23/07/2017  |  4846 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/07/2017 à 10:37:08
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Philippe Manoeuvre

Entretien réalisé par téléphone
vendredi 25 février 2006

En novembre 2005 sortait chez Albin Michel Rock'n'Roll la discothèque rock idéale - 101 disques qui ont changé le monde. Une occasion rêvée pour interroger son auteur, Philippe Manoeuvre, rédacteur en chef du mensuel Rock & Folk.

Philippe, que de chemin parcouru depuis 1973 et votre première critique dans Rock & Folk... Comment êtes-vous entré dans ce métier ?
Et bien, en 1973, le rock n’avait pas imperméabilisé la société comme aujourd’hui, c’était pas les pubs et les vêtements, c’était la musique d’une génération et j’avais vraiment une fascination pour le journal Rock & Folk, qui parlait de la musique comme je la ressentais dans ma province. J’ai été faire mes études a Paris et n’ai cessé de faire le siège du journal par courrier. Un jour, Lou Reed est venu jouer à Paris ; tous les journalistes de Rock & Folk étaient indisponibles, ils se sont souvenus de moi et m’ont demandé si j’y étais... J’ai dit oui et cela a été ma première commande. Ensuite la radio vous appelle, puis la télé et tout est venu sans plan de carrière précis. 30 ans après, je suis toujours là.

Etes-vous musicien ?
Oui, je joue un peu de batterie et de guitare, j’ai fait un groupe en 1978 qui s’appelait les Road Critics, ça m’a donné beaucoup de modestie cette expérience.

Je vais vous demander d’être plus sélectif que dans votre livre « La discothèque idéale » : quels sont vos 5 disques indispensables ?
C’est facile de répondre, Hendrix - Electric Ladyland - le plus grand guitariste de tous les temps, Exile on main street des Stones - le blues et la country racontés par des Anglais, Fun House des Stooges - album fondateur, le bruit de la rue de Detroit, le « Double blanc » des Beatles - extrêmement critiqué, George Martin et Alan Parson ingénieur du son, le sommet de l’analogique. En cinquième album, un disque récent fait par des gamins, LibertinesWhite Stripes ou Strokes. 50 ans après le début du rock'n'roll, des gamins se disent qu’il s’agit de la mobylette idéale pour faire un tour du monde.

Pourquoi U2 ou R.E.M. n’apparaissent pas dans les 101 disques indispensables ?
Moi je n’ai pas voulu faire un Best of des meilleures ventes, sinon je serais allé a la SACEM, j’aurai pris les 100 premiers et j’aurais mis Legend de Bob Marley, The Wall de Pink Floyd, The Joshua Tree de U2, R.E.M.… Moi j’ai fait un manuel de rock'n'roll pour les nouvelles générations, regardez ce qu’il y a dedans et ne vous fascinez pas sur ce qui manque. Je ne pense pas que U2 soit du rock & roll, c’est de la pop, comme R.E.M.. La radio ne peut pas passer Fun House, U2 a trouvé un moyen de faire du rock amical.

Quelle différence faites-vous entre être rock en 1970 sur Fun House et l’être en 2006 pour la énième tournée des Rolling Stones ?
C’est toujours pareil, y’a pas de différence, c’est une vibration dans les chromosomes. Quand j’entends une guitare électrique, c’est fascinant, le cœur bat plus vite, rien n’a changé si ce n’est les coupes de cheveux … Cette musique c’est un truc fait pour les adolescents, je suis peut-être un éternel ado. J’apporte mon expérience pour aider les jeunes groupes. Je ne suis pas persuadé que les années 60 étaient mieux qu’aujourd’hui, c’était difficile de trouver des disques. Maintenant, avec Internet, un type qui lit Rock & Folk peut se renseigner et tout trouver. Même les apparitions télé, c’est fabuleux ! Je n’arrive pas à regretter, ce n’était pas mieux avant, par contre il y a des obligations de rendement.

Outre le Sept d’or de 1985, quel souvenir gardez vous des « Enfants du rock » ?
Dionnet dit toujours, « C’était trois ans de vacances…  » (rires). Moi je n’avais même pas la télé chez moi lorsqu’on m’a demandé de faire ça, j’avais une vie palpitante entre concerts et fêtes. Le plus beau souvenir, c'est sûrement le tournage de Mad Max III en Australie pendant 15 jours. Les acteurs gardaient leurs costumes pour dîner et on se retrouvait à côté d’iroquois de deux mètres de haut, c’était génial. On a essayé les voitures, c’est un sacré souvenir.

Vous avez tourné des documentaires et des émissions type « Rock Press Club »,  peut-on espérer une suite à « Babylone yéyé » ? 
J’ai fait mon livre, je n’ai pas le temps actuellement.


Philippe Manoeuvre avec Virginie Despentes (photo de Roberto Frankenberg)

Une définition de Philippe Manœuvre ?
La passion... Je pense que je suis passionné de musique et c’est génial de rencontrer des mélomanes, que ce soit en radio ou en promotion. Je suis en promo jusqu’au 30 mars et tous les jours je rencontre des passionnés de musique. Les gens veulent également mon avis sur le rock poubelle et le rock télévisuel. On voit Johnny Guitar WatsonIggy Pop ou The Clash pour n’importe quelle pub, c’est incroyable ! L’autre fois j’ai vu Marianne Faithfull, elle sort un CD et un DVD. Elle pensait gagner un peu d’argent dessus, mais sa maison de disques lui a gentiment rappelé qu’elle devait de l’argent sur un disque sorti en 1966, sur des frais de pochette en Allemagne, une location de piano en Italie… Elle n’a jamais rien touché et vit de ses tournées, elle est obligée de faire 71 concerts par an. Les artistes font de la publicité mais ce n’est pas parce qu’ils sont très très connus qu’ils sont très très blindés !

On revient sur les disques... Philippe, si vous le voulez bien, quel est, pour vous, le meilleur Led Zeppelin ?
Ce n’est pas possible de répondre, j’ai beaucoup écouté Physical Graffiti, maintenant je suis dans Presence, je pense que lorsque j’aurai fini In front the outdoor, je reviendrai au premier album… J’adore aussi l’album orange qui est méconnu, House of the holy, ça sent le James Brown, les guitares puissantes et les premiers synthés.

Nous sommes tous passionnés par le Led Zep IV qui est une référence...
Celui là, on l’a dans nos chromosomes, c’est des disques où il n’y a aucun défaut. On a l’article d’époque de Jimi Page qui avait invité mon prédécesseur, Philippe Maringaut, en disant que Page enregistrait un solo de guitare d’un morceau qui s’appelera Stairway to heaven … au studio Olympic. Page, les Floyd, David Gilmour nous honorent régulièrement de leur amitié en imposant Rock & Folk dans leurs interviews, et c’est remarquable ! Ils insistent en disant que nous les avons aidés à leurs débuts, alors ils sont fidèles.

Plant sans Page en 2005, pas trop fade pour vous ?
Jimi a des problèmes de dos et ne peut plus porter sa guitare SG pendant deux heures. Son médecin lui a conseillé la natation mais il ne sait pas nager, et il s’en fout ! Tant pis, mais il prépare un album solo mais plus de scène. C’est dommage car je dis toujours que le rock & roll est le mariage d’une voix et d’une guitare, Page & Plant, Jagger & Richards, Morrisson & Krieger, tout comme Alice Cooper ou Bowie, c’est ça le rock. La relation entre deux personnes. Même Bruel pourrait être rock, mais il n’a pas de guitariste ! Vous savez, à tous les concerts des Stones, il y a 5000 personnes devant Keith Richards qui viennent pour le voir lui, pas Jagger. Pareil à l’époque des Who.

Qui pourrait vous remplacer en rédacteur en chef de Rock & Folk à part Bowie, qui l’a déjà fait ?
Oui c’est vrai, Malcolm McLaren aussi. Je pense que Rock & Folk est un journal de jeunes et que plein de personnes avec qui je bosse pourraient me remplacer sans problèmes.

Votre plus belle interview ?
Dur dur, y’en a eu des centaines… Plutôt celle qu’on a pas eue, Hendrix. J’étais au lycée quand il est mort. Dionnet m’a raconté la sortie du concert de l’Olympia, les gens étaient transformés, j’aurais vraiment adoré rencontrer Hendrix, même 10 minutes seulement. Sinon j’ai eu Tricky, Iggy Pop 10 fois, Ben Harper

D’ailleurs, de Ben Harper, vous avez dit un jour que la relève de la guitare était entre ses mains, est-ce toujours vrai ?
Oui, en ce moment il se dirige sur un truc plus funk mais bon, des super guitaristes il y en a… -M-, les Strokes, White Stripes… La relève est assurée donc je suis confiant maintenant. En mai 2005, nous avions organisé un festival qui s’appelait « Passe ton bac d’abord ! », 3 des groupes de ce festival vont faire le Zénith avec les Wampas et les Stooges…C’est classe d’avoir des gamins de 16 ans aux Stooges, c’est reparti !

A combien de concerts avez-vous assisté ?
Environ 1 à 2 concerts par semaine, depuis 30 ans. Plus les festivals. J’ai une belle collection de tickets…

Votre plus grand souvenir en concert, les Stones à l’Olympia ?
Non, j’ai souvent vu les Stones même en répétition. Tiens, accrochez-vous les gars, j’ai vu les Stones en répétition à Toronto dans une école, le concert devait se tenir dans un gymnase. Jagger disait, « Et si on faisait tel titre ? ». Alors il y avait avec eux un spécialiste qui mettait tous les disques pour qu’il retrouvent le riff… Et ils étaient tous « Ah ouais, super facile celle-là… » A l’époque, ils voulaient changer de set-list tous les soirs. En répétition, ils sont relax, ils ne mettent pas l’intensité dont Jagger fait preuve en live. En répétition, ils ont les gros blousons mais gardent la classe. Sinon je dirais les Stooges au Bol d’or. Lorsque j’ai su qu’ils se reformaient, j’ai été les voir et me suis arrangé pour qu’ils fassent le Bol d’or. Je les ai présentés sur scène et cela reste un moment inoubliable. Egalement, Bob Marley au Pavillon de Paris, là on a vu un shaman au travail. C’était la tournée Exodus et on croyait vraiment que le plafond de la salle allait exploser ! Tous les gens qui l’ont vu s’en souviennent.

Comment s’annoncent les Stones 2006 ?
C’est bien. J’ai vu le concert de Boston, c’est un énorme spectacle de stade, je ne pense pas qu’il y aura de clubs. C’est la grosse machine et on s’éclate avec les vieux routiers des stades qui font ça depuis 25 ans. Ca reste des voyous.

Les concerts organisés au Gibus à Paris, ne serait- ce pas la solution pour contrer le manque d’espace télévisuel ?
Après plusieurs reportages sur les villes de France en rock, on s'est rendu compte qu’à Paris il y avait 40 groupes prometteurs ! On a organisé un festival au Gibus et découvert des gamins formidables qui voulaient jouer partout, bars, péniches, anniversaires, squatts… Sauf qu’il n’y avait pas de scène ! Alors on a mis une salle et une batterie à leur disposition, ils venaient avec leurs guitares. Comme les Libertines, ils pratiquent la guérilla rock. Tous les vendredis, pour 4 ou 5 euros, vous aviez 3 groupes qui jouaient devant 400 personnes... J’étais content de l’expérience car sur les 4 mois que cela a duré, 3 groupes ont été signés. C’est génial.

Bertignac a récemment déclaré que les gens qui téléchargeaient sur Internet étaient des clients potentiels pour les concerts, c’est le même état d’esprit que pour le Gibus.
C’est vrai.

Philippe, merci pour cet instant et cet échange entre mélomanes, je me souviendrai longtemps de notre entretien.
Merci beaucoup Diego, c’était très sympa, « Keep Rockin’». A plus.

www.rocknfolk.com

auteur : Diego Lagaute - lagaute.diego@free.fr
interview publiée le 19/03/2006

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