous ?
David : Dionysos, je les ai vus une fois sur scène, on m’avait invité, c’était pour l’album produit par Steve Albini où ils parlent du Jedi ; j’ai trouvé ça nul, c’est de la variété. Et pourtant, je suis très fan de Star Wars ! Récemment, on a vu sur scène un groupe qui s’appelle Enregistré par Steve Albini ; c’est un bon moyen de dire qu’Albini enregistre n’importe qui à partir du moment où c’est pour une major qui paye bien.

Ça ne vous direz pas d’être « Enregistrés par Steve Albini » justement ?
David : Non, même si on est très fans de ce qu’il a fait pour Nirvana sur In Utero.
Néman : Ses sons de batterie sont immédiatement reconnaissables : on reconnaît la patte Albini avant le groupe, ça m’est arrivé récemment en écoutant un album des Breeders...

Avez-vous écouté l’excellent coffret de Nirvana - With the lights out - qui est truffé de titres joués en version guitare/voix par Kurt Cobain ?
David : Je suis un grand fan de Nirvana, j’ai encore les t-shirts des deux dernières tournées de Nirvana. Malheureusement, je n’ai pas écouté le coffret…

Pour conclure, qu’est ce que vous passez comme disques quand vous faites les DJ au Pop’In ?
David : On alterne… Episodiquement c’est du punk rock, et la plupart du temps, c’est quand même très sixties. J’aime beaucoup les vieux 45 tours, la soul de New Orleans. »







Herman Düne & Julie Doiron ont terminé début décembre 2005 leur très longue tournée européenne commune... Si vous n'avez malheureusement pas pu vous rendre aux rendez-vous fixés par les trois frères et leur meilleure amie, il reste une solution : écouter en boucle les très bons Not on top, Mas Cambios, Switzerland heritage et Goodnight nobody, voire carrément les discographies intégrales d'Herman Düne & Julie Doiron ; ça ne peut pas faire de mal, au contraire ! Le seul risque est de tomber irrémédiablement amoureux de la folk pop de ces artistes aimant écrire de belles chansons, pour pouvoir les interpréter ensuite avec ferveur. Tout simplement...

A lire également : une interview de David-Ivar Herman Düne (réalisée en novembre 2006), des chroniques des concerts à Clermont-Ferrand en 2005, aux Eurockéennes 2004, à l'EMB et au Nouveau Casino 2004, au festival MOFO 4, au Point Ephémère 2005 et au Printemps de Bourges 2005.

Sites Internet : www.hermandune.com, www.juliedoiron.com, www.viciouscircle.fr, www.moldypeaches.com, www.adamgreen.net, www.spacemen3.co.uk, www.cerberusshoal.com.

Photos live à Rognes (13) Pirlouiiiit, photos de presse Peter Boesch


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 28/11/2005

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